Rentrée littéraire : Le roman des Goscinny, Catel

Le roman des Goscinny par Catel aux éditions Grasset

©Karine Fléjo photographie

La vie fascinante du plus grand des scénaristes, René Goscinny, dessiné, conçu et écrit par la talentueuse Catel. Un magnifique hommage et la découverte de l’homme derrière le scénariste.

René Goscinny : La naissance d’une vocation

Dans ce superbe roman graphique, Catel nous invite à suivre le parcours de René Goscinny, de sa naissance à sa mort, mais aussi celui de sa famille. Né dans une famille juive dans les années 20 à Paris, il se fait très tôt remarquer par sa joie de vivre, sa bouille marrante et sa promptitude à faire rire les autres.  Il est le deuxième enfant du couple. Ses grands-parents, juifs ukrainiens, avaient dû fuir l’Empire russe au début du 20eme siècle pour fuir les persécutions et se sont lancés avec succès dans l’imprimerie à leur arrivée à Paris.

René, lui, grandit en Argentine. Avec son père, ingénieur chimiste et passionné de cinéma, il écume les salles obscures : Buster Keaton, Laurel et Hardy, Charlie Chaplin sont pour lui une révélation. Il prend conscience du formidable pouvoir du rire. Son but lui parait alors évident : dans la vie, il cherchera à rire et à faire rire.

Et pourtant, lors de la deuxième guerre mondiale, ce ne sont pas les rires mais les larmes qui peupleront sa vie, tandis qu’une partie de sa famille est déportée dans les camps.

Dans sa chambre d’enfant il s’amuse à reproduire en dessin les personnages de Walt Disney, qu’il admire tant. Ces dessins animés seront à l’origine de sa vocation. Excellent élève, il ne peut s’empêcher de voler des minutes aux cours pour dessiner dans la marge de ses cahiers. Une passion qui jamais ne le quittera. Au contraire.

Quand son père décède alors qu’il n’a que 17 ans, il doit faire des petits boulots et accepte d’être aide-comptable. Mais la comptabilité ne fait rire personne, lui encore moins que quiconque. Il décide alors de claquer la porte et de se donner les moyens d’assouvir son rêve : raconter les histoires en les dessinant.  Un parcours semé d’embûches, qui le conduira de l’Argentine à Paris en passant par New-York et Bruxelles. Mais quand on a la vocation chevillée au corps, on peut déplacer des montagnes.

Et il déplacera l’Everest.

Un roman graphique magnifique

Quand Anne Goscinny a proposé à Catel de consacrer un roman graphique à son père, le célèbre scénariste René Goscinny, Catel s’est montrée tout d’abord réticente. Seules les héroïnes l’intéressent, pas les héros. Heureusement pour nous, Catel a fini par changer d’avis. Elle nous livre ce roman graphique de plus de 300 pages en trichromie, à la fois terriblement vivant par son graphisme et passionnant par le parcours qu’il révèle. En effet, c’est l’histoire d’une véritable vocation qu’elle nous raconte. Pas juste une passion pour le dessin, mais une raison de vivre, un mode d’expression incontournable. Essentiel. Ni les échecs rencontrés, ni l’extrême misère dans laquelle il vit avec sa mère tandis qu’il tente de percer avec ses dessins, ne le conduisent à renoncer. Jamais. Au contraire, chaque échec est vécu comme un apprentissage, comme une occasion d’affiner ses choix : plus encore que le dessin, il va écrire des histoires, se focaliser sur le scénario. Là sera la voie de sa voix.

Ce roman graphique est organisé en chapitres de couleurs différentes, dans lesquels alternent les prises de paroles : les échanges entre Anne Goscinny et Catel, mais aussi les propos de René Goscinny lui-même dans ses notes et interviews aux journalistes. Les dessins, épurés, sont d’une grande puissance évocatrice et saisissent l’essentiel en quelques traits.

Un roman vivant, drôle et captivant sur le co-créateur d’Astérix, de Lucky Luke ou encore du Petit Nicolas, dont on connaissait davantage les albums que l’homme derrière ses personnages.

 

Honoré et moi, Titiou Lecoq (Ed. L’iconoclaste)

Honoré et moi, Titiou Lecoq

©Karine Fléjo photographie

Vous pensiez tout savoir sur Balzac ? Vous l’avez pris en grippe lors de vos années au lycée ? Les biographies académiques vous ennuient ? Alors ce livre est fait pour vous ! Balzac, comme vous ne l’avez jamais vu, jamais lu, sous la plume jubilatoire de Titiou Lecoq.

Redécouvrir Honoré de Balzac côté intime

Honoré de Balzac est connu pour les œuvres merveilleuses qu’il nous a laissées (Le père Goriot, Eugénie Grandet, La comédie humaine, Les chouans …), mais aussi pour sa puissance de travail peu commune, publiant en moyenne trois romans par an. Mais ce que l’on sait moins, et que nous apprend Titiou Lecoq, ce sont les nombreuses entreprises dans lesquelles il s’est lancé (roman feuilleton, instauration du droit d’auteur, imprimerie, exploitation de mines d’argent en Sardaigne, architecture de sa maison…). Des entreprises hasardeuses qui se solderont par des échecs cuisants sur le plan financier. Or, et c’est là un des traits de caractère de Balzac, un échec ne débouche pas sur la résignation et l’abandon. Au contraire, mu d’une inébranlable confiance en lui, il voit chaque échec comme un tremplin…vers une autre tentative, un autre investissement, une autre dépense. Y compris s’il n’a pas le moindre sou devant lui, voire une montagne de dettes. Celui qui aspira toute sa vie à être aimé, connu et riche, aura été en permanence endetté et poursuivi par les huissiers. Car s’il est une chose que Balzac ne supporte pas, c’est la frustration due au manque d’argent, l’envie suscitée par la vie des riches. Alors il vit comme s’il était riche, achète des tenues onéreuses, dépense des fortunes en décoration intérieure, emprunte à tout le monde, à tout va. Être raisonnable n’est pas son credo. Attendre non plus.

« Honoré a refusé de prendre le réel au sérieux, et que ses désirs soient étouffés par ses engagements, les dates butoirs, les responsabilités, tout ce qui le limitait. Il a décidé que le réel devait se plier à ses désirs. »

Une biographie savoureuse, vivante et passionnante

Je freine souvent des deux pieds quand il s’agit de lire des biographies. Vous aussi ? Et pourtant, je ne saurais que trop vous conseiller de courir l’acheter. Car craindre de tomber sur une biographie académique ennuyeuse, c’est méconnaître le talent de Titiou Lecoq, qui nous livre ici l’histoire de Balzac sous un angle novateur, dans un style envolé, drôle, indiciblement vivant. Et passionnant.

« Parce qu’il s’est planté et qu’il s’est retrouvé fauché, ruiné, endetté, parce qu’il a couru après la thune pendant le reste de sa vie, parce qu’il avait des loyers de retard, parce qu’il était fatigué de tout ça mais finissait toujours par craquer et s’acheter le beau manteau qui lui faisait envie bien qu’il n’avait pas les moyens de se le payer, parce qu’il refusait que les autres aient une vie matérielle facile et pas lui, Balzac est notre frère. »

Le ton est donné. Balzac, outre son talent littéraire, se révèle être un homme indiciblement attachant. Un looser terriblement sympathique, contre-exemple parfait des businessmen plébiscités par notre société actuelle. Si Balzac courait après la réussite matérielle, il ne rattrapait que les échecs financiers. Mais ne se décourageait pas pour autant ! La prochaine fois serait forcément la bonne. Du moins en était-il convaincu. Et quand la réalité le détrompait, il se disait que ce serait obligatoirement la fois suivante. Un optimiste délicieux. Un génie  que l’on a parfois considéré comme un dieu mais qui est en réalité un humain, et donc un être faillible.

