Glissez Véronique de Bure dans votre poche!

Un amour retrouvé éditions J'ai lu

Un livre d’une infinie tendresse et d’une profonde humanité, sur une veuve septuagénaire qui rencontre à nouveau l’amour. Comment vivre un dernier amour ?

Retrouver son premier amour

Véronique de Bure est la plus jeune d’une fratrie de trois. Précédée par deux frères. Petite dernière, elle a toujours eu une relation très privilégiée avec sa mère. Fusionnelle même. Aussi, quand sa mère est restée veuve à 70 ans, arrachée brutalement à celui qu’elle aimait et père de ses enfants, Véronique s’est inquiétée pour elle.

Jusqu’à ce jour, trois ans plus tard, où Véronique remarque un éclat inhabituel dans le regard de sa mère. Des étincelles qu’elle n’avait plus vu luire depuis des années. Et sa mère de lui avouer échanger des lettres avec son premier amour, un prénommé Xavier. Un amoureux parti sans une explication, qui a ressurgi dans sa vie ½ siècle plus tard. Peut-on tomber amoureux à plus de 70 ans ?

Au bonheur de voir sa mère heureuse se mêlent une forme de jalousie et de peur. Sa relation si complice avec sa mère va-t-elle pâtir de ce nouvel amour ?

Aimer à tout âge

J’avais adoré le précédent livre de Véronique de Bure, Un clafoutis aux tomates cerises (chronique ICI). J’attendais donc avec impatience un nouvel ouvrage signé de sa plume. Et la magie d’opérer à nouveau avec Un amour retrouvé, paru aux éditions J’ai lu en ce mois de mai.

Dans ce livre, l’auteure évoque sa mère, sa relation si forte et si belle avec elle. Une relation qui a évolué avec l’arrivée dans la vie de la septuagénaire d’un nouvel amour.  Et Véronique de Bure de craindre de « perdre » sa mère, de ne plus trouver sa place dans la maison à chacune de ses visites. D’être presque de trop pour sa mère, là où elle était son essentiel. Crainte aussi que cet homme ne remplace son défunt père, ne l’efface. Substitue-t-on un amour à un autre ou l’additionne-t-on ?

Mais avec le temps, elle réalise que cet amour entre sa mère et Xavier n’est pas une menace. Bien au contraire. Pour les deux septuagénaires, il est comme une renaissance, un nouveau droit au bonheur dont ils se saisissent et se délectent. N’est-ce pas là le plus important pour eux comme pour leurs proches ?

C’est une réflexion extrêmement touchante et vibrante d’authenticité que nous livre Véronique de Bure sur les changements au sein d’une famille et notre capacité à nous adapter à eux. Une ode à l’amour, entre un homme et une femme, mais aussi entre des parents et leurs enfants.

C’est tendre, bouleversant et viscéralement humain. A lire absolument.

Informations pratiques

Un amour retrouvé, Véronique de Bure – éditions J’ai Lu, mai 2022 – 7,90€- 320 pages

D’audace et de liberté, Akli Tadjer

Après D’amour et de guerre, Akli Tadjer nous offre une suite à sa fresque historique fascinante et émouvante. Entre le Paris de l’après seconde guerre mondiale et une Algérie qui rêve d’indépendance. Magnifique.

Survivre à la seconde guerre

Adam, jeune berger algérien, a été arraché à son pays et à la femme qu’il aimait, prénommée Zina, appelé à combattre en tant que soldat colonial auprès des soldats français de souche. De la guerre il n’a vu que des atrocités, mais a tenu tout ce temps debout grâce à la colonne vertébrale qu’est son amour pour Zina. Or à la fin du conflit, il a appris avec douleur qu’elle a été contrainte d’en épouser un autre. Adam réalise que la guerre a non seulement tué des êtres, elle a aussi tué ses rêves de jeunesse. De chagrin, il a quitté sa Kabylie natale et est retourné à Paris, où depuis il dirige une tannerie aux côtés d’Elvire, une femme juive dont le père a disparu pendant la guerre.

