Coup de coeur pour la miniaturiste Annie Leveillault

Ce week-end se tient à la Halle des Blancs Manteaux à Paris 4ème, l’EXPO4ART. Peintres, sculpteurs, photographes et designers y exposent leur travail. L’occasion de découvrir le talent fou de la miniaturiste Annie Leveillault avec sa série « Le voyage des livres ».

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La vie des livres

Dans les allées de la Halle des Blancs Manteaux, l’amoureuse des livres que je suis a eu le regard happé par des vitrines et scènes miniatures représentant la vie cachée des bibliothèques et des librairies. Et de m’approcher, émerveillée. Il s’agissait des créations d’Annie Leveillault, miniaturiste autodidacte depuis près de 20 ans, dont l’atelier est situé en Bretagne ( Ah qu’ils sont talentueux ces bretons ! Non, je ne dis pas cela par chauvinisme 😉 ).

 

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Annie Leveillault a imaginé des livres qui, pétris d’ennui sur les étagères des bibliothèques, décident de prendre leur élan vers d’autres mains, d’autres lecteurs, d’autres regards. Tandis que la maison est endormie, ils s’enivrent de liberté. Les pages volent, les étagères prennent vie, les histoires se chuchotent, les personnages quittent une histoire pour une autre. La bibliothèque vibre. La bibliothèque vit. Et le résultat est sidérant de beauté et d’originalité.

Des œuvres extraordinairement vivantes

Ce qui frappe, c’est non seulement l’extrême minutie de l’artiste, mais aussi l’élan vital qui émane de chacune de ses créations. Les livres sont créés à l’échelle du 1/12ème, avec chacun leur propre couverture (en cuir, en papier parchemin…), leurs cahiers cousus, parfois même du texte. Fermés, ouverts, prêts à s’envoler, les livres sont dans ces créations si vivants, qu’on a le sentiment qu’on pourrait presque entendre bruire leurs pages.

C’est magnifique, original, ingénieux et un brin facétieux. Mais surtout, c’est du grand art!

Annie Leveillault

Si vous habitez Paris, vous avez jusqu’à demain pour aller admirer ces œuvres. Si vous n’êtes pas parisien, vous pouvez les retrouver sur le site de l’artiste : Site d’Annie Leveillault

Informations pratiques :

Halles des blancs Manteaux, 48 rue Vieille du Temple, 75004 Paris (Métro Hôtel de villle ou Saint-Paul)

Citation du jour

Les artistes, ces femmes et ces hommes qui ont reçu le don de pouvoir équilibrer les couleurs, les formes, jusqu’à ce qu’elles sonnent justes, et qui possèdent cette intégrité de caractère qui ne peut se satisfaire des demi-solutions, qui renonceront toujours aux effets superficiels et aux succès faciles, pour leur préférer le labeur harassant d’un travail sincère.

Ernst Gombrich – L’histoire de l’art

Palette.

 

 

Vers la beauté, David Foenkinos : coup de coeur!

 

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Vers la beauté, David Foenkinos

Editions Gallimard, mars 2018

Le parcours d’un homme qui se raccroche à la beauté pour survivre au traumatisme qu’il a vécu, qui grâce à la peinture transcende sa souffrance. Ou quand la beauté sauve le monde. Un roman sensible, fin, extrêmement touchant.

Antoine Duris est maître de conférences aux Beaux-Arts. Un professeur passionné et passionnant, émérite et particulièrement apprécié de ses élèves. Aussi, quand du jour au lendemain, il donne sa démission, rend les clefs de son appartement, résilie tous ses abonnements, c’est la consternation dans son entourage. Certes, il a bien laissé un courrier dans lequel il dit prendre une année sabbatique pour aller au calme écrire un roman, mais cela laisse ceux qui le connaissent, et particulièrement sa sœur, dubitatifs.

Dubitative est aussi Mathilde, la DRH du musée d’Orsay, quand elle reçoit le CV de cet érudit pour le poste sous-qualifié de gardien de musée. Ce n’est pas sérieux, quelqu’un de sa renommée ne peut pas désirer simplement s’asseoir sur une chaise à surveiller les visiteurs à longueur de journée ! Et pourtant si. Quel est ce mystère qui entoure cet homme ? Quel est donc ce traumatisme qui a pu le conduire à renoncer à tout ?

A tout sauf à la beauté. Car Antoine a coupé avec son passé, sauf avec la beauté. La beauté à travers l’art le transcende, lui fait se sentir vivant, ou plutôt survivant. « La contemplation de la beauté était un pansement sur la laideur. (…) Le merveilleux demeurait la meilleure arme contre la fragilité. » Ainsi, contempler les tableaux, s’envoler dans les couleurs des autres, lui fait échapper à la grisaille de sa vie.

Ce roman de David Foenkinos fait penser à une toile de Seurat. Touche par touche, page après page, le portrait de cet homme touchant se dessine, ses cicatrices, ses joies s’esquissent. Tandis que les contours de sa vie s’ébauchent, on comprend ce qui a motivé son départ, son besoin vital de repartir à zéro. Chaque couleur, chaque trait, que pose David Foenkinos dans ce portrait, est juste, lumineux, émouvant. Un roman brillant, que dis-je, une toile de maître !

Sans titre, Valérie Gans : attention coup de coeur!

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Sans titre, Valérie gans

Editions Jean-Claude Lattès, avril 2018

Entre satire sociale et thriller psychologique, de la quête de la beauté à la fabrication d’un succès, Valérie Gans brosse un tableau au vitriol de notre société. Gros coup de cœur !

Je vous avais parlé avec enthousiasme du précédent roman de Valérie Gans, Emprise, dont vous pouvez retrouver la chronique ici : Emprise, Valérie GansC’est avec un aussi fol enthousiasme que je vous parle de son nouveau roman, coup de cœur absolu : Sans titre.

Le peintre Egon Stübli, en couple avec le chirurgien esthétique de renom, Charles Newcomer, disparait tragiquement alors qu’il surfait dans une baie réputée dangereuse. Rendu célèbre par une série de tableaux, Les Uglies, série de portraits suscitant fascination et répulsion à la fois, car très dérangeants, ce dernier peinait depuis à renouer avec le succès. Mais sa disparition fait soudain de ses dernières toiles, boudées par les critiques d’art, des objets de la plus haute convoitise. La cote d’Egon s’envole.

De son côté, Charles en a assez de ces femmes riches qui veulent absolument lifter la moindre ride, réelle ou supposée, arborer une poitrine opulente, se glisser dans un 36, gommant ainsi tout ce qui faisait leur unicité, leur personnalité, pour au final toutes se ressembler, complètement refaites et artificiellement « belles ». C’est alors qu’il a une idée novatrice en matière de chirurgie esthétique. Idée que l’argent issu de la vente des œuvres d’Egon pourrait lui permettre de mettre en pratique…

Valérie Gans dresse une satire de notre société. Qu’est-ce que la beauté, qu’il s’agisse d’une personne ou d’une œuvre d’art ? Pour Baudelaire, le beau est toujours bizarre. La beauté doit-elle être ce qui étonne, interpelle, touche (plaisir ou déplaisir) ? Ou doit-elle entrer dans des normes quant aux mensurations d’une personne, quant à l’esthétisme d’un tableau ? Avec un talent inouï pour entretenir le suspense, Valérie Gans nous peint des situations qui s’avèrent être des trompe-l’œil les unes après les autres. Jusqu’à la chute finale, vertigineuse.

Un gros coup de cœur !

Expo4Art 2016 aux Blancs Manteaux

Il vous reste encore quelques heures si vous voulez voir la formidable exposition Expo4Art à l’espace des Blancs Manteaux (Paris 4ème)!

Du 9 au 11 septembre 2016 se déroule la 4ème édition d’Expo4Art, au coeur du Marais. Une manifestation qui réunit 70 artistes contemporains, dans des domaines aussi divers que la peinture, la photographie, la sculpture, la création de bijoux, ou encore la réalisation de tableaux végétaux.

