Derrière l’objectif, Marie-Laure Bigand

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Derrière l’objectif, Marie-Laure Bigand

Editions Il était un bouquin, mars 2017

 

Dans ce nouveau roman, Marie-Laure Bigand nous invite à suivre les destins sentimentaux de plusieurs hommes et femmes d’aujourd’hui. Une galerie de portraits croisés aussi fragiles que sincères.

Quand Yvan, le mari de Lise, la quitte, c’est la sidération. Pas plus qu’elle ne comprend ce qui a motivé son départ, il ne lui donne d’explication. Une blessure telle, qu’elle se fait une promesse : jamais plus elle ne prendra le risque d’aimer. Son métier de photographe la passionne et devient pour elle bien plus qu’un travail : une béquille. « Elle renonce à l’amour, mais qui l’empêche de vivre celui des autres, à travers son viseur, et d’imaginer ce que peut être leur vie » ? Des photographies de couples qui « lui servent de lien entre l’amoureuse qu’elle a été et la part de rêve qu’elle s’accorde pour ne plus flancher. » Ainsi vivra-t-elle l’amour à distance. Protégée des déceptions et des coups durs.

Sa meilleure amie, Aude, semble elle tout réussir. Sa vie personnelle avec Eddy, père de ses enfants, comme sa vie professionnelle avec l’ouverture d’un salon de thé. Mais le calme n’est qu’apparent. Il aura suffi d’une visite au salon, d’un mot griffonné, pour que des souvenirs resurgissent. Et leur corolaire de doutes. A-t-elle fait le bon choix en restant avec Eddy ?

Dans ce roman viscéralement humain, les êtres dévoilent leurs failles, leurs hésitations, leurs peurs. Celles d’individus blessés par des déboires amoureux. Chacun rebondit à sa manière, se reconstruit au ciment de l’amitié, des rencontres et du temps. Et si aucun d’entre eux n’avoue rechercher à nouveau l’amour, tous secrètement l’espèrent.

L’écriture délicate et sensible de Marie-Laure Bigand saisit encore une fois avec finesse et justesse la complexité de l’âme humaine. A lire!

De tes nouvelles, Agnès Ledig (Albin Michel)

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De tes nouvelles, Agnès Ledig

Editions Albin Michel, mars 2017

 

Agnès Ledig sait trouver les mots justes pour exprimer les émotions qui bouleversent secrètement nos vies. Son nouveau roman, suite de « On regrettera plus tard »,  vibre d’énergie et de sensibilité, à l’image de ses personnages, héros du quotidien qui ne demandent qu’à être heureux. 

 

Après sept années à sillonner les routes à bord de sa roulotte avec sa fille Anna-Nina, Eric s’autorise enfin à se poser. Il accepte l’hospitalité de Valentine, l’institutrice du village, mais demeure sur sa réserve. Car se poser ne signifie pas cesser de se poser des questions. Certes, Valentine est une jeune femme d’une générosité et d’une bienveillance extrêmes. Certes, depuis le décès de sa femme à la naissance d’Anna-Nina, il ressent une solitude affective abyssale. Certes, il éprouve une attirance forte pour la jeune femme. Mais. Mais sa blessure est encore à vif, sa défunte femme trop vivante dans son cœur et ses pensées. Il a besoin de temps, de prévenance et d’amour pour tisser des liens, pour faire confiance à la vie. Pour se faire confiance. Or la « famille » composée de Valentine, de Gustave le grand-père de substitution ainsi que de Gael l’ami esseulé, est la cellule idéale pour se ressourcer. Et avancer.

Alors que la trame d’une belle relation se construit, qu’une vie de famille se met en place, une rencontre menace de tout remettre en cause.

C’est un roman d’une sensibilité aussi vibrante que belle, à son image, que nous offre Agnès Ledig. Lire cette romancière, c’est s’immerger dans un cocon de douceur, renouer avec l’authenticité des êtres, apprécier leur sensibilité, accepter leurs failles et leurs doutes, ne pas les juger. C’est s’émerveiller de chaque petit bonheur simple du quotidien, se blesser parfois, se relever toujours. Aussi, si vous cherchez un livre qui fait du bien, vous serez comblés !

PS : Ne pas avoir lu le précédent roman « On regrettera plus tard » ne nuit pas à la compréhension de cette suite.

 

 

En amoureux, Arnaud Guillon (éditions EHO)

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En amoureux, Arnaud Guillon

Editions Héloïse d’Ormesson, mars 2017

 

Après « Tableau de chasse », Arnaud Guillon renoue avec les personnages aux relations ambigües et aux personnalités complexes. D’une écriture élégante, il pénètre dans l’intimité des êtres pour en révéler les failles, oscillant entre récit amoureux et tension psychologique.

