Les oiseaux de passage, Emily Barnett

les oiseaux de passage Julie Barnett

©Karine Fléjo photographie

Le fameux 13 novembre 2015, soir des attentats, Juliette a rendez-vous avec un ami. Mais les événements en décident autrement et c’est sur Paul qu’elle tombe, un copain du lycée, rescapé de la fusillade au Carillon. L’occasion pour eux de revenir sur leur passé commun et sur un autre drame : la disparition de Diane, une des leurs.

Attentats du 13 novembre 2015

Juliette a rendez-vous avec Jean-Marc à 21h30. Mais au moment de partir, elle égare une de ses lentilles de contact et perd de précieuses minutes à la chercher. Précieuses, car si Juliette avait enfourché son vélo à l’heure prévue, elle se serait vraisemblablement trouvée au cœur de la fusillade. Précieuses, car elles vont lui sauver la vie.

Tandis qu’elle dévale la rue du Faubourg du Temple à vélo, elle réalise que quelque chose cloche. L’atmosphère est étrange, inhabituelle. Puis ce sont les sirènes d’ambulance, de pompiers, les personnes hagardes qui errent dans les rues. Du sang partout. Il lui faut plusieurs minutes pour comprendre que l’incroyable s’est produit. Que quelques minutes plus tôt, là où elle se trouve, des balles étaient tirées en rafale.

Parmi les blessés, elle reconnaît Paul, un ami du temps du lycée, membre de leur groupe  baptisé le clan des oiseaux. Voilà vingt ans qu’elle ne l’a pas vu. Et ne souhaite pas vraiment le revoir… Elle ne peut pas pour autant abandonner Paul, blessé à la cheville, à son triste sort. Et de l’aider à se relever tant bien que mal. Et de se retrouver confrontée à ce passé qu’elle a fui.

Tandis qu’ils déambulent dans les rues de la capitale, avalent les kilomètres, les souvenirs de la bande qu’ils formaient avec Diane, la leader du groupe, affleurent. Depuis le drame qui a frappé Diane, jamais le sujet n’a été évoqué. Le groupe composé de Juliette, Paul, mais aussi de Gabriel, Thomas, Sven, Alex, Clara et Amandine, s’est complètement disloqué, alors qu’à l’époque ils étaient inséparables, faisaient tout ensemble. Tout le temps.

« Chacun est maître de ses souvenirs. Notre bien-être et parfois notre survie en dépendent. »

Pourquoi ce silence autour de la disparition de Diane ? Que s’est-il passé vingt ans plus tôt ?

De l’incompatibilité entre amitié et amour

Emily Barnett évoque les liens forts qui unissaient un groupe d’amis, dans les années 90. Un groupe dans lequel Diane s’était imposée naturellement comme la leader. Charismatique, magnétique, elle avait le pouvoir d’entraîner le groupe à sa suite. Mais un groupe peut-il garder sa cohésion quand des sentiments plus forts surgissent entre certains d’entre eux ? Ou quand l’amitié réclame l’exclusivité.

Cette lecture, certes agréable, ne m’a pas complètement embarquée. Je n’ai pas été touchée par le sort des personnages, pas plus que je n’ai vécu au diapason de leurs joies et de leurs blessures. Il me manquait un je-ne-sais-quoi pour être concernée par leurs déboires, emportée par l’histoire. Autre point qui m’a gênée : tout au long du livre, Juliette et Paul déambulent dans les rues de Paris, parcourant ainsi des kilomètres…alors que Paul est blessé et a la cheville très douloureuse qui a doublé de volume. Difficile d’y croire… Donc un sentiment mitigé pour ma part à la lecture de ce roman…

 

 

 

Nos 14 novembre, Aurélie Sylvestre : magnifique…

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Nos 14 novembre, Aurélie Sylvestre

Éditions JC Lattès, Novembre 2016

Un témoignage bouleversant, rédigé avec une sensibilité à fleur de plume, sur le combat d’une femme et mère pour rester debout, envers et contre tout, pour continuer à voir la beauté du monde malgré l’horreur. A lire !

Vendredi 13 novembre 2015. Un vendredi qui a commencé comme les autres. Aurélie, alors enceinte de 5 mois, s’occupe de son petit garçon tandis que son compagnon, Matthieu, se prépare pour le travail. Elle ignore à cet instant que c’est le dernier petit déjeuner qu’ils prendront ensemble. La dernière journée qui commencera dans les rires et la tendresse. Le soir, Matthieu se rend au concert des Eagles of metal au Bataclan.

Il n’en reviendra jamais. Il avait 34 ans.

Aurélie Sylvestre retrace ici son combat quotidien, ses blessures, ses doutes, ses victoires sur l’adversité. Le soleil persiste à se lever sur la ville, la vie se poursuit et il faut continuer avec elle, s’accrocher aux petits bonheurs, se féliciter de chaque pas effectué sans tomber, fidèle à la promesse qu’elle a faite à son compagnon devant sa dépouille : « Ne t’inquiète pas, je suis forte de notre amour je vais assurer je vais prendre le relais je te promets mon amour je te jure nous serons heureux ne t’inquiète pas nous serons heureux. »

N’allez pas vous imaginer qu’il s’agit de voyeurisme malsain, ou d’une femme qui se lamente sur son sort. C’est tout le contraire ! Aurélie Sylvestre part de son expérience particulière et nous montre avec une écriture fluide, des mots j comment elle a puisé en elle la force de tenir, pour elle, pour son fils, pour sa fille à naître. Un courage et une force vitale qui forcent l’admiration et nous font relativiser nos petits soucis du quotidien, prendre conscience à quel point il est urgent d’aimer et de le montrer aux personnes concernées. Une leçon de vie au caractère universel.

Un livre magnifique sur le pouvoir de l’amour, sur la résilience. Un témoignage dans lequel Aurélie Sylvestre redonne vie, par la voix de son encre, à l’homme de sa vie.

Coup de cœur !