Les chevaux de cœur, Cécile Pardi

les chevaux du coeur

Un roman tendre, bienveillant, véritable hymne à l’amour des chevaux en particulier et des animaux en général. Un merveilleux voyage initiatique.

La thérapie par les animaux

Pendant des années, celle que l’on surnomme affectueusement Mama Reine, a accueilli des enfants placés par l’aide sociale à l’enfance, les a élevés, aimés, choyés. Puis le temps passant, on l’a estimée trop vieille pour continuer à être famille d’accueil. Elle s’est donc retrouvée seule, mise au rebut comme une vieille chaussette.

Parmi les enfants qu’elle a chéris, un trio composé de Julien, commercial au bord du burn-out, Jojo le hippie bouddhiste et Rose l’indécrottable optimiste. Des enfants devenus grands, dont l’amour pour leur Mama Reine est resté intact. Et ils vont avoir le loisir de le lui prouver, même si pour l’heure, leurs chemins les ont physiquement éloignés de la vieille femme.

Un jour, Lorena, ostéopathe pour chevaux vient s’installer dans le village. La jeune femme, dynamique, proche des animaux au point de communiquer avec eux, se lie aussitôt d’amitié avec Mama Reine. Elle lui propose d’accueillir dans son ancienne étable deux chevaux. Mama Reine ne connait rien aux chevaux, mais Lorena lui promet de s’en occuper elle-même. Alors pourquoi pas ?

Sunnyboy et Merveille entrent donc dans la vie de Mamma Reine. Plus qu’une présence, ces chevaux vont lui changer et lui sauver la vie.

Un roman inspirant

Aimez-vous les animaux ? Avez-vous une tendresse particulière pour les chevaux ? Alors Les chevaux du cœur vont vous combler. Avec beaucoup de sensibilité et d’humour aussi, Cécile Pardi nous présente les chevaux sous un angle inédit : comment l’animal peut entrer en communication avec l’humain et avoir pour lui des vertus thérapeutiques. Certes, elle y mêle un peu de magie, de télépathie, de merveilleux, mais le fond est vrai. Les chevaux peuvent nous aider à nous reconnecter à nos émotions, à nous recentrer, à nous révéler à nous-mêmes. D’où l’existence de thérapies assistées par le cheval, lequel joue le rôle de médiateur, de révélateur.

Cécile Pardi nous rappelle à l’occasion combien l’homme a trop souvent eu tendance à rabaisser les animaux, pour pouvoir les exploiter ou les manger. Et nous invite à changer si nécessaire de regard sur eux, à les respecter.

Pas de mièvrerie ici, mais un roman touchant, positif, inspirant. Un roman lumineux comme un soleil d’été.

Coup de cœur !

Informations pratiques

Les chevaux de cœur, Cécile Pardi- éditions Albin Michel, juin 2021 – 254 pages – 17,90€

Trois, Valérie Perrin

Trois de Valérie Perrin

Une magnifique ode à l’amitié déclinée sur trente années. Un roman viscéralement humain.

Des amis inséparables

1987. Nous sommes dans une ville de province, à la Comelle, à la rentrée des classes. Dans la même section de CM2, Nina, Etienne et Adrien. Etienne le meneur, Nina le cœur et Adrien le suiveur. Ils ne le savent pas encore, mais une amitié très forte est en train de se mettre en place dans leur trio. De ces amitiés que l’on se promet à la vie à la mort. De ces liens si forts sur lesquels on est convaincu que le temps n’aura aucune emprise. Nina est le trait d’union entre eux, sans ambiguïté sur la nature des sentiments qui la lie aux deux garçons. Pour Etienne, elle représente une sœur. Pour Adrien, un idéal. Ils partagent tout, leurs joies comme leurs peines. Tout, enfin presque. Car chacun garde jalousement des secrets. Secrets qui vont finir par les éloigner les uns des autres. Que s’est-il donc passé ?

