Comme un enchantement, Nathalie Hug

Comme un enchantement, Nathalie Hug

©Karine Fléjo photographie

Un voyage dans la campagne toscane, où les ruines d’une ferme fortifiée servent de décor à une renaissance. Renaissance à la vie. Renaissance à l’amour.

Des racines italiennes

Eddie est une trentenaire solitaire, qui vit dans un petit appartement de la Butte Montmartre, juché sur les toits. Orpheline à l’âge de 16 ans, elle n’a jamais guéri de sa blessure et a préféré mettre l’amour et les gens à distance, ériger des murs invisibles entre elle et les autres, pour ne plus risquer de s’attacher ni de souffrir. Une vie dont elle s’accommode à défaut de s’y épanouir.

Jusqu’à ce qu’un notaire, un certain Monsieur X, lui adresse un courrier l’informant qu’elle est l’unique légataire d’un très vieil homme, Giuseppe Giangrandi, décédé en Italie six années auparavant. Eddie, qui a beaucoup souffert de n’avoir jamais rien su sur ses racines, se dit qu’elle va peut-être pouvoir exhumer des vestiges de son histoire et atténuer ce sentiment d’être amputée d’une partie d’elle-même.

Quand elle débarque dans le village toscan, aux environs de Parme, et découvre la ferme fortifiée de Giuseppe au sommet de la colline, elle tombe immédiatement sous son charme. Un endroit chargé d’histoire, d’amour, celui que Giuseppe et Philomène se vouaient. Et pourtant, ce lieu est un champ de ruines et la tache pour tout rénover énorme. Mais dans ces vieilles pierres, cette nature luxuriante, entourée d’un calme bienfaisant et bercée par cette vue splendide sur les collines, tout semble possible.

Et si ce lieu était le reflet de son être intérieur, un champ de ruines sur lequel il est envisageable de reconstruire, ce qui expliquerait qu’elle s’y sente en harmonie, en profond accord avec elle-même ? Et si en ces lieux sauvages, elle apprenait à apprivoiser le bonheur ?

Reconstruction et renaissance

Nathalie Hug nous offre un roman émouvant, gorgé de soleil toscan, de nature, de collines à perte de vue. L’Italie et ce village de l’Emilie-Romagne sont à ce titre des personnages à part entière du roman. Un roman plein d’images, de couleurs, de parfums, de soleil. Un véritable voyage aux environs de Parme.

Voyage intérieur aussi pour cette jeune femme qui, seule avec elle-même, va avoir le temps de penser et de panser ses plaies, d’identifier ses besoins essentiels, de s’interroger sur le sens à donner à sa vie. Dans cette ferme fortifiée regorgeant d’endroits cachés, de dédales et de mystères, elle va apprivoiser les lieux et apprivoiser son histoire. S’enraciner dans la vie et se déployer, plus forte. Plus vivante que jamais. Et elle va découvrir à cette occasion, que la demeure n’est pas la seule à abriter des mystères

Comme un enchantement est un roman plein d’espoir, qui porte bien son nom.

Informations pratiques

Comme un enchantement, Nathalie Hug – éditions Calmann-Lévy, février 2020 – 387 pages – 19,90€

Citation du jour

 L’art a cette capacité de faire parfois ressentir ce que nous savons confusément
au fond de nous sans jamais avoir pu l’exprimer. En un instant. Comme
un accès direct et fulgurant à la Source.
L’art joue avec nos sens pour nous emmener dans le monde de l’esprit
où s’épanouit notre âme.

