La playlist de… Julien Sandrel

Chaque semaine, un auteur nous livre les musiques de sa playlist, celles qui ont accompagné ses heures d’écriture, celles qui ont nourri son livre, celles qui l’ont inspiré, celles qui ensoleillent sa journée. Aujourd’hui, c’est au tour de Julien Sandrel.

En mars dernier, je vous ai parlé de mon coup de coeur pour La chambre des merveilles, de Julien Sandrel, paru aux éditions Calmann Lévy. Un roman émouvant, surprenant et drôle, sur le pari fou d’une mère pour sortir son fils du coma : réaliser chacun des rêves conciliés dans son carnet des merveilles avant son accident. L’occasion de repenser sa vie et ses priorités. Magnifique.

Retrouvez la chronique que je lui avais consacrée ici : La chambre des merveilles.

La playlist de Julien Sandrel : 

  • La musique qui vous accompagne au quotidien :

La musique qui accompagne mes journées actuellement (pour écrire…)
La Symphonie numéro 7 de Beethoven, Op. 92 : Allegro
La bande originale du film « Parle avec elle » de Pedro Almodovar, musique d’Alberto Iglesias

  • La musique qui accompagne vos heures d’écriture : 

La musique idéale pour écrire? Une musique qui accompagne l’écriture sans la parasiter. Sans parole, douce, la plupart du temps avec une pointe de mélancolie. Musique classique ou piano seul. Je me suis constitué une playlist personnelle que j’ai appelée « Writing », et j’écoute aussi beaucoup la playlist Spotify « Peaceful Piano » …

  • La musique qui  symbolise votre dernier roman : 

La musique qui pourrait illustrer « La Chambre des merveilles » : celle qui m’a accompagné dans l’écriture, et que j’évoque d’ailleurs dans le roman : la bande originale du film « La leçon de piano » de Jane Campion, musique de Michael Nyman.

 

… La semaine prochaine, nous avons rendez-vous avec la playlist de Gavin’s Clemente Ruiz! D’ici là, bonne semaine en musique!

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Un arbre, un jour… Karine Lambert (Calmann Lévy)

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Un arbre, un jour …, Karine Lambert

Editions Calmann Levy mai 2018

Un roman infiniment poétique et tendre. Une ode à la bienveillance et à la solidarité.

Il est le plus vieil habitant du village, vit au milieu de la place centrale depuis 103 ans. Témoin discret de la vie des habitants, confident bienveillant, protecteur à ses heures, il a tout vu, tout entendu. Seulement voilà, ses jours sont comptés. Le 21 mars, jour du printemps, il disparaîtra. Sans l’avoir choisi.

C’est en effet une décision du maire : élagage, abattage, dessouchage, cet arbre centenaire va être abattu. « On reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait quand il s’en va ». A la nouvelle de l’abattage de l’arbre, les villageois réalisent à quel point ce platane qu’ils côtoient au quotidien a pris une place particulière et importante dans leur vie. L’abattre, c’est les amputer un peu. C’est tuer un villageois. Tous sont abattus.

Et de se mobiliser.

De Suzanne la courageuse, à Fanny et ses amours malheureuses, en passant par les drolatiques vieilles sœurs Bonnafay, Clément le jeune écolier engagé, Raphaël Costes l’indécis, Manu l’homme sans attaches, tous se mobilisent pour sauver le platane. Même le Président de la République est appelé à la rescousse. Mais l’élan de solidarité fera-t-il le poids face au pouvoir ?

Karine Lambert nous offre un roman entre réalité et fable, tendre, émouvant, aux personnages ordinaires capable de nous faire vivre l’extraordinaire. Le platane devient un personnage à part entière, doté de sentiments, d’intelligence et même de parole, nous propulsant à l’ombre rafraîchissante de ses feuillages, nous invitant à réfléchir à la nature qui nous environne, à notre responsabilité envers elle. Un roman tout en poésie et en douceur, où chacun révèle le meilleur de lui-même.

Noyé vif, Johann Guillaud- Bachet : un livre d’une actualité brûlante

 

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Noyé vif, Johann Guillaud- Bachet

Editions Calmann Lévy, Février 2018

Si on ne peut pas sauver tout le monde, qui doit-on choisir ? Un roman qui rudoie nos consciences et met à l’épreuve des faits nos préjugés. Un livre qui nous interroge sur la valeur d’une vie.

Points forts :

  • Un roman qui fait écho à l’actualité
  • Un débat très intéressant sur la résistance de nos valeurs et préjugés en situation de danger
  • Une tension permanente

Six personnes d’horizons divers se sont inscrites à un stage de voile en haute mer. Aucune n’a de connaissance de la voile ou très peu. Mais justement,Vince le moniteur, est là pour leur enseigner les bases de ce sport nautique.

Se retrouver à sept sur un bateau, dans une proximité forcée, va révéler les caractères de chacun, conduire certains, plus prompts à s’ouvrir, à confier les raisons de leur participation au stage. Sauf un. Le narrateur. Pire, il avoue avoir peur de l’eau. Alors dès lors pourquoi s’infliger pareille épreuve ? Mystère.