2017 : une voiture vient d’être repêchée à la Comelle, avec un cadavre à l’intérieur. Elle avait été volée en 1994. Qui a péri à l’intérieur du véhicule ? Cela a-t-il un rapport avec la disparition de Clotilde la même année, laquelle était la petite amie d’Etienne ?

Virginie, la mystérieuse narratrice du roman, semble en savoir long sur les liens du trio. Sur les hauts et les bas de leur amitié. De même que sur la disparition de Clotilde. Qui est cette femme, qui semble si proche d’Adrien, Nina et Etienne ? Un autre mystère à éclaircir au fil des pages…

Un roman dense, viscéralement humain

J’attends avec fébrilité chaque nouveau roman de Valérie Perrin. Après Les oubliés du dimanche, Changer l’eau des fleurs (chronique ICI), je me suis donc précipitée sur Trois. Et j’y ai retrouvé tout ce qui me séduit tellement chez cette auteure : sa capacité extraordinaire à donner de la chair à ses personnages, sa sensibilité à fleur de plume, la densité de ses histoires. Plus qu’un livre, c’est une immersion aux côtés des personnages, qu’elle nous offre, tant elle nous les rend vivants. Comme si nous étions témoins ou amis et non simples lecteurs.

Dans ce roman, elle aborde avec tact divers thèmes : l’amitié, la capacité à tenir ses promesses, la violence conjugale, la discrimination, le courage d’être soi, ou encore l’identité sexuelle. Elle nous invite à voir au-delà des apparences, à ne pas prendre pour argent comptant ce que l’on perçoit de l’autre ou ce qu’il nous donne à voir. Derrière un sourire peuvent se cacher des blessures. Derrière une assurance de façade, peut se dissimuler une grande difficulté à s’affirmer tel que l’on est vraiment. Au fil des pages, le voile se déchire, et chaque membre du trio nous apparait avec ses fragilités et ses faiblesses, ses secrets les plus intimes, ses peurs, ses doutes.

Une ode vibrante à l’amitié.

Informations pratiques

Trois, Valérie Perrin – éditions Albin Michel, avril 2021 – 21,90€ – 669 pages

L’amour au temps des éléphants, Ariane Bois

L'amour au temps des éléphants

Coup de cœur absolu pour ce roman qui nous offre un voyage dans le temps et sur trois continents. Un trio de personnages attachants, liés par l’amitié, l’amour, la guerre et la défense animale. A lire !

Trois destinées sur fond de guerre et de soif de liberté

Nous sommes en 1916 à Erwin, dans le Tennessee. La foule est venue applaudir le cirque de passage dans la ville. Mais alors que les éléphants défilent, enchainés les uns aux autres, un drame se produit. Mary l’éléphante, maltraitée par son dompteur, se rebelle et le tue. Parmi les spectateurs, c’est la sidération. Trois personnes qui ne se sont jamais rencontrées, Arabella, Jérémy et Kid, assistent alors avec effroi au sort réservé à Mary : la pendaison en haut d’une grue. Un spectacle d’horreur qui va sceller leur destin et les marquer à jamais.

Tous trois n’ont jusqu’ici rien en commun. Arabella est une jeune fille qui étouffe au sein de sa famille protestante rigoriste. Elle ne supporte plus les interdictions multiples qu’on lui oppose, à un âge où elle a tant envie de découvrir le monde. Kid, lui, est un noir américain exploité dans les champs de coton, car en 1916 au sud des Etats-Unis, la vie d’un homme noir ne vaut rien. Poursuivi par le Klu Klux Klan pour des faits mensongers, il est en fuite. Enfin, Jérémy est issu d’une famille fortunée. Après de brillantes études à Harward, il a refusé de prendre la succession de son père à la tête de l’entreprise, malgré la colère de ce dernier, et s’est lancé dans le journalisme.

Tous trois écœurés par ce à quoi ils ont assisté, désireux de fuir un pays où les mœurs sont si répréhensibles, où la couleur de peau est un handicap pour un noir, où la liberté d’être et de faire ce que l’on souhaite n’a pas sa place, ils partent pour la France combattre aux côtés de leurs compatriotes.