L'art vous le rend bien Laurent Gounelle

A la vie! L’homme étoilé

A la vie! L'homme étoilé

©Karine Fléjo photographie

Un roman graphique viscéralement humain, tendre, drôle et émouvant à la fois, dans lequel un infirmier en soins palliatifs nous fait partager son quotidien. Un infirmier qui ajoute de la vie aux derniers jours à défaut d’ajouter des jours à la vie. MAGNIFIQUE

Rendre l’hôpital plus humain

Si je vous dis que ce roman graphique évoque le quotidien d’un infirmier en soins palliatifs, vous allez penser tristesse, mort, cauchemar, solitude, maladie. Et avoir envie de fuir. Attendez! Car vous auriez tort de passer à côté de ce bijou d’humanité. Cet infirmier, qui se surnomme L’homme étoilé, se refuse à ce que le quotidien déjà sombre de ces patients, se fasse dans l’isolement, la froideur, la tristesse et la douleur. Pour la douleur, il y a toute la pharmacopée disponible. Pour le reste, il s’intéresse profondément à chacun, cherche comment apporter de la joie, de la lumière dans leur regard et des sourires sur leur visage. Comment entrer en relation avec eux. Comment les entourer de douceur et leur permettre de vivre au mieux leurs derniers jours, leurs dernières heures. Et de chanter avec Roger les plus grands tubes de Queen, musique à fond dans la chambre d’hôpital. Et d’apprendre le suédois avec la douce Mathilde. Et d’être le petit-fils de coeur de Nanie.

Pour chaque être entrer en connexion.

Un roman graphique MAGNIFIQUE

Impossible de ne pas sourire face à l’humour du jeune infirmier, de ne pas s’attendrir face au visage à nouveau souriant des patients, de ne pas sentir ses larmes couler quand vient leur dernier souffle.

Grâce à l’empathie dont fait montre l’infirmier, chaque patient se sent respecté, entouré, exister. Si certes il n’est pas possible à l’infirmier de faire des miracles côté guérison, il fait en revanche l’impossible pour adoucir leur vie et leur transmettre toute son affection. En quelques traits de crayons, il croque l’essentiel, rend compte de son quotidien, de ses émotions, de ses rencontres, de la vie du service. Parce qu’accompagner la mort n’est pas forcément triste. Parce qu’il faut profiter de chaque instant jusqu’au dernier.

Un livre plein d’amour et d’humour, qui redonne foi en l’être humain.

 

Informations pratiques

A la vie! L’homme étoilé – Editions Calmann Lévy Graphic, janvier 2020 – 196 pages – 16,50€

Et retrouvez L’homme étoilé sur Instagram sous le pseudo : l.homme.etoile

Les étincelles, Julien Sandrel

Les étincelles de Julien Sandrel

©Karine Fléjo photographie

Après La chambre des merveilles et La vie qui m’attendait, Julien Sandrel nous revient avec un troisième roman à l’intrigue magistralement menée, avec cette sensibilité et cette humanité qui caractérisent son écriture. Un roman impossible à lâcher. Et un bel hommage aux lanceurs d’alerte.

Enquête sur des produits chimiques dangereux

Phoenix a 23 ans. Jusque récemment, elle se destinait à une carrière dans la musique. Le conservatoire dès l’âge de six ans, puis la faculté de musique, tout en prenait le chemin. Mais ça, c’était avant. Avant la disparition tragique de son père. Depuis, elle a enterré son désir de devenir pianiste concertiste, est incapable de simplement toucher un clavier. Car la musique était indéniablement associée à ce père qu’elle aimait tant et qui les a tous trahis.

Triste de voir l’amour de sa petite fille transformée en rancœur voire en haine à l égard de son défunt père, sa grand-mère lui demande de bien vouloir faire un geste pour se souvenir de lui. Alors Phoenix promet de le faire , par amour pour sa grand-mère. Pour cela, elle va chercher à la cave un carton contenant des objets liés à son père, carton destiné à être jeté. Parmi eux, un Walkman. Or, stupeur, dans le Walkman est dissimulé un papier portant un message qui se révèle être un appel a l’aide.

Dès lors, ses certitudes sur les circonstances de la mort de son père volent en éclats. Et avec elles, sa rancœur à son endroit. Et si elle s’était trompée, s’il ne s’était pas tué en Colombie en allant rejoindre sa soi-disant maîtresse? Était-ce d’ailleurs vraiment un accident? Comment expliquer la présence de ce message écrit par des Roumains en danger de mort dans le Walkman? Son père, scientifique reconnu, était-il de près ou de loin lié à ces Roumains, à leurs dénonciations sur le Clear, produit potentiellement cancérigène et pourtant très répandu? Perdue depuis la mort de son père, Phoenix se sent soudain investie d’une mission : remonter le fil d’Ariane et identifier ce qui a coûté la vie à son père. Une enquête non dénuée de risques, pour laquelle elle pourra compter sur son frère César, petit génie de l’informatique.

