Citation du jour

 L’art a cette capacité de faire parfois ressentir ce que nous savons confusément
au fond de nous sans jamais avoir pu l’exprimer. En un instant. Comme
un accès direct et fulgurant à la Source.
L’art joue avec nos sens pour nous emmener dans le monde de l’esprit
où s’épanouit notre âme.

L'art vous le rend bien Laurent Gounelle

La collectionneuse, Agnès Vannouvong

La collectionneuse, Agnès Vannouvong

©Karine Fléjo photographie

Enquête dans le milieu de l’art et du sexe

Jusqu’ici, dans l’Agence Duluc, l’agence de détectives dirigée par sa tante, Frédérique ne s’est vu confier que des missions basiques : filatures, constats d’adultère, rien de bien brillant. Et sa vie privée n’est pas plus rutilante : si Frédérique est obsédée par le sexe, mâte sans cesse les femmes qu’elle croise, collectionne en secret les godes-ceintures, elle n’a aucune vie sexuelle depuis plusieurs années.

Cette fois, sa tante décide de faire fi de sa maladresse légendaire, laquelle peut pourtant faire capoter les affaires, et décide qu’il est temps que Frédérique fasse ses preuves. Elle lui confie une mission autrement plus compliquée que d’habitude : retrouver une célèbre collectionneuse, Victoria Lanzmann, qui a disparu avec un tableau d’une valeur inestimable : L’homme au lavabo de Bacon.

En compagnie de George, le bras droit de sa tante dans l’agence, Frédérique se lance corps et âme dans cette enquête. Au sens propre comme au sens figuré. De Paris à Miami, en passant par Bruxelles, Bâle, Hong-Kong, Pattaya, Frédérique écume les places d’art contemporain afin de glaner des informations auprès de ceux qui ont connu Victoria Lanzman. Elle découvre alors un univers à part, avec ses codes, son langage, ses tenues vestimentaires, son argent. Elle découvre aussi, que la disparue partage avec elle cette obsession pour le sexe. Mieux, elle réalise qu’elle peut être séduisante, attirante, désirable, elle qui fuit toujours au moment de concrétiser.

Et si chercher Victoria lui permettait de se trouver ? L’auteure nous réserve une chute vertigineuse…

L’identité, la quête de soi

Agnès Vannouvong nous entraîne avec beaucoup de malice et de jubilation dans le milieu très particulier de l’art. L’art comme porte sur la compréhension du monde. Les peintres en effet nous interrogent, nous invitent à la réflexion, comme le fait Bacon avec L’homme au lavabo : « le personnage central veut disparaître dans le lavabo, il semble coupé de lui-même et du monde » Et l’enquête de se faire l’écho de ce tableau volé : jusqu’où est-on prêt à se couper de soi, à nier ses besoins et ses envies, pour répondre aux attentes de la société ? Peut-on faire le choix d’une autre place que celle que l’on nous assigne ? Y-a-t-il plus grande violence envers soi que de ne pas s’autoriser à revendiquer notre identité ?

Coup de coeur pour la miniaturiste Annie Leveillault

Ce week-end se tient à la Halle des Blancs Manteaux à Paris 4ème, l’EXPO4ART. Peintres, sculpteurs, photographes et designers y exposent leur travail. L’occasion de découvrir le talent fou de la miniaturiste Annie Leveillault avec sa série « Le voyage des livres ».

expo4artTournez-la-page-1-768x1014

La vie des livres

Dans les allées de la Halle des Blancs Manteaux, l’amoureuse des livres que je suis a eu le regard happé par des vitrines et scènes miniatures représentant la vie cachée des bibliothèques et des librairies. Et de m’approcher, émerveillée. Il s’agissait des créations d’Annie Leveillault, miniaturiste autodidacte depuis près de 20 ans, dont l’atelier est situé en Bretagne ( Ah qu’ils sont talentueux ces bretons ! Non, je ne dis pas cela par chauvinisme 😉 ).

 

bibliothèque

 

Annie Leveillault a imaginé des livres qui, pétris d’ennui sur les étagères des bibliothèques, décident de prendre leur élan vers d’autres mains, d’autres lecteurs, d’autres regards. Tandis que la maison est endormie, ils s’enivrent de liberté. Les pages volent, les étagères prennent vie, les histoires se chuchotent, les personnages quittent une histoire pour une autre. La bibliothèque vibre. La bibliothèque vit. Et le résultat est sidérant de beauté et d’originalité.