Un combat qui ne sera que le premier de leurs combats communs. La cause des éléphants les réunira à nouveau. Et ce combat périlleux pour préserver l’espèce les emmènera jusqu’au Kenya, paradis des animaux et donc des éléphants. Tous trois trouveront -ils la liberté à laquelle ils aspirent sur le continent africain, à l’image de celle qu’ils veulent offrir aux éléphants ?

Défense animale

C’est un roman émouvant et captivant que nous offre Ariane Bois avec L’amour au temps des éléphants, aux éditions Belfond. La romancière part d’un fait divers authentique – la pendaison d’une éléphante en 1916 dans le sud des Etats-Unis- pour en faire une épopée envoutante sur trois continents, aux côtés de trois êtres unis par cette soif inextinguible de liberté, de justice et de respect – y compris des animaux. Car « Il n’y a pas d’hommes libres sans animaux libres ».

On s’engouffre dans leur sillage, admiratif de leur courage, de leur combattivité, impatients de savoir ce que la vie leur réserve. Car dès les toutes premières pages, on se sent proche des personnages, Ariane Bois étant parvenue à créer d’emblée une forte intimité entre eux et le lecteur. La construction est remarquablement maitrisée, le style d’une grande fluidité, la tension permanente. Le tiercé gagnant d’un roman dont on quitte les attachants personnages à regret.

C’est émouvant, fascinant et tendre. Alors, tenté(e)?

Informations pratiques

L’amour au temps des éléphants, Ariane Bois- Editions Belfond, février 2021 – 252 pages – 19€

Livre pour enfant : Mon livre de l’amitié

mon livre de l'amitié
©Karine Fléjo photographie

Avoir des amis est une source de bonheur, d’épanouissement et de confiance en soi. Mais se lier d’amitié n’est pas toujours facile. Ce livre explique clairement aux enfants ce qu’est l’amitié, comment la développer, l’entretenir, ce qu’il faut ou ne faut pas accepter au nom de l’amitié. Excellent.

L’amitié chez l’enfant

Avoir des amis avec lesquels partager des jeux, des rires, échanger, jouer, rêver est un facteur d’épanouissement, joue un rôle essentiel dans le développement physique et psychologique du petit. Et alimente la confiance en soi. Pour autant, il n’est pas toujours aisé pour un enfant de se faire des amis, d’aller vers les autres et de les laisser venir à soi. Les timides, les petits nouveaux dans une école ou dans une activité, les complexés, les soumis, resteront en retrait à rêver d’être intégrés.

Bonne nouvelle, l’amitié s’apprend ! Il est tout à fait possible de surmonter les difficultés à aller vers les autres, d’apprendre à surmonter sa crainte du rejet. Ce livre sur l’amitié donne en effet des clés à l’enfant pour oser entrer en contact avec les autres, poser des limites, surmonter les brouilles, se réconcilier, soutenir ses amis.

Un livre avec plein d’exemples concrets

Ce livre sur l’amitié, de Félicity Brooks (texte) et Mar Ferrero (illustrations) est un outil pédagogique complet et fort utile, destiné aux enfants de 3 à 5 ans. Grâce aux nombreuses mises en situation illustrées, il permet de faire comprendre à l’enfant l’importance d’avoir des amis, comment s’en faire, ce que représente l’amitié et le partage, mais aussi le pardon, le compromis. Des exemples illustrés répondent à toutes les questions qu’il peut se poser, avec des mots compréhensibles pour lui.

Un insert à destination des parents aide ces derniers avec des outils concrets à accompagner leur enfant dans son ouverture aux autres.

Un livre que je recommande VIVEMENT!

Informations pratiques

Mon livre de l’amitié, Felicity Brooks et Mar Ferrero – éditions Usborne, août 2020 – 10,95€

Site des éditions Usborne : https://www.usborne.fr/

Ces petits riens qui nous animent, Claire Norton

Ces petits riens qui nous animent, Claire Norton

Un livre plein d’humanité, aux personnages indiciblement attachants, sur le pouvoir fabuleux de la solidarité, de l’amitié et de l’empathie. Ou quand l’union fait la force. Captivant et émouvant.

Hasard ou destin ?

Aude, Alexandre et Nicolas ne se connaissaient pas. Jusqu’à ce que leurs pas les amènent un jour de printemps au Parc des Buttes Chaumont, dans le nord-est parisien, pour évacuer dans cet océan de verdure leurs soucis respectifs.

Aude est tombée sur son mari accompagné d’une maîtresse et ne sait plus quelle suite donner à son couple. Alexandre est né dans une famille très conventionnelle et se trouve écartelé entre les attentes parentales et son choix amoureux.

Nicolas, quant à lui, est préoccupé par l’attitude de son frère auquel il est si soudé. Ce dernier a en effet annulé leur rendez-vous, ce qui n’est pas dans ses habitudes.

Chacun, perdu dans ses pensées, est alors interpelé par une jeune fille, suspendue dans le vide, qui menace de sauter. Impossible de rester simple spectateur à cet acte désespéré. Tous les trois émergent de leurs ruminations pour voler à son secours. Mais la jeune fille accepte de renoncer à sauter à condition que les trois inconnus consentent à remplir une étrange mission pour elle.  La vie de chacun prend alors un virage à 180 degrés. Pour le meilleur ou pour le pire ?

Un roman impossible à lâcher

Après En ton âme et conscience, Malgré nous, Claire Norton nous revient avec un troisième roman parfaitement abouti : Ces petits riens qui nous animent. Un roman admirablement construit, qui tient le lecteur en haleine du début à la fin, happé par l’histoire de ces êtres indiciblement attachants.

En portant assistance à la jeune fille, Aude, Nicolas et Alexandre vont s’aider eux-mêmes aussi, découvrir et dépasser leurs limites, apprendre à se respecter, à s’aimer tels qu’ils sont, à ne plus se soumettre au regard et aux attentes des autres. A exister, enfin. Ce que chacun hésitait à entreprendre seul, devient plus aisé grâce à l’amitié qui nait entre eux, à l’écoute bienveillante que chacun a envers l’autre, à l’énergie positive qui circule entre eux. Les montagnes deviennent dunes. Les obstacles ne le sont plus.

Une captivante histoire d’amour et d’amitié, véritable ode à l’entraide et à l’empathie.

A lire absolument !

Informations pratiques

Ces petits riens qui nous animent, Claire Norton – Editions Robert Laffont, juin 2020 – 451 pages – 20 €

Rentrée littéraire : Dany Rousson, pour le sourire de Lenny

pour le sourire de Lenny Dany Rousson

©Karine Fléjo photographie

Dany Rousson nous offre un conte moderne, une invitation à la tolérance et à l’entraide. Ou comment deux SDF, dénués de tout mais riches humainement, peuvent éclairer la vie de ceux dont ils croisent la route.

Une improbable amitié 

Nous sommes en 2003 et deux vagabonds font une halte dans la région d’Aigues-Mortes. Rien ne destinait ces deux hommes à cheminer ensemble. Titi, 25 ans, est un jeune homme avenant, rieur. Tandis que son aîné de 20 ans  est un taiseux au regard étrangement vide et au look qui inspire la méfiance de ceux qu’il croise. Personne ne sait ce qui l’a conduit à la rue, pas même Titi. Pire, il va jusqu’à cacher son nom. Et Titi de le surnommer Savatte.

Un toit, un repas, contre des services ou de petits boulots est leur quotidien. 

A Aigues Mortes, ils découvrent le don, la gentillesse, le désintéressement, l’altruisme des habitants. Pacôme le saunier, Marcellin le retraité , Garance la réparatrice de jouets , Gaëlle la caissière, pour tous ces gens, ils ne sont pas des êtres transparents mais des êtres à part entière, dignes d attention et de considération. De respect. 