Une guerre qui n’a pas seulement redessiné la carte géographique, mais qui a aussi redessiné les esprits. Les soldats coloniaux, comme Adam, ont pris conscience qu’ils pouvaient mettre autant de ferveur et d’énergie à défendre leur cause, celle de l’Algérie, qu’ils en ont mis dans cette guerre à défendre une liberté qui n’était pas la leur. Alors Adam décide de passer à l’action, de devenir non plus spectateur mais acteur de l’Histoire. A cette fin, chaque dimanche, à la tannerie, il organise des débats pour voir comment il serait possible de penser à une Algérie sociale, démocratique et plurielle. Mais ces réunions ne sont pas du goût des autorités françaises… Quant à Elvire, éprise d’Adam, son cœur se met à vibrer quand elle apprend que son père a survécu à la rafle et est réfugié en Israël, un état où il souhaite qu’elle le rejoigne…

D’audace et de liberté

Avec D’audace et de liberté, paru en ce mois de mai aux éditions Les escales, Akli Tadjer nous offre une suite à la hauteur du magnifique premier tome de cette fresque historique : D’amour et de guerre. Le pari était difficile, tant le premier tome était fascinant, émouvant, passionné (retrouvez la chronique du premier tome en cliquant ici : D’amour et de guerre). Difficile mais réussi haut la plume !

Dans cette fresque historique, Akli Tadjer nous place dans la peau d’un soldat colonial, un jeune berger d’un village de Kabylie, dont les rêves ont été anéantis par la seconde guerre mondiale. Mais si elle a tué ses rêves, la guerre n’a pas tué en lui tout espoir de faire changer les choses. Au contraire, elle les a nourris. Depuis la France, il sent murir en lui des rêves de liberté pour son pays. Une liberté qui nécessite beaucoup d’audace. Mais Adam est un homme de courage et de convictions. Un homme debout.

C’est un roman d’une intensité émotionnelle et d’une tension narrative exceptionnelles. On ne peut qu’être touché par ces personnages dont la petite histoire est emportée par les tourbillons de la grande Histoire. Akli Tadjer sait donner tant de chair à ses personnages, les rendre à ce point vivants, que le lecteur vit à leurs côtés, tremble avec eux, se réjouit, se désole au diapason des personnages. Soyez prévenus, vous n’aurez plus envie de lâcher ce livre, de quitter Adam et les autres. Et cela tombe bien, car un troisième tome est en préparation !

Vous pouvez tout à fait lire ce roman si vous n’avez pas lu D’amour et de guerre, car l’auteur fait les rappels nécessaires à la compréhension de l’histoire. Mais. Mais il serait dommage de ne pas prendre la pleine mesure de ce livre en passant à côté du premier tome, aussi vibrant et puissant que le deuxième. Surtout qu’il est désormais disponible aux éditions Pocket. Alors un conseil : ne vous faites pas juste un mais deux plaisirs, lisez les deux ! Vous m’en remercierez ! 😉

Informations pratiques

D’audace et de liberté, Akli Tadjer – éditions Les Escales, mai 2022 – 20€ – 288 pages

D’amour et de guerre, Akli Tadjer

La seconde guerre mondiale vécue par un soldat colonial. Un roman envoûtant, une histoire d’amour vibrante, où le meilleur de l’homme côtoie le pire.

La seconde guerre mondiale vue par un soldat colonial

Nous sommes en 1942, dans les montagnes kabyles. Du haut de ses 20 ans, Adam, jeune berger algérien, a des rêves plein la tête. Il est fou amoureux de Zina avec laquelle il envisage de se marier. Pour abriter leur amour, il construit lui-même leur maison. Mais une lettre du ministère de la Défense nationale va faire exploser en vol tous ses projets : tout comme son père en 14/18, Adam est réquisitionné. Or il s’était juré sur le lit de mort de son père de ne jamais combattre, traumatisé par le spectacle de la déchéance de son père, rentré brisé intérieurement du front, amputé d’un pied, hanté jour et nuit par les horreurs auxquelles il a assisté. Fidèle à sa promesse de ne jamais tomber pour la France, il décide de fuir et d’emmener Zina avec lui.