Un hommage aux lanceurs d’alerte

C’est un roman haletant à l’intrigue savamment orchestrée et au réalisme saisissant que nous offre Julien Sandrel. Le lecteur s’engouffre dans le sillage de Phoenix et César, ému par ces enfants prêts à tout pour honorer la mémoire de leur père, et plonge à cette occasion dans le quotidien des lanceurs d’alerte. Des hommes et des femmes prêts à risquer leur vie, pour que la vérité voie le jour. Des êtres prêts à renoncer à leur confort, leur travail, leur famille, pour défendre les idées et le monde auxquels ils croient. Un roman inscrit dans une actualité brûlante puisque le rapport de l’ONG Global Witness dénonce la mort de 164 défenseurs de l’environnement, lanceurs d’alerte, pour la seule année 2018. Des crimes majoritairement impunis…

J’ai énormément apprécié la capacité de Julien Sandrel à se renouveler, à nous emporter à chaque fois dans des univers différents, tout en gardant cette signature qui est sienne : celle d’une sensibilité d’écriture aussi vibrante que belle.

Informations pratiques

Les étincelles, Julien Sandrel, éditions Calmann Levy –  397 pages – 19,50€, février 2020

L’année du gel, Agathe Portail

L'année du gel Agathe Portail

©Karine Fléjo photographie

Une semaine de vacances estivales au cœur des vignobles bordelais, c’est tentant n’est-ce pas ? Mais quand un cadavre est retrouvé dans la chambre froide, le sang des vacanciers se glace. Une enquête riche en rebondissements.

Meurtre dans les vignobles bordelais

Avec les caprices de la météo, mieux vaut avoir une bonne assurance quand on possède des vignobles. Mais Bernard Mazet a préféré prendre le risque de miser sur une météo clémente, plutôt que de payer une assurance exorbitante. Et mal lui en a pris. Le gel a dévasté ses vignes. Il n’a donc d’autre choix que d’accepter la proposition de sa femme d’ouvrir des chambres d’hôtes, d’autant que l’entretien de la grande propriété familiale de Haut-Méac est extrêmement coûteux. Et, détail qui n’en est pas un, il n’a pas avoué à sa femme ne pas avoir souscrit d’assurance.

Une bande de trentenaires débarque donc au château pour une semaine de vacances. Six jeunes gens aux personnalités bien campées et très différentes les unes des autres.

Mais au quatrième jour, le cadavre de l’un d’entre eux est retrouvé dans la chambre froide du château. Il s’agit de Clara, une jeune femme réservée. Et il ne s’agit visiblement pas d’un accident…

Une enquête aux multiples rebondissements

Agathe Portail signe ici son premier roman. Un roman dans lequel elle s’amuse avec les nerfs du lecteur, multiplie les pistes toutes plus vraisemblables les unes que les autres, pour mieux l’éloigner du vrai meurtrier. Le groupe d’amis est-il si soudé que cela ? L’unité du groupe, qui n’était qu’apparente, vole en effet en éclats avec la mort de Clara. Une jeune femme très discrète, mais qui avait l’art de susciter les confidences. Mieux : elle se trouvait toujours derrière la porte au bon moment, captant sans le vouloir des échanges secrets. En savait-elle trop ? Et si le meurtrier était quelqu’un de la bande ayant quelque chose à cacher ? A moins que Clara n’ait découvert que Bernard Mazet trafiquait son vin, faute de récolte suffisante ? Et que contenait la mystérieuse chemise rouge dont Clara ne se séparait jamais ? Le chef de la brigade locale, avec à ses basques sa tante aussi fantasque que fouineuse, va devoir faire la vendange d’indices. Et le lecteur avec eux. Des rouages parfaitement huilés, un suspens entretenu de la première à la dernière page, une chute très inattendue, L’année du gel est un bon millésime littéraire !