Et que dire de ce jeune garçon, Lenny, qui voit en Savatte le père qu’il aurait rêvé d’avoir? Touché au plus profond, Savatte se laisse apprivoiser par l’enfant. Mais un jour c’est le drame. Pourquoi Savatte a-t-il le sentiment de porter la poisse? Que cache-t-il? Que fuit-il?

Une histoire touchante, invitation à la tolérance 

Dans Pour le sourire de Lenny, Danny Rousson nous invite à ne pas juger sur les apparences. Etre SDF, ne pas avoir de toit ni d’argent, ne signifie pas être pauvre humainement. Ni ne pas devoir mériter le respect comme tout être humain. Au fil des pages, le lecteur assiste au tissage d’amitiés et d’amour nouveaux, fragiles mais porteurs d’espoir. Tandis que Savatte reprend vie dans le  regard et le coeur  des autres, il s’ouvre peu à peu sur ce qui l’a fait basculer quinze ans plus tôt de son poste d’ingénieur à celui de mendiant.

Des personnages attachants, émouvants et beaucoup de tendresse émaillent cette agréable lecture. 

Les oiseaux de passage, Emily Barnett

les oiseaux de passage Julie Barnett

©Karine Fléjo photographie

Le fameux 13 novembre 2015, soir des attentats, Juliette a rendez-vous avec un ami. Mais les événements en décident autrement et c’est sur Paul qu’elle tombe, un copain du lycée, rescapé de la fusillade au Carillon. L’occasion pour eux de revenir sur leur passé commun et sur un autre drame : la disparition de Diane, une des leurs.

Attentats du 13 novembre 2015

Juliette a rendez-vous avec Jean-Marc à 21h30. Mais au moment de partir, elle égare une de ses lentilles de contact et perd de précieuses minutes à la chercher. Précieuses, car si Juliette avait enfourché son vélo à l’heure prévue, elle se serait vraisemblablement trouvée au cœur de la fusillade. Précieuses, car elles vont lui sauver la vie.

Tandis qu’elle dévale la rue du Faubourg du Temple à vélo, elle réalise que quelque chose cloche. L’atmosphère est étrange, inhabituelle. Puis ce sont les sirènes d’ambulance, de pompiers, les personnes hagardes qui errent dans les rues. Du sang partout. Il lui faut plusieurs minutes pour comprendre que l’incroyable s’est produit. Que quelques minutes plus tôt, là où elle se trouve, des balles étaient tirées en rafale.

Parmi les blessés, elle reconnaît Paul, un ami du temps du lycée, membre de leur groupe  baptisé le clan des oiseaux. Voilà vingt ans qu’elle ne l’a pas vu. Et ne souhaite pas vraiment le revoir… Elle ne peut pas pour autant abandonner Paul, blessé à la cheville, à son triste sort. Et de l’aider à se relever tant bien que mal. Et de se retrouver confrontée à ce passé qu’elle a fui.

Tandis qu’ils déambulent dans les rues de la capitale, avalent les kilomètres, les souvenirs de la bande qu’ils formaient avec Diane, la leader du groupe, affleurent. Depuis le drame qui a frappé Diane, jamais le sujet n’a été évoqué. Le groupe composé de Juliette, Paul, mais aussi de Gabriel, Thomas, Sven, Alex, Clara et Amandine, s’est complètement disloqué, alors qu’à l’époque ils étaient inséparables, faisaient tout ensemble. Tout le temps.

« Chacun est maître de ses souvenirs. Notre bien-être et parfois notre survie en dépendent. »

Pourquoi ce silence autour de la disparition de Diane ? Que s’est-il passé vingt ans plus tôt ?

De l’incompatibilité entre amitié et amour

Emily Barnett évoque les liens forts qui unissaient un groupe d’amis, dans les années 90. Un groupe dans lequel Diane s’était imposée naturellement comme la leader. Charismatique, magnétique, elle avait le pouvoir d’entraîner le groupe à sa suite. Mais un groupe peut-il garder sa cohésion quand des sentiments plus forts surgissent entre certains d’entre eux ? Ou quand l’amitié réclame l’exclusivité.

Cette lecture, certes agréable, ne m’a pas complètement embarquée. Je n’ai pas été touchée par le sort des personnages, pas plus que je n’ai vécu au diapason de leurs joies et de leurs blessures. Il me manquait un je-ne-sais-quoi pour être concernée par leurs déboires, emportée par l’histoire. Autre point qui m’a gênée : tout au long du livre, Juliette et Paul déambulent dans les rues de Paris, parcourant ainsi des kilomètres…alors que Paul est blessé et a la cheville très douloureuse qui a doublé de volume. Difficile d’y croire… Donc un sentiment mitigé pour ma part à la lecture de ce roman…

 

 

 

L’amitié, se faire des copains et les garder, Isabelle Filliozat

cahier Filliozat L'amitié

©Karine Fléjo photographie

Avoir des amis est une source de bonheur, d’épanouissement et de confiance en soi. Mais se lier d’amitié n’est pas toujours facile. Ce cahier d’activités va justement aider l’enfant à développer sa capacité relationnelle. Un insert à destination des parents les conseille sur la façon d’apprendre à leurs enfants comment cultiver l’amitié.

Les enfants et l’amitié : l’amitié s’apprend et se cultive

Avoir des amis avec lesquels partager des jeux, des rires, échanger, jouer, rêver est un facteur d’épanouissement. Et alimente la confiance en soi. Pour autant, il n’est pas toujours aisé pour un enfant de se faire des amis, d’aller vers les autres et de les laisser venir à soi. Les timides, les petits nouveaux dans une école ou dans une activité, les complexés, les soumis, resteront en retrait à rêver d’être intégrés.

Bonne nouvelle, l’amitié s’apprend ! Il est tout à fait possible de surmonter les difficultés à aller vers les autres, d’apprendre à surmonter sa crainte du rejet. Et la méthode Filliozat, basée sur une approche empathique et résolument positive de l’enfant, vous propose des exercices ludiques pour découvrir comment surmonter ses appréhensions et ses difficultés.

La méthode Filliozat ou la parentalité positive

Les cahiers Filliozat (éditions Nathan), déclinés en plusieurs thèmes que j’ai évoqués au fil des parutions sur ce blog (la confiance en soi, la colère, les émotions…), sont extrêmement bien conçus et adaptés aux problématiques de l’enfant. Avec des jeux simples, le cahier d’activités « L’amitié, se faire des copains et les garder », aide l’enfant à exprimer son ressenti, ses envies, ses frustrations, quand il voit d’autres enfants jouer et aimerait les rejoindre. Ou quand il invite un enfant à jouer avec lui mais essuie un refus. Avec des mises en situation simples, l’enfant apprendra peu à peu comment aller vers les autres, comment être à l’écoute de son ressenti et du leur, comment entretenir de bonnes relations avec les autres. Car l’amitié se cultive !

Un cahier à destination des parents est inséré en fin d’ouvrage, pour les aider à accompagner leur enfant dans le tissage de liens avec les autres. Et démonte à cette occasion certaines idées reçues : non un enfant ne doit pas obligatoirement prêter TOUS ses jouets, non il n’a pas forcément d’affinité avec son camarade parce qu’ils ont le même âge, non la popularité dans un groupe n’est pas à confondre avec l’amitié qui lui est portée, non s’excuser d’avoir mal agi n’est pas forcément la bonne option.

Un cahier que je plébiscite une fois encore tant c’est un outil pédagogique merveilleux, pour les enfants comme pour leurs parents.

La vie dont nous rêvions, Michelle Sacks

La vie dont nous rêvions, éditions Belfond

Un couple amoureux, un joli bébé, une magnifique maison dans un cadre champêtre, cela ressemble à s’y méprendre au tableau du bonheur. Mais sous le vernis des apparences, des couleurs plus sombres se dessinent peu à peu. Le pastel vire au noir. Domination, adultère, perversion, un roman aussi glaçant qu’addictif, au suspense implacable.

