Au jour le jour, Paul Vacca (Editions Belfond)

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Au jour le jour, Paul Vacca

Editions Belfond, janvier 2017

Rentrée littéraire.

Au jour le jour entraîne le lecteur dans la fascinante épopée littéraire que fut la rédaction des Mystères de Paris, plongeant l’écrivain dans un virevoltant mélange de faits réels et de fiction, au cœur d’une captivante mise en abyme dans un Paris envoûtant…

Issue d’une lignée de chirurgiens, le jeune Eugène Sue se dirige tout naturellement vers des études de médecine. Mais cet élève médiocre et turbulent, ce dandy coureur de jupons, n’y trouve pas son compte. Et de tout abandonner. « J’ai décidé de vivre. (…) Vivre, c’est ne pas se laisser dicter sa vie précisément. Vivre c’est trouver sa propre voie. Ne pas faire de plans. Ne pas entrer nécessairement dans la carrière. C’est vivre au jour le jour, cueillir ce que chaque journée est en mesure d’apporter de nouveau. En profiter chaque jour comme si c’était le dernier. » Quitte à s’opposer aux foudres paternelles.

Et c’est un évènement inattendu qui va donner naissance à sa vocation d’écrivain. Assistant à une pièce de théâtre avec son meilleur ami, il tombe en effet sous le charme de l’actrice. Mais malgré ses ruses, impossible de l’approcher. Impossible ? Pas pour Eugène Sue. Il lui écrit frénétiquement une pièce dans laquelle il lui réserve le premier rôle. Et de venir lui présenter sa création dans sa loge.

C’est une révélation. « Sa rédaction donna l’occasion à Eugène de ressentir une nouvelle forme de plaisir. (…) En se jetant dans l’écriture, il avait perçu une dimension physique, une forme de vertige délicieux (…). Une impression enivrante, comparable à ce qu’il éprouvait lorsqu’il portait l’un de ses pur-sang au galop, l’avait saisi. »

Dans le même temps, l’avènement des feuilletons dans les journaux s’avère être pour lui une providence. « Ecrire et séduire au jour le jour, pour quelqu’un qui voulait vivre et jouir au jour le jour, n’était-ce pas l’occupation rêvée ? » Son succès alla grandissant. Mais pas son inspiration. Il décida alors d’aller la chercher auprès du peuple, loin des quartiers riches de son quotidien. Pour se documenter, il se déguise et visite les bas-fonds de la capitale dans ses recoins les plus sordides. Ce qui ne l’empêche pas de retourner vivre en son palais chaque soir. Le génie de Sue est de ne pas juger, simplement plaquer sur le papier la réalité la plus crue, aborder tous les problèmes de l’époque, la condition de l’homme, de la femme, de l’enfant, les ouvriers, les prostituées, la vie dans les prisons, etc. Il parle simplement des classes les plus déshéritées. Il fait prendre aux gens du peuple conscience de leur véritable condition. Les mystères de Paris sont nés. Un succès retentissant.

Paul Vacca se révèle être un excellent conteur. Dès les premières pages du livre, le lecteur effectue un voyage dans le temps, totalement immergé dans le Paris de la fin du 19ème. Pour un peu on s’attendrait à croiser un carrosse tant il nous semble percevoir le bruit de sabots des chevaux. L’occasion aussi pour l’auteur, à travers cette mise en abyme de l’écriture, de souligner l’étonnant pouvoir de la littérature à changer nos vies et à réinventer le monde.

 

 

Sélection des livres de votre été!

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L’été est là. Et dans son sillage, les vacances tant attendues. Tout au long de l’année, vous avez couru après le temps et n’avez pas pu suivre l’actualité littéraire? Qu’à cela ne tienne, je vais vous guider avec plaisir. Pensez juste à garder une place dans vos bagages entre la crème solaire et le maillot de bain, je m’occupe du reste !

Voici différentes destinations de lecture portant sur des livres publiés en 2015. Si vous cliquez sur le titre, vous pourrez survoler le livre sur les ailes de ma plume. Prêts? Attachez vos ceintures!