Non seulement, j’ai découvert Balzac sous un angle que je ne connaissais pas, mais Titiou Lecoq en parle avec tant de passion, de passion communicative devrais-je ajouter, qu’elle m’a donné la furieuse envie de me replonger dans les œuvres du grand homme.

Allez, filez en librairie l’acheter ! Je suis sûre que vous m’en remercierez 😉

Entre ombre et lumière, Stéphane Allix

entre ombre et lumière Stéphane Allix

©Karine Fléjo photographie

Un livre très personnel sur l’itinéraire du grand reporter Stéphane Allix, illustré par ses magnifiques photographies. Et bien plus encore : le partage d’expériences humaines indiciblement riches qui ouvrent à d’autres perceptions du monde. 

De la guerre en Afghanistan à la fondation de l’INREES : être le témoin du monde

Très tôt, Stéphane Allix a senti que les sentiers balisés n’étaient pas faits pour lui. Sa quête de sens le pousse à quitter le lycée après un mois de cours en terminale et à se lancer sur la voie qui l’attire : être reporter de guerre. Il n’a pas fait d’étude de journalisme et alors? Cela n’est pas de nature à s’ériger en obstacle devant sa farouche détermination. Il apprendra sur le terrain.

Sur notre planète il existe d’autres mondes, alors si celui où l’on est né ne nous convient pas, pourquoi rester prisonnier?

Et d’entrer clandestinement en Afghanistan, tout juste âgé de 19 ans, ce qui va le confronter à des réalités tout autres que celles du monde dans lequel il a grandi. Une première expérience qui va en appeler d’autres.

Je vais repartir. Photographier d’autres hommes, raconter d’autres réalités. C’est bien plus qu’un métier, c’est l’essence de mon être que je viens de toucher. En Afghanistan, j’ai commencé à me trouver : je suis un intermédiaire, un scribe, une passerelle entre les mondes. Partir de l’autre côté pour être surpris, et revenir pour partager. Voilà ce que va être mon existence.

Mais la mort de son frère Thomas dans un accident de la route à Kaboul, en 2001, alors qu’ils y sont tous les deux en mission, va opérer un tournant radical dans sa vie : peu à peu, Stéphane Allix se détourne du reportage de guerre et oriente ses investigations vers les frontières de la science : que savons-nous  réellement de la conscience? de la mort?

Aux frontières de la science : EMI, conscience, spiritualité, vie après la mort

Cette quête de sens qui anime Stéphane Allix depuis son adolescence le pousse à vouloir comprendre ce qu’est réellement la mort, quelles sont les limites de notre conscience, ce que signifient les expériences de mort imminente relatées par de nombreuses personnes. Des dimensions, des mondes différents l’appellent, l’interpellent, le happent. Il s’y dirige.

Chamanisme en Amazonie à la recherche d’états de conscience modifiés, expériences de vie après la mort auprès du psychiatre américain John E. Mack, étude du Bardo-Thödol (le livre des morts) en Inde, Stéphane Allix réalise qu’il n’a pas d’autres grilles de lecture du monde que le prisme rationnel et cartésien dans lequel il a été élevé. Il décide alors de s’ouvrir à d’autres grilles de lecture : et si la mort était une étape dans le long déroulement de la vie? Et s’il était possible de communiquer avec les défunts?

Ces questionnements et cette faim inextinguible de sens le conduisent en 2007 à fonder l’INREES : l’INstitut de Recherche sur les Expériences Extraordinaires.

Le sens des épreuves de l’existence

Ce qui fascine dans ce parcours de vie incroyable et ô combien riche de rencontres, d’expériences, de quêtes de compréhension au-delà des apparences, c’est la détermination sans failles de Stéphane Allix. Car il connaît la peur, les doutes, rencontre bien des embûches dans ses projets, mais jamais ne renonce. Il écoute son intuition, il répond à l’appel d’une vie plus vaste, plus large, qui échappe à notre perception classique. Il s’engage, sort de sa zone de confort. Il agit.