Perversion et domination en amitié et en amour

Sam et Merry ont quitté la ville bouillonnante de Brooklyn pour les fins fonds de la campagne suédoise, dans une maison que Sam a hérité de sa grand-mère. Une vieille bâtisse, loin de tout, que Sam a magnifiquement retapée de ses mains tandis que Merry, précédemment scénographe pour le cinéma, s’est chargée de la décoration avec un goût exquis. Une vie saine faite d’amour et d’eau fraîche, de balades en amoureux dans la forêt, de fruits et légumes cultivés dans leur jardin. Entre son bébé, le potager, la préparation de petits plats et le ménage, Merry est une femme au foyer accomplie et épanouie. Un bonheur presque indécent comme on n’en voit qu’au cinéma.

Sauf que nous ne sommes pas au cinéma. Et que Sam comme Merry jouent pourtant des rôles. Le rôle de personnages épanouis et équilibrés. Tout ce qu’ils ne sont pas.

Quand Frank, l’amie d’enfance de Merry, annonce qu’elle vient leur rendre visite en Suède, c’est un mélange d’excitation et de crainte qu’éprouve Merry. Frank est son double, son âme-sœur, celle dont elle a le plus besoin dans la vie. Mais sa plus grande rivale aussi. Frank la connaît depuis l’enfance, sait discerner mieux que quiconque ses états d’âme, entendre les mots qu’elle tait. Il s’agira pour Sam et Merry d’être absolument parfaits dans leurs rôles de couple heureux et amoureux. Sera-t-elle dupe de la comédie du bonheur qui se jouera sous ses yeux ?

Un roman aussi envoûtant qu’effrayant, brillamment construit

Le lecteur plonge dans le roman de Michelle Sacks le sourire aux lèvres, devant ce couple au bonheur resplendissant, installé depuis peu dans un cadre champêtre paradisiaque. Mais très vite, l’auteur insère des bémols dans cette mélodie du bonheur, comme de fausses notes sur la partition qui titille l’attention du lecteur. Des indices savamment distillés qui peu à peu font craindre le pire. Pourquoi ont-ils quitté New-York ? Qu’ont-ils fui là-bas ? Est-ce un choix ou une décision subie pour Merry ? Quant à son amour pour Sam, il s’apparente davantage à une soumission totale. Devant lui, Merry s’efface et joue au caméléon, se conforme à toutes ses attentes, paraît heureuse comme il exige qu’elle le soit. Elle s’oublie. Et étou

ffe. Merry ne trouve pas davantage de satisfactions dans sa relation avec son bébé. Le lien entre eux ne se tisse pas. Elle le regarde hurler, réclamer ses bras, sans pouvoir y répondre. Pire même, elle a envie de lui faire du mal… Mais cela, personne ne le sait tant elle excelle dans le rôle de la femme et mère parfaites. Frank percevra-t-elle sa détresse et permettra-t-elle d’éviter qu’un drame ne survienne ? Mais tandis que le lecteur s’interroge, dans une tension extrême, Michelle Sacks lui révèle que la relation elle-même entre les deux amies n’est pas celle que l’on croit…

Ce premier roman est particulièrement brillant. L’auteur excelle à vous faire ressentir des émotions contradictoires, de l’attirance et de la répulsion, de l’envie et de la peur. Vous frémissez face au drame qui se profile, le redoutez, mais ne pouvez pas vous empêcher d’aller voir les pages suivantes pour apprendre ce qui va se passer. Un roman fort, très juste dans l’analyse de la soumission et de la domination dans le couple comme dans l’amitié, de la difficulté qui existe parfois dans l’établissement du lien mère-enfant. Un roman qui ne se laisse pas oublier !

 

Quand nos souvenirs viendront danser, Virginie Grimaldi

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©Karine Fléjo photographie

Quand six « octogéniaux » décident d’unir leurs forces pour lutter contre l’avis d’expulsion qui les menace, cela donne un roman d’un humour irrésistible et d’une immense tendresse. Ou comment Virginie Grimaldi excelle à vous faire passer du rire aux larmes.

