Elles m’attendaient, Tom Noti

elles m'attendaient Tom Noti

©Karine Fléjo photographie

Deux êtres s’aimantent au premier regard. Mais l’amour peut-il panser toutes les blessures, faire taire tous les fantômes, permettre de dépasser son passé ? Une analyse sensible et juste. Un roman indiciblement touchant.

L’amour guérit-il de tout ?

Max n’avait pas imaginé envisager un jour une vie à deux, lui qui se sentait jusqu’alors « orphelin des sentiments, un vagabond des liens humains ». Mais il a pourtant succombé au sourire lumineux de Halley. Deux solitudes qui se rencontrent, s’apprivoisent. Deux êtres qui suturent leurs blessures d’enfance au fil de leur amour. Un amour dont naît Rosie, une petite fille lumineuse.

Mais connaît-on vraiment ses proches, y compris les êtres qui partagent notre vie ? Pourquoi ce silence absolu sur son passé, tandis qu’il ne cesse d’interroger Halley sur le sien, de vouloir la connaitre en profondeur ? Cet homme robuste en apparence, capable de porter des sacs de ciment et des parpaings sur le dos à longueur de journée, est-il aussi fort psychologiquement que physiquement ? Halley est-elle aveuglée par son amour ou perçoit-elle ses failles ?

Une chute de chantier va jouer le rôle de révélateur, ouvrir une brèche en Max. Et les fantômes de son passé de s’y engouffrer. Son amour fusionnel avec sa fille Rosie sera-t-il une bouée de sauvetage ou son naufrage est-il inévitable ?

Dépasser son passé

Tom Noti explore avec beaucoup de finesse et de justesse les profondeurs de l’âme humaine. En lisant son roman, j’ai pensé à la chanson « Fuir le bonheur de peur qu’il se sauve » écrite par Gainsbourg. Max est un homme cabossé par la vie, qui a grandi entouré d’une violence extrême, physique et morale. Un homme qui s’est plus souvent frotté à la souffrance qu’au bonheur, un bonheur qu’il convoite tout autant qu’il redoute. Car le bonheur peut paradoxalement faire peur, faute de se sentir aimable au sens digne d’être aimé et donc méritant ce bonheur comme tout un chacun. L’amour de sa compagne et de sa fille suffiront-il à le réconcilier avec la vie ou doit-il se sentir avant tout bien avec lui-même pour être bien avec les autres ? Un roman très émouvant. Une très belle histoire d’amour conjugal mais aussi filial.

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Dites-lui que je l’aime, Clémentine Autain

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©Karine Fléjo photographie

Beaucoup de cinéphiles connaissent la comédienne Dominique Laffin. Peu savent qu’elle était la mère de Clémentine Autain. Une mère à laquelle l’auteure rend dans ce livre un hommage vibrant. Parce qu’il n’est jamais trop tard pour dire je t’aime…

Dominique Laffin, côté scène et côté cour : l’actrice et la mère

Dominique Laffin est décédée brutalement à 33 ans. Sa fille Clémentine était alors tout juste âgée de 12 ans. De cette mère comédienne, qui a connu un succès fulgurant et joua notamment aux côtés de Gérard Depardieu dans « Dites-lui que je l’aime », Clémentine parle peu depuis 30 ans. Et s’efforce de ne pas davantage y penser. Trop douloureux. Trop lourd. Mais les questions récurrentes de sa fille la ramènent sans cesse à cette femme dont la simple évocation lui crée une boule dans la gorge. Il ne lui est alors plus possible de reculer. Plus possible de fuir.

Et d’écrire sur cette actrice et mère trop tôt disparue. Et d’exhumer des pans de vie entiers, des souvenirs heureux ou douloureux, des espoirs déçus et des rires partagés. Si tous s’accordaient à louer l’actrice, sa sensibilité, sa présence devant la caméra, peu connaissaient la mère. Une mère défaillante, incapable d’assumer son enfant, de veiller sur elle, malgré l’amour infini qu’elle lui porte. Dépressive, elle noie son chagrin et sa solitude dans l’alcool. Mais l’alcool et le travail font mauvais ménage : elle manque des jours de tournage, arrive en retard. Une réputation qui va la précéder comme une traînée de poudre. Sa carrière sombre alors aussi rapidement qu’elle est montée. Les rôles se font rares. Et à la maison, ils s’inversent. C’est Clémentine qui veille sur elle, la ramène ivre à la maison, lui évite de sauter par la fenêtre. C’est Clémentine qui du haut de ses sept ou huit ans endosse le rôle de mère.

« Ce qui abîme, c’est la répétition. Ce qui nous a séparées, c’est la récurrence de ton incapacité à prendre soin de moi. Je n’ai plus trouvé la force de comprendre, j’ai condamné. Je n’ai plus cherché à relier les bribes d’interprétation possible pour te disculper, j’ai considéré que ce n’était pas mon problème. Je n’ai plus entretenu les moments de bienveillance et de joie, je les ai enterrés. Qu’importe la compassion et la compréhension, la justice ou la vérité, pourvu que je marche droit. »

Au fil des années, Clémentine a mis tous ses souvenirs derrière une porte cadenassée, a refusé de se retourner, de se laisser dévorer par ce passé douloureux. Regarder devant, toujours. Avancer, encore. Malgré tout. Malgré l’absence et les défaillances.

Le temps du pardon : un livre comme une déclaration d’amour

Clémentine Autain nous livre un témoignage poignant. Poignant par sa sincérité, son authenticité, sa force. Pas de règlement de comptes ici, bien au contraire. C’est apaisée et adoucie qu’elle revient sur la vie de sa mère, loue ses talents d’actrice, mais aussi ce que cette dernière lui a légué comme son féminisme, son indépendance, sa modernité, son engagement plein et entier. Elle évoque ses manquements, les blessures qu’ils ont légitimement laissées sur son cœur d’enfant et de femme, mais elle ne juge pas. Elle ne hait pas. Elle ne condamne pas. Au contraire, elle réalise combien cette mère, aussi absente et défaillante soit-elle, lui a apporté, combien elle a partagé de rires, de complicité avec elle dans ses moments de clairvoyance et de sobriété. Elle qui ne s’était plus autorisée à penser à sa mère ces dernières années, qui se refusait à regarder ses films, à laisser la moindre émotion affleurer, ouvre grand les vannes de son cœur, se sent prête. Et réalise combien elle l’aime…

 

Une histoire impossible, Guy Lagache

Une histoire impossible de Guy Lagache

©Karine Fléjo photographie

Une magnifique histoire d’amour, que les tumultes de l’Histoire malmènent. Où quand un homme qui s’est toujours conformé à ce qu’on attendait de lui, décide de prendre son envol… avant de réaliser qu’il a quitté une prison pour une autre. Passionnant, dense, envoûtant.

Un amour impossible en temps de guerre

Nous sommes en mai 1940 à Tiensin, en Chine. Tandis que l’Europe est à feu et à sang, dans les ambassades, on multiplie les cocktails et les réceptions en tous genres. C’est à l’occasion d’une réception chez le consul de Grande-Bretagne que Paul, vice-consul promis à une belle carrière, tombe éperdument amoureux de Margot, une jeune inconnue au regard émeraude.

Un amour qui s’annoncerait sous les meilleurs auspices si Paul n’était pas déjà marié. Et si Margot n’était pas anglaise. En effet, alors que le maréchal Pétain vient de se rallier à l’Allemagne, l’Angleterre se retrouve désormais dans le camp ennemi.

Paul se retrouve alors complètement écartelé, tant sur le plan sentimental que professionnel. Choisir c’est renoncer. S’il décide de suivre Margot, qui s’est engagée dans les services secrets anglais, alors il devra se couper de sa fille de neuf ans, Eléonore, qu’il chérit par-dessus tout. Suivre la voie du cœur, c’est aussi renoncer à la belle carrière qu’il a amorcée. Sa femme, d’une ambition dévorante, l’a toujours poussé dans son ascension, lui a dicté sa conduite et les codes à respecter pour gravir les échelons de la hiérarchie diplomatique. Il n’est qu’à quelques barreaux de la nomination d’ambassadeur. Peut-il sortir de son devoir de réserve et tourner le dos à pareil titre pour rejoindre la résistance à Londres ?

Paul est assailli par de térébrantes questions. Criblé de doutes. Lui qui s’est toujours conformé à ce qu’on attendait de lui, du choix de ses études au choix de sa carrière, en passant par celui de son épouse, étouffe. Besoin de respirer, de vivre conformément à ses besoins, à ses désirs. Besoin d’être lui-même. Libre.

Enfin libre.

Il quitte donc sa femme castratrice et sa fille pour rejoindre Margot. Avant d’être à nouveau séparé d’elle. L’Histoire n’a pas fini de chahuter son histoire d’amour.

Mais, quand ils seront enfin réunis, seront-ils heureux pour autant ? La présence de la femme aimée suffit -elle à effacer l’absence de ceux qu’on a laissés derrière soi, tout particulièrement celle de son enfant ? Quant à Margot, son rapprochement de Paul est-il uniquement mu par l’amour ? Quel jeu joue-t-elle réellement ? Le couple va devoir composer avec la culpabilité et le mensonge, redoutables ennemis de l’amour…

La liberté n’est parfois qu’illusion

Ce qui fascine dans ce roman de Guy Lagache, Une histoire impossible, c’est la densité de l’histoire, ses multiples rebondissements qui prennent le lecteur en otage de la première à la dernière page. Un roman très visuel, dont on perçoit les couleurs, les parfums, les décors et que l’on verrait très bien être adapté au cinéma.

Une histoire impossible, c’est l’histoire d’une passion qui s’inscrit dans la grande Histoire, interagit avec elle, comme un couple à trois. Car c’est là un des écueils de leur amour : dans leur couple, l’Histoire est le troisième personnage, une maîtresse terrible qui réclame sa part. L’autre écueil, pour cet homme si intègre et droit qu’est Paul, c’est d’avoir conquis sa liberté au prix d’un enfermement dans une culpabilité accablante. Ou quand l’illusion de la liberté devient illusoire…

Un roman à lire absolument!

Quand nos souvenirs viendront danser, Virginie Grimaldi

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©Karine Fléjo photographie

Quand six « octogéniaux » décident d’unir leurs forces pour lutter contre l’avis d’expulsion qui les menace, cela donne un roman d’un humour irrésistible et d’une immense tendresse. Ou comment Virginie Grimaldi excelle à vous faire passer du rire aux larmes.

Amitié, amour, vieillesse

Impasse des colibris, on trouve six maisons séparées par de hautes haies. Six maisons habitées par des octogénaires, qui partagent leur quotidien depuis des décennies. Il y a Marceline, rude en apparence mais fondante au cœur et Anatole, son amour depuis plus de soixante ans. On y croise aussi Joséphine, ex-danseuse, dans son célèbre justaucorps fuchsia, ou encore Gustave, Rosalie et Marius. Une impasse dont le calme est soudain rompu par l’annonce du nouveau projet du maire : il n’y a plus assez de classes pour accueillir les enfants, par conséquent il faut construire une nouvelle école et un parking. Ce qui suppose de raser les maisons de l’impasse des colibris.

Nos octogénaires sont sidérés. Comment ce maire, fils de leurs anciens voisins et amis, peut-il envisager un millième de seconde les expulser de chez eux ? Car raser leurs maisons, c’est bien davantage que de transformer de vieilles habitations en tas de pierres.

« Ce ne sont pas que nos maisons qui vont être écrabouillées, ce sont nos souvenirs. Nos vies. (…) Cette place est mon point d’ancrage, mon radeau. Elle a porté mes craintes de jeune mariée, la naissance d’amitiés, toutes nos soirées de rires, les premiers pas de nos enfants, leurs premières cigarettes aussi, elle a accueilli nos secrets, nos espoirs et nos peines, elle est partout dans ma mémoire. »

Alors, que faire ? Se mettre en quête d’une maison de retraite qui voudra bien les accueillir ? Chercher un appartement ailleurs ? Pleurer, se lamenter ? C’est mal connaître nos six compères. Si Marceline regrettait que les haies aient créé une certaine distance entre eux, l’expulsion qui les menace va les rapprocher. Et nos octogénaires de décider de contre-attaquer. Ils ont autant d’idées pour s’opposer au plan du maire que d’années au compteur. Et de fonder le groupe des « octogéniaux ». Leur méthode : multiplier les petites actions. Leur but : user le maire pour obtenir gain de cause. Ils jubilent à fomenter de nouvelles actions, à mettre en place de nouveaux projets, unis, déterminés. Voilà qui leur donne une nouvelle jeunesse !

Ils vont ainsi mener une opération escargot au supermarché, sur la route, écrire et chanter du rap sur Youtube, créer une page Facebook avec des milliers d’abonnés, être invités à la radio, à la télévision. En un mot, ils font le buzz. Et s’attirent le soutien de tous. Sauf du maire.

Pourquoi ce dernier s’acharne-t-il à vouloir construire son école à cet emplacement-là ? Son entêtement cache-t-il autre chose ? A-t-il des comptes à régler avec ces gens, comptes liés à une vieille histoire avec la fille de Marceline et Anatole ? Et nos « octogéniaux », aussi déterminés soient-ils, parviendront-ils à remporter la bataille ?

Un livre profond et léger, drôle et émouvant à la fois

Il est facile de faire pleurer au cinéma ou dans un livre. Il est beaucoup plus difficile de faire rire. Non pas juste sourire, mais rire vraiment (au risque de passer pour une douce dingue auprès des inconnus assis près de vous). C’est le cas de Virginie Grimaldi, qui est capable en un éclair de vous faire passer du rire aux larmes. Et inversement. Son irrésistible humour, ses métaphores désopilantes, ses personnages cocasses, vous feront éclater de rire bien souvent. Une légèreté qui ne doit pas laisser croire à une superficialité. Car les personnages de ce roman sont tout sauf futiles. Ces octogénaires sont en effet viscéralement humains, attachants, émouvants. Marceline nous dévoile son parcours de vie, sa renaissance en rencontrant Anatole, les combats qu’il lui a fallu mener, ses joies et ses peines. Une vie de soleil et de pluie, comme toute vie, mais illuminée en tout temps par l’amour de son Anatole. Un amour qui fait frissonner l’âme et galoper le cœur. Un amour dont chacun rêve.

Un roman lumineux, qui vous mettra des étincelles dans les yeux et du soleil dans le cœur!

 

Celle qui attend, Camille Zabka

Celle qui attend livre 

« Celle qui attend » est le premier roman de Camille Zabka. Un livre tiré d’une histoire vraie, celle d’un homme dont la vie bascule dans l’horreur suite à un emprisonnement. Dès lors, seules les lettres qu’il écrit à sa femme et à sa fille le relient à la vie extérieure, à la vie « normale ». Un roman saisissant.

Quand la vie bascule suite à une incarcération

Alexandre a connu de nombreuses discriminations en raison de sa couleur de peau. Mais il a réussi à mener son petit bonhomme de chemin malgré tout, aujourd’hui dirigeant d’une entreprise de voituriers. Une vie bien rangée, aux côtés de sa femme Pénélope et de son adorable petite fille Pamina. Jusqu’à ce problème routier.

Sa vie bascule quand à un contrôle de police, il est arrêté pour conduite sans permis. Depuis l’année passée, où il avait pris la fuite en état d’ivresse, son permis de conduire lui avait été retiré. Il avait pour obligation de se présenter au juge d’application des peines. Une obligation à laquelle il s’est soustrait sans mesurer les risques encourus. La peine avec sursis se transforme alors en peine de prison ferme.

Et de se voir incarcérer pour quatre mois à Fleury-Mérogis. C’est la sidération. Une vie en suspens. En quelques minutes, il se retrouve plongé dans un autre monde. Celui de la promiscuité avec des détenus violents, drogués. Celui du bruit incessant, des disputes, des cris, des télés qui hurlent jour et nuit. Celui de la puanteur, de la crasse, de l’urine, de la sueur. Celui des horaires bien réglés, pour la promenade, les ateliers, les repas. Celui du temps figé. Celui de l’absence de liberté hormis celle de penser.

Et penser, il ne fait que cela. A sa femme qui doit prendre ses nouvelles fonctions de sage-femme en Allemagne. A sa fille, trop petite pour comprendre ce qui arrive à son père et à laquelle on a prétendu qu’il était au coin suite à une grosse bêtise. A trois ans, va-t-elle penser qu’il l’a abandonnée ?  Cette pensée le terrifie. Lui qui n’aimait jusqu’alors pas les mots, qui n’écrivait pas ni ne lisait, trouve en l’écriture et la lecture un rempart contre l’effondrement. Au quotidien, il rédige des lettres, réalise des dessins à colorier pour sa fille, des puzzles de papier, des banderoles à afficher, qu’il glisse dans des enveloppes de fortune avec des timbres cantinés. Ces lettres sont le seul pont érigé entre lui et elles. Le seul oxygène qu’il lui reste. Le seul lien avec l’extérieur.

Sa seule raison de vivre.

La prison, un retour à l’état sauvage

Avec Camille Zabka, le lecteur devient prisonnier (mais consentant 😉) à son tour. Prisonnier de la fluidité de son style, du réalisme des situations, de la justesse des émotions. Impossible de s’extraire du livre une fois la lecture commencée. On vit l’incarcération, on frémit lors des rixes, on s’émeut à la lecture des lettres et des trésors d’imagination du père envers sa fille, on trépigne d’impatience à l’approche de la libération. On s’insurge devant l’erreur judiciaire qui accroît la durée d’emprisonnement, devant les injustices dont il est l’objet et les aberrations de l’administration pénitentiaire. La romancière excelle à nous catapulter au cœur de la prison, où l’homme n’est plus un homme mais réduit à l’état d’animal sauvage luttant pour sa survie. C’est un roman édifiant, tiré d’une histoire vraie, celle d’une vie qui bascule et entraîne dans son sillage celle de ses proches.

Un roman indiciblement touchant, où l’amour d’un père pour sa fille et d’un homme pour sa femme permet au détenu de rester debout. Envers et contre tout. Agrippé aux lettres comme à des bouées. Atteindra-t-il le rivage?