L’attrape-souci, Catherine Faye : énorme coup de coeur!

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L’attrape-souci, Catherine Faye

Editions Mazarine, janvier 2018

Rentrée littéraire

Un roman bouleversant, sur un jeune garçon en quête de mère, en plein Buenos Aires. Un livre dont les personnages vous hanteront longtemps. Enorme coup de cœur !

Lucien, petit parisien de 11 ans, est en voyage avec sa mère à Buenos Aires. Vacances ou nouveau départ, il n’a pas eu davantage d’explication de cette dernière. A leur arrivée, il l’accompagne dans une librairie et la laisse choisir son livre tandis qu’il s’absorbe dans la contemplation d’un attrape-souci – une petite poupée que l’on glisse sous son oreiller et qui vous déleste de vos problèmes pendant la nuit. Lorsqu’il se retourne, sa mère a disparu. Les soucis le rattrapent alors…

Après l’avoir attendue en vain, il décide partir à sa recherche dans cette ville immense qui lui est totalement étrangère. Et rapidement d’adopter l’identité de Lucio, par crainte d’être identifié par les autorités et ramené de force en France, où cet oncle qu’il déteste se chargera de son éducation. Au fil de ses déambulations dans les bidonvilles comme dans les beaux quartiers, il se lie à un cartonnier, aux enfants des rues, à des prostituées, apprend auprès de chacun, se construit, puise en chaque être et en chaque circonstance de quoi suffire à son bonheur. Ou presque. Puisque celui-ci ne sera complet que le jour où il aura retrouvé sa mère. Survient alors une rencontre, ô combien déterminante, en la personne d’Arrigo, un jardinier au grand cœur…

Retrouvera-t-il sa mère ou l’a-t-il au final perdue bien avant cet incident à la librairie ? A la perte de sa mère s’ajoutera-t-elle une autre perte, celle de ses illusions ? Qui est cette femme pour avoir pu ainsi « oublier » son fils ?

Avec une sensibilité à fleur de plume, une tension permanente, une extraordinaire justesse, Catherine Faye nous entraîne sur les pas d’un petit garçon indiciblement courageux et déterminé, au cœur d’une Argentine haute en parfums et en couleurs. Un être que l’on a irrésistiblement envie de prendre dans ses bras, d’aimer, de rassurer. Et que l’on n’oubliera pas de sitôt.

Un énorme coup de cœur de cette rentrée littéraire !

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Le bleu des abeilles, de Laura Alcoba : tendre, pétillant et touchant

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Le bleu des abeilles, de Laura Alcoba

Editions Gallimard, aout 2013

 

A l’âge de huit ans, la narratrice se prépare au grand voyage. Restée en Argentine, elle rejoindra bientôt sa maman, opposante à la dictature et réfugiée en France. Son père, lui, est emprisonné à La Plata. Pour réussir au mieux son intégration, elle entreprend d’apprendre le français avant son départ. « Le français est une drôle de langue, elle lâche les sons et les retient en même temps, comme si, au fond, elle n’était pas tout à fait sûre de bien vouloir les laisser filer – je me souviens que c’est la première chose que je me suis dite. Et qu’il allait me falloir beaucoup d’entrainement, aussi. » P.12. Elle s’imagine déjà à Paris, le long des quais de Seine, aux pieds de la tour Eiffel, ces lieux dont sa professeur de français, Noémie, lui a parlé. Mais après plus de deux ans d’attente, la fillette se retrouve non pas dans la capitale tant fantasmée mais au Blanc-Mesnil. Juste à côté. Enfin un peu loin. Voire beaucoup plus loin. Pourtant, loin de s’appesantir sur son sort, l’enfant, du haut de ses dix ans, a l’art de s’émerveiller de tout, de se réjouir de peu. Avec un regard neuf, drôle, terriblement attendrissant, elle nous décrit son entrée à l’école, son quotidien dans cet appartement au papier peint bardé de tuyaux, son apprentissage méticuleux de la langue, ses relations épistolaires hebdomadaires avec son père, sa découverte de la neige et tant d’autres changements qui émaillent sa nouvelle vie.

Un roman délicieux, touchant, sur la rude réalité de l’exil, le désir d’intégration, à travers le regard d’une enfant indiciblement attachante… A lire!

 

P. 73 J’ai aimé mon premier « e » muet comme tous ceux qui ont suivi. Mais c’est plus que ça, en vérité. Je crois que, tous autant qu’ils sont, je les admire. Parfois il me semble même que les « e » muets m’émeuvent, au fond. Etre à la fois indispensables et silencieuses : voilà une chose que les voyelles, en espagnol, ne peuvent pas faire, quelque chose qui leur échappera toujours. J’aime ces lettres muettes qui ne se laissent pas attraper par la voix, ou alors à peine. C’est un peu comme si elles ne montraient d’elles qu’une mèche de cheveux ou l’extrémité d’un orteil pour se dérober aussitôt.

Informations pratiques :

Nombre de pages : 121

Prix éditeur : 15.90€

ISBN : 978 2 07 014214 9