Toutes les histoires du monde, Baptiste Beaulieu (éditions Mazarine) : M-A-G-N-I-F-I-Q-U-E

43712902_2210480882313150_8568438422417440768_n.jpg

Toutes les histoires d’amour du monde, Baptiste Beaulieu

Editions Mazarine, octobre 2018

Un roman sur la force de l’amour, ces liens ô combien puissants entre les êtres, qui font fi des nationalités, de l’âge, du sexe, du temps et de l’espace. Et ne parlent qu’un seul et même langage : celui du cœur.

Quand le grand-père de l’auteur décède, cet homme taiseux, mélancolique, un casque diffusant de la musique classique constamment vissé sur la tête, sa famille trouve de mystérieux cahiers noircis de ses mains. Plus exactement, des lettres d’amour confiées chaque 3 avril de l’année, depuis plus de 40 ans, à ces cahiers. Leur mystérieuse destinataire, une certaine Anne-Lise, est inconnue de la famille. Une seule certitude : cette femme n’était pas son épouse.

L’auteur et son père sont sidérés. Comment cet homme, si peu enclin à dévoiler ses émotions, si avare en démonstrations d’affection, y compris avec ses propres fils et petit-fils, a-t-il pu écrire de si vibrantes lettres, faire montre d’une sensibilité si grande, d’un amour si puissant ? Sa dureté n’était donc qu’une carapace ? Mais pour le protéger de quoi, pour le protéger de qui ?

Dans ces lettres qui retracent le parcours de ce grand-père Moïse, de sa naissance à sa mort, ses joies, ses peines, ses blessures, son amour fou, la famille découvre un autre homme. Plus exactement, elle réalise que ce taiseux, cet homme simple et humble, qui se servait de la musique comme d’une bulle isolante et protectrice, était tout sauf un être indifférent, sans cœur. C’était en réalité un être brisé par un chagrin d’amour.

Un cœur brisé, une relation filiale avortée, qui renvoient l’auteur à sa relation avec son père ces six derniers mois. Ce dernier n’a pas accepté son coming-out, n’a pas digéré que son fils aime un homme. Alors l’auteur a pris ses distances, tout comme son grand-père avait dû lui-même en prendre avec son enfant. Tandis qu’il s’emploie à percer le mystère de son aïeul, à suturer la relation avortée entre ce grand-père et la mystérieuse Anne-Lise au fil de ses mots, à l’espoir que ses recherches aboutissent pour la retrouver, il espère aussi et surtout, qu’il suturera les plaies ouvertes de sa relation avec son propre père.

Amour conjugal, amour filial, amour de soi, l’amour est ici merveilleusement décliné à tous les « t’aime ». Baptiste Beaulieu est en effet un merveilleux architecte de l’amour. Avec sa plume d’une vibrante sensibilité, d’une profonde humanité, il érige des ponts entre les êtres, renforce les édifices fragilisés par les aléas de la vie, redonne de l’impulsion aux cœurs affaiblis, pour leur permettre de battre à nouveau. Plus fort. Plus loin.

Un roman intime qui touche à l’universel de l’amour.

Un bijou de sensibilité dans un écrin de talent.

 

 

 

 

Publicités

Citation du jour

Ne pourriez-vous pas, juste une fois, faire resurgir les félicités passées, les étaler au grand jour ? Ensuite ? Tordre le cou à la nostalgie, dépoussiérer le parquet du bonheur, gesticuler dessus et rendre la piste de danse aux vrais artistes : nous, les vivants.

Baptiste Beaulieu – Alors vous ne serez plus jamais triste

bm_CVT_Alors-vous-ne-serez-plus-jamais-triste_2918

Citation du jour

Je voudrais vous dire que je vous aime de tout mon coeur, et combien je suis sûr que les gens qu’on aime ne meurent jamais. Ils sont toujours là. Ils sont le doux et le sucré. Ils insufflent en nous le bon, le beau et le fort. Ils inspirent ce que nous sommes de franc, juste et vrai. Ils sont les bonnes décisions que nous prenons dans la vie. Ils sont le chocolat chaud qui nous attend au bas des pistes en hiver, le vent tiède sur nos joues au printemps ou le parfum qui monte du sol brûlant après la pluie en été. Ils sont le soignant qui relève le soigné, ils sont le fruit généreux et le cri des nouveau-nés?
Ils sont.
Certains jours nous vivons lâches, vils et méprisables.
Certains jours nous vivons généreux, superbes et triomphants : ces jours-là, nos morts sont derrière nous et nous poussent au sublime.
Ils sont ceux qui nous tiennent droits et qui transmettent au monde les bonnes directions du Monde. »

Baptiste Beaulieu

41RH59gVqjL._SX210_.jpg

La ballade de l’enfant gris, Baptiste Beaulieu (éditions Mazarine)

cvt_la-ballade-de-lenfant-gris_496

La ballade de l’enfant gris, Baptiste Beaulieu

Editions Mazarine, septembre 2016

Inspiré par le choc ressenti lors de la disparition de l’un de ses jeunes patients, l’auteur, médecin de profession, livre une quête initiatique et poétique, semée de recoins obscurs qui s’illuminent. Un magnifique troisième roman, porté par des personnages profondément humains.

Jo se considère privilégié. Un travail passionnant d’interne en pédiatrie, une compagne aimante, dans la vie tout lui sourit. Jusqu’à ce qu’un patient de 7 ans, No, fasse irruption dans sa vie. Et bouleverse tout.

No est un gamin indiciblement attachant, solitaire, atteint d’une maladie incurable qui lui vaut ce teint d’ardoise. D’où son surnom : l’enfant gris. Ce qui frappe le personnel de l’hôpital dont Jo fait partie, ce sont les rares visites de la mère de l’enfant, Maria. Elle ne se rend qu’une fois par semaine au maximum à son chevet, tandis que ce dernier la réclame sans cesse et souffre de ses absences. Et de s’attirer l’opprobre des infirmiers et médecins. Pourquoi ces longues journées sans venir ? Est-elle donc une femme sans cœur ? A t-elle des raisons secrètes de s’absenter à l’autre bout du monde?

Pour adoucir ses longues périodes d’absence, Jo tente de distraire l’enfant avec la complicité des collègues du service.

Jusqu’au jour terrible où se produit la déchirure… Suite au drame qui lie à tout jamais le destin de l’enfant, de Maria et du soignant Jo, ce dernier se sent investi d’une mission : retrouver la mère de l’enfant et percer le mystère de ses origines. Pour cela il décide de tout quitter, de sillonner le monde à sa recherche. De « s’enfuir de sa vie ».

Un roman viscéralement humain, d’une infinie beauté, très bien construit. Un auteur qui conjugue magistralement profondeur et légèreté, onirisme et réalité, tendresse et dureté.

Citation du jour

Il y a les gens qui passent à l’acte, et ceux qui vivent en bonne intelligence, avec leur loup intérieur. C’est peut-être ça, la différence entre le bien et le mal. La vraie beauté de l’être humain : avoir le courage de fixer dans les yeux le monstre tapi au grenier de son palais intérieur. Le brider sans le flatter, l’accepter sans le nourrir.

Baptiste Beaulieu, La balade de l’enfant gris.

cvt_la-ballade-de-lenfant-gris_496