Quand on n’a que l’humour, Amélie Antoine : magnifique…

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Quand on n’a que l’humour, Amélie Antoine

Editions Michel Lafon, mai 2017

C’est une histoire de paillettes et de célébrité, mais surtout, l’histoire d’un père et d’un fils auxquels il aura fallu plus d’une vie pour se trouver. Magnifique…

Edouard est un humoriste connu et reconnu. Son nom au programme d’une soirée suffit à remplir les salles. Nul autre en effet ne semble à ce point doué pour dispenser de la joie autour de lui. Mais ce bonheur qu’il sait si bien faire naître chez autrui, l’éprouve-t-il seulement ? Qu’en est-il de sa vie, de ses rêves, de ses envies ? De son moteur ? Que cache-t-il derrière ces blagues qui fusent à cent à l’heure ? Pourquoi ne se sent-il pas légitime dans ce métier malgré la reconnaissance de ses pairs, la présence toujours plus nombreuse et enthousiaste du public ? Quel est ce barrage qui retient son bonheur prisonnier et ne laisse filtrer que les flots du doute et des regrets ?

De son côté, Arthur, son fils, observe de loin la carrière de l’humoriste préféré des français. Certes, ce père, si souvent absent, appelé par son public mais sourd à ses appels d’enfant, a tenté de compenser en le couvrant de cadeaux, de sorties toutes plus féériques les unes que les autres. Mais cela n’a pas suffi à combler le manque, l’absence de partage de moments forts et moins forts du quotidien. L’affection a peu à peu fait place à la colère et au ressentiment. Au point qu’au fil des années, l’un et l’autre sont devenus des étrangers.

Il faudra la disparition tragique d’Edouard, pour qu’Arthur se mette en quête de découvrir qui était réellement ce père, cet homme, cet autre. Pour réaliser la place qu’il occupe dans son cœur.

C’est un roman magnifique que nous offre Amélie Antoine. Bouleversant. Un roman dans lequel deux êtres s’aiment sans savoir se le montrer ni se le dire. Comment être un bon parent quand on n’a pas été soi-même chéri dans son enfance ? « Peut-être est-on condamné à reproduire, de génération en génération, les erreurs de ses parents ? Peut-être que chercher à faire tout le contraire est le plus sûr moyen d’aboutir au même résultat foireux ? » Avec beaucoup de sensibilité et de justesse, l’auteur nous fait toucher du doigt la difficulté d’aimer, d’exprimer ses émotions. Et nous montre qu’il n’est jamais trop tard pour pardonner. L’important, en tant que parent, n’est-il pas d’avoir fait de son mieux avec ce que l’on a reçu ? Et non d’être parfait.

Un roman poignant dont les personnages vous hanteront longtemps. A lire !

J’ai toujours cette musique dans la tête, Agnès Martin-Lugand : entêtant!

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J’ai toujours cette musique dans la tête, Agnès Martin-Lugand

Editions Michel Lafon, avril 2017

 

Parents de trois jeunes enfants, Yannis et Vera forment un couple de quadras aussi amoureux qu’au premier jour. Tout serait absolument parfait si Yanis n’éprouvait pas une frustration toujours plus grande dans son travail. En effet, employé de son beau-frère architecte depuis maintenant dix ans, Yanis a le sentiment d’étouffer, d’être constamment rabaissé. De fait, tous deux ont un tempérament opposé : la fougue, la folie, l’ambition de Yanis se heurtent à la prudence, l’étroitesse d’esprit et le pragmatisme de Luc. Aussi, quand ce dernier s’oppose à un projet pharaonique qui enthousiasmait Yanis, LE projet sur lequel il entendait se réaliser, c’est la rupture entre les deux hommes.

Yanis claque la porte de l’agence.