Mais les gendarmes les rattrapent. Zina est renvoyée chez son père. Adam est enrôlé de force pour défendre l’honneur de la France envers laquelle son peuple est censé avoir une dette. Lui qui pensait avoir connu l’enfer avec la colonisation, va découvrir le véritable enfer avec la guerre : « La guerre tue les rêves de jeunesse. »

Adam va-t-il survivre aux combats, à l’internement en stalag ? Son amour avec la belle Zina survivra-t-il à la guerre et à l’éloignement ?

Un roman historique et une histoire d’amour fascinants

En ce mois de mai, les éditions Pocket publient le premier tome de la trilogie dAkli Tadjer : D’amour et de guerre. Un roman impossible à lâcher, où l’histoire d’un berger, de sa bien-aimée Zina, de ses copains Tarik et Samuel, de l’instituteur Mr Grandjean, va rejoindre la grande Histoire. Si nombreux sont les livres à évoquer la seconde guerre mondiale, peu de romans choisissent de l’évoquer du point de vue d’un soldat colonial. Comment peut-il faire sien le combat pour défendre la liberté de la France, alors que lui-même n’est pas libre dans son propre pays ? Comment accepter de se sacrifier pour un pays qui ne lui donne pas les mêmes moyens ni ne le traite pareillement que les autres combattants, français de souche ? Et que reçoivent-il comme reconnaissance en retour de leur fidélité et de leurs sacrifices à la France ? Rien.

Avec une écriture d’une grande sensibilité, une humanité qui transparait dans chaque page, Akli Tadjer nous embarque dans son histoire. Et nous invite à réfléchir, en nous glissant dans la peau d’un homme dont le pays est colonisé, sur les sacrifices énormes consentis par ces soldats coloniaux. Et plus largement, sur les ravages de la guerre. Pas d’apitoiement ni de misérabilisme ici : les personnages d’Akli Tadger sont des battants, des personnes avec des idéaux, bons ou mauvais, mais bien décidés à les atteindre. Des êtres indiciblement attachants.

On ressort bouleversé, transporté, ému, chahuté de ce roman, impatient de découvrir la suite, D’audace et de liberté, qui vient de paraitre aux éditions Les escales fin mai 2022.

A découvrir absolument !

Informations pratiques

D’amour et de guerre, Akli Tadjer – éditions Pocket, mai 2022 – 335 pages – 7,70 €

Ce livre fait partie de la sélection du Grand prix des lecteurs 2022

Citation du jour

J’ai appris la vie, j’ai appris la mort. Et l’amour de ma mère, qui me faisait tenir. Après, quand on est grand, on se débrouille avec ce bagage. On se débrouille comme on peut, avec ce qu’on a dans son cartable. On est heureux, on est malheureux. On aime, on est aimé. On gagne, on perd. On se fait sa propre vie. Mais tout vient de l’enfance. C’est incrusté dans ma peau. Le bonheur, le malheur, les miracles et la honte. Les épiphanies et le noir désespoir.

Alain Rémond, Ma mère avait ce geste (Plon, septembre 2021)

Ma mère avait ce geste

Un amour retrouvé, Véronique de Bure

un amour retrouvé

Un livre d’une infinie tendresse et d’une profonde humanité, sur une veuve septuagénaire qui rencontre à nouveau l’amour. Comment vivre un dernier amour ?

Retrouver son premier amour

Véronique de Bure est la plus jeune d’une fratrie de trois. Précédée par deux frères. Petite dernière, elle a toujours eu une relation très privilégiée avec sa mère. Fusionnelle même. Aussi, quand sa mère est restée veuve à 70 ans, arrachée brutalement à celui qu’elle aimait et père de ses enfants, Véronique s’est inquiétée pour elle.

Jusqu’à ce jour, trois ans plus tard, où Véronique remarque un éclat inhabituel dans le regard de sa mère. Des étincelles qu’elle n’avait plus vu luire depuis des années. Et sa mère de lui avouer échanger des lettres avec son premier amour, un prénommé Xavier. Un amoureux parti sans une explication, qui a ressurgi dans sa vie ½ siècle plus tard. Peut-on tomber amoureux à plus de 70 ans ?