Des œuvres extraordinairement vivantes

Ce qui frappe, c’est non seulement l’extrême minutie de l’artiste, mais aussi l’élan vital qui émane de chacune de ses créations. Les livres sont créés à l’échelle du 1/12ème, avec chacun leur propre couverture (en cuir, en papier parchemin…), leurs cahiers cousus, parfois même du texte. Fermés, ouverts, prêts à s’envoler, les livres sont dans ces créations si vivants, qu’on a le sentiment qu’on pourrait presque entendre bruire leurs pages.

C’est magnifique, original, ingénieux et un brin facétieux. Mais surtout, c’est du grand art!

Annie Leveillault

Si vous habitez Paris, vous avez jusqu’à demain pour aller admirer ces œuvres. Si vous n’êtes pas parisien, vous pouvez les retrouver sur le site de l’artiste : Site d’Annie Leveillault

Informations pratiques :

Halles des blancs Manteaux, 48 rue Vieille du Temple, 75004 Paris (Métro Hôtel de villle ou Saint-Paul)

Citation du jour

Les artistes, ces femmes et ces hommes qui ont reçu le don de pouvoir équilibrer les couleurs, les formes, jusqu’à ce qu’elles sonnent justes, et qui possèdent cette intégrité de caractère qui ne peut se satisfaire des demi-solutions, qui renonceront toujours aux effets superficiels et aux succès faciles, pour leur préférer le labeur harassant d’un travail sincère.

Ernst Gombrich – L’histoire de l’art

Palette.

 

 

Vers la beauté, David Foenkinos : coup de coeur!

 

img_3340

Vers la beauté, David Foenkinos

Editions Gallimard, mars 2018

Le parcours d’un homme qui se raccroche à la beauté pour survivre au traumatisme qu’il a vécu, qui grâce à la peinture transcende sa souffrance. Ou quand la beauté sauve le monde. Un roman sensible, fin, extrêmement touchant.

Antoine Duris est maître de conférences aux Beaux-Arts. Un professeur passionné et passionnant, émérite et particulièrement apprécié de ses élèves. Aussi, quand du jour au lendemain, il donne sa démission, rend les clefs de son appartement, résilie tous ses abonnements, c’est la consternation dans son entourage. Certes, il a bien laissé un courrier dans lequel il dit prendre une année sabbatique pour aller au calme écrire un roman, mais cela laisse ceux qui le connaissent, et particulièrement sa sœur, dubitatifs.

Dubitative est aussi Mathilde, la DRH du musée d’Orsay, quand elle reçoit le CV de cet érudit pour le poste sous-qualifié de gardien de musée. Ce n’est pas sérieux, quelqu’un de sa renommée ne peut pas désirer simplement s’asseoir sur une chaise à surveiller les visiteurs à longueur de journée ! Et pourtant si. Quel est ce mystère qui entoure cet homme ? Quel est donc ce traumatisme qui a pu le conduire à renoncer à tout ?

A tout sauf à la beauté. Car Antoine a coupé avec son passé, sauf avec la beauté. La beauté à travers l’art le transcende, lui fait se sentir vivant, ou plutôt survivant. « La contemplation de la beauté était un pansement sur la laideur. (…) Le merveilleux demeurait la meilleure arme contre la fragilité. » Ainsi, contempler les tableaux, s’envoler dans les couleurs des autres, lui fait échapper à la grisaille de sa vie.

Ce roman de David Foenkinos fait penser à une toile de Seurat. Touche par touche, page après page, le portrait de cet homme touchant se dessine, ses cicatrices, ses joies s’esquissent. Tandis que les contours de sa vie s’ébauchent, on comprend ce qui a motivé son départ, son besoin vital de repartir à zéro. Chaque couleur, chaque trait, que pose David Foenkinos dans ce portrait, est juste, lumineux, émouvant. Un roman brillant, que dis-je, une toile de maître !

Sans titre, Valérie Gans : attention coup de coeur!

F1383626-A151-4AEA-B46B-230F8D090A10

Sans titre, Valérie gans

Editions Jean-Claude Lattès, avril 2018

Entre satire sociale et thriller psychologique, de la quête de la beauté à la fabrication d’un succès, Valérie Gans brosse un tableau au vitriol de notre société. Gros coup de cœur !

Je vous avais parlé avec enthousiasme du précédent roman de Valérie Gans, Emprise, dont vous pouvez retrouver la chronique ici : Emprise, Valérie GansC’est avec un aussi fol enthousiasme que je vous parle de son nouveau roman, coup de cœur absolu : Sans titre.

Le peintre Egon Stübli, en couple avec le chirurgien esthétique de renom, Charles Newcomer, disparait tragiquement alors qu’il surfait dans une baie réputée dangereuse. Rendu célèbre par une série de tableaux, Les Uglies, série de portraits suscitant fascination et répulsion à la fois, car très dérangeants, ce dernier peinait depuis à renouer avec le succès. Mais sa disparition fait soudain de ses dernières toiles, boudées par les critiques d’art, des objets de la plus haute convoitise. La cote d’Egon s’envole.

De son côté, Charles en a assez de ces femmes riches qui veulent absolument lifter la moindre ride, réelle ou supposée, arborer une poitrine opulente, se glisser dans un 36, gommant ainsi tout ce qui faisait leur unicité, leur personnalité, pour au final toutes se ressembler, complètement refaites et artificiellement « belles ». C’est alors qu’il a une idée novatrice en matière de chirurgie esthétique. Idée que l’argent issu de la vente des œuvres d’Egon pourrait lui permettre de mettre en pratique…

Valérie Gans dresse une satire de notre société. Qu’est-ce que la beauté, qu’il s’agisse d’une personne ou d’une œuvre d’art ? Pour Baudelaire, le beau est toujours bizarre. La beauté doit-elle être ce qui étonne, interpelle, touche (plaisir ou déplaisir) ? Ou doit-elle entrer dans des normes quant aux mensurations d’une personne, quant à l’esthétisme d’un tableau ? Avec un talent inouï pour entretenir le suspense, Valérie Gans nous peint des situations qui s’avèrent être des trompe-l’œil les unes après les autres. Jusqu’à la chute finale, vertigineuse.

Un gros coup de cœur !

Expo4Art 2016 aux Blancs Manteaux

Il vous reste encore quelques heures si vous voulez voir la formidable exposition Expo4Art à l’espace des Blancs Manteaux (Paris 4ème)!

Du 9 au 11 septembre 2016 se déroule la 4ème édition d’Expo4Art, au coeur du Marais. Une manifestation qui réunit 70 artistes contemporains, dans des domaines aussi divers que la peinture, la photographie, la sculpture, la création de bijoux, ou encore la réalisation de tableaux végétaux.

 

Quatre artistes ont tout particulièrement suscité mon émerveillement : 

  • Les sublimes photographies de Patrick le Hec’h : 

     

  • Les sculptures de Frédéric Saint-Aubin, styliste papier : à partir de papiers aux impressions et aux textures diverses, l’artiste sculpte des figurines de mode d’une minutie, d’une originalité et d’une beauté sidérantes! Des figurines auxquelles il insuffle un mouvement, une vie, au point de donner au visiteur le sentiment qu’il lui suffirait de les toucher pour qu’elles s’animent. Un gros coup de coeur! Je vous invite à aller visiter le site de l’artiste en cliquant ici : Site de Frédéric Saint-Aubin

    Ci-dessus : sculptures en papier 3D, en papier 2D et collage papier.

  • Les tableaux de Arnaud Bauville : chaque toile est réalisée à partir de coupures de presse anciennes originales et d’extraits de revues françaises ou étrangères d’époque, que l’artiste a chiné au gré de ses pérégrinations. Un choix de « textes » non innocent puisque pour chaque portrait réalisé, Arnaud Bauville imagine une vie à son personnage et donc une histoire. Une histoire que ces bribes de mots nous racontent. Des toiles à lecture multiple donc, et des oeuvres magnifiques, d’une grande originalité, à l’accent rétro. Allez faire un tour sur son site : site d’Arnaud Bauville !
  • Les tableaux végétaux de Stéphane Moreau : on voit fleurir avec bonheur quelques murs végétaux au coeur de la capitale. Stéphane Moreau, lui, vous propose encore mieux : avoir vos propres tableaux végétaux sur vos murs! Seulement vous hésitez, car vous n’avez pas la main verte. Que nenni, la technique de l’artiste dispense de tout arrosage, entretien ou spécifique exposition à la lumière! Une fois le tableau chez vous, il vous suffira de le fixer au mur. C’est tout! Le lichen dont il est composé, ainsi que les plantes, sont traités pour ne pas bouger pendant 8 à 10 ans. Pour voir ce merveilleux travail de plus près, cliquez ici : Site des tableaux végétaux

 

Vous avez jusqu’à 20 heures, ce dimanche, pour découvrir ces 70 artistes. Faites vite!

Informations pratiques :

Métro Saint-Paul, ligne 1

Halle des Blancs Manteaux, rue Vieille du Temple.

Entrée libre.