Une rose et un balai, Michel Simonet

une rose et un balai Michel Simonet

©Karine Fléjo photographie

J’ai reçu ce livre et serais passée vraisemblablement à côté de ce petit bijou de poésie, de sagesse et d’humanité, sans l’adorable attention des éditions Pocket. Je l’ai dévoré aussitôt, subjuguée par le style poétique comme par la profondeur des propos. A lire !

Un autre regard sur le métier de balayeur de rue

Cantonnier, hygiéniste du trottoir, concierge de quartier, « mégoïste philanthrope », homme de ménage en plein air, vous croisez tous des balayeurs de rue au quotidien. Mais s’ils appartiennent à votre décor quotidien, connaissez-vous vraiment leur profession pour autant ? Que savez-vous de ce métier, du déroulement d’une journée type ?  Etes-vous convaincu qu’il ne peut pas s’agir d’un choix de vie mais d’un travail faute de mieux ?

Michel Simonet, balayeur de rue dont le chariot arbore toujours une jolie fleur pour mettre une note de poésie dans sa journée, vous propose de découvrir son métier de l’intérieur, de « balayer » les préjugés qui l’entoure.

Tout d’abord, ce métier pour Michel Simonet est un choix. Il a quitté son travail administratif pour celui de balayeur de rue, plus conforme à ses aspirations, son équilibre, ses besoins.

« C’est un travail ingrat, mais d’où la grâce n’est pas absente ; elle y affleure même à tout instant. Un métier sale, certes, mais pas un sale métier. »

Vous êtes étonné que ce métier puisse être source d’épanouissement ? Et pourtant l’auteur nous le prouve. Il lui procure bien des émerveillements. Tout est question de regard, de présence à l’autre, d’appréciation de l’instant présent.

« Ce ne sont jamais les merveilles qui manquent, mais plutôt la faculté de s’émerveiller par tous nos sens. »

Car Michel Simonet a cette sagesse rare-là. Ce recul sur le monde. Cette capacité à saisir le bonheur le plus infime à sa portée.

« La chance. La grâce. Le bonheur. J’ai rapidement su où était le mien. On peut trouver tout près ce que d’autres cherchent et découvrent très loin, et recevoir ici au lieu de partir à la conquête. »

Rencontres humaines chaleureuses, luxe de pouvoir prendre son temps dans un monde engagé dans une course perpétuelle, variété des journées (rencontres diverses, événements inattendus), indépendance, travail au grand air, nombreuses sont les occasions de se réjouir. D’éprouver de la gratitude pour son métier. Un métier qui lui a apporté de fortes amitiés, la paix du cœur, la vie au jour le jour et la grâce de l’instant présent.

Et puis, balayeur de rue, nous dit non sans humour l’auteur, ce sont plusieurs métiers en un ! Photographe pour les touristes, bagagiste pour les personnes âgées, employé à l’Office du tourisme quand il faut renseigner les promeneurs perdus, gendarme en cas d’accident de la circulation, éducateur quand il faut désamorcer les conflits de rue. Ce métier est tout sauf monotâche et monotone !

Un récit plein d’humour, de sagesse et de poésie

Ce petit livre est un concentré de poésie, de sagesse, de philosophie et d’humanité. L’auteur nous invite à nous recentrer sur l’essentiel, à savoir nous réjouir de ce que nous avons au lieu d’être d’éternels insatisfaits engagés dans la course du toujours mieux, toujours plus. Son regard aiguisé, sa présence au monde lui permettent d’être fin psychologue, de déceler les personnes au-delà des personnages, d’établir la part des choses entre opinion et émotion. Son style est fluide est d’une grande poésie. Son humour extraordinaire.

Cet homme redonne de la densité à ces balayeurs de rue, bien souvent transparents dans les regards. Un récit émouvant et magnifique, parsemé de poèmes si justes. Balayez tout ce que vous avez à faire et filez dans votre librairie acheter ce livre !

Traits d’union

Ciel : mon plafond transparent.

Avenue : murs d ma maison.

Macadam : mon tapis d’orient.

Lendemains de fête : mon chemin de croix.

Poubelles : mes stations.

Voitures, trains, passants : mes voyages.

Bancs publics : mes bistrots.

Neige : mon silence.

Pluie et vent : ma musique.

Chaud et froid : mon sauna.

Char-rose : la vie est belle.

Balai : ma béquille.

Papiers et mégots : voisins du dessous jamais absents.

Verre brisé : vies côtoyées.

Bruit et paix : une seule nature humaine.

 

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