Informations pratiques

L’année du gel, par Agathe Portail – éditions Calmann Lévy – Collection Territoires – 356 pages – 19,90€

 

 

Rentrée littéraire : Où bat le cœur du monde, Philippe Hayat

Où bat le coeur du monde Philippe Hayat

©Karine Fléjo photographie

Le parcours incroyable d’un jeune garçon muet et handicapé, qui découvre en la musique en général et en la clarinette plus particulièrement, la voie de sa voix. Un parcours initiatique émouvant et inspirant, aux accents de jazz.

Le pouvoir de la musique

Darius vit à Tunis dans les années trente, dans le quartier juif de la Hara. Son père, libraire, est un jour pris à partie par les Arabes, lesquels accusent les juifs de se faire de l’argent avec les français. Malgré sa volonté d’apaiser les esprits, le ton monte et ordre est donné d’aller bruler les livres impurs de la librairie, ainsi que la librairie elle-même. Témoin de la scène, Darius court chercher de l’aide. Mais, malgré tous ses efforts, il ne parvient pas à éviter le saccage de la librairie. Pire, il assiste à la mort de son père et est lui-même gravement blessé à la jambe.

Il perd son père et le choc est tel, qu’il perd sa voix.

Dès lors, relogé dans un quartier moderne, loin des tensions du quartier juif, Darius est élevé par sa mère. Mais cette dernière peine à joindre les deux bouts avec les petits boulots qu’elle trouve. Et de placer en Darius tous ses espoirs : il faut qu’il réussisse à l’école, qu’il ait un bon travail et mette un terme à cette vie miséreuse. Mais si Darius est désireux de ne pas décevoir sa mère, force lui est de reconnaître qu’il ne se sent pas fait pour les études. Auprès de son amie Lou, il a en effet fait une découverte majeure : la clarinette. En quelques notes cet instrument a allumé en lui un incendie. Et de se consumer d’apprendre à en jouer.

Car la clarinette résonne en Darius bien davantage qu’un simple instrument de musique. Elle lui parle, l’appelle, le transcende. Elle est, il en est immédiatement convaincu,  la voie de sa voix perdue, la partition de son âme. Un langage de sons et de silences.

Alors il s’éclipse le plus souvent possible et, tandis qu’il est censé réviser ses examens, il s’entraîne sur la clarinette que Lou lui a prêtée. Il se prend à rêver de jouer du jazz, de gagner sa vie grâce à la musique et ainsi de permettre à sa mère de ne plus se ruiner la santé à faire des ménages. Jusqu’au jour où son rêve prend tellement de place, qu’il ne peut plus l’ignorer. Il décide de fuir pour se donner une chance de réussir aux Etats-Unis. Mais les Etats-Unis sont-ils prêts à l’accueillir, à reconnaître son talent ?

Cultiver sa passion

C’est un roman magnifique, empli de sensibilité, que nous offre Philippe Hayat, une histoire particulière à dimension universelle : jusqu’où est-on prêt à aller pour se fondre dans les attentes des autres, pour ne pas les décevoir ? Quel risque y-a-t-il à ne pas écouter notre voix intérieure, nos besoins, nos envies ? Quel courage faut-il pour oser faire ses propres choix, donner corps à sa passion ?

« Un jour, parti au petit matin, ayant préféré le jazz aux études, la guerre aux diplômes, son rêve au sien, il avait arrêté de se cacher. Alors sa vie d’homme avait commencé. »

C’est un roman sur le dépassement de soi, la passion qui consume, la persévérance, les choix difficiles de la vie, mais aussi un roman sur le pouvoir fabuleux de la musique. Le jazz, à travers les grands noms qui lui ont donné corps, est presque un personnage à part entière du roman.

Un texte à la partition émouvante, aux accords merveilleux entre les personnages, qui imprime sa mélodie de manière durable dans l’esprit du lecteur.