Le bonheur ne s’atteint pas en vivant à l’abri du monde et des ses peines, en un espace idéal, où tout serait lisse et confortable.

Les épreuves ont un sens, même si dans l’immédiat nous le percevons pas toujours. Une expérience qui le conduit à adopter une autre vision du monde, à trouver l’apaisement intérieur. A véritablement naître à la vie.

Il existe d’innombrables mondes sur la terre et d’innombrables facettes à la réalité dont nous ne percevons qu’un fragment. regardez.

Un ouvrage magnifique, tant par les photographies que par la profondeur du texte. Alors ne résistez pas à l’envie de le lire. ne résistez pas à la vie, à l’imprévu, à vos intuitions!

L’albatros, de Nicolas Houguet

l'albatros, livre de Nicolas Houguet

Autobiographie musicale, poétique et anticonformiste, L’Albatros est un hymne à la liberté insufflée par une Pythie des temps modernes, Patti Smith.

« Ecrire. Ecrire en permanence même quand on n’écrit pas. Pour tenir le choc. Pour ne pas abandonner. Pour encaisser. Se souvenir des livres qui nous ont inspirés, qui nous ont grandis, qui nous ont même parfois tirés de la léthargie et de la détresse des grands chagrins. Se souvenir des pages que l’on tournait d’une main molle et exsangue. Des mirages littéraires qui nous ont ranimés comme d’une sortie de coma. »

Nicolas Houguet est un amoureux des mots. Ceux qui naissent de sa plume. Ceux des autres dont il se nourrit. Ceux avec lesquels il partage ses lectures sur son blog littéraire. Ceux sur les ailes desquels il s’envole, loin du carcan de son corps. Les mots ont un pouvoir salvateur, libérateur. Et ceux des textes des chansons de Patti Smith au concert de laquelle il assiste, ont une résonance particulière. Particulièrement forte même.

En ce soir d’octobre 2015, Nicolas Houguet est à l’Olympia. Seul. Ou presque. Quelque part dans le public, la femme qu’il a follement aimée, qui l’a aidée à repousser ses limites. A oser. Et sur scène, cette chanteuse électrisante, Patti Smith, dont les textes et les chants habillent de mots sur mesure le corps des émotions de l’auteur, épousent en tout point son âme.

Au fil des chansons, Nicolas Houguet égrène la partition de ses souvenirs. Sa naissance prématurée, ses amours, ses émerveillements artistiques, sa famille, son corps qui ne lui obéit pas, les heures solitaires à l’école, les joies, le pouvoir transcendant de la musique et de la poésie. Il rend un hommage vibrant à ses parents, qui ont su rendre possible l’impossible, lui permettre de vivre ses rêves, de monter à cheval, de skier, de plonger, de voyager. Comme tout un chacun. Comme si son corps n’était pas un obstacle, du moins pas de ces insurmontables obstacles. Car l’amour de ses parents est tel, depuis le premier jour, qu’ensemble ils ont tout surmonté.

« Sans l’écriture je crois que je n’aurais jamais su qui j’étais, ce que je ressentais et ce que j’avais dans le ventre. Je n’avais rien expérimenté par moi-même. On ne pouvait me connaître que par les papiers que je semais, et connaître également ce qu’il y avait dans mes silences. Sans l’écriture, mon existence au monde était presque à remettre en cause, gravement complexée, atrophiée. »

Sans l’écriture de ce livre, nous n’aurions pas vécu cette lecture lumineuse, emplie d’amour et de gratitude, de courage et d’émerveillements.

« J’écris pour que ça résonne. Pour que quelqu’un me prenne au vol et m’accompagne. Le temps que ça sonnera juste. »

Et cela résonne. Fortement. Magnifiquement. Un hymne à la liberté, une invitation à prendre son envol.