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Si vous mettez le cap sur la tendresse, embarquez aux côtés de :

– François d’Epenoux, Le réveil du cœur (Editions Pocket)

– Cookie Allez, Dominique (Buchet Chastel)

– Paul Vacca, Comment Thomas Leclerc, 10 ans 3 mois et 4 jours est devenu TOM L’ECLAIR et a sauvé le monde (Belfond)

Cap sur le suspens avec :

– Delphine Bertholon, Les corps inutiles (JC Lattès)

– Aude Le Corff, L’importun(Stock)

Cap sur l’étranger avec :

-Sue Monk Kidd, L’invention des ailes (JC Lattès)

Cap sur une destination inclassable et merveilleuse avec :

– Cécile Coulon, Le cœur du Pélican (Viviane Hamy)

Cap sur le développement personnel avec :

– Caroline L. Arnold, Mini-résolutions pour grands changements ( JC Lattès)

Cap sur l’amour  avec :

– Valérie Tong Cuong, Pardonnable impardonnable (JC Lattès)

– Brigitte Kernel, Dis-moi oui (Flammarion)

– Grégoire Delacourt, Les quatre saisons de l’été (JC Lattès)

– Justine Lévy, La gaieté (Stock)

– Didier van Cauwelaert, Jules (Stock)

Cap sur l’humour avec :

– Valérie Clo, La tyrannie des apparences (Buchet Chastel)

Cap sur la littérature jeunesse avec :

– Sophie Adriansen, Max et les poissons (Nathan)

– Karine Fléjo et Doudja, Bao le boa (Snow Moon éditions)

– Nadia Berkane et Alexis Nesme, Les petites histoires de bébé koala (Hachette jeunesse)

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Quelle que soit la destination que vous aurez choisie, je vous garantis non pas le soleil, mais de belles lectures !

Prix de la Closerie des lilas 2015 : Saïdeh Pakravan pour Azadi (aux éditions Belfond)!

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Créé en 2007, le Prix de la Closerie des Lilas a pour originalité de couronner une romancière de langue française dont l’ouvrage paraît à la rentrée de janvier. Depuis huit ans, la vocation du Prix est de promouvoir, en toute indépendance, la littérature des femmes.

Jury invité en 2015 : Aure Atika, Anne Barrère, Lydia Bacrie, Catherine Ceylac, Aurélie Filippetti, Pascale Frey, Farida Khelfa, Sarah Lavoine, Amélie Nothomb, Elisabeth Roudinesco.

Jury permanent : Emmanuelle de Boysson (romancière), Adélaïde de Clermont Tonnerre (Point de Vue, romancière), Carole Chrétiennot (cofondatrice du Prix de Flore), Stéphanie Janicot (Muze, romancière), Jessica Nelson (Au Field de la nuit, romancière), Tatiana de Rosnay (romancière).

 

En ce 8 avril, le prix 2015 de la Closerie des lilas a été décerné à Saïdeh Pakravan pour Azadi (aux éditions Belfond).

Le livre : 

Azadi signifie « liberté » en persan. Certains la rêvent et d’autres paient le prix pour la vivre.Azadi signifie « liberté » en persan. Il y a ceux qui la rêvent et ceux qui en paient le prix.
Téhéran, juin 2009. Après des élections truquées, une colère sourde s’empare de la jeunesse instruite de Téhéran. Dans la foule des opposants la jeune Raha, étudiante en architecture, rejoint chaque matin ses amis sur la place Azadi pour exprimer sa révolte, malgré la répression féroce qui sévit. Jusqu’au jour où sa vie bascule. Après son arrestation, et une réclusion d’une violence inouïe, ses yeux prendront à jamais la couleur de l’innocence perdue…
Tout en levant le voile sur une psyché iranienne raffinée et moderne, sans manichéisme et avec un souffle d’une violente beauté, Azadi raconte de façon magistrale le terrible supplice de celle qui cherche, telle une Antigone nouvelle, à obtenir réparation. Et à vivre aussi… là où le sort des femmes n’a aucune importance.

Mon fils chez les cathos, récit de Véronique de Bure (éditions Belfond) : édifiant

 

J’ai mis mon fils chez les cathos, de Véronique de Bure

Éditions Belfond, septembre 2014

Récit

 

Quand l’auteur cherche en ce mois de mai un collège parisien susceptible d’accueillir à la rentrée son fils dyslexique, l’établissement privé Saint X semble être LA solution. Comment ne pas être séduit en effet par les promesses qu’il revendique? « L’attention et l’écoute portée aux élèves les plus en difficulté, la grande disponibilité de l’équipe enseignante et éducative et les valeurs de respect mutuel auxquelles nous sommes indéfectiblement attachés font de l’établissement un lieu où chacun se sent considéré et trouve sa place dans un cadre qu’on peut qualifier de « familial ». Mise en confiance et par ces objectifs affichés et par la visite du collège, Véronique de Bure y inscrit son fils.

