Dis-moi que tu m’aimes, même si ce n’est pas vrai (éditions Textuel) : un bouquet de déclarations d’amour

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Dis-moi que tu m’aimes, même si ce n’est pas vrai

Collection d’Anne-Marie Springer, éditions Textuel, novembre 2018

La suissesse Anne-Marie Springer, grande collectionneuse de lettres d’amour et de notes manuscrites intimes, nous offre ici des fac-similés extraits de sa collection : de Sartre à James Joyce, en passant par Gala et Paul Eluard, l’amour est décliné sous tous les « t’aime ».

« Quel jour que celui où je te serrerai dans mes bras. Deux mois loin de toi, c’est deux mois perdus pour la vie. » Napoléon à Joséphine de Beauharnais

C’est un ouvrage très original aussi bien dans sa présentation, que dans la richesse et la diversité  des lettres dévoilées. Tel un écrin à bijoux, l’ouvrage s’ouvre à la façon d’une boîte, offrant au lecteur des trésors, les mots d’amour dont des plumes illustres ont paré l’être aimé. Plus de 50 auteurs sont ainsi réunis ici : Victor Hugo, Churchill, Arletty, Napoléon, Louis Ferdinand Céline, Alfred de Vigny…

«  Un regard de tes yeux, c’est toute la vie, une heure dans tes bras c’est le bonheur pour toute la vie . » Victor Hugo à Juliette Drouet

Depuis plus de vingt ans, Anne Springer collectionne des lettres d’amour, accordant un intérêt tout particulier à la façon dont les auteurs expriment leurs sentiments, qu’il s’agisse d’amour filial ou conjugal, d’amour passion ou d’amour-amitié. A une époque où nous n’écrivons plus guère, il est émouvant de plonger dans ces flots de tendresse, dans ces vagues de passion, de se laisser porter par le courant de leur fougue. Une émotion d’autant plus forte pour le lecteur, que certaines déclarations d’amour sont des reproductions de lettres manuscrites.

« Je ne sais pas comment te retenir, je n’ai pas les moyens que le seul et unique de t’aimer toujours, infiniment, complètement.  » Gala à Paul Eluard

Un livre joliment façonné, fascinant par sa diversité, qui parlera avec autant de force aux amoureux de l’amour qu’aux amoureux de la langue!

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Double-cœur, Alexandre Jardin (Grasset) : et si on vous donnait la clef de l’amour éternel ?

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Double-cœur, Alexandre Jardin

Editions Grasset, novembre 2018

Et si quelqu’un avait découvert la clef de l’amour inusable, l’avait diffusée auprès d’initiés ? Cela donnerait une confrérie d’adeptes de la passion perpétuelle : les double-cœurs. Mais peut-être existent-ils vraiment ces voleurs d’étincelles ?…

Alexandre Bulle, écrivain, doit livrer à son éditeur germanopratin prénommé Dizzy, un roman pessimiste sur l’amour. Pour Dizzy en effet, tout sentiment amoureux est voué à ployer, décroitre et déchoir. Voilà qui contrarie fortement Alexandre Bulle, qui à l’aube de la trentaine, « aime la foudre, les gifles du désir et les Niagara de douceur », autrement dit un auteur adepte de la passion vive, qui ne conçoit pas l’amour comme tiède. L’inverse de Dizzy.

Pourtant, la relation d’Alexandre avec Eglantine semblerait donner raison à Dizzy. Après une cour assidue de neuf mois, une montée du désir à son paroxysme et trois années de vie de couple, toute folie amoureuse a disparu. Lui qui aspirait à se brûler à la flamme de la passion éternelle, se gèle en contemplant les cendres de sa vie de couple. C’est alors qu’il tombe sur le petit ouvrage de Madeleine Lévy, publié en 1947. Dans ce livret intitulé Les double-cœurs, cette femme animée d’une rage heureuse, d’une soif éperdue de vie, propose à tout un chacun d’aimer autrement. Pour Alexandre, c’est une révélation. Et de découvrir que la théorie de Madeleine a fait de nombreux adeptes, lesquels forment une confrérie secrète appelée les double-cœurs, peuple de l’amour fou. Ils s’opposent au pessimisme fataliste des « petits-cœurs », qui entretiennent la funeste conviction que toute passion est vouée à mourir, que l’intimité érode inéluctablement le désir. Les principes des double-cœurs ? On note parmi eux, que l’amour n’est pas un sentiment mais un festin de folies, que le cœur est fait pour vieillir sans craquelures, qu’aimer intelligemment c’est frustrer avec talent, qu’aimer c’est méditer ensemble, ou encore que vivre c’est aimer, c’est exiger un chef-d’œuvre sinon rien. Alexandre décide alors de se rapprocher de cette confrérie pour tenter de trouver celle avec laquelle amour rimera avec passion toujours.

Dans la sinistrose ambiante, voilà un livre optimiste, passionné et plein de folie, qui propose une autre façon de s’aimer et déclare la guerre à la routine, à la fatalité, à la tiédeur. Avec fougue, Alexandre Jardin invite le lecteur à remettre en cause l’usure du désir dans le couple, imagine des parades pour entretenir la flamme de la passion éternellement. Et tente de contaminer le lecteur avec son énergie folle, sa soif de merveilleux, sa faim d’absolu. Sa douce folie.

Toutes les histoires du monde, Baptiste Beaulieu (éditions Mazarine) : M-A-G-N-I-F-I-Q-U-E

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Toutes les histoires d’amour du monde, Baptiste Beaulieu

Editions Mazarine, octobre 2018

Un roman sur la force de l’amour, ces liens ô combien puissants entre les êtres, qui font fi des nationalités, de l’âge, du sexe, du temps et de l’espace. Et ne parlent qu’un seul et même langage : celui du cœur.

Quand le grand-père de l’auteur décède, cet homme taiseux, mélancolique, un casque diffusant de la musique classique constamment vissé sur la tête, sa famille trouve de mystérieux cahiers noircis de ses mains. Plus exactement, des lettres d’amour confiées chaque 3 avril de l’année, depuis plus de 40 ans, à ces cahiers. Leur mystérieuse destinataire, une certaine Anne-Lise, est inconnue de la famille. Une seule certitude : cette femme n’était pas son épouse.

L’auteur et son père sont sidérés. Comment cet homme, si peu enclin à dévoiler ses émotions, si avare en démonstrations d’affection, y compris avec ses propres fils et petit-fils, a-t-il pu écrire de si vibrantes lettres, faire montre d’une sensibilité si grande, d’un amour si puissant ? Sa dureté n’était donc qu’une carapace ? Mais pour le protéger de quoi, pour le protéger de qui ?

Dans ces lettres qui retracent le parcours de ce grand-père Moïse, de sa naissance à sa mort, ses joies, ses peines, ses blessures, son amour fou, la famille découvre un autre homme. Plus exactement, elle réalise que ce taiseux, cet homme simple et humble, qui se servait de la musique comme d’une bulle isolante et protectrice, était tout sauf un être indifférent, sans cœur. C’était en réalité un être brisé par un chagrin d’amour.

Un cœur brisé, une relation filiale avortée, qui renvoient l’auteur à sa relation avec son père ces six derniers mois. Ce dernier n’a pas accepté son coming-out, n’a pas digéré que son fils aime un homme. Alors l’auteur a pris ses distances, tout comme son grand-père avait dû lui-même en prendre avec son enfant. Tandis qu’il s’emploie à percer le mystère de son aïeul, à suturer la relation avortée entre ce grand-père et la mystérieuse Anne-Lise au fil de ses mots, à l’espoir que ses recherches aboutissent pour la retrouver, il espère aussi et surtout, qu’il suturera les plaies ouvertes de sa relation avec son propre père.

Amour conjugal, amour filial, amour de soi, l’amour est ici merveilleusement décliné à tous les « t’aime ». Baptiste Beaulieu est en effet un merveilleux architecte de l’amour. Avec sa plume d’une vibrante sensibilité, d’une profonde humanité, il érige des ponts entre les êtres, renforce les édifices fragilisés par les aléas de la vie, redonne de l’impulsion aux cœurs affaiblis, pour leur permettre de battre à nouveau. Plus fort. Plus loin.

Un roman intime qui touche à l’universel de l’amour.

Un bijou de sensibilité dans un écrin de talent.

 

 

 

 

Rentrée littéraire : Un fils obéissant, Laurent Seksik (Flammarion)

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Un fils obéissant, Laurent Seksik

Editions Flammarion, août 2018

Rentrée littéraire

Ce livre du père, odyssée et drame personnel, retrace l’aventure commune d’un fils et de son père, deux êtres qui vécurent dans l’adoration l’un de l’autre. Dans un style virtuose d’une rare puissance émotionnelle, l’auteur des « Derniers jours de Stefan Zweig » signe son livre le plus intime et le plus universel. Un bouleversant roman d’amour.

Pour son neuvième roman, Laurent Seksik ose pour la première fois le « je ». Tandis qu’il se rend en Israël prononcer un discours sur son père décédé un an plus tôt, il nous offre un voyage dans le temps, à la rencontre de cet homme qu’il a tant aimé, tant admiré. Et qui lui vouait la même admiration. Le même amour. Un homme qui croyait en la capacité d’une œuvre à transcender le monde et a toujours encouragé son fils dans sa carrière d’écrivain, sans pour autant oser s’interposer à sa femme, qui avait décidé de la route de leur fils avant même sa naissance : il serait médecin. Alors ce père bienveillant et aimant lui recommande ceci :  « Tu dois exceller en médecine ; plus tard tu excelleras en littérature. (…) Chez nous le devoir passe avant, tu sais. »

Pendant trente ans, pour ne pas décevoir ses parents, pour être à la hauteur de leurs attentes à son endroit, Laurent Seksik sera un fils obéissant, fréquentera les bancs de la fac de médecine à regret et obtiendra son diplôme de médecin… sans s’en réjouir au fond de lui. Mais sans renoncer non plus à ses rêves d’écrivain.

« Nous vivions dans une sorte d’émulation, un peu comme si nous concourions ensemble pour le César du Meilleur rôle dans un Film familial, lui dans la catégorie du Père modèle, moi dans celle du Fils parfait. »

Ce livre a une portée universelle, va bien au-delà du simple témoignage de l’auteur, au-delà du portrait d’un père dans le regard de son fils qui n’a d’yeux que pour lui. Aussi sublime soit ce portrait. Il pose la question de la construction, de l’affirmation de ses besoins, de ses envies, quand on a peur de décevoir ou de blesser ceux que l’on aime, quand ces derniers ont d’autres attentes vous concernant. Comment trouver sa place, ouvrir la cage de cet amour filial et prendre son envol ? Un livre magnifique, bouleversant, d’une rare puissance émotionnelle.

 

 

Rentrée littéraire : Olivia de Lamberterie, Avec toutes mes sympathies (Stock)

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Avec toutes mes sympathies, Olivia de Lamberterie

Editions Stock, août 2018

Rentrée littéraire

Le roman d’un amour puissant entre un frère et une sœur, un amour que ni les océans, ni le temps, ni même la mort n’a altéré. Un portrait touchant, vivant, d’un homme et frère qui a choisi de mettre fin à sa vie.

Olivia de Lamberterie est passée pour la première fois de l’autre côté de la page. Critique littéraire « car la lecture est l’endroit où je me sens à ma place. Lire répare les vivants et réveille les morts. Lire permet non de fuir la réalité comme beaucoup le pensent, mais d’y puiser une vérité », elle a cette fois tenu la plume. Pour nous parler de son frère, de ce personnage chaleureux, flamboyant, qui a mis fin à ses jours trois ans plus tôt. Un frère dont elle était si proche.

Alors que jusqu’ici l’auteur ne trouvait pas la nécessité d’écrire, le chagrin paroxystique dans lequel l’a laissée le suicide de son frère, a rendu l’écriture d’une impérieuse nécessité. Non pas pour suturer ses blessures au fil des mots, mais pour continuer à faire vivre son frère à travers ces pages, pour faire connaître cet homme passionnant et passionné à un cercle étendu. Et, plus largement, pour balayer d’un revers de plume certains préjugés : non, les personnes qui passent à l’acte ne sont pas forcément isolées et sans amour ; non, l’équation du bonheur n’est pas une femme aimante + des enfants adorables + un bon travail = bonheur garanti, c’est plus complexe que cela…

Avec beaucoup de sensibilité, d’authenticité, Olivia de Lamberterie peint touche par touche le portrait de cet enfant et de cet homme, un être imaginatif, aimant et aimé, de même que le portrait de cette famille originale et fantaisiste qui est la sienne. Une famille soudée, dont la force des liens n’aura pas suffi à chasser la mélancolie qui s’était emparée de son frère. Comment survivre à l’absence ? Comment avancer ? Laisser le temps passer sans rien faire ? Pleurer, crier à l’injustice ? Non. Olivia de Lamberterie, à travers ce livre, s’est efforcée de trouver une manière joyeuse d’être triste, de vivre aux côtés des morts en les rendant vivants. Bouleversant.

Glissez Nina Bouraoui dans votre poche!

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Beaux rivages, Nina Bouraoui

Editions du Livre de Poche

Personne n’est protégé contre la fin d’un amour… Un roman d’une grande sensibilité et d’une infinie justesse. Coup de cœur !

Janvier 2015. Alors que le contexte terrifiant des attentats rappelle l’urgence de vivre, d’aimer, A. doit faire face à un séisme intérieur. Depuis 8 ans, elle et Adrian filaient le parfait amour. Elle vit à Paris, lui à Zurich, et cette distance n’a jamais été un obstacle à leur relation. Jusqu’à ce jour où Adrian annule sa venue. Motif jamais ne serait-ce qu’envisagé jusqu’alors : il a rencontré une autre femme. C’est la sidération pour A.. Incrédule, elle imagine vivre un cauchemar dont tôt ou tard elle va forcément se réveiller. Avec lui à ses côtés.

Mais force lui est d’admettre qu’elle ne rêve pas. Cette douleur térébrante est bien sa réalité.

Dévastée par le chagrin, elle se sent comme une frêle embarcation, véritable jouet des flots du doute, de la colère, de la jalousie. Et coule peu à peu. A quelles souffrances plus anciennes cette douleur-là fait-elle écho ?Y avait-il des signes prémonitoires qu’elle n’a pas su ou pas voulu voir ? Qui est cette Autre pour laquelle il l’a quittée ? Et d’enquêter avec fébrilité sur les réseaux sociaux, à l’heure où internet fait de chacun un potentiel inspecteur. A l’heure où il est difficile de couper tout contact—fût-ce virtuel, avec celui ou celle qui nous fait souffrir.

Avec une justesse chirurgicale, Nina Bouraoui fait l’autopsie d’un amour révolu. Au scalpel de sa brillante plume, elle analyse les émotions qui traversent A., ses doutes, sa douleur, ses espoirs quant à sa capacité à renouer avec Damien, voire à aimer et refaire confiance à un autre homme. Elle sonde son âme, son cœur, tandis que l’hémorragie continue. Et pose des perfusions d’espoir.

Qui n’a pas vécu de chagrin d’amour ? Et de réaliser qu’aussi intimes et personnelles soient ces drames amoureux, ils revêtent un caractère universel. Quels que soient le sexe, la nationalité, l’âge, le milieu social, personne n’est à l’abri d’une rupture.

Un roman brillant qui se lit en apnée.

Extrait : « L’amour véritable est rare et discret. Quand il survient, il est aisé à reconnaître. Il rend grand alors que l’on se croyait petit. Il rend brave alors que l’on se croyait lâche. Il e demande rien et n’attend rien en retour. Il se déploie en silence, avec lenteur. Il a tout son temps car le temps est son allié. Cet amour est une science. Elle est ardue, compliquée, mais elle n’est pas impossible. »