Théâtre : L’ombre, de Alma Brami

affiche de la pièce de théâtre L'ombre par Alma Brami

Du 5 octobre au 29 décembre se joue L’ombre, pièce de théâtre écrite par Alma Brami. Une pièce portée par l’extraordinaire actrice Dédéine Volk-Leonovitch. A ne pas manquer!

Une histoire d’amour

Dans ce monologue écrit par Alma Brami, une femme raconte ses 37 ans de mariage avec son fameux Georges. Un homme qu’elle a épousé et pour lequel elle a tout sacrifié. Ce qui s’annonçait comme un amour porteur, merveilleux, se révèle peu à peu tout autre. A force de se fondre dans le moule des attentes et des exigences de Georges, cette femme s’est complètement oubliée. Sans aucune reconnaissance en retour. Transparente.

Georges et ses costumes trois pièces, Georges et ses manies, Georges et sa cravate pliée en huit, Georges et son odeur d’antimites, Georges et ses bruits de corps peu agréables, George et son poulet farci tous les mardis…

Alors elle rêve en observant sa voisine d’en face. En allant faire ses courses chez le gentil épicier moustachu. Elle rêve à une autre vie, une vie dans laquelle elle ne serait pas juste un meuble dans la maison de Georges, mais un être respecté, aimé, considéré…

Dédéine Volk-Leonovitch : une actrice magistrale

Dédéine Volk-Leonovitch porte ce texte de façon magistrale. Bouleversante, d’une infinie justesse dans son rôle, elle emporte d’emblée le spectateur dans son univers. L’univers d’une femme simple, généreuse, dévouée, qui ne rêve que d’une chose : être aimée et respectée en retour. Elle nous entraîne dans le cycle de vie de son amour, de sa naissance à son extinction, en passant par son apogée, sans jamais en faire de trop, touchante et fascinante.

Au fil des minutes, la tension monte, Dédéine Volk-Leonovitch, complètement habitée par son personnage, nous prend aux tripes. Jusqu’à la chute finale. Vertigineuse!

Alors, si vous habitez Paris ou la région parisienne, ne manquez pas ce spectacle!

Dédéine Volk-Leonovitch

Informations pratiques :

  • Où ?

Théâtre du gymnase Marie-Bell

38 boulevard Bonne nouvelle Paris 10ème. Métro Bonne Nouvelle.

  • Quand?

Le samedi (20h30) et le dimanche(15 h00)  du 5 octobre au 29 décembre.

  • Durée du spectacle : 1 h 10.

 

Rentrée littéraire : coup de coeur pour Qui ne dit mot consent, d’Alma Brami (Mercure de France)!

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Qui ne dit mot consent, Alma Brami

Mercure de France, Août 2017

Rentrée littéraire

 

Dans ce terrible huis clos, Alma Brami dresse brillamment le portrait d’une femme meurtrie pour qui le couple est devenu un piège.  Un roman d’une puissance émotionnelle rare, véritable coup de cœur de cette rentrée ! 

Son mari n’avait pas eu trop de mal à la convaincre de s’installer à la campagne avec ses enfants. Il en avait besoin. Trop de stress, de travail, de bruit. Elle avait compris. Et l’avait soutenu. En l’espace de quelques semaines, il avait tout réglé. Et Emilie s’était retrouvée catapultée dans une maison loin de toute agitation, loin de tous. Mais que n’eût-elle pas fait par amour ? N’était-ce pas le rôle d’une femme aimante ?

Puis il avait proposé d’inviter une femme à la maison, pour qu’elle se sente moins seule. Du moins était-ce le motif affiché. Et ce fut bientôt un défilé « d’amies ». Emilie devait mesurer sa chance d’avoir un mari si soucieux de son bien-être. Fallait-il être ingrate pour lui en vouloir d’inviter son harem à la maison, alors qu’il la gardait comme l’Unique, la seule pérenne ? Les autres ne faisaient que passer, que pouvait-elle leur envier ? Pas de quoi faire une crise, enfin, son mari ne le lui répète-t-il pas assez?

A chaque incartade de son mari, Emilie se remet en question, culpabilise, doute d’elle-même, de sa capacité à être aimable au sens digne d’être aimée. Elle ravale sa tristesse, colle un sourire de façade, déploie des trésors d’attentions pour être et demeurer le gâteau et non juste la cerise, aux yeux de l’homme qu’elle aime.  Pour continuer à recevoir des mots caresses, des mots velours. Pour continuer à exister dans son regard. Au milieu des autres.

Ce roman d’Alma Brami est d’une intensité émotionnelle rare. Au fil des pages, le masque tombe, l’enfer se dessine, la pression monte. Sans jamais forcer le trait, sans jamais verser dans le pathos, l’auteur lève le voile sur la violence conjugale, la manipulation mentale, l’avilissement de l’autre réduit à n’être qu’un objet. Une violence silencieuse, insidieuse, qui ne se mesure pas en termes de décibels ni de mots acérés, mais de mots tendres et susurrés enveloppant des actes d’une cruauté sans nom. Jusqu’où peut-on aller par amour, ou plus exactement, par illusion de l’amour ? Un roman magistralement écrit, d’une extraordinaire justesse. Coup de coeur!