Comme des bêtes, Violaine Bérot

Comme des bêtes

Toute la force et la beauté de l’écriture de Vilaine Bérot dans ce roman au cœur de la nature pyrénéenne. Un roman sur la différence, les préjugés et une belle ode à la vie simple.

Enfant sauvage et enquête au village

Nous sommes au commissariat de police où une enquête est en cours, à la suite de la découverte d’une enfant sauvage, dans une grotte difficilement accessible sur les hauteurs de la montagne. Les habitants de ce village des Pyrénées se succèdent alors pour témoigner. Pour beaucoup, les soupçons se tournent vers celui qu’on surnomme « l’ours », car il ne parle pas et s’exprime par des grognements. Un jeune homme au fort handicap mental, déscolarisé très tôt, qui vit à l’écart du village avec sa mère. D’ailleurs, un témoin ne l’a-t-il pas vu en présence de la fillette ? L’aurait-il enlevée ? En serait-il le père ? Ou le frère ?

Pour d’autres encore, cet enlèvement de la fillette serait l’œuvre des fées. Une légende locale affirme en effet que les fées vivent dans cette grotte et enlèvent les enfants. Malheur à quiconque essaye de les leur reprendre.

Personne ne sait, mais chacun y va de ses affirmations. Et puis, la différence fait peur. Alors forcément, l’ours est la cible idéale. Au fil des témoignages, des portraits très divergents du jeune homme et de sa mère émergent. Qui croire ? Que croire ?

Une ode à la tolérance

Je suis une inconditionnelle de l’écriture de Violaine Bérot, de sa force, de sa beauté, de sa puissance évocatrice. De sa poésie aussi. Je vous ai déjà présenté Des mots jamais dits (chronique ), Nue sous la lune (chronique ICI) et Tombée des nues (chronique ) et attendais impatiemment le nouveau roman de l’auteure : Comme des bêtes. Impossible de le lâcher, de me résoudre à refermer le livre avant la dernière page, les larmes aux yeux…

Violaine Bérot a une écriture incisive, puissante, qui vous prend aux tripes. Pas de fioritures, mais un langage dépouillé, authentique, percutant. Viscéralement humain. Dans ce roman, elle nous immerge en pleine nature, dans les hauteurs des Pyrénées. Les villageois vivent modestement de la vente de leurs produits, de troc, sont heureux avec peu. Tout le monde se connait et connait cet enfant différent et sa mère. Une mère qui a refusé que son fils soit placé en institution, convaincue que son bonheur se situe ailleurs, libre, au milieu des bêtes qu’il aime tant et soigne avec tant de talent. Qui est le mieux placé pour juger de ce qui est bon pour l’enfant ? Les institutions avec leurs grilles de classement ou la mère ?

Mais la différence attire la suspicion, la défiance. Alors chacun y va de son avis, de son accusation, de ses soupçons. Et les témoignages des villageois sont édifiants. A travers eux, nous sommes invités à plus de tolérance, d’ouverture d’esprit. Car les accusations des uns envers cet enfant différent ploient au fil des pages sous les éloges que lui font d’autres villageois. La peur vient souvent de la méconnaissance de l’Autre et non d’une raison d’avoir peur.

La chute m’a mis des larmes aux yeux, tant l’auteure a su créer une proximité avec ses personnages, nous les rendre attachants. Et donc sensible à leur sort. Qui sont les plus cruels? Les animaux ou les hommes?…

Gros coup de cœur !

Informations pratiques

Comme des bêtes, Violaine Bérot- Editions Buchet Chastel, avril 2021 – 160 pages – 14€

Un si petit monde, Jean-Philippe Blondel

Un si petit monde

Après La grande escapade, Jean-Philippe Blondel nous donne des nouvelles de ses personnages dans une suite : Un si petit monde. Plongée dans le quotidien des habitants d’un groupe scolaire de province en 1989, un petit monde où chacun se connait, s’épie.

1989, année de bouleversements

Nous retrouvons les personnages de La grande escapade une vingtaine d’années plus tard. Nous sommes en 1989, date charnière avec la chute du mur de Berlin, la montée du Sida. Les bouleversements de l’Histoire diffusent au sein de la petite communauté enseignante de province et provoquent des répliques. Ce qui leur semblait amoral, impossible, inenvisageable vingt ans plus tôt, est désormais à portée de main. Les secrets se dévoilent. Les envies aussi. Ainsi, Janick Lorrain et Michele Goubert affirment leur préférence pour un monde sans hommes. Philippe Goubert ose vivre une existence plus conforme à ses besoins et aspirations, prouvant qu’on peut encore s’épanouir à 50 ans. Chacun tente de trouver sa place dans un monde en perpétuel mouvement.