Amitié, amour, vieillesse

Impasse des colibris, on trouve six maisons séparées par de hautes haies. Six maisons habitées par des octogénaires, qui partagent leur quotidien depuis des décennies. Il y a Marceline, rude en apparence mais fondante au cœur et Anatole, son amour depuis plus de soixante ans. On y croise aussi Joséphine, ex-danseuse, dans son célèbre justaucorps fuchsia, ou encore Gustave, Rosalie et Marius. Une impasse dont le calme est soudain rompu par l’annonce du nouveau projet du maire : il n’y a plus assez de classes pour accueillir les enfants, par conséquent il faut construire une nouvelle école et un parking. Ce qui suppose de raser les maisons de l’impasse des colibris.

Nos octogénaires sont sidérés. Comment ce maire, fils de leurs anciens voisins et amis, peut-il envisager un millième de seconde les expulser de chez eux ? Car raser leurs maisons, c’est bien davantage que de transformer de vieilles habitations en tas de pierres.

« Ce ne sont pas que nos maisons qui vont être écrabouillées, ce sont nos souvenirs. Nos vies. (…) Cette place est mon point d’ancrage, mon radeau. Elle a porté mes craintes de jeune mariée, la naissance d’amitiés, toutes nos soirées de rires, les premiers pas de nos enfants, leurs premières cigarettes aussi, elle a accueilli nos secrets, nos espoirs et nos peines, elle est partout dans ma mémoire. »

Alors, que faire ? Se mettre en quête d’une maison de retraite qui voudra bien les accueillir ? Chercher un appartement ailleurs ? Pleurer, se lamenter ? C’est mal connaître nos six compères. Si Marceline regrettait que les haies aient créé une certaine distance entre eux, l’expulsion qui les menace va les rapprocher. Et nos octogénaires de décider de contre-attaquer. Ils ont autant d’idées pour s’opposer au plan du maire que d’années au compteur. Et de fonder le groupe des « octogéniaux ». Leur méthode : multiplier les petites actions. Leur but : user le maire pour obtenir gain de cause. Ils jubilent à fomenter de nouvelles actions, à mettre en place de nouveaux projets, unis, déterminés. Voilà qui leur donne une nouvelle jeunesse !

Ils vont ainsi mener une opération escargot au supermarché, sur la route, écrire et chanter du rap sur Youtube, créer une page Facebook avec des milliers d’abonnés, être invités à la radio, à la télévision. En un mot, ils font le buzz. Et s’attirent le soutien de tous. Sauf du maire.

Pourquoi ce dernier s’acharne-t-il à vouloir construire son école à cet emplacement-là ? Son entêtement cache-t-il autre chose ? A-t-il des comptes à régler avec ces gens, comptes liés à une vieille histoire avec la fille de Marceline et Anatole ? Et nos « octogéniaux », aussi déterminés soient-ils, parviendront-ils à remporter la bataille ?

Un livre profond et léger, drôle et émouvant à la fois

Il est facile de faire pleurer au cinéma ou dans un livre. Il est beaucoup plus difficile de faire rire. Non pas juste sourire, mais rire vraiment (au risque de passer pour une douce dingue auprès des inconnus assis près de vous). C’est le cas de Virginie Grimaldi, qui est capable en un éclair de vous faire passer du rire aux larmes. Et inversement. Son irrésistible humour, ses métaphores désopilantes, ses personnages cocasses, vous feront éclater de rire bien souvent. Une légèreté qui ne doit pas laisser croire à une superficialité. Car les personnages de ce roman sont tout sauf futiles. Ces octogénaires sont en effet viscéralement humains, attachants, émouvants. Marceline nous dévoile son parcours de vie, sa renaissance en rencontrant Anatole, les combats qu’il lui a fallu mener, ses joies et ses peines. Une vie de soleil et de pluie, comme toute vie, mais illuminée en tout temps par l’amour de son Anatole. Un amour qui fait frissonner l’âme et galoper le cœur. Un amour dont chacun rêve.

Un roman lumineux, qui vous mettra des étincelles dans les yeux et du soleil dans le cœur!