Au bonheur de voir sa mère heureuse se mêlent une forme de jalousie et de peur. Sa relation si complice avec sa mère va-t-elle pâtir de ce nouvel amour ?

Aimer à tout âge

J’avais adoré le précédent livre de Véronique de Bure, Un clafoutis aux tomates cerises (chronique ICI). J’attendais donc avec impatience un nouvel ouvrage signé de sa plume. Et la magie d’opérer à nouveau avec Un amour retrouvé.

Dans ce livre, l’auteure évoque sa mère, sa relation si forte et si belle avec elle. Une relation qui a évolué avec l’arrivée dans la vie de la septuagénaire d’un nouvel amour.  Et Véronique de Bure de craindre de « perdre » sa mère, de ne plus trouver sa place dans la maison à chacune de ses visites. D’être presque de trop pour sa mère, là où elle était son essentiel. Crainte aussi que cet homme ne remplace son défunt père, ne l’efface. Substitue-t-on un amour à un autre ou l’additionne-t-on ?

Mais avec le temps, elle réalise que cet amour entre sa mère et Xavier n’est pas une menace. Bien au contraire. Pour les deux septuagénaires, il est comme une renaissance, un nouveau droit au bonheur dont ils se saisissent et se délectent. N’est-ce pas là le plus important pour eux comme pour leurs proches ?

C’est une réflexion extrêmement touchante et vibrante d’authenticité que nous livre Véronique de Bure sur les changements au sein d’une famille et notre capacité à nous adapter à eux. Une ode à l’amour, entre un homme et une femme, mais aussi entre des parents et leurs enfants.

C’est tendre, bouleversant et viscéralement humain. A lire absolument.

Informations pratiques

Un amour retrouvé, Véronique de Bure – éditions Flammarion, mai 2021 – 304 pages – 20€

L’amour au temps des éléphants, Ariane Bois

L'amour au temps des éléphants

Coup de cœur absolu pour ce roman qui nous offre un voyage dans le temps et sur trois continents. Un trio de personnages attachants, liés par l’amitié, l’amour, la guerre et la défense animale. A lire !

Trois destinées sur fond de guerre et de soif de liberté

Nous sommes en 1916 à Erwin, dans le Tennessee. La foule est venue applaudir le cirque de passage dans la ville. Mais alors que les éléphants défilent, enchainés les uns aux autres, un drame se produit. Mary l’éléphante, maltraitée par son dompteur, se rebelle et le tue. Parmi les spectateurs, c’est la sidération. Trois personnes qui ne se sont jamais rencontrées, Arabella, Jérémy et Kid, assistent alors avec effroi au sort réservé à Mary : la pendaison en haut d’une grue. Un spectacle d’horreur qui va sceller leur destin et les marquer à jamais.

Tous trois n’ont jusqu’ici rien en commun. Arabella est une jeune fille qui étouffe au sein de sa famille protestante rigoriste. Elle ne supporte plus les interdictions multiples qu’on lui oppose, à un âge où elle a tant envie de découvrir le monde. Kid, lui, est un noir américain exploité dans les champs de coton, car en 1916 au sud des Etats-Unis, la vie d’un homme noir ne vaut rien. Poursuivi par le Klu Klux Klan pour des faits mensongers, il est en fuite. Enfin, Jérémy est issu d’une famille fortunée. Après de brillantes études à Harward, il a refusé de prendre la succession de son père à la tête de l’entreprise, malgré la colère de ce dernier, et s’est lancé dans le journalisme.

Tous trois écœurés par ce à quoi ils ont assisté, désireux de fuir un pays où les mœurs sont si répréhensibles, où la couleur de peau est un handicap pour un noir, où la liberté d’être et de faire ce que l’on souhaite n’a pas sa place, ils partent pour la France combattre aux côtés de leurs compatriotes.

Un combat qui ne sera que le premier de leurs combats communs. La cause des éléphants les réunira à nouveau. Et ce combat périlleux pour préserver l’espèce les emmènera jusqu’au Kenya, paradis des animaux et donc des éléphants. Tous trois trouveront -ils la liberté à laquelle ils aspirent sur le continent africain, à l’image de celle qu’ils veulent offrir aux éléphants ?

Défense animale

C’est un roman émouvant et captivant que nous offre Ariane Bois avec L’amour au temps des éléphants, aux éditions Belfond. La romancière part d’un fait divers authentique – la pendaison d’une éléphante en 1916 dans le sud des Etats-Unis- pour en faire une épopée envoutante sur trois continents, aux côtés de trois êtres unis par cette soif inextinguible de liberté, de justice et de respect – y compris des animaux. Car « Il n’y a pas d’hommes libres sans animaux libres ».

On s’engouffre dans leur sillage, admiratif de leur courage, de leur combattivité, impatients de savoir ce que la vie leur réserve. Car dès les toutes premières pages, on se sent proche des personnages, Ariane Bois étant parvenue à créer d’emblée une forte intimité entre eux et le lecteur. La construction est remarquablement maitrisée, le style d’une grande fluidité, la tension permanente. Le tiercé gagnant d’un roman dont on quitte les attachants personnages à regret.

C’est émouvant, fascinant et tendre. Alors, tenté(e)?

Informations pratiques

L’amour au temps des éléphants, Ariane Bois- Editions Belfond, février 2021 – 252 pages – 19€

Hôtel du bord des larmes, Elsa Flageul

Hôtel du bord des larmes

Imaginez un hôtel qui soit une sorte de Las Vegas non pas du mariage mais du divorce. Un hôtel où en un week-end, vous pouvez vous débarrasser de toutes les formalités.

Divorcer en trois jours

Quand Cécile et François se sont rencontrés, la force de leur amour était telle que rien ne semblait pouvoir un jour l’atténuer. Et de toute façon, étaient-ils convaincus, même si une tempête menaçait de souffler sur la flamme de leur passion au fil des années, ils sauraient l’empêcher de s’éteindre. Ils feraient mieux que leurs parents. Mieux que leurs amis. Mieux que les autres. C’était une certitude absolue.

Mais cette certitude a été balayée par la réalité. Leurs liens se sont délités, la flamme n’est plus que cendres. Cécile a rencontré quelqu’un et souhaite divorcer, tout en préservant le plus possible la fille qu’elle a eue avec François, Valentine.

C’est alors que Cécile se laisse séduire par une formule de divorce inédite et convainc François d’accepter : un « Divorce Hotel ». Ce lieu offre une formule clé en mains pour divorcer l’espace d’un week-end, presque sans douleur à l’instar d’une péridurale du cœur et de l’âme, tout en bénéficiant des activités de bien-être proposées. Divorcer dans ce lieu deviendrait une simple formalité.

Mais le couple va croiser la route de deux employés dudit hôtel, Julien et Jeanne, qui vont bouleverser la donne.

Un roman sur l’amour, le couple

J’adore l’écriture d’une formidable puissance évocatrice d’Elsa Flageul. J’avais plébiscité son précédent roman A nous regarder, ils s’habitueront (chronique ICI), et attendais impatiemment le suivant : Hôtel du bord des larmes. J’y ai retrouvé ce qui me séduit tant dans son style : une écriture forte, qui prend aux tripes, secoue, bouleverse. Une écriture « viscérale », serais-je tentée de dire, faute de trouver le terme exact.

Dans ce roman Elsa Flageul aborde le sujet de l’amour, du couple. avec une extrême finesse. Comment des liens si forts entre deux êtres peuvent-ils à ce point se défaire ? Comment croire encore en l’amour, comment refaire confiance quand la vie vous a montré que vos certitudes sur l’amour n’étaient qu’illusions ?

Un roman fort.

Informations pratiques

Hôtel du bord des larmes, Elsa Flageul – éditions Miallet Barrault, mars 2021 – 192 pages – 19€

Oh happy day, Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat

Oh happy day

Le titre vous l’annonce : si vous voulez passer une merveilleuse journée, alors lisez ce roman ! Non seulement vous ne pourrez pas le lâcher une fois la lecture commencée, mais il vous donnera le sourire. Alors, pourquoi vous en priver ?

Reconquérir l’Autre

Pierre Marie est écrivain. Un écrivain en mal d’inspiration car le succès de son dernier livre remonte à…dix ans ! Mais sa priorité est ailleurs. Et cet ailleurs s’appelle Adeline. Il a quitté la jeune femme quatre ans plus tôt et ne s’en est jamais vraiment remis. Ce fut une erreur magistrale. Alors aujourd’hui, il cherche un prétexte pour la recontacter. Et qui sait, la reconquérir. Et d’adresser un mail à Adeline pour récupérer un petit carnet de moleskine dans lequel il avait consigné des notes pour un nouveau roman.

Seulement voilà. Adeline dit ne pas l’avoir en sa possession et être sur le départ pour Toronto. Elle a en effet rencontré et épousé un Canadien, un certain Ben. Double déception donc, pour Pierre-Marie. Non seulement il ne va pas retrouver ses précieuses notes, mais il ne va pas davantage retrouver Adeline.

Encore que. Le dialogue amorcé, Adeline se saisit de ce début de dialogue pour entamer des échanges suivis avec Pierre-Marie. Son mariage ne va pas si bien, elle est seule dans ce pays lointain. Des échanges effectués en cachette de Ben, mari jaloux et colérique. La vie des deux amants devient alors plus incroyable que la plus incroyable des fictions…

Un roman jubilatoire

Les auteurs de Et je danse aussi, Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat, nous reviennent avec un roman absolument jubilatoire : Oh happy day, aux éditions Pocket. Le titre sied admirablement bien à l’histoire : l’humour des auteurs, le côté cocasse des situations, la galerie de personnages indiciblement attachants vont vous font passer une merveilleuse journée de lecture. Impossible de rester insensible aux efforts maladroits mais si touchants et drôles de Pierre-Marie et de son compère Max, pour sauver Adeline des griffes de son époux. Impossible de s’ennuyer une seule seconde dans ce roman aux rebondissements incessants et à la tension narrative croissante. Impossible de reposer le livre une fois la lecture commencée.

Vous cherchiez un livre divertissant, drôle et tendre à la fois ? Ne cherchez plus ! Oh Happy day vous offre tout cela et bien davantage.

A lire, à relire, à offrir.

Informations pratiques

Oh happy day, Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat – «éditions Pocket, mars 2021 – 362 pages – 7,60€

Come prima, Sophie Simon

come prim

Un voyage à Rome dans le sillage de la magnifique plume de Sophie Simon. Que reste-t-il de notre premier amour ? Une variation magistrale sur la nostalgie et le bonheur.

Premier amour et nostalgie

Comment réagiriez-vous si votre premier amour vous recontactait 30 ans après et vous proposait une rencontre ? Fuiriez-vous ? Ignoreriez-vous son mail ? Ou décideriez-vous de le rencontrer à nouveau ?

C’est à ce cas de conscience que Celso est confronté en découvrant un mail d’Elena. Dans 12 jours, elle sera de passage à Rome où il vit. Douze jours pour prendre sa décision. Douze jours pour décider de la revoir et de risquer de se bruler les ailes ou au contraire de décliner sa proposition.

Alors qu’il croyait les fondations de sa vie actuelle avec sa femme Antonia et leurs deux filles inébranlables, son mariage solide, sa vie professionnelle accomplie en tant qu’écrivain, l’irruption d’Elena crée un véritable séisme en lui. C’est l’heure de vérité. Il n’a plus le droit de se mentir.

A -t-il épousé Antonia par défaut ou par amour ? Son désir pour Elena, aussi dévastatrice fut cette relation, est-il mort avec leur relation ou survit-il au fond de son cœur, envers et contre tout ? Peut-il prendre le risque de revoir celle qu’il a aimée 30 ans plus tôt d’un amour dévastateur ? Que préfère-t-il vraiment : le ronronnement rassurant d’une vie aux repères bien campés avec Antonia, ou une vie mouvementée avec l’ouragan Elena ? Recherche-t-il ou fuit-il le bonheur ?

Ces douze journées vont être déterminantes.

Embarquez pour l’Italie

J’adore l’écriture de Sophie Simon, sa justesse, son extraordinaire fluidité, son extrême sensibilité. Après American Clichés (chronique ICI), Gary tout seul (chronique LA), ou encore Deux cœurs légers (chronique ICI ET LA), j’attendais donc impatiemment Come Prima, paru aux éditions Anne Carrière. Et de décoller aussitôt pour cette ville de Rome que j’aime tant, ses fontaines, sa gastronomie, sa dolce vita. Tout au long de cette lecture, j’étais certes accompagnée de chansons italiennes, mais aussi de « Fuir le bonheur de peur qu’il se sauve » écrite par Serge Gainsbourg. Car c’est un peu un jeu de cache-cache entre Elena et Celso, mais aussi et surtout entre Celso et lui-même. Entre ce à quoi il aspire vraiment et ce qu’il se contente de vivre. Entre ce qu’il ressent et ce qu’il donne à voir. C’est un personnage très touchant, combattant ses névroses, conscient de ses failles, que Sophie Simon a créé.

En véritable chirurgienne de l’âme, Sophie Simon dissèque au scalpel de sa plume les contradictions humaines, les doutes, les hésitations, les peurs qui sont nôtres. A fortiori sur un sujet aussi passionnel que l’amour. C’est avec regret que l’on referme le livre sur cette galerie de personnages attachants en lesquels chacun peut se reconnaitre un peu.

A lire senza indugi!

Informations pratiques

Come Prima, Sophie Simon – éditions Anne Carrière, janvier 2021 – 188 pages – 18€

Comprenne qui voudra, Pascale Robert-Diard et Joseph Beauregard

Comprenne qui voudra

Il a 16 ans. Elle est sa professeure de lettres. L’histoire vraie d’une passion hors la loi en 1969.

Professeure-élève : un amour interdit

Divorcée et mère de deux enfants, Gabrielle a été reçue brillamment à 30 ans à l’agrégation de lettres modernes. En septembre 1967, elle fait sa première rentrée en tant qu’enseignante dans un lycée nord de Marseille.

Une passionnée qui entend bien contaminer ses élèves avec le virus de la littérature. Et de fait, sa proximité avec ses élèves, son dynamisme, sa passion, font de ses cours des moments très attendus. Elle en est convaincue : seule la culture peut apporter des réponses aux questions que les adolescents n’oseraient pas poser autour de la table familiale. Un tremplin vers la vie. Quand mai 68 souffle son vent de révolte, Gabrielle et ses élèves défilent. Main dans la main avec Gabrielle, Christian, un l’élève de 16 ans. Tous deux sont tombés amoureux, sous les regards attendris des autres élèves attendris.

Mais ses collègues ne voient pas cette relation d’n très bon œil. Et les parents du jeune garçon encore moins. Tandis que les tentatives pour séparer les deux amants échouent, la famille de Christian décide de poursuivre Gabrielle en justice. Les valeurs défendues en mai 68 ne sont-elles restées qu’utopie ? Est-on libre d’aimer qui on veut ? Entre les bien-pensants et leur morale d’un côté, les défenseurs d’un amour libre de l’autre côté, le fossé se creuse.

Amour et morale

Je connaissais cette affaire qui a défrayé la chronique en 1969 et a fait l’objet d’une série dans le Journal Le Monde en 2020. Mais avec ce livre, Comprenne qui pourra, c’est une dimension supplémentaire qu’a pris cet amour interdit : sans voyeurisme malsain, sans sensationnalisme, les Pascale Robert-Diard et Joseph Beauregard ont su rendre toute sa passion à cette histoire. Passion réciproque entre deux êtres. Passion de la foule qui se déchire au sujet de cet amour hors-normes. Passion des médias qui font leurs choux gras de cette affaire. J’ai été bouleversée par cette histoire, rendue encore plus réelle par les nombreuses photos et les extraits de lettres de Gabrielle Russier.

Une femme amoureuse dont le tort a été de croire que mai 68 marquait l’avènement d’un monde où l’amour deviendrait libre. Où il serait interdit d’interdire. Une croyance qui lui aura couté non seulement sa liberté mais sa vie…

Un magnifique livre.

Informations pratiques

Comprenne qui voudra, Pascale Robert-Diard et Joseph Beauregard – éditions de l’Iconoclaste, février 2021 – 19€