La vie provinciale sous la délicate plume de Jean-Philippe Blondel

Même si Un tout petit monde est présenté comme une suite « indépendante » du précédent roman La grande escapade, pour avoir lu les deux je conseille fortement de lire le premier avant. Le cas échéant, on ne saisit pas toutes les allusions au passé des personnages ni les subtilités de l’intrigue et c’est vraiment dommage. Les personnages ont vieilli avec nous, leurs mentalités ont évolué. Jean-Philippe Blondel saisit l’extraordinaire dans l’ordinaire de leur vie, les révolutions qui touchent chacun tandis que la révolution du monde est en marche. Ou comment l’Histoire affecte leurs histoires personnelles. Avec beaucoup de sensibilité, de tendresse et d’humour, il nous rend ces personnages familiers, attachants. Comme une balade que le lecteur et les personnages effectuent entre amis, le temps d’un roman.

—> Retrouvez La grande escapade : chronique ICI

Informations pratiques

Un si petit monde, Jean-Philippe Blondel – éditions Buchet-Chastel, mars 2021 – 256 pages – 18€

Le bonheur est au fond du couloir à gauche, J.M. Erre

Le bonheur est au fond du couloir à gauche

Le bonheur est entre la couverture de ce livre! Le titre donne le ton de ce roman hilarant, véritable remède contre la morosité ambiante.

Rupture et quête de bonheur

Michel vient de se faire quitter par sa femme, Bérénice. Enfin, sa femme, disons sa compagne, car ils n’étaient ni mariés ni même fiancés. Enfin, sa compagne, disons depuis…trois semaines. La plus longue relation de sa vie, si l’on excepte sa longue histoire d’amour avec la mélancolie, la dépression et les anxiolytiques. Enfant triste, adolescent cafardeux, adulte neurasthénique : une fidélité absolue à la tristesse et à l’angoisse. A son départ, Bérénice lui a tendu une pile de livres de développement personnel. Et Michel d’y voir un signe : désirait-elle par ce geste lui donner des outils pour reconquérir l’amour, son amour? Doit-il comprendre que le secret du bonheur est entre ces pages? Celui qui n’a pour Dieu que Houellebecq, qu’il considère comme le chantre de l’espoir, va se pencher sur d’autres auteurs, spécialistes de psychologie positive et tenter de percer le secret d’une vie heureuse.

Il se donne douze heures pour reconquérir le bonheur et Bérénice par la même occasion. Rien qu’en tapant sur Google « Comment reconquérir sa femme en moins de 24 heures », il obtient près de 40 millions de résultats. La clé se trouve forcément dedans 😉

Gonflé à bloc par les vidéos de meeting électoraux, plein d’espoir grâce à Houellebecq, Michel fonce.

Un concentré de rires

Vous en avez assez de la morosité ambiante? Vous avez envie de rires, de légèreté? Alors glissez vous entre les pages du nouveau roman de JM Erre, Le bonheur est au fond du couloir à gauche. L’auteur de Qui a tué l’homme-homard, nous revient avec un roman à l’humour caustique, délicieusement loufoque. Pourtant, en lisant qu’il s’agit d’une rupture, d’un homme dépressif, vous vous demandez peut-être comment ce livre peut être drôle? C’est là le tour de force de l’auteur. Un sacré sens de la formule, sa façon de pointer tous les travers et les absurdités de notre époque.

Un roman qui fait vraiment du bien!

Informations pratiques

Le bonheur est au fond du couloir à gauche, J.M. Erre – Editions Buchet-Chastel, janvier 2021- 182 pages – 15€

Merci qui? Merci mon chien, Jean-Louis Fournier

Merci mon chien, Jean-Louis Fournier
Copyright photo Karine Fléjo

Jean-Louis Fournier rend grâce aux animaux, ces êtres fidèles, dévoués, aimants, qui enchantent notre vie. Et auxquels les hommes, ingrats que nous sommes, ne disent jamais merci. C’est chose faite dans ce recueil de textes courts savoureux.

Ce que l’homme doit aux animaux

Accompagné de sa chatte Artdéco sur les genoux, Jean-Louis Fournier s’est interrogé sur l’ingratitude des hommes à l’égard de la gent animale.

