Citation du jour

Il vaut mieux avoir aimé et perdu ce qu’on aimait, que de n’avoir jamais aimé.

Alfred Tennyson

ob_0cd876_aimer-etre-prete-a-aimer-celibattante.jpg

 

Publicités

Glissez Nina Bouraoui dans votre poche!

51vNXRTX2vL._SX307_BO1,204,203,200_.jpg

Beaux rivages, Nina Bouraoui

Editions du Livre de Poche

Personne n’est protégé contre la fin d’un amour… Un roman d’une grande sensibilité et d’une infinie justesse. Coup de cœur !

Janvier 2015. Alors que le contexte terrifiant des attentats rappelle l’urgence de vivre, d’aimer, A. doit faire face à un séisme intérieur. Depuis 8 ans, elle et Adrian filaient le parfait amour. Elle vit à Paris, lui à Zurich, et cette distance n’a jamais été un obstacle à leur relation. Jusqu’à ce jour où Adrian annule sa venue. Motif jamais ne serait-ce qu’envisagé jusqu’alors : il a rencontré une autre femme. C’est la sidération pour A.. Incrédule, elle imagine vivre un cauchemar dont tôt ou tard elle va forcément se réveiller. Avec lui à ses côtés.

Mais force lui est d’admettre qu’elle ne rêve pas. Cette douleur térébrante est bien sa réalité.

Dévastée par le chagrin, elle se sent comme une frêle embarcation, véritable jouet des flots du doute, de la colère, de la jalousie. Et coule peu à peu. A quelles souffrances plus anciennes cette douleur-là fait-elle écho ?Y avait-il des signes prémonitoires qu’elle n’a pas su ou pas voulu voir ? Qui est cette Autre pour laquelle il l’a quittée ? Et d’enquêter avec fébrilité sur les réseaux sociaux, à l’heure où internet fait de chacun un potentiel inspecteur. A l’heure où il est difficile de couper tout contact—fût-ce virtuel, avec celui ou celle qui nous fait souffrir.

Avec une justesse chirurgicale, Nina Bouraoui fait l’autopsie d’un amour révolu. Au scalpel de sa brillante plume, elle analyse les émotions qui traversent A., ses doutes, sa douleur, ses espoirs quant à sa capacité à renouer avec Damien, voire à aimer et refaire confiance à un autre homme. Elle sonde son âme, son cœur, tandis que l’hémorragie continue. Et pose des perfusions d’espoir.

Qui n’a pas vécu de chagrin d’amour ? Et de réaliser qu’aussi intimes et personnelles soient ces drames amoureux, ils revêtent un caractère universel. Quels que soient le sexe, la nationalité, l’âge, le milieu social, personne n’est à l’abri d’une rupture.

Un roman brillant qui se lit en apnée.

Extrait : « L’amour véritable est rare et discret. Quand il survient, il est aisé à reconnaître. Il rend grand alors que l’on se croyait petit. Il rend brave alors que l’on se croyait lâche. Il e demande rien et n’attend rien en retour. Il se déploie en silence, avec lenteur. Il a tout son temps car le temps est son allié. Cet amour est une science. Elle est ardue, compliquée, mais elle n’est pas impossible. »

 

Glissez Valérie Tong Cuong dans votre poche!

2A28B364-6213-40F8-9CAE-2FC14153621B

Par amour, Valérie Tong Tuong

Editions du Livre de poche, janvier 2018

Avec cette fresque envoûtante qui nous mène du Havre sous l’Occupation à l’Algérie, Valérie Tong-Cuong trace les destinées héroïques de gens ordinaires, dont les vies secrètes nous invitent dans la grande Histoire. MAGNIFIQUE.

Il fallait apprendre à aimer vivre, et vivre pour aimer (P. 348), telle pourrait être la phrase qui symbolise le mieux ce roman magnifique. A travers le sort de deux familles, des êtres ordinaires, l’auteur nous fait vivre leurs destinées extraordinaires. Ou quand la petite histoire rejoint la grande.

Nous sommes au Havre en 1940. Emelie et Joffre forment un couple fusionnel, amoureux comme au premier jour et parents de deux enfants. Concierges d’école, ils prennent leur fonction très à cœur, dévoués à l’éducation, à la patrie. Muguette, la sœur d’Emelie, est beaucoup plus insouciante. Et moins résistante aussi. Une insouciance cependant mise à mal par la guerre qui la prive de la présence aimante de son mari envoyé au front. Mais pas seulement.Sa fille adorée, Marline, s’est emmurée dans un mutisme aussi brutal que quasi-total. Seul Joseph, frère de Marline, parvient à l’extraire de sa prison, l’espace de quelques mots échangés.

C’est une plongée fascinante dans l’Histoire que nous offre Valérie Tong Cuong, avec un regard neuf sur les conflits qui ont fait tant de morts, de blessés, d’orphelins et ont totalement dévasté la ville. Une cité certes rasée par l’ennemi, mais aussi par les raids des forces alliées qui n’ont pas hésité à sacrifier des civils pour servir l’intérêt général… Au milieu des bombes, des informations parcellaires et contradictoires sur les avancées des alliés, les deux familles luttent contre la peur , la faim, le froid, la maladie. Et la mort qui hante.

Comment tenir face à un tel chaos ? Comment trouver la force d’aider les siens, de s’aider soi, d’avancer ? Comment sinon par cette si belle et si puissante énergie qu’est l’amour ? Amour conjugual, filial, sororal, amour de son prochain, de la patrie, amour de la vie, l’Amour est presque un personnage à part entière de ce roman. Le sang qui pulse dans le cœur de chaque personnage. L’énergie surhumaine qui l’anime. L’élan vital qui le maintient debout.

Un roman magistral, tant dans le travail colossal d’écriture, que dans la beauté déchirante du récit. Une lecture dont on ne ressort pas indemne, mais avec la furieuse envie d’aimer plus intensément encore.

Dans le murmure des feuilles qui dansent, Agnès Ledig : poignant…

706AD8D5-83D3-4A8C-9709-591F6879421C

Dans le murmure des feuilles qui dansent, Agnès Ledig

Editions Albin Michel, avril 2018

Il m’a été difficile de vous rédiger un billet sur ce roman que j’ai terminé il y a plusieurs semaines…  Trop émue. Trop bouleversée par ces trajectoires de vie, ces êtres viscéralement humains et ô combien combatifs, pour trouver des mots à même d’habiller sur mesure le corps de mon émotion.

Anaëlle, secrétaire médicale et romancière, est une ancienne élève du procureur de la République Hervé Leclerc. Un événement grave a stoppé net sa carrière mais n’a pas coupé sa faim de vivre, de se battre. Car Anaëlle est une fragilité forte, savoure le moindre petit bonheur du quotidien. Quand elle a besoin d’éléments juridiques pour s’assurer de la véracité et de la justesse du roman qu’elle rédige, elle pense spontanément à s’adresser au procureur. Mais cet échange épistolaire ne va pas rester unique. Au motif premier de recevoir des informations, se substituent des raisons plus floues, de l’ordre de la curiosité, puis d’une certaine forme de séduction. Un jeu dangereux auquel le procureur, marié, se livre avec autant de ferveur que la jeune Anaëlle, réalisant au fil de ces échanges combien elle ensoleille son existence routinière, combien elle bouscule ses certitudes.

De son côté, Thomas, menuisier, est très proche de la nature, calé sur son rythme, sa respiration. Il est « né avec l’âme d’un arbre ». Une passion qu’il partage avec son petit frère Simon, la sève de sa vie. Mais Simon est aujourd’hui hospitalisé suite à une leucémie. Le pronostic vital est engagé. Avec ce type de maladie, il a une chance sur deux de s’en sortir. Cependant Thomas se doit d’être un chêne face au courage et à la volonté inouïe de l’enfant. Tel un roseau Simon ploie mais jamais ne casse sous la lourdeur des traitement, les douleurs, l’enfermement en chambre stérile. Et Thomas de lui raconter ses dernières découvertes en forêt. Et de lui parler des promenades qu’ils feront à sortie. Parce qu’il faut espérer, toujours. Même si le soir venu, dans la solitude de la forêt qu’il rejoint, Thomas se sent l’âme d’un saule pleureur davantage que celle d’un chêne.

Jusqu’au jour où Anaëlle, en quête d’un menuisier pour aménager sa nouvelle maison, croise la route de Thomas, l’homme des forêts et des bois. Sera-t-elle la lumineuse clairière de sa vie ?

Dans ce roman absolument poignant, les mots battent comme des pulsations cardiaques, cognent, caressent, étreignent, consolent, émeuvent, empruntant toute la palette des émotions. Avec une infinie beauté, en évitant avec brio l’écueil du pathos, l’auteur nous fait vivre au diapason de ces êtres résolument positifs, humains, courageux, dont on se sent riche d’avoir croisé le chemin.

La mélancolie du kangourou, Laure Manel (Michel Lafon)

img_2892

La mélancolie du kangourou, Laure Manel

Editions Michel Lafon, mai 2018

Le roman d’une reconstruction extrêmement touchante, celle d’un homme devenu le même jour père et veuf. L’histoire bouleversante aussi, des liens qui se tricotent difficilement mais magnifiquement entre un père et son bébé.

Ils vont être parents pour la toute première fois. Antoine et Raphaëlle sont comblés. Fille ou garçon, peu leur importe. Leur bonheur n’aura pas de sexe.

Mais ce jour merveilleux de l’accouchement vire au cauchemar. Antoine devient père à l’instant même où il devient veuf. Seul avec cette petite fille, prénommée Lou, qui gigotte dans son berceau, il se sent dévasté. Comment aimer ce petit être dont la venue au monde s’est faite au prix de la vie de sa femme ? Comment aimer ce petit être, lui servir de tuteur, de colonne vertébrale, quand lui-même ne parvient plus à tenir debout ? Comment aimer quand on est amputé du cœur, de la présence de Raphaëlle qui le faisait vibrer, vivre ?

Alors il fuit. Dans le travail. A l’extérieur. Partout où le souvenir de Raphaëlle n’est pas matérialisé par ses photos, ses vêtements, son parfum. Partout où Lou n’est pas. En urgence, il engage une baby-sitter, une jeune femme de 25 ans prénommée Rose. Et comme même juste pour quelques heures le soir, le face-à-face avec son bébé lui est insoutenable, il demande à Rose de s’installer dans le studio attenant, comme fille au père.

Ce qui m’a frappée à la lecture de ce roman, c’est la justesse des situations, des émotions, de la psychologie des personnages. Dès les toutes premières pages, on entre dans cette famille comme s’il s’agissait d’amis. On vit l’histoire à leurs côtés bien davantage qu’on ne la lit. Avec beaucoup de sensibilité, en évitant avec brio l’écueil du pathos, Laure Manel nous entraîne sur le chemin d’une très belle reconstruction. Après la naissance de Lou, on assiste ému à la naissance d’un père… Bouleversant. A lire !

Retrouvez la chronique que j’avais consacrée à La délicatesse du homard, du même auteur, ici : La délicatesse du homard

 

Citation du jour

Je voudrais vous dire que je vous aime de tout mon coeur, et combien je suis sûr que les gens qu’on aime ne meurent jamais. Ils sont toujours là. Ils sont le doux et le sucré. Ils insufflent en nous le bon, le beau et le fort. Ils inspirent ce que nous sommes de franc, juste et vrai. Ils sont les bonnes décisions que nous prenons dans la vie. Ils sont le chocolat chaud qui nous attend au bas des pistes en hiver, le vent tiède sur nos joues au printemps ou le parfum qui monte du sol brûlant après la pluie en été. Ils sont le soignant qui relève le soigné, ils sont le fruit généreux et le cri des nouveau-nés?
Ils sont.
Certains jours nous vivons lâches, vils et méprisables.
Certains jours nous vivons généreux, superbes et triomphants : ces jours-là, nos morts sont derrière nous et nous poussent au sublime.
Ils sont ceux qui nous tiennent droits et qui transmettent au monde les bonnes directions du Monde. »

Baptiste Beaulieu

41RH59gVqjL._SX210_.jpg

Au rendez-vous des élégantes, Susana Lopez-Rubio (Presses de la cité)

34ECF2FA-8185-4C09-BAFF-00A48C60DA90

Au rendez-vous des élégantes, Susana Lopez Rubio

Editions Presses de la cité, mai 2018

Offrez-vous un voyage dans l’espace et dans le temps. Avec ce roman, partez dans le Cuba des années 50, son exubérance, sa musique, son apparente insouciance, mais aussi sa mafia, sa criminalité, sa dictature. Passionnant.

En 1947, âgé de 19 ans, Patricio a tout perdu. Son père a été tué par des franquistes. Sa mère a été assassinée par des républicains pour avoir abrité une cousine religieuse chez elle. Alors il décide de tenter le tout pour le tout, de fuir la misère en Espagne et de vendre la bague de sa grand-mère pour se payer un billet de bateau Madrid-La Havane. Repartir à zéro. Au bout du monde.

Car Patricio est tout sauf résigné. Il veut transformer l’essai, faire de sa vie à la Havane la plus belle existence qui soit. Pour cela, il peut compter sur son courage, son extraordinaire bagout, son imagination sans bornes, sa jeunesse. Mais aussi et surtout, sur son inextinguible faim : faim de vie, d’avenir, de couleurs.

« A l’école de la nécessité, on apprend plus qu’à l’université. » (P.58)

Dans un Cuba gangréné par la corruption, la violence, mais un Cuba relativement riche, avec un niveau de vie à la Havane proche de celui des Etats-Unis, Patricio obtient rapidement un poste dans le prestigieux magasin de luxe : El Encanto. Et de gravir rapidement les échelons, débrouillard et déterminé. Tout semble lui dessiner un avenir radieux, quand il croise la mystérieuse Gloria, cliente fortunée. Première ombre au tableau : elle est mariée. Deuxième ombre au tableau : son mari n’est autre que le chef de la mafia, un homme redoutable qui ne s’encombre pas de la vie de ceux qui s’opposent à lui.

Ce roman est plein de couleurs et de parfums, une véritable peinture de Cuba avant la révolution. Le lecteur s’engouffre dans le sillage des mots de l’auteur, happé par le courage et la détermination des personnages, fasciné par cette page d’histoire qui se dessine, aube d’une révolution aussi bien personnelle pour Patricio, que historique pour le peuple cubain. Un véritable page-turner.