Et le cauchemar commence. Tout et n’importe quoi est prétexte à brimades, humiliations et sanctions. Se balancer sur sa chaise? Une croix. Parler à sa voisine en classe? Une croix. Mal présenter son travail? Une croix. Ne pas passer à la ligne? Une croix. Le chemin de croix aboutit à une colle de deux heures, laquelle s’ajoute à une autre colle de deux heures, de sorte que le cumul des heures de colle promet de rester englué le mercredi au collège jusqu’à la nuit des temps. Et les encouragements en cas de meilleur résultat? On ne connait pas la carotte, juste le bâton. Au « félicitations » attendu se substitue « peut mieux faire ». A croire qu’il y a une forme de jubilation à casser les élèves, à les humilier, pour mieux les assouvir et les couler dans le moule. « J’ai parfois le sentiment, que, plus qu’un enseignement académique approfondi, les éducateurs veulent assurer un polissage en surface des élèves, les lisser, raboter leurs bosses et leurs aspérités pour les recouvrir d’un vernis incolore et brillant qui, une fois sec, figera les plus malléables dans un moule à leur goût. » Quatre heures de devoirs quotidiens, des heures de colle hebdomadaires, le jeune collégien fatigue, stresse, perd pieds. Comment pourrait-il en être autrement? Non seulement il n’y trouve aucun soutien, mais ses efforts et sa bonne foi ne sont pas reconnus.

La compréhension, les encouragements, l’écoute, l’encadrement, l’équité, valeurs qui conduisent les parents à inscrire leur progéniture dans un établissement catholique, se trouvent ici être toutes caduques. Un immense malentendu que l’auteur dénonce avec humour et causticité dans ce livre émaillé de nombreux exemples édifiants. A lire!

Sans oublier, de Ariane Bois (éditions Belfond) : le chemin bouleversant d’une reconstruction

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Sans oublier, de Ariane Bois

Éditions Belfond, février 2014

Une écriture intense qui réconcilie de façon saisissante la noirceur du deuil et la rage de vivre.

Entre son travail dans une agence de publicité, ses deux enfants de six et trois ans et son mari, la vie de la narratrce est agréablement remplie. Et en apparence épanouissante. Pourtant, un événement inattendu va dangeureusement fragiliser cet équilibre familial : le décès accidentel de sa mère. Après le suicide de son frère huit ans plus tôt, il lui faut affronter un nouveau deuil. Tous ses repères alors s’écroulent. Comment continuer sans cette mère qu’elle a tant aimée, tant admirée, dont elle a toujours eu tant faim? Cette mère dont elle n’a pas toujours compris l’attitude? Comment faire face au quotidien, être présente pour ses enfants et pour son mari quand elle ne parvient plus à être présente à elle-même? « Vivre, c’est savoir ce qui compte d’abord dans sa vie. Ce que l »on place au plus haut. Rétablir l’ordre des importances. » (Martin Gray) Or la narratrice ne sait pas, ne sait plus où elle va, ce qu’elle veut, ce qui prime ou non. Elle ne vit plus. Elle survit. Son mari de son côté fait face comme il peut. Chacun cohabite le moins mal possible. Mais elle est de plus en plus submergée par le mal-être, à côté de sa vie, à côté des siens et non avec eux. « Comment lui dire qu’il m’est impossible de continuer sans elle, sans son regard sur moi, sans mon besoin continuel de lui plaire, de l’épater? » « Quelque chose de vital m’avait été arraché, et cette vie qui m’avait été transmise, je n’arrivais plus à la transmettre à mes enfants, à leur donner des raisons de grandir, de rentrer à leur tour dans la ronde. Je ne pouvais plus les bercer de certitudes, leur assurer que je serais toujours là »

Aussi, par instinct de survie mais également pour protéger ses enfants dont elle ne parvient plus à s’occuper, elle s’enfuit. Besoin de se perdre pour se retrouver. Besoin de s’éloigner des siens pour se rapprocher d’elle-même.

Réfugiée au Chambon-sur-Lignon, haut lieu de la résistance pendant la seconde guerre mondiale, son passé pourtant la rattrape. Elle découvre que sa mère y a séjourné aussi et que la vie de celle qu’elle vénérait recèle bien des zones d’ombres. Pièce par pièce, elle va reconstituer le puzzle familial, comprendre d’où elle vient pour mieux décider où aller, retrouver ses racines pour mieux pouvoir s’ancrer à son tour dans la vie. Et la transmettre.

Avec Sans oublier, Ariane Bois nous offre un roman dont « le texte saute à la gorge, d’un style acéré, à l’os. » En véritable chirurgienne de l’âme, elle dissèque les sentiments avec justesse et sensibilité au scalpel de sa talentueuse plume. Bouleversant.

P.172 : Écrire, c’est aussi plonger et se perdre

 

Sans oublier, de Ariane Bois ( éditions Belfond)

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Sans oublier, Ariane Bois

Editions Belfond, février 2014

La disparition de sa mère, elle pourrait en mourir. Pourtant elle va survivre, et l’épreuve de douleur se fait parcours de réconciliation, de compréhension et de vie. Une plume trempée dans l’urgence, un roman d’aujourd’hui.
Lorsqu’elle apprend l’accident qui a coûté la vie à sa mère, une jeune femme voit sa vie exploser. Tout se délite et s’obscurcit dans le ciel de sa mémoire. L’onde de choc atteint ses enfants et son mari. Pour enrayer cette chute libre, il lui faut partir, tenter de se retrouver pour sauver les siens.

Récit d’un crash intime, d’une fugue maternelle sur les traces d’un silence familial, Sans oublier raconte comment, pour devenir mère, il faut d’abord cesser d’être une fille.

Une écriture intense qui réconcilie de façon saisissante la noirceur du deuil et la rage de vivre.

Grand reporter au sein du groupe Marie-Claire et critique littéraire pour le magazine Avantages, Ariane Bois a déjà publié deux romans, Et le jour pour eux sera comme la nuit (Ramsay, 2009 ; J’ai Lu, 2010) et Le Monde d’Hannah (Robert Laffont, 2011 ; J’ai Lu, 2014). Tous deux ont été salués par la critique et par des prix littéraires, et traduits en plusieurs langues.

 

Sommeil, de Haruki Murakami

 

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Sommeil, Haruki Murakami

Editions Belfond, novembre 2010 

Traduit du japonais par Corinne Atlan

Illustrations de Kat Menschik

 

L’insomnie réparatrice 

 

L’héroïne du récit, une trentenaire mariée et mère de famille, perd soudain le sommeil. Totalement. Brusquement. Tandis que ce dernier est censé avoir une fonction régulatrice essentielle tant physique que nerveuse, son absence n’a aucun effet sur la jeune femme. Ou plus exactement, aucune conséquence dommageable. Au contraire. Une nouvelle vie, parallèle, secrète, s’ouvre à elle.

Dans la journée, tout est cadencé au rythme des tâches ménagères, des attentions portées à son mari et à son fils. Une routine à laquelle elle s’accommodait jusqu’alors avec l’illusion d’être comblée. Or ce voyage nocturne dans lequel elle nous emmène, ces dix-sept nuits sans la moindre minute de sommeil, lui ouvrent les yeux. Son existence n’a été jusqu’ici qu’un simulacre de vie. Une routine. Fade. Inconsistante.

Une vie de robot.

Dès lors, non seulement l’insomnie ne l’affaiblit pas, mais la galvanise, la transcende. Elle ne vit bientôt plus que pour ces heures en marge des autres, au plus près d’elle. « De dix heures du soir à six heures du matin, mon temps n’appartenait plus qu’à moi». Car la nuit venue, dans le silence de la maisonnée, la femme se réapproprie sa vie après l’avoir tant subie. Elle renoue avec sa passion pour la littérature, dévore Anna Karénine, sirote du cognac, grignote du chocolat. L’insomnie devient le cadre de toutes les voluptés. La nuit, sa meilleure amie, sa complice. Son rendez-vous avec elle-même.

Elle revit.

 

Dans cette nouvelle initialement parue dans le recueil « L’éléphant s’évapore », l’auteur développe tout son génie, celui de faire d’un quotidien banal un peu mélancolique un univers fantastique, voire une deuxième réalité. Ce n’est plus le sommeil, mais l’insomnie qui devient une fonction vitale.

 

Informations pratiques :

Prix éditeur : 17€

Nombre de pages : 78

ISBN : 978-2-7144-4820-0