« On ne dit jamais merci aux animaux. Pourtant, on devrait. On a beaucoup de raisons de le leur dire, on leur doit beaucoup… »

Alors, avec son inénarrable humour et sa concision légendaire, l’auteur s’est employé à les remercier. Et de rédiger ce guide du savoir-vivre, dans lequel il élabore un nouveau pacte entre les hommes et les animaux, nous invitant à changer d’attitude à leur endroit. Il revient sur les animaux qui l’ont aidé à vivre, de son premier chat à l’âge de 7 ans à sa chatte Artdéco aujourd’hui, en passant par Bijou le cheval de labour ou encore l’oie de la maisonnée. Il s’interroge sur la différence entre les hommes et les animaux, les premiers se plaignant de tout, tout le temps. Les seconds affichant une politesse silencieuse en tout temps. Comment écrire une lettre de remerciement à un chien d’aveugle? Un chasseur peut-il assister à l’enterrement d’un oiseau qu’il a tué? Pourquoi les hommes sont-ils obsédés par l’argent alors que les animaux sont capables d’un désintérêt total pour tout ce qui est matériel? Quels sont les avantages d’un animal de compagnie sur un enfant de compagnie?

Dans de courts textes, Jean-Louis Fournier apporte des réponses tendres, non dénuées d’humour et de profondeur, à ces questionnements et à bien d’autres.

Un livre drôle, pertinent, tendre

Justice est rendue aux animaux par Jean-Louis Fournier, dans ce savoureux guide du savoir-vivre « Merci qui? Merci mon chien« , aux éditions Buchet-Chastel. On retrouve ici cette écriture qui fait la signature de l’auteur : une écriture à l’os. Pas de mot ni même de virgule en trop, les mots vont à l’essentiel. Percutants. Vifs. Drôles.

Un livre qui recense des textes courts, incisifs et se dévore d’une traite. Pour tous les amoureux des animaux et, plus largement, pour tous les hommes dotés d’un cœur. Car comme l’a écrit Jules renard : « On n’a pas deux cœurs, l’un pour l’homme et l’autre pour l’animal. On a un cœur ou on n’en a pas. »

Jean Louis Fournier
Extrait

Informations pratiques

Merci qui ? Merci mon chien, Jean-Louis Fournier – éditions Buchet-Castel, octobre 2020 – 272 pages – 16€

Une vie et des poussières, Valérie Clo

Une vie et des poussieres de Valérie Clo

©Karine Fléjo photographie

Un roman qui fait du bien, tant il célèbre la douceur, la tendresse et la solidarité. Une pépite d’humanité. A lire de toute urgence !

Confidences d’une merveilleuse grand-mère

Mathilde a été placée en EHPAD sur l’insistance de sa fille Rose. Si cette dernière est convaincue que sa mère ne peut plus vivre seule, qu’elle oublie tout, Mathilde revendique avoir toute sa tête. Dans son journal caché sous le matelas, elle consigne son quotidien dans ce lieu si particulier, avec des patients âgés souvent perturbés, attachants toujours, drôles parfois, ainsi que ses rapports avec le personnel.

Du haut de son grand âge, elle revient sur les joies et les peines qui ont jalonné sa vie, sur les enseignements qu’elle a tirés de son expérience. Elle évoque le rôle si important du personnel des EHPAD que sa fille a pourtant tendance à dénigrer et à rudoyer, notamment cette jeune femme si touchante, rebaptisée Maryline. L’aide-soignante prend en effet son temps avec chaque patient, l’entoure de douceur et d’attentions. Elle l’aide tout en lui laissant croire qu’il y parvient par lui-même. Une femme attachante qui rêve d’être mère et de devenir actrice. Et si Mathilde lui rendait un peu de ces trésors d’humanité qu’elle reçoit de sa part et la mettait sur la voie de ses rêves ? Car au crépuscule de leur vie, les personnes âgées des EHPAD demeurent des êtres lumineux.

Un roman viscéralement humain

En cette période de confinement, où plus que jamais nous mesurons à quel point nous devons beaucoup à nos soignants, où nos proches âgés sont terriblement exposés aux dangers du coronavirus, ce roman rend un vibrant hommage au personnel des EHPAD et à leurs patients. Valérie Clo, art-thérapeute, intervient auprès des publics en grande difficulté, notamment auprès des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer en EHPAD. C’est donc un milieu qu’elle connaît bien. Et dans ce roman d’une tendresse et d’une émotion à fleur de mots, elle met en lumière ceux qui œuvrent au quotidien pour rendre la fin de vie plus douce, plus humaine, plus belle. A travers Maryline, l’aide-soignante si chaleureuse de son roman, elle nous montre comment le personnel des EHPAD s’efforce de rajouter de la vie aux journées à défaut de pouvoir ajouter des journées à leur vie. Notre cœur se serre à l’évocation des souvenirs de Mathilde, à la dureté de sa fille, fond devant les émois de Jeannot, se comprime devant les absences de Chantal, s’emballe devant Marcel et ses chansons. C’est beau, émouvant, lumineux, chaleureux, écrit avec une fluidité remarquable.

On referme le livre empli d’une douce chaleur, avec l’envie de prendre doublement soin de ceux qui nous sont chers. Et avec la furieuse envie de remercier Valérie Clo pour ce bijou d’humanité.

Rentrée littéraire : Le temps des orphelins, Laurent Sagalovitsch

Le temps des orphelins

Copyright © Karine Fléjo photographie

Le regard d’un jeune rabbin américain, en avril 1945, à la découverte de l’inconcevable : les camps de la mort. Un roman sur ce dont l’homme est capable : le pire comme le meilleur. Bouleversant.

La découverte des camps de concentration à la libération

Daniel est un jeune rabbin américain, marié à la douce Ethel. Elle lui a caché être enceinte de leur premier enfant quand il lui a fait part de sa décision de s’engager dans la guerre. Elle ne voulait pas que cela influe sur son choix. Daniel part donc au chevet des blessés leur offrir son soutien religieux, leur redonner espoir.

Mais quand il est envoyé au camp d’Ohrduf, en avril 1945, ce qu’il découvre dépasse l’entendement. L’homme n’est pas capable du pire. Il est capable du pire du pire. Le Mal absolu.

Une odeur insupportable de mort, des charniers remplis de cadavres en décomposition, des survivants squelettiques au regard vide et, au milieu de cette désolation, un enfant, tout seul. Ce petit être a entre 4 et 5 ans, un regard d’un vide insoutenable, un corps rachitique. Daniel est happé par ce petit garçon d’où ne transparaît aucune émotion. Une survivante du camp le supplie alors de le prendre sous son aile. C’est une question de vie ou de mort. L’enfant serait arrivé quelques jours plus tôt de Buchenwald, où il aurait été déporté avec ses parents. Daniel prend l’enfant avec lui et se fait une promesse : retrouver ses parents. Il faut montrer à cet enfant qui a vu tant d’atrocités, que l’homme est aussi capable d’amour et d’humanité. Mais contre toute attente, ce n’est pas l’adulte qui va insuffler de l’espoir à l’enfant, mais l’inverse.

La foi à l’épreuve des atrocités des camps

J’avais adoré le précédent roman de Laurent Sagalovisch, Vera Kaplan, aussi il me tardait de découvrir Le temps des orphelins. Difficile de s’atteler à un tel sujet, noir, lourd, sans verser dans un roman sombre, angoissant. Et l’auteur évite pourtant cet écueil avec brio. Il parvient à retranscrire l’horreur des camps, l’état effrayant des êtres qui ont survécu, les sévices infligés aux prisonniers, sans jamais verser dans le voyeurisme malsain ou dans le pathos. Et cet écueil est évité grâce à la construction mais aussi à la fraîcheur apportée par cet enfant.

La construction à deux voix, alternance de chapitres où parlent tantôt Ethel, tantôt Daniel, apporte une respiration salvatrice dans l’histoire. Par ailleurs, cet enfant qui s’accroche à la vie, qui tisse avec Daniel un lien de confiance, apporte une lueur d’espoir dans ce chaos : la vie est plus forte que tout, plus forte que l’horreur des camps.

En filigrane, l’auteur interroge le lecteur sur la force de la foi face à l’horreur et sur l’amnésie des hommes. Peut-on concilier l’existence d’un quelconque Dieu avec le spectacle de ces hommes ramenés à l’état de bêtes ? Et l’humanité, n’a-t-elle donc rien appris, rien compris pour perpétuer le règne de son immémoriale violence ?

 

 

Rentrée littéraire : La grande escapade, Jean-Philippe Blondel

La grande escapade, Jean-Philippe Blondel

©Karine Fléjo photographie

Jean-Philippe Blondel nous offre un roman empreint de nostalgie, une plongée dans le milieu scolaire d’une ville de province au milieu des années 1970, tandis que les élèves comme les enseignants doivent surfer sur une vague de mutations sociétales et éducatives.

Le goût de l’interdit

Enseignant, Jean-Philippe Blondel connaît bien le milieu scolaire. Il nous propose de nous immerger au sein d’un groupe scolaire de province, en 1975, dans des familles d’enseignants. Les femmes travaillent et cumulent statut d’épouse, d’employée domestique et de maîtresse d’école. La plus grande place accordée aux femmes, notamment dans le monde du travail, n’a en effet pas encore été suivie d’une nouvelle répartition des tâches à la maison. Mais sous couvert de soumission, ces femmes rêvent d’autres emplois, d’autres corps, d’autres cieux. Le vent de liberté de mai 68 a donné des ailes aux femmes, ce qui n’est pas au goût de leurs maris.

Les méthodes éducatives sont elles aussi en pleine mutation, on commence à évoquer la pédagogie Freinet. Mais beaucoup d’instituteurs refusent de remettre en cause leurs pratiques pédagogiques, au nombre desquels le directeur, Monsieur Lorrain : leçon de morale, recours à l’humiliation, discipline martiale sont pour eux des bases incontournables. Seul le nouvel instituteur, Charles Florimont, entend apporter un souffle de nouveauté dans sa classe. Mais être le porte-flambeau d’une nouvelle façon d’enseigner n’est pas bien vu par ses collègues, lesquels se sentent menacés, remis en question. Accorder des droits aux enfants, introduire la mixité dans les classes, s’adapter à leurs besoins réels, élever les élèves et non les rabaisser, relève pour eux de l’hérésie. Et Charles Florimont ne va pas seulement bouleverser l’équilibre de l’école, il va aussi semer le trouble dans les coeurs…

Les vacances d’été approchent et un voyage à Paris, une grande escapade initiée sous de faux prétextes, va mettre le feu aux poudres, agir comme un révélateur.

Un tableau de la société des années 1970

Touche par touche, comme une toile de Seurat, Jean-Philippe Blondel nous peint un tableau de la société des années 70, une société qui prend peu à peu la mesure des changements engagés en mai 1968. Il le fait avec beaucoup de justesse dans les situations, dans la couleur des émotions, dans le choix des personnages. Des personnages attachants, émouvants, fragiles, drôles parfois. Des êtres  écartelés entre leurs principes et l’excitation d’expérimenter de nouvelles choses dans leur couple, dans le monde du travail, dans leur vie. Dans le monde des possibles. Un roman aux jolis tons de la nostalgie.

Rentrée littéraire : K.O., Hector Mathis

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K.O., Hector Mathis

Editions Buchet Chastel, août 2018

Rentrée littéraire

Un premier roman nerveux, incisif. Une partition de vies chaotiques, traversées par la maladie, la mort, l’errance, la précarité, l’amitié. Une odyssée moderne féroce.

Sitam revient en banlieue, une banlieue qu’il avait fuie avec sa compagne, la môme Capu, au moment des attentats. De retour de son périple en Europe, il tombe sur Archibald, un SDF fou de musique. Entre deux quintes de toux, ce dernier l’interroge sur son parcours, ses rencontres.

Sitam, dont les jours sont comptés du fait de la maladie, se confie à lui dans une forme d’urgence. Les phrases cognent. Les mots frappent. Il vomit sa colère, sa rage envers les médias avides de sensationnalisme, envers le système qui transforme les hommes en machines sans cerveau. Il n’a plus qu’un désir, qu’un impératif : trouver les mots justes pour achever son manuscrit, pour toucher le cœur de la cible. Asséner les phrases comme des uppercuts. « Coup dur sur coup dur, je m’en vais me noyer dans le langage. Plus la vie est dégueulasse, plus j’ai le terme précis, la formule qui claque sur la langue, la phrase qui fout le palais en charpie ».

Si je n’affectionne pas particulièrement ce style d’écriture, force est de reconnaître le talent de l’auteur pour la puissance de son texte, la hargne qui l’anime. Les mots comme un dernier combat contre les maux.

Rentrée littéraire : Le chien rouge, Philippe Ségur

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Le chien rouge, Philippe Ségur

Editions Buchet Chastel, août 2018

Rentrée littéraire

Le chien rouge dresse le portrait psychologique d’un homme épris d’idéal et victime de sa propre révolte. C’est aussi une critique radicale de notre société.

Peter Seurg, proche de la cinquantaine, est un homme qui, de l’extérieur, a une vie épanouie : un métier socialement enviable de professeur d’université, une femme bien lisse et trois enfants. Pourtant, il étouffe et dans son travail et dans sa vie privée. « A l’université je travaillais comme une machine au profit d’une organisation qui demandait toujours plus à ses membres sans se souvenir qu’il pouvait être juste de parfois les récompenser. » Quant à la maison, ce n’est qu’une apparence de bonheur ménager avec Neith, sa femme.

Alors il décide de tout quitter, femme, enfants et travail, de cesser de se fondre dans le moule des attentes des autres, dans une existence stéréotypée. Il se dépouille de tout le superflu et se sent libre, enfin. Brûler la vie par les deux bouts en s’essayant à toutes sortes d’expédients (alcool, drogue). Vivre. Vivre intensément. Atteindre une forme d’authenticité personnelle. Le chien rouge en lui n’a plus à aboyer, à sortir les crocs, furieux de devoir vivre une vie qui n’est pas la sienne. Il est libre, court, jappe de joie. Mais vivre ses idéaux ne se révèle pas forcément un idéal de vie…

Le chien rouge est un roman dont le thème est très intéressant et brillamment traité : quête d’une vie conforme à ses besoins, à ses propres attentes, sans contraintes extérieures, sans stéréotype tout tracé. Un thème dans lequel se reconnaîtront les personnes en recherche d’une plus grande authenticité, lasses de passer à côté de leur vie. Pour autant, j’ai eu du mal à entrer en empathie avec le personnage, à ne pas me perdre dans certaines longueurs. Un sentiment mitigé, donc.

Interview : La playlist de Myriam Chirousse

Chaque semaine, un auteur nous livre les musiques de sa playlist, celles qui ont accompagné ses heures d’écriture, celles qui ont nourri son livre, celles qui l’ont inspiré, celles qui ensoleillent sa journée. Aujourd’hui, c’est au tour de Myriam Chirousse.

En avril dernier, je vous ai fait part de mon coup de coeur pour le nouveau roman de Myriam Chirousse, paru aux éditions Buchet Chastel : Une ombre au tableau. Et si un mensonge en cachait un autre? Le tableau idyllique de ces familles aisées de la côte d’Azur est-il un faux? Un roman à l’atmosphère envoûtante qui se lit en apnée.

Retrouvez la chronique que j’avais consacrée à ce roman ici : Une ombre au tableau

La playlist de Myriam CHirousse : 

  • La musique qui accompagne vos heures d’écriture :

Je n’écris pas toujours en musique, ce n’est pas automatique, loin de là. Mais quand c’est le cas, j’ai besoin d’écouter des musiques qui m’aident à me concentrer, à m’isoler dans ma bulle et, éventuellement, à faire disparaître les bruits de l’arrière-plan. Il s’agit généralement de musiques très cycliques, répétitives et hypnotiques. Par exemple : Philip Glass, The Hours (tiré de la BO du film The Hours) : cette musique me permet une sorte d’autohypnose et m’aide à avoir de la concentration et de l’élan.

  • La musique qui vous accompagne au quotidien :

En ce moment, dans cette catégorie des musiques hypnotiques et qui déverrouillent les portes de l’imagination, j’écoute souvent la musique du film Interstellar, de Hans Zimmer. Le morceau Where We’re Going, par exemple, mais tout l’album a une grande homogénéité de fond. Pour l’anecdote, quand Christopher Nolan a demandé à Zimmer de faire la musique du film, il ne lui a pas raconté l’histoire, il lui a seulement dit : « ça parle d’un père et de sa fille ». Je suis touchée par le fait qu’à partir de cette simple idée, un père et sa fille, le compositeur ait pu déployer toutes ces harmonies et ces sonorités. Cela m’inspire beaucoup.

  • La musique qui  symbolise votre dernier roman : 

Mon dernier roman, Une ombre au tableau, n’a pas échappé à la règle. C’est-à-dire que je l’ai écrit lui aussi avec ce genre de musiques hypnotiques et finalement assez déconnectées de l’histoire, des personnages et des ambiances que je couche sur le papier (ma playlist de « musiques d’écriture » est plutôt répétitive, en fait !). Parmi celles-ci, peut-être que celle qui évoque le mieux l’ambiance du roman serait Come Into My Dreamland de Ed Harcourt (album Time of Dust). J’y entends quelque chose de pesant, de langoureux, d’un peu sournois, comme le regard hypnotique d’un serpent ou la danse d’une strip-teaseuse. Et dans ce roman, il est vrai que j’invite le lecteur à venir voir ce qu’il se passe dans un « monde de rêve » ! 😉

… La semaine prochaine, nous avons rendez-vous avec la playlist de Laure Manel! D’ici là, bonne semaine en musique!

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