Invité à la pendaison de crémaillère d’un couple d’amis, le regard de Paul croise celui de la pétillante Ninon. Sa silhouette d’une grâce insolente, sa peau d’une finesse de soie et son regard d’un vert magnifique le font immédiatement tomber sous son charme. « Ravissante mais dangereuse » lui glisse à l’oreille son ami. Un avertissement qui ne saurait freiner les élans de Paul, récemment séparé de Chiara. Si Paul est libre, Ninon arbore à contrario une alliance à son doigt. Mais leurs échanges lui révèlent vite que cette bague n’est plus que le dernier témoin d’un amour à l’agonie avec son mari Thaldée. Le fait qu’elle réponde aux avances de Paul et soit sensible à son charme n’en est-il d’ailleurs pas la preuve ? « Quand on va voir ailleurs, dit-elle, c’est qu’il y a un problème. »

Au fil des jours, les deux amants multiplient les rendez-vous cachés dans la capitale, les étreintes passionnées. Dans un Paris estival vidé de ses habitants, il leur semble que la ville, le monde, la vie, leur appartiennent. Un bonheur presque indécent. C’est alors que Ninon lui fait une proposition aussi inattendue que réjouissante : elle propose à Paul de s’envoler avec elle en Grèce ou en Italie, à l’insu de son mari. Comment refuser pareille proposition ? Les paysages idylliques, la mer émeraude, la tranquillité, la liberté de se montrer ensemble sans crainte d’être reconnus, tout confère à rendre cette escapade paradisiaque. En théorie. Car l’amour n’a que faire des théories, n’obéit à aucune équation…

La plume délicate et sensible d’Arnaud Guillon met les âmes à nu et dissèque les cœurs avec une finesse chirurgicale. Ces moments de bascule, où les sentiments changent de nature, ces petits grains de sable qui bloquent soudainement les rouages du bonheur, sont analysés ici avec beaucoup de subtilité. Le lecteur prend son billet pour la Grèce, accompagne Ninon et Paul, sans savoir s’il a pris un vol pour le paradis ou pour l’enfer.

A lire !

Le bureau des jardins et des étangs, Didier Decoin : d’une déchirante beauté

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Le bureau des jardins et des étangs, Didier Decoin

Editions Stock, janvier 2017

Rentrée littéraire

Un conte initiatique d’une déchirante beauté, sensuel, poétique, voluptueux, à l’époque du Japon médiéval. Coup de cœur immense pour cette sublime estampe.

C’est une immersion totale dans le Japon du XIIème siècle, à l’époque Heian, que nous offre Didier Decoin.

Miyuki, jeune femme frêle, « une maigre silhouette d’herbe folle », vivait un amour idyllique avec Katzuro, le pêcheur de carpes le plus habile du village de Shimae, fournisseur officiel du Bureau des Jardins et des Etangs de l’empereur. Mais ce dernier glisse sur le fond glaiseux de la rivière et meurt noyé. Tous pensent alors que sa veuve va s’effondrer. Or c’est mal connaître la réservée Miyuki. Dès l’instant de la nouvelle de son décès, elle qui n’a jamais passé les frontières de son village, décide de relever le défi de livrer les carpes à l’empereur à plusieurs jours de marche de là. Parce que l’argent de la vente de ces poissons sacrés permettra de faire vivre le village. Mais aussi et surtout, parce qu’ainsi elle entend rendre hommage à son défunt mari. Ces carpes qu’elle portera péniblement dans des vasques en osier remplies d’eau, au bout d’une palanche, sont les dernières que Katzuro a capturées. Un trésor ô combien symbolique.

Un voyage qu’elle entreprend seule. En apparence. Car sans cesse les souvenirs de Katzuro l’accompagnent, au point de le rendre indiciblement présent à ses côtés, de guider ses pas, de faire battre son cœur.

Une aventure épique, au cours de laquelle il lui faudra affronter les intempéries, les monstres marins, les brigands, se frotter à une tenancière de maison close aux dents vertes. Ou comment la candide Miyuki, mue par l’amour pour son défunt mari, découvre le monde et s’émancipe. C’est pour le lecteur l’occasion d’un voyage sublime au cœur d’un Japon où se mêlent un raffinement extrême, une infinie poésie et une divine exaltation des sens.

Un coup de coeur absolu!

Par amour, Valérie Tong Cuong : magistral!

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Par amour, Valérie Tong Cuong

Editions JC Lattès, janvier 2017

Rentrée littéraire

Avec cette fresque envoûtante qui nous mène du Havre sous l’Occupation à l’Algérie, Valérie Tong-Cuong trace les destinées héroïques de gens ordinaires, dont les vies secrètes nous invitent dans la grande Histoire. MAGNIFIQUE.

Il fallait apprendre à aimer vivre, et vivre pour aimer (P. 348), telle pourrait être la phrase qui symbolise le mieux ce roman magnifique. A travers le sort de deux familles, des êtres ordinaires, l’auteur nous fait vivre leurs destinées extraordinaires. Ou quand la petite histoire rejoint la grande.

Nous sommes au Havre en 1940. Emelie et Joffre forment un couple fusionnel, amoureux comme au premier jour et parents de deux enfants. Concierges d’école, ils prennent leur fonction très à cœur, dévoués à l’éducation, à la patrie. Muguette, la sœur d’Emelie, est beaucoup plus insouciante. Et moins résistante aussi. Une insouciance cependant mise à mal par la guerre qui la prive de la présence aimante de son mari envoyé au front. Mais pas seulement.Sa fille adorée, Marline, s’est emmurée dans un mutisme aussi brutal que quasi-total. Seul Joseph, frère de Marline, parvient à l’extraire de sa prison, l’espace de quelques mots échangés.