« Il me fallait éprouver quelque chose, même de la peur si j’en étais réduit à ça ; quelque chose de violent, d’outrageant et je ne m’imaginais pas m’infliger plus grand outrage qu’en retournant sur l’eau. Au-delà de tout le reste, j’espérais que l’eau pourrait m’atteindre. »

Quel électrochoc cherche-t-il à provoquer ? Que fuit-t-il sur l’océan ?

Tous composent plus ou moins bien avec les caractères bien marqués de chacun, jusqu’au jour où ils doivent essuyer une terrible tempête. C’est alors le drame. Le moniteur passe par-dessus bord et disparait dans les flots. Nos stagiaires joignent les secours par radio et reprennent espoir quand on leur annonce qu’un navire de l’armée se déporte vers eux. Soulagement de courte durée quand ils entendent les SOS d’une centaine de migrants abandonnés par leur passeur sur une frêle embarcation. Le patrouilleur censé venir à leur secours risque de se déporter vers ces naufragés en priorité. Au sein des stagiaires, c’est le débat : sont-ils prioritaires sur ces migrants car ressortissants français ? Sont-ils au contraire non prioritaires car moins nombreux et sur un bateau en bon état ? Seul le narrateur se tait, paralysé par le cauchemar qu’il revit…

Ce roman de Johann Guillaud-Bachet est d’une brûlante actualité. On pense alors à l’acte héroïque du gendarme Arnaud Beltrame récemment. Que valent nos discours, nos valeurs, notre courage à l’épreuve des faits ? Comment réagirions-nous face à un danger réel pour notre vie ? Un roman bien construit, au suspense soutenu, qui pose les bonnes questions, confronte les points de vue et introduit un doute dans nos belles certitudes…

 

 

 

La KarInterview de Julien Sandrel : « On n’écoute pas suffisamment l’enfant, qui sommeille encore en nous! »

 

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Le 7 mars dernier, les éditions Calmann-Lévy ont publié ce magnifique premier roman de Julien Sandrel : La chambre des merveilles. Rencontre avec l’auteur.

Quel a été le point de départ du livre, ce qui vous a donné l’impulsion de l’écrire?

 La chambre des merveilles, c’est le pari un peu fou d’une mère qui tente de sortir son fils du coma en réalisant chacun de ses rêves, en les lui racontant, en les lui faisant vivre par procuration… en se disant que s’il l’entend ses incroyables aventures, peut–être que ça lui donnera envie de revenir à la vie.

L’idée de départ, celle de l’accident, m’est venue un matin alors que j’emmenais mes enfants à la piscine et qu’ils étaient tous les deux en trottinette. Je me suis dit qu’ils allaient trop vite. Je me suis demandé à quoi pourrait bien ressembler ma vie s’il arrivait quelque chose de terrible à l’un d’entre eux. La réponse m’est apparue comme une évidence. Ma vie ne pourrait plus être la même, jamais.

J’ai eu envie de raconter ça. Comment mon héroïne Thelma, qui pense avoir trouvé l’équilibre dans sa vie, en étant hyperactive et en menant sa carrière tambour battant, voit son monde basculer en quelques secondes. Comment elle se rend compte progressivement que ses priorités affichées ne correspondent pas à ses besoins, ses envies, ses valeurs. Comment elle va devoir progressivement abandonner sa vie de façade pour se reconnecter à ce qu’elle est vraiment.

Ce roman traite d’un sujet douloureux : comment une mère accompagne au mieux son fils plongé dans le coma. Pourtant vous évitez avec brio l’écueil du pathos. Ce livre est tout sauf accablant, « plombant ». Il est au contraire lumineux, positif. Comment avez-vous fait pour ne jamais verser dans le larmoyant ?

L’histoire que je souhaitais raconter, celle de Thelma, c’est l’histoire d’une transformation positive, une sorte de parcours initiatique, à près de 40 ans. Après l’accident de son fils, les cartes de la vie de Thelma sont rebattues. En vivant les rêves de son fils, Thelma se découvre elle-même, se comprend mieux, s’écoute mieux aussi. Cet événement la force, en quelque sorte, à se poser les bonnes questions sur « les choses importantes de sa vie », à se réinventer, à trouver son propre chemin.

J’ai eu envie de parler de tout ça avec une tonalité à la fois grave – car le point de départ est un événement dramatique – et légère. Avec un petit grain de folie, à travers les folles expériences qu’un adolescent de 12 ans peut avoir envie de vivre… parce que la vie c’est ça aussi. On n’écoute pas suffisamment l’enfant, l’adolescent qui sommeille encore en nous, pourtant qu’est–ce que c’est bon de lâcher prise !

Jusqu’alors Thelma sacrifiait tout pour sa carrière, se sentait transparente en dehors de sa réussite professionnelle, et ce, malgré le mépris de ses supérieurs. Pensez-vous qu’il faille bien souvent un drame, pour que nous nous rendions compte que nous faisons fausse route, pour revoir nos priorités, nos choix de vie ?

