Un amour retrouvé, Véronique de Bure

un amour retrouvé

Un livre d’une infinie tendresse et d’une profonde humanité, sur une veuve septuagénaire qui rencontre à nouveau l’amour. Comment vivre un dernier amour ?

Retrouver son premier amour

Véronique de Bure est la plus jeune d’une fratrie de trois. Précédée par deux frères. Petite dernière, elle a toujours eu une relation très privilégiée avec sa mère. Fusionnelle même. Aussi, quand sa mère est restée veuve à 70 ans, arrachée brutalement à celui qu’elle aimait et père de ses enfants, Véronique s’est inquiétée pour elle.

Jusqu’à ce jour, trois ans plus tard, où Véronique remarque un éclat inhabituel dans le regard de sa mère. Des étincelles qu’elle n’avait plus vu luire depuis des années. Et sa mère de lui avouer échanger des lettres avec son premier amour, un prénommé Xavier. Un amoureux parti sans une explication, qui a ressurgi dans sa vie ½ siècle plus tard. Peut-on tomber amoureux à plus de 70 ans ?

Au bonheur de voir sa mère heureuse se mêlent une forme de jalousie et de peur. Sa relation si complice avec sa mère va-t-elle pâtir de ce nouvel amour ?

Aimer à tout âge

J’avais adoré le précédent livre de Véronique de Bure, Un clafoutis aux tomates cerises (chronique ICI). J’attendais donc avec impatience un nouvel ouvrage signé de sa plume. Et la magie d’opérer à nouveau avec Un amour retrouvé.

Dans ce livre, l’auteure évoque sa mère, sa relation si forte et si belle avec elle. Une relation qui a évolué avec l’arrivée dans la vie de la septuagénaire d’un nouvel amour.  Et Véronique de Bure de craindre de « perdre » sa mère, de ne plus trouver sa place dans la maison à chacune de ses visites. D’être presque de trop pour sa mère, là où elle était son essentiel. Crainte aussi que cet homme ne remplace son défunt père, ne l’efface. Substitue-t-on un amour à un autre ou l’additionne-t-on ?

Mais avec le temps, elle réalise que cet amour entre sa mère et Xavier n’est pas une menace. Bien au contraire. Pour les deux septuagénaires, il est comme une renaissance, un nouveau droit au bonheur dont ils se saisissent et se délectent. N’est-ce pas là le plus important pour eux comme pour leurs proches ?

C’est une réflexion extrêmement touchante et vibrante d’authenticité que nous livre Véronique de Bure sur les changements au sein d’une famille et notre capacité à nous adapter à eux. Une ode à l’amour, entre un homme et une femme, mais aussi entre des parents et leurs enfants.

C’est tendre, bouleversant et viscéralement humain. A lire absolument.

Informations pratiques

Un amour retrouvé, Véronique de Bure – éditions Flammarion, mai 2021 – 304 pages – 20€

L’amour au temps des éléphants, Ariane Bois

L'amour au temps des éléphants

Coup de cœur absolu pour ce roman qui nous offre un voyage dans le temps et sur trois continents. Un trio de personnages attachants, liés par l’amitié, l’amour, la guerre et la défense animale. A lire !

Trois destinées sur fond de guerre et de soif de liberté

Nous sommes en 1916 à Erwin, dans le Tennessee. La foule est venue applaudir le cirque de passage dans la ville. Mais alors que les éléphants défilent, enchainés les uns aux autres, un drame se produit. Mary l’éléphante, maltraitée par son dompteur, se rebelle et le tue. Parmi les spectateurs, c’est la sidération. Trois personnes qui ne se sont jamais rencontrées, Arabella, Jérémy et Kid, assistent alors avec effroi au sort réservé à Mary : la pendaison en haut d’une grue. Un spectacle d’horreur qui va sceller leur destin et les marquer à jamais.

Tous trois n’ont jusqu’ici rien en commun. Arabella est une jeune fille qui étouffe au sein de sa famille protestante rigoriste. Elle ne supporte plus les interdictions multiples qu’on lui oppose, à un âge où elle a tant envie de découvrir le monde. Kid, lui, est un noir américain exploité dans les champs de coton, car en 1916 au sud des Etats-Unis, la vie d’un homme noir ne vaut rien. Poursuivi par le Klu Klux Klan pour des faits mensongers, il est en fuite. Enfin, Jérémy est issu d’une famille fortunée. Après de brillantes études à Harward, il a refusé de prendre la succession de son père à la tête de l’entreprise, malgré la colère de ce dernier, et s’est lancé dans le journalisme.

Tous trois écœurés par ce à quoi ils ont assisté, désireux de fuir un pays où les mœurs sont si répréhensibles, où la couleur de peau est un handicap pour un noir, où la liberté d’être et de faire ce que l’on souhaite n’a pas sa place, ils partent pour la France combattre aux côtés de leurs compatriotes.

Un combat qui ne sera que le premier de leurs combats communs. La cause des éléphants les réunira à nouveau. Et ce combat périlleux pour préserver l’espèce les emmènera jusqu’au Kenya, paradis des animaux et donc des éléphants. Tous trois trouveront -ils la liberté à laquelle ils aspirent sur le continent africain, à l’image de celle qu’ils veulent offrir aux éléphants ?

Défense animale

C’est un roman émouvant et captivant que nous offre Ariane Bois avec L’amour au temps des éléphants, aux éditions Belfond. La romancière part d’un fait divers authentique – la pendaison d’une éléphante en 1916 dans le sud des Etats-Unis- pour en faire une épopée envoutante sur trois continents, aux côtés de trois êtres unis par cette soif inextinguible de liberté, de justice et de respect – y compris des animaux. Car « Il n’y a pas d’hommes libres sans animaux libres ».

On s’engouffre dans leur sillage, admiratif de leur courage, de leur combattivité, impatients de savoir ce que la vie leur réserve. Car dès les toutes premières pages, on se sent proche des personnages, Ariane Bois étant parvenue à créer d’emblée une forte intimité entre eux et le lecteur. La construction est remarquablement maitrisée, le style d’une grande fluidité, la tension permanente. Le tiercé gagnant d’un roman dont on quitte les attachants personnages à regret.

C’est émouvant, fascinant et tendre. Alors, tenté(e)?

Informations pratiques

L’amour au temps des éléphants, Ariane Bois- Editions Belfond, février 2021 – 252 pages – 19€

Hôtel du bord des larmes, Elsa Flageul

Hôtel du bord des larmes

Imaginez un hôtel qui soit une sorte de Las Vegas non pas du mariage mais du divorce. Un hôtel où en un week-end, vous pouvez vous débarrasser de toutes les formalités.

Divorcer en trois jours

Quand Cécile et François se sont rencontrés, la force de leur amour était telle que rien ne semblait pouvoir un jour l’atténuer. Et de toute façon, étaient-ils convaincus, même si une tempête menaçait de souffler sur la flamme de leur passion au fil des années, ils sauraient l’empêcher de s’éteindre. Ils feraient mieux que leurs parents. Mieux que leurs amis. Mieux que les autres. C’était une certitude absolue.

Mais cette certitude a été balayée par la réalité. Leurs liens se sont délités, la flamme n’est plus que cendres. Cécile a rencontré quelqu’un et souhaite divorcer, tout en préservant le plus possible la fille qu’elle a eue avec François, Valentine.

C’est alors que Cécile se laisse séduire par une formule de divorce inédite et convainc François d’accepter : un « Divorce Hotel ». Ce lieu offre une formule clé en mains pour divorcer l’espace d’un week-end, presque sans douleur à l’instar d’une péridurale du cœur et de l’âme, tout en bénéficiant des activités de bien-être proposées. Divorcer dans ce lieu deviendrait une simple formalité.

Mais le couple va croiser la route de deux employés dudit hôtel, Julien et Jeanne, qui vont bouleverser la donne.

Un roman sur l’amour, le couple

J’adore l’écriture d’une formidable puissance évocatrice d’Elsa Flageul. J’avais plébiscité son précédent roman A nous regarder, ils s’habitueront (chronique ICI), et attendais impatiemment le suivant : Hôtel du bord des larmes. J’y ai retrouvé ce qui me séduit tant dans son style : une écriture forte, qui prend aux tripes, secoue, bouleverse. Une écriture « viscérale », serais-je tentée de dire, faute de trouver le terme exact.

Dans ce roman Elsa Flageul aborde le sujet de l’amour, du couple. avec une extrême finesse. Comment des liens si forts entre deux êtres peuvent-ils à ce point se défaire ? Comment croire encore en l’amour, comment refaire confiance quand la vie vous a montré que vos certitudes sur l’amour n’étaient qu’illusions ?

Un roman fort.

Informations pratiques

Hôtel du bord des larmes, Elsa Flageul – éditions Miallet Barrault, mars 2021 – 192 pages – 19€

Oh happy day, Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat

Oh happy day

Le titre vous l’annonce : si vous voulez passer une merveilleuse journée, alors lisez ce roman ! Non seulement vous ne pourrez pas le lâcher une fois la lecture commencée, mais il vous donnera le sourire. Alors, pourquoi vous en priver ?

Reconquérir l’Autre

Pierre Marie est écrivain. Un écrivain en mal d’inspiration car le succès de son dernier livre remonte à…dix ans ! Mais sa priorité est ailleurs. Et cet ailleurs s’appelle Adeline. Il a quitté la jeune femme quatre ans plus tôt et ne s’en est jamais vraiment remis. Ce fut une erreur magistrale. Alors aujourd’hui, il cherche un prétexte pour la recontacter. Et qui sait, la reconquérir. Et d’adresser un mail à Adeline pour récupérer un petit carnet de moleskine dans lequel il avait consigné des notes pour un nouveau roman.

Seulement voilà. Adeline dit ne pas l’avoir en sa possession et être sur le départ pour Toronto. Elle a en effet rencontré et épousé un Canadien, un certain Ben. Double déception donc, pour Pierre-Marie. Non seulement il ne va pas retrouver ses précieuses notes, mais il ne va pas davantage retrouver Adeline.

Encore que. Le dialogue amorcé, Adeline se saisit de ce début de dialogue pour entamer des échanges suivis avec Pierre-Marie. Son mariage ne va pas si bien, elle est seule dans ce pays lointain. Des échanges effectués en cachette de Ben, mari jaloux et colérique. La vie des deux amants devient alors plus incroyable que la plus incroyable des fictions…

Un roman jubilatoire

Les auteurs de Et je danse aussi, Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat, nous reviennent avec un roman absolument jubilatoire : Oh happy day, aux éditions Pocket. Le titre sied admirablement bien à l’histoire : l’humour des auteurs, le côté cocasse des situations, la galerie de personnages indiciblement attachants vont vous font passer une merveilleuse journée de lecture. Impossible de rester insensible aux efforts maladroits mais si touchants et drôles de Pierre-Marie et de son compère Max, pour sauver Adeline des griffes de son époux. Impossible de s’ennuyer une seule seconde dans ce roman aux rebondissements incessants et à la tension narrative croissante. Impossible de reposer le livre une fois la lecture commencée.

Vous cherchiez un livre divertissant, drôle et tendre à la fois ? Ne cherchez plus ! Oh Happy day vous offre tout cela et bien davantage.

A lire, à relire, à offrir.

Informations pratiques

Oh happy day, Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat – «éditions Pocket, mars 2021 – 362 pages – 7,60€

Come prima, Sophie Simon

come prim

Un voyage à Rome dans le sillage de la magnifique plume de Sophie Simon. Que reste-t-il de notre premier amour ? Une variation magistrale sur la nostalgie et le bonheur.

Premier amour et nostalgie

Comment réagiriez-vous si votre premier amour vous recontactait 30 ans après et vous proposait une rencontre ? Fuiriez-vous ? Ignoreriez-vous son mail ? Ou décideriez-vous de le rencontrer à nouveau ?

C’est à ce cas de conscience que Celso est confronté en découvrant un mail d’Elena. Dans 12 jours, elle sera de passage à Rome où il vit. Douze jours pour prendre sa décision. Douze jours pour décider de la revoir et de risquer de se bruler les ailes ou au contraire de décliner sa proposition.

Alors qu’il croyait les fondations de sa vie actuelle avec sa femme Antonia et leurs deux filles inébranlables, son mariage solide, sa vie professionnelle accomplie en tant qu’écrivain, l’irruption d’Elena crée un véritable séisme en lui. C’est l’heure de vérité. Il n’a plus le droit de se mentir.

A -t-il épousé Antonia par défaut ou par amour ? Son désir pour Elena, aussi dévastatrice fut cette relation, est-il mort avec leur relation ou survit-il au fond de son cœur, envers et contre tout ? Peut-il prendre le risque de revoir celle qu’il a aimée 30 ans plus tôt d’un amour dévastateur ? Que préfère-t-il vraiment : le ronronnement rassurant d’une vie aux repères bien campés avec Antonia, ou une vie mouvementée avec l’ouragan Elena ? Recherche-t-il ou fuit-il le bonheur ?

Ces douze journées vont être déterminantes.

Embarquez pour l’Italie

J’adore l’écriture de Sophie Simon, sa justesse, son extraordinaire fluidité, son extrême sensibilité. Après American Clichés (chronique ICI), Gary tout seul (chronique LA), ou encore Deux cœurs légers (chronique ICI ET LA), j’attendais donc impatiemment Come Prima, paru aux éditions Anne Carrière. Et de décoller aussitôt pour cette ville de Rome que j’aime tant, ses fontaines, sa gastronomie, sa dolce vita. Tout au long de cette lecture, j’étais certes accompagnée de chansons italiennes, mais aussi de « Fuir le bonheur de peur qu’il se sauve » écrite par Serge Gainsbourg. Car c’est un peu un jeu de cache-cache entre Elena et Celso, mais aussi et surtout entre Celso et lui-même. Entre ce à quoi il aspire vraiment et ce qu’il se contente de vivre. Entre ce qu’il ressent et ce qu’il donne à voir. C’est un personnage très touchant, combattant ses névroses, conscient de ses failles, que Sophie Simon a créé.

En véritable chirurgienne de l’âme, Sophie Simon dissèque au scalpel de sa plume les contradictions humaines, les doutes, les hésitations, les peurs qui sont nôtres. A fortiori sur un sujet aussi passionnel que l’amour. C’est avec regret que l’on referme le livre sur cette galerie de personnages attachants en lesquels chacun peut se reconnaitre un peu.

A lire senza indugi!

Informations pratiques

Come Prima, Sophie Simon – éditions Anne Carrière, janvier 2021 – 188 pages – 18€

Comprenne qui voudra, Pascale Robert-Diard et Joseph Beauregard

Comprenne qui voudra

Il a 16 ans. Elle est sa professeure de lettres. L’histoire vraie d’une passion hors la loi en 1969.

Professeure-élève : un amour interdit

Divorcée et mère de deux enfants, Gabrielle a été reçue brillamment à 30 ans à l’agrégation de lettres modernes. En septembre 1967, elle fait sa première rentrée en tant qu’enseignante dans un lycée nord de Marseille.

Une passionnée qui entend bien contaminer ses élèves avec le virus de la littérature. Et de fait, sa proximité avec ses élèves, son dynamisme, sa passion, font de ses cours des moments très attendus. Elle en est convaincue : seule la culture peut apporter des réponses aux questions que les adolescents n’oseraient pas poser autour de la table familiale. Un tremplin vers la vie. Quand mai 68 souffle son vent de révolte, Gabrielle et ses élèves défilent. Main dans la main avec Gabrielle, Christian, un l’élève de 16 ans. Tous deux sont tombés amoureux, sous les regards attendris des autres élèves attendris.

Mais ses collègues ne voient pas cette relation d’n très bon œil. Et les parents du jeune garçon encore moins. Tandis que les tentatives pour séparer les deux amants échouent, la famille de Christian décide de poursuivre Gabrielle en justice. Les valeurs défendues en mai 68 ne sont-elles restées qu’utopie ? Est-on libre d’aimer qui on veut ? Entre les bien-pensants et leur morale d’un côté, les défenseurs d’un amour libre de l’autre côté, le fossé se creuse.

Amour et morale

Je connaissais cette affaire qui a défrayé la chronique en 1969 et a fait l’objet d’une série dans le Journal Le Monde en 2020. Mais avec ce livre, Comprenne qui pourra, c’est une dimension supplémentaire qu’a pris cet amour interdit : sans voyeurisme malsain, sans sensationnalisme, les Pascale Robert-Diard et Joseph Beauregard ont su rendre toute sa passion à cette histoire. Passion réciproque entre deux êtres. Passion de la foule qui se déchire au sujet de cet amour hors-normes. Passion des médias qui font leurs choux gras de cette affaire. J’ai été bouleversée par cette histoire, rendue encore plus réelle par les nombreuses photos et les extraits de lettres de Gabrielle Russier.

Une femme amoureuse dont le tort a été de croire que mai 68 marquait l’avènement d’un monde où l’amour deviendrait libre. Où il serait interdit d’interdire. Une croyance qui lui aura couté non seulement sa liberté mais sa vie…

Un magnifique livre.

Informations pratiques

Comprenne qui voudra, Pascale Robert-Diard et Joseph Beauregard – éditions de l’Iconoclaste, février 2021 – 19€

Un certain Paul Darrigrand, Philippe Besson

Un certain Paul Darrigrand
Copyright photo Karine Fléjo

Dans « Un certain Paul Darrigrand », Philippe Besson continue l’exploration de ses premières amours avec une infinie délicatesse et une sensibilité à fleur de plume. Des expériences compliquées, cachées, qui n’en sont pas moins initiatiques.

Dépendance affective

Nous sommes à la rentré universitaire 1988. Philippe Besson, 22 ans, vient poursuivre ses études à Bordeaux. Lors d’une pause, il fait la connaissance d’un autre étudiant, un certain Paul. Ce même étudiant fait montre d’un certain culot en s’installant face à lui à la cantine un peu plus tard, feignant qu’il s’agit là de sa place. Philippe Besson l’interprète comme un appel du pied. Et tombe alors instantanément et éperdument amoureux.

Mais il découvre alors non seulement que Paul est hétérosexuel, mais qu’il est marié. Il se dit par conséquent que cette relation amoureuse sera impossible. S’est-il fait des illusions sur les intentions de Paul? Ou Paul n’a-t-il pas réussi à contrer sa réelle attirance? Cette relation sera t-elle impossible ou clandestine?

Alors qu’il tombe amoureux, il vit une autre chute : il tombe malade. Une maladie du sang (thrombopénie), qui lui fait courir un risque hémorragique permanent. Et si son corps exprimait une souffrance que son esprit refusait de prendre en compte? Et s’il y avait un bénéfice secondaire à être malade, comme celui de retenir Paul à son chevet alors qu’il s’apprête à quitter Bordeaux pour Paris?

Des amours dissimulées

Philippe Besson a attendu 17 ans avant de se lancer dans l’autofiction et d’évoquer cette relation amoureuse qui a tellement compté pour lui. Il lui a fallu tout ce temps pour sortir du silence, pour continuer à faire vivre cet amour sur le papier. Pour « sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais« . Et ce livre est en effet extraordinairement vivant, vibrant.

Avec une infinie délicatesse et beaucoup de sensibilité, de sensualité, Philippe Besson évoque les montagnes russes de cette relation amoureuse en particulier, et de toute dépendance affective en général. L’autre a le pouvoir de vous faire passer d’une joie extrême à un désespoir infini selon qu’il répond ou pas à vos espoirs, qu’il se manifeste ou pas. Il vous met dans l’attente permanente et parfois insoutenable d’un signe. Il devient le centre de votre monde. Il vous condamne à l’ombre, au mensonge, à la duplicité et à la clandestinité.

Un livre très intime mais jamais impudique. Le partage d’une expérience personnelle à caractère universel : celle d’un amour fou, dévorant, qui trouvera un écho puissant chez nombre de lecteurs.

Un coup de coeur!

Informations pratiques

Un certain Paul Darrigrand, Philippe Besson – éditions Pocket, septembre 2020 – 166 pages – 6,50€

Glissez Géraldine Dalban-Moreynas dans votre poche!

On ne meurt pas d'amour éditions Pocket
©Karine Fléjo photographie

Un premier roman extrêmement fort, percutant, saisissant, sur une histoire d’amour adultérine particulièrement addictive et destructrice. L’emprise affective servie par la plume incisive de Géraldine Dalban-Moreynas.

Emprise affective et adultère

Cela fait quatre ans que la narratrice vit avec son compagnon. Quand il l’emmène à New-York pour la demander en mariage, elle répond « oui ». Oui à leur emménagement ensemble, oui à leur union, oui au meilleur. Mais c’est le pire qui se profile contre toute attente, quand la narratrice croise son nouveau voisin, un homme nouvellement père. Pour elle comme pour lui, c’est l’électrisation des corps, des sens. L’attirance mêlée de terreur. Tous deux sont en couple. Tous deux doivent suivre des voies parallèles et non communes. Tous deux doivent…  C’est ce qu’ils se répètent comme un mantra. Mais le devoir fléchit peu à peu sous l’attirance irrépressible qu’ils éprouvent l’un pour l’autre.

« Rien ne peut plus les retenir, même s’ils devinent qu’il n’y a pas d’issue, qu’il y aura de la souffrance, qu’il y aura des larmes. »

Commence alors un terrible et épuisant duel entre désir et raison, sentiments et raisonnement. Jusqu’où cet homme, très attaché à sa fille qu’il perdra en cas de divorce, sera-t-il capable d’aller pour cette jeune femme ? Jusque quels sacrifices, quel degré d’abnégation et de souffrance, sera-t-elle prête à aller pour vivre un amour dont elle pressent que sa rivale sortira victorieuse ? Combien de temps continuera-t-elle à se mentir à elle-même ?

Une lecture addictive

Avec On ne meurt pas d’amour, Géraldine Dalban-Moreynas nous livre un roman d’une puissance évocatrice rare. La tension narrative est telle, que le lecteur devient aussi accro à l’histoire que l’héroïne à son amant. Au fil des pages se dessine une dépendance affective de plus en plus forte. De plus en plus destructrice aussi. Avec beaucoup de justesse et de finesse dans l’analyse, l’auteure démonte les rouages de l’emprise affective, le combat épuisant entre le mental et le cœur, entre la raison et les sentiments. Car la jeune femme a l’intuition, dès le départ, que son amant ne quittera jamais sa femme et sa fille pour elle. Mais cette réalité lui est trop pénible à accepter, l’idée de ne plus vivre cette passion trop douloureuse. Et puis, ses résolutions de mettre un terme à cette relation s’évanouissent à chaque fois qu’elle croise ou entend son amant. A l’image d’une drogue dont le consommateur sait et redoute les effets néfastes sur sa santé, mais ne résiste pas au paradis artificiel d’un nouveau shoot, la jeune femme cède encore et encore à ce paradis illusoire qu’est leur relation. Jusqu’où peut-on aller par amour ? Jusqu’où est-on prêt à mettre en danger son intégrité ? Un roman captivant qui se lit en apnée.

Une écriture coup de poing pour un roman coup de coeur.

Informations pratiques

On ne meurt pas d’amour, Géraldine Dalban-Moreynas – éditions Pocket, septembre 2020- 192 pages – 6,50€-

Est-ce que tu danses la nuit…, Christine Orban

Est-ce que tu danses la nuit, Christine Orban
©Karine Fléjo photographie

Un roman troublant, envoûtant, sur la passion amoureuse comme Christine Orban sait si merveilleusement l’habiller de mots.

Un amour interdit

Le temps a passé, mais les mots échangés dans leurs lettres sont restés. Tandis que Tina par en voyage avec son mari pour fêter ses 20 ans de mariage, elle se plonge dans les échanges passionnés qu’elle a eus à la sortie de l’adolescence avec Marco, son petit ami de l’époque, mais aussi Simon. Son père. Des échanges que la gouvernante a retrouvés dans la maison et qu’elle lui a remis juste avant son départ.

Marco était le premier amour de Tina. Un jeune homme possessif, jaloux, fou amoureux. Un être avec lequel elle imaginait décliner son amour à l’infini. Mais c’était sans compter avec une rencontre marquante, électrisante : celle de son père Simon.

Alors que le père souhaite le meilleur pour son fils, que depuis le décès de sa femme il a observé une abstinence stricte, se refusant à toute nouvelle vie amoureuse,   il se surprend à souhaiter la fin de la liaison entre Marco et Tina. Pour avoir le champ libre. Pour se laisser aller à vivre cette passion proscrite par la morale et la bien-pensance. Parce que le désir qui s’empare de lui est plus fort que la raison. Plus fort que le qu’en-dira-t-on. Plus fort que les obstacles qui s’érigent entre Tina et lui, comme ce très grand écart d’âge. Irrésistible.

Tina, de son côté, est déstabilisée. A la lumière du feu qui brûle dans le regard de Simon, ses certitudes quant à la profondeur de son amour pour Marco vacillent. Comment peut-elle être sensible à Simon, si elle aime éperdument Marco ? Le père peut-il annuler le fils ?

Pour chacun des trois protagonistes, cette passion est un véritable cataclysme. Que va faire Tina ? Rompre avec Marco ou repousser l’impatience du père ?

Quand la morale s’incline devant le désir

« Ils avaient été embarqués dans une sorte d’avalanche, oui, ils avaient été ces corps déraisonnables, emportés, impuissants face à la passion, anéantis par le désir. »

Avec Est-ce que tu danses la nuit…Christine Orban confirme, si besoin était, son talent rare pour parler de la passion et des émotions qui traversent les femmes. A l’image des protagonistes, irrésistiblement attirés l’un vers l’autre, le lecteur tombe immédiatement sous le charme des personnages, de l’atmosphère du roman, de l’écriture si sensible de l’auteure, et , séduit, tourne fébrilement les pages pour connaître la suite.

Pas de jugement ni de bien-pensance ici, mais le souci de comprendre comment un homme bien sous tous rapports, responsable, aimant envers son fils, peut soudain envoyer tout balader, morale, raison, pour vivre une passion interdite, sulfureuse. Simon, bien que charmant, n’est pas un séducteur en série. Depuis le décès de sa femme, il a observé un deuil strict, a noyé son chagrin dans le travail, sans désir de refaire sa vie. Tina, de même, n’est pas une pauvre victime mais une jeune fille libre, qui sait fixer des limites à ce qu’elle peut accepter ou non d’un homme.

La seule liberté que n’ont pas ces trois êtres, c’est de faire taire leur désir, ce tsunami intérieur qui dévaste tout sur son passage. Un roman littéralement envoutant.

Informations pratiques

Est-ce que tu danses la nuit…, Christine Orban – éditions Albin Michel, mars 2020- 281 pages – 19,90€