C’est une plongée fascinante dans l’Histoire que nous offre Valérie Tong Cuong, avec un regard neuf sur les conflits qui ont fait tant de morts, de blessés, d’orphelins et ont totalement dévasté la ville. Une cité certes rasée par l’ennemi, mais aussi par les raids des forces alliées qui n’ont pas hésité à sacrifier des civils pour servir l’intérêt général… Au milieu des bombes, des informations parcellaires et contradictoires sur les avancées des alliés, les deux familles luttent contre la peur , la faim, le froid, la maladie. Et la mort qui hante.

Comment tenir face à un tel chaos ? Comment trouver la force d’aider les siens, de s’aider soi, d’avancer ? Comment sinon par cette si belle et si puissante énergie qu’est l’amour ? Amour conjugual, filial, sororal, amour de son prochain, de la patrie, amour de la vie, l’Amour est presque un personnage à part entière de ce roman. Le sang qui pulse dans le cœur de chaque personnage. L’énergie surhumaine qui l’anime. L’élan vital qui le maintient debout.

Un roman magistral, tant dans le travail colossal d’écriture, que dans la beauté déchirante du récit. Une lecture dont on ne ressort pas indemne, mais avec la furieuse envie d’aimer plus intensément encore. Très gros coup de cœur de cette rentrée littéraire !

P. 349 : Le temps et l’absence n’ont rien à voir avec l’amour. Ce qui compte, c’est ce qui le fonde.

Tu verras, les âmes se retrouvent toujours quelque part, Sabrina Philippe : une autre vision de l’amour

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Tu verras, les âmes se retrouvent toujours quelque part, Sabrina Philippe

Editions Eyrolles, janvier 2017

278 P. ; 14,90€

Elle est jeune, jouit d’une certaine notoriété en tant que psychologue spécialiste de l’amour à la télévision. Et pourtant, sa vie privée est tout sauf épanouie. Paradoxe que de donner à l’écran des recettes pour réussir sa vie de couple, quand soit même on en souffre. Récemment séparée et installée dans un appartement parisien au cœur du Marais, ses pas la portent un jour dans un café de l’île Saint-Louis. C’est alors qu’elle y rencontre une vieille femme dont les propos vont bouleverser sa vision de l’amour. Mais pas seulement : sa conception du monde, du sens même de la vie, de sa mission de vie vont être elles-aussi chamboulées…

Hasard des rencontres ou destin ? Cette vieille femme semble là pour lui apporter des réponses aux questions que justement elle se pose. Et en effet, elle a un savoir à lui transmettre, une vision du monde, du couple, de l’amour, à partager. Et de livrer à la narratrice, page après page, les chapitres de son histoire. Elle a rencontré l’Amour il y a bien longtemps. Pas l’amour au sens où nous l’entendons communément, non. L’âme-soeur. Un amour spirituel. Un amour extraordinaire, au sens premier du terme. Un amour si fort, si perturbant, qu’il vous laisse dans l’incompréhension des sentiments qui vous animent et bouleverse le cours de votre vie.

Au fil des confidences, la narratrice parcourt le chemin de vie de la vieille femme. Un itinéraire initiatique vers une autre conception de l’amour, plus vaste, plus puissante. Les questionnements se multiplient alors et mettent à mal nos certitudes. Et si le but ultime de l’amour n’était pas notre bonheur ? Et si l’amour terrestre n’était pas le dessein réel ?

Ce roman est une réussite à plus d’un titre. Il se dévore grâce à la fluidité du style, à la tension permanente qui tient le lecteur en haleine de la première à la toute dernière page, à l’énergie lumineuse qu’il dégage. Mais pas seulement. Il offre au lecteur des clés pour appréhender différemment l’amour, ouvrir son regard, éveiller son esprit. Sans prétendre détenir la vérité, sans dogmatisme aucun, Sabrina Philippe nous suggère des pistes, nous invite à réfléchir. D’où vient-on? Pour quoi? Où va t-on? Libre à chacun ensuite, fort de cette expérience partagée, de trouver sa propre mission de vie.

Un roman qui touche à l’intime et à l’universel de la passion. Un roman de développement spirituel à lire absolument!

P. 170 : Seule la souffrance nous oblige à apprendre et à nous transformer. La joie nous fige, la souffrance nous anime, car nous cherchons à lui échapper, et par là-même nous nous transformons.  Si vous envisagez chaque épreuve de votre vie comme un apprentissage, alors vous verrez qu’il n’y a plus d’épreuve, il n’y a que des leçons. A chaque fois que quelque chose vous dérange, vous peine, vous terrasse même, demandez-vous : que vais-je pouvoir apprendre de cet événement sur les autres, sur moi-même, sur ce monde ? Et ainsi vous danserez avec l’univers.