 

Quatre artistes ont tout particulièrement suscité mon émerveillement : 

  • Les sublimes photographies de Patrick le Hec’h : 

     

  • Les sculptures de Frédéric Saint-Aubin, styliste papier : à partir de papiers aux impressions et aux textures diverses, l’artiste sculpte des figurines de mode d’une minutie, d’une originalité et d’une beauté sidérantes! Des figurines auxquelles il insuffle un mouvement, une vie, au point de donner au visiteur le sentiment qu’il lui suffirait de les toucher pour qu’elles s’animent. Un gros coup de coeur! Je vous invite à aller visiter le site de l’artiste en cliquant ici : Site de Frédéric Saint-Aubin

    Ci-dessus : sculptures en papier 3D, en papier 2D et collage papier.

  • Les tableaux de Arnaud Bauville : chaque toile est réalisée à partir de coupures de presse anciennes originales et d’extraits de revues françaises ou étrangères d’époque, que l’artiste a chiné au gré de ses pérégrinations. Un choix de « textes » non innocent puisque pour chaque portrait réalisé, Arnaud Bauville imagine une vie à son personnage et donc une histoire. Une histoire que ces bribes de mots nous racontent. Des toiles à lecture multiple donc, et des oeuvres magnifiques, d’une grande originalité, à l’accent rétro. Allez faire un tour sur son site : site d’Arnaud Bauville !
  • Les tableaux végétaux de Stéphane Moreau : on voit fleurir avec bonheur quelques murs végétaux au coeur de la capitale. Stéphane Moreau, lui, vous propose encore mieux : avoir vos propres tableaux végétaux sur vos murs! Seulement vous hésitez, car vous n’avez pas la main verte. Que nenni, la technique de l’artiste dispense de tout arrosage, entretien ou spécifique exposition à la lumière! Une fois le tableau chez vous, il vous suffira de le fixer au mur. C’est tout! Le lichen dont il est composé, ainsi que les plantes, sont traités pour ne pas bouger pendant 8 à 10 ans. Pour voir ce merveilleux travail de plus près, cliquez ici : Site des tableaux végétaux

 

Vous avez jusqu’à 20 heures, ce dimanche, pour découvrir ces 70 artistes. Faites vite!

Informations pratiques :

Métro Saint-Paul, ligne 1

Halle des Blancs Manteaux, rue Vieille du Temple.

Entrée libre.

 

Les grandes jambes, Sophie Adriansen (Slalom)

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Les grandes jambes, de Sophie Adriansen

Editions Slalom, juin 2016

A partir de 10 ans.

L’adolescence est le temps des métamorphoses tant physiques que psychiques. Des changements physiques directement exposés au regard des autres, suscitant parfois des commentaires moqueurs ou amusés, si difficiles à supporter pour ces ados qui ont déjà du mal à se reconnaître eux-mêmes.

C’est le cas de Marion, dont la croissance s’est emballée à l’entrée au collège. D’un seul coup, tous ses vêtements se sont retrouvés trop petits pour ce long corps et tout particulièrement ces interminables jambes. « Grande perche ! » « Sauterelle ! » Les surnoms railleurs fusent.

Et le calvaire de commencer, ces longues jambes devenant une obsession, un véritable complexe. Impossible pour Marion de trouver un pantalon à sa taille. De quoi mettre à mal le peu de confiance qu’elle a en elle. Et surtout, de quoi ruiner à tout jamais ses chances auprès du beau Grégory . A-t-on jamais vu un garçon beau comme un dieu s’intéresser à une géante aux tenues trop courtes ?

Pour Marion, le champ de vision s’arrête au niveau de ses chevilles dénudées. C’est alors qu’un voyage à Amsterdam va élargir son regard, lui faire découvrir d’autres personnes de grande taille. D’autres chemins de croix. Des émerveillements artistiques aussi.

Et relativiser.

Dans ce roman tendre et résolument optimiste, Sophie Adriansen aborde avec beaucoup de justesse et de sensibilité les questionnements, complexes, envies et craintes de l’adolescence. Un roman sur le rapport à soi et aux autres, qui trouvera un fort écho chez les ados. Une histoire qui montre qu’il suffit parfois d’un regard, d’une réflexion, d’une rencontre, pour que le monde autour de soi se teinte d’espérance.

Charlotte, David Foenkinos : nouvelle édition avec des gouaches de Charlotte Salomon!

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Charlotte, David Foenkinos

Éditions Gallimard-Beaux livres, octobre 2015

Charlotte est un livre à part dans l’œuvre de David Foenkinos. Un livre à part tout court. Puissant, bouleversant. D’une force vitale époustouflante.

C’est presque par hasard que l’auteur va découvrir l’artiste, il y a 8 ans, à la faveur d’une exposition. Et là, c’est un choc artistique. Une rencontre. LA rencontre. « La connivence immédiate avec quelqu’un. La sensation étrange d’être déjà venu dans un lieu. J’avais tout cela avec l’œuvre de Charlotte. Je connaissais ce que je découvrais. » (P.70) Et de se sentir appelé par ces toiles et par celle qui les a peintes. Et d’investiguer. Et de se rendre sur ses lieux de vie, d’interroger les témoins.

Ce qu’il découvre sur cette femme au talent bien trop méconnu achève de le bouleverser. Car Charlotte Salomon n’est pas seulement une artiste d’exception, mais une femme d’exception. Une fragilité forte habitée par son art. Charlotte a grandi à Berlin dans une famille frappée par une succession de drames. Sa tante, sa mère, sa grand-mère ont toutes mis fin à leur jour. A croire qu’une malédiction les frappe. Sera t-elle la prochaine sur la liste? Ce serait mal connaître la force de vie qui l’anime. Malgré l’extrême solitude affective qui est sienne, malgré le vide laissé par les absents, malgré la montée du nazisme qui l’exclut de toutes les sphères de la société, Charlotte tient debout. Car elle a trouvé sa planche de salut, car elle a trouvé sa voie : la peinture. Là est sa survie. Là est sa raison de vivre. Exilée dans le sud de la France de 1940 à 1942, après avoir quitté son père, sa belle-mère, son grand amour, ses amis, ses lieux chers, elle va se donner corps et âme à son art et peindre plus de 1300 gouaches comme autant de témoignages de ce qu’elle a vécu, enduré, surmonté. Celle qui chantait si souvent et empruntait à son chant son inspiration scripturale, va faire jaillir de la noirceur de son histoire la lumière de la création.

Un exemple de résilience magistral.

Des œuvres qu’elle confiera dans une valise à son médecin avant d’être déportée et de mourir dans un camp de concentration en 1943 à tout juste 26 ans. Et de préciser à cet homme en lui tendant ledit bagage: « C’est toute ma vie. »

Toute une vie dans cette valise, écrin de son talent, témoin de son courage et de sa capacité extraordinaire à sublimer sa vie et à transcender ses souffrances par l’art.

Dès lors, on comprend aisément combien il fut délicat pour David Foenkinos de rendre hommage à cette femme admirable en tout point sans craindre d’être en deçà de l’émotion et de la fascination qu’elle exerce sur lui. Pendant des années, il va porter ce roman en gestation, jusqu’au jour où il trouvera les mots sur mesure à même de revêtir le corps de ses émotions.

Et le résultat est juste éblouissant.

Le style, avec ces phrases courtes, des passages à la ligne après chaque point, porte les émotions véhiculées par le texte avec une puissance phénoménale. Le lecteur est catapulté au cœur de la vie de Charlotte Salomon, de ses œuvres, désireux, à l’image de David Foenkinos quelques années plus tôt, de découvrir plus avant celle dont la vie fut un exemple de dépassement de soi.

Ce livre initialement paru en août 2014, Prix Renaudot et Prix Goncourt des lycéens, connaît une seconde vie dans une édition intégrale illustrée, accompagnée de cinquante gouaches de Charlotte Salomon choisies par David Foenkinos, et d’une dizaine de photographies représentant Charlotte et ses proches.  

Un coup de coeur!