Alors qu’il hésite à se mettre à son compte, préoccupé par les moyens financiers à mettre en œuvre et la nécessité de subvenir aux besoins de sa famille, un homme, Tristan, entre dans sa vie tel le messie. Bien qu’ils se connaissent à peine, Tristan propose de se porter garant, donne à Yanis la confiance qui lui a toujours fait défaut, à lui, l’autodidacte. Mieux, Tristan se montre charmant avec les enfants, avec Vera, met à leur disposition sa maison de vacances, veille sur eux comme s’ils étaient de sa famille. Celui qui était un parfait inconnu il y a peu encore, occupe désormais une place centrale dans leur vie. De quoi se réjouir et remercier la providence.

Mais ce rêve éveillé est-il trop beau pour être vrai ? Le tournant professionnel de Yanis sera-t-il compatible avec sa vie familiale et conjugale ? Cette intuition qui souffle à Vera de se méfier est-elle fondée ?

Crise de la quarantaine, reconversion, couple, emprise affective, sont disséqués au scalpel de la plume d’Agnès Martin-Lugand avec une finesse et une justesse chirurgicales. Difficile dès lors de ne pas se laisser emporter par la musique de l’intrigue, par ces mots inscrits sur la partition du suspens, témoins de la toile qui se tisse autour du couple et inquiets quant à leur capacité à s’en extraire.

Un roman qui se dévore d’une traite !

Coup de coeur absolu pour Nuits blanches et gros câlins, de Matteo Bussola!

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Nuits blanches et gros câlins, Matteo Bussola

Traduit de l’italien par Jean-Luc Defromont

Editions Kero, mai 2017

 

De sa plume vive et tendre, Matteo Bussola dessine un portrait bariolé et irrésistible du bonheur et de la poésie d’être père. Un bijou!

« Mon travail, c’est d’être père. Mon métier, de dessiner des BD. Par passion, j’écris. », ainsi se définit l’auteur de ce recueil de textes absolument savoureux.

Papa attentionné et indiciblement tendre de trois fillettes intrépides de 3 à 9 ans, Matteo Bussola nous fait part des métamorphoses qu’a opérées en lui la paternité, des émerveillements auxquels elle a donné naissance et dont il savoure chaque instant.  Du regard neuf qu’il porte désormais sur la vie, sur lui, sur l’autre. « Mes filles me nourrissent et me rappellent qu’être père, cela signifie vivre en équilibre entre responsabilité et moments d’abandon, entre force et tendresse, que c’est valable pour tout, et que tout le reste en découle. »

Avec une sensibilité à fleur de plume, un humour irrésistible et un regard d’une fraîcheur délicieuse, il partage avec nous son quotidien, ses prises de conscience, ses anecdotes de travail, ses craintes, ses joies. Celles d’un père fou amoureux de ses petites. Celles d’un mari aimant. Dans de très courts billets, il nous interpelle, nous attendrit, nous émeut, nous fait sourire, rire.  Et nous souvenir. Impossible de reposer le livre une fois la lecture commencée. Impossible de ne pas succomber à ce bijou de sensibilité et de poésie. Impossible d’en parler sans être en deçà du bonheur de lecture éprouvé.

Un livre lumineux. Un auteur de talent. Un coup de cœur absolu.

P.81 : Ce que vous ignorez, c’est qu’en réalité vous ne restez pas le même. Car tandis qu’elles apprennent la vie, vous apprenez à être père, autrement dit vous apprenez votre seconde vie. Ce qui signifie cesser d’être, pour commencer à être là, être conscient de la fugacité de ce moment et savoir cueillir la douceur de ce sourire rien que pour vous, même quand vous êtes fatigué, la beauté de ce jeu, même quand vous êtes énervé, la merveille de ces seize kilos qui ne veulent dormir que contre votre sternum, même quand vous êtes exténué.

P. 231 : C’est valable pour n’importe quel type d’amour. (…) On ne récolte pas ce qu’on se contente de semer, un point c’est tout. On ne récolte que ce dont on prend soin.

 

Informations pratiques :

247 pages

15,90€.

ISBN : 978-2-36658-303-8

Derrière l’objectif, Marie-Laure Bigand

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Derrière l’objectif, Marie-Laure Bigand

Editions Il était un bouquin, mars 2017

 

Dans ce nouveau roman, Marie-Laure Bigand nous invite à suivre les destins sentimentaux de plusieurs hommes et femmes d’aujourd’hui. Une galerie de portraits croisés aussi fragiles que sincères.

Quand Yvan, le mari de Lise, la quitte, c’est la sidération. Pas plus qu’elle ne comprend ce qui a motivé son départ, il ne lui donne d’explication. Une blessure telle, qu’elle se fait une promesse : jamais plus elle ne prendra le risque d’aimer. Son métier de photographe la passionne et devient pour elle bien plus qu’un travail : une béquille. « Elle renonce à l’amour, mais qui l’empêche de vivre celui des autres, à travers son viseur, et d’imaginer ce que peut être leur vie » ? Des photographies de couples qui « lui servent de lien entre l’amoureuse qu’elle a été et la part de rêve qu’elle s’accorde pour ne plus flancher. » Ainsi vivra-t-elle l’amour à distance. Protégée des déceptions et des coups durs.

Sa meilleure amie, Aude, semble elle tout réussir. Sa vie personnelle avec Eddy, père de ses enfants, comme sa vie professionnelle avec l’ouverture d’un salon de thé. Mais le calme n’est qu’apparent. Il aura suffi d’une visite au salon, d’un mot griffonné, pour que des souvenirs resurgissent. Et leur corolaire de doutes. A-t-elle fait le bon choix en restant avec Eddy ?

Dans ce roman viscéralement humain, les êtres dévoilent leurs failles, leurs hésitations, leurs peurs. Celles d’individus blessés par des déboires amoureux. Chacun rebondit à sa manière, se reconstruit au ciment de l’amitié, des rencontres et du temps. Et si aucun d’entre eux n’avoue rechercher à nouveau l’amour, tous secrètement l’espèrent.

L’écriture délicate et sensible de Marie-Laure Bigand saisit encore une fois avec finesse et justesse la complexité de l’âme humaine. A lire!

De tes nouvelles, Agnès Ledig (Albin Michel)

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De tes nouvelles, Agnès Ledig

Editions Albin Michel, mars 2017

 

Agnès Ledig sait trouver les mots justes pour exprimer les émotions qui bouleversent secrètement nos vies. Son nouveau roman, suite de « On regrettera plus tard »,  vibre d’énergie et de sensibilité, à l’image de ses personnages, héros du quotidien qui ne demandent qu’à être heureux. 

 

Après sept années à sillonner les routes à bord de sa roulotte avec sa fille Anna-Nina, Eric s’autorise enfin à se poser. Il accepte l’hospitalité de Valentine, l’institutrice du village, mais demeure sur sa réserve. Car se poser ne signifie pas cesser de se poser des questions. Certes, Valentine est une jeune femme d’une générosité et d’une bienveillance extrêmes. Certes, depuis le décès de sa femme à la naissance d’Anna-Nina, il ressent une solitude affective abyssale. Certes, il éprouve une attirance forte pour la jeune femme. Mais. Mais sa blessure est encore à vif, sa défunte femme trop vivante dans son cœur et ses pensées. Il a besoin de temps, de prévenance et d’amour pour tisser des liens, pour faire confiance à la vie. Pour se faire confiance. Or la « famille » composée de Valentine, de Gustave le grand-père de substitution ainsi que de Gael l’ami esseulé, est la cellule idéale pour se ressourcer. Et avancer.

Alors que la trame d’une belle relation se construit, qu’une vie de famille se met en place, une rencontre menace de tout remettre en cause.

C’est un roman d’une sensibilité aussi vibrante que belle, à son image, que nous offre Agnès Ledig. Lire cette romancière, c’est s’immerger dans un cocon de douceur, renouer avec l’authenticité des êtres, apprécier leur sensibilité, accepter leurs failles et leurs doutes, ne pas les juger. C’est s’émerveiller de chaque petit bonheur simple du quotidien, se blesser parfois, se relever toujours. Aussi, si vous cherchez un livre qui fait du bien, vous serez comblés !

PS : Ne pas avoir lu le précédent roman « On regrettera plus tard » ne nuit pas à la compréhension de cette suite.