Non, et heureusement ! Le drame que vit Thelma joue pour elle le rôle d’un accélérateur, il la secoue littéralement, la fait sortir de la torpeur dans laquelle elle s’était installée. Thelma pensait avoir atteint un certain équilibre de vie, entre sa carrière et sa vie de mère. Le drame qu’elle doit affronter, puis les trépidantes aventures qu’elle va vivre en réalisant une à une les merveilles de Louis, vont profondément la faire évoluer.

Je pense que le chemin peut être différent pour chacun d’entre nous. Pour Thelma, cela passe par une prise de conscience suite à un drame. Pour d’autres, un travail d’introspection, de bilan… une petite pause dans nos vies survoltées… peut être totalement suffisant, et tant mieux. C’est éminemment personnel.

 Une lecture récente du témoignage du Dr Edith Eva Eger dans « Le choix d’Edith », m’a fait penser à Thelma dans votre roman. Le Docteur Eger dit notamment : « Il y a une différence entre l’état de victime et la posture de victime. On est victime d’un fait extérieur (accident, violence d’un tiers, etc.) En revanche la posture victimaire émane de l’intérieur : il correspond au choix de s’accrocher à une posture de victime, avec un mode de pensées et d’être rigides, faits de récrimination et de pessimisme, (…). Alors qu’il faut se servir de cette souffrance comme d’un tremplin. Nos expériences les plus pénibles ne sont pas un passif, mais un cadeau. Elles nous offrent du recul et du sens, une opportunité de trouver notre objectif et notre force personnels. » Adhérez-vous à ce point de vue ?

 A nouveau, je pense que ce sont des questions assez personnelles, je ne suis pas persuadé que l’on puisse tirer des généralités. Nous ne sommes pas tous égaux face à la souffrance, chacun de nous va vivre les épreuves de la vie à sa manière. Et parfois une même personne va vivre un même genre d’épreuve de façon totalement différente, à un autre moment de sa vie.

En revanche je crois au pouvoir de la prise de recul et de l’optimisme. Je pense que lorsqu’une épreuve de la vie se présente, ce n’est pas la souffrance qui est le tremplin. Ce qui nous permet de rebondir, c’est l’acceptation de l’événement passé comme faisant partie intégrante de notre vie. Une fois que l’on accepte la nouvelle donne, sans la nier malgré la douleur, alors il est possible de se tourner de nouveau vers l’avenir, qui sera forcément différent de celui que l’on avait imaginé avant l’épreuve. Je crois que c’est – en partie – le chemin que fait Thelma au cours du roman.

 Quel serait le prochain rêve que vous inscririez dans votre carnet des merveilles ?

Je suis en plein rêve de gosse, actuellement. Je pense qu’étant enfant, écrire des romans aurait eu une place importante sur un éventuel carnet des merveilles. Je suis quasiment en cours de « cochage de case », comme l’aurait dit Louis… mon carnet des merveilles d’écriture ne fait que commencer, c’est très excitant !

Retrouvez la chronique que j’avais consacrée à ce roman ici : Chronique

La chambre des merveilles, Julien Sandrel

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La chambre des merveilles, Julien Sandrel

Editions Calmann Levy, mars 2018

Un roman émouvant, surprenant et drôle, sur le pari fou d’une mère pour sortir son fils du coma : réaliser chacun des rêves conciliés dans son carnet des merveilles avant son accident. L’occasion de repenser sa vie et ses priorités. Magnifique.

Jusqu’ici, Thelma a avancé dans trop se poser de questions. Mère célibataire, elle a élevé son fils Louis, âgé de 12 ans, tout en menant de front une brillante carrière professionnelle de directrice marketing dans un grand groupe. Ou plus exactement, elle a tout sacrifié pour sa carrière, y compris son rôle de mère et de femme. Faute de temps pour partager des moments avec son fils. Faute de temps pour elle. Sa carrière représente tellement ! C’est simple, sans son travail, elle a le sentiment de n’être rien. Certes, elle aime profondément Louis, même si elle ne le lui dit pas ou trop peu. Mais elle n’est pas très disponible pour lui. Trop de travail. Trop d’enjeux pour sa carrière.

Ce matin-là, tandis qu’elle marche avec Louis à ses côtés, elle est donc une fois de plus absorbée par son travail au téléphone, quand l’horreur survient : lancé à vive allure sur son skate, Louis est percuté par un camion. Plongé dans un coma profond, avec un pronostic vital engagé, la vie de Thelma bascule. Et cet accident de lui faire l’effet d’un électrochoc : doit-elle revoir toutes ses priorités, ses choix de vie, ses relations aux autres dont sa mère ? N’a-t-elle pas fait fausse route jusqu’ici ? C’est l’heure de la prise de conscience. Douloureuse mais salvatrice.

Tandis qu’elle cherche un moyen d’aider son fils, elle tombe dans l’appartement sur un carnet intitulé « carnet des merveilles » : Louis y a concilié tous les rêves qu’il aimerait réaliser au cours de sa vie. Elle décide alors de les réaliser pour lui et de l’en tenir informé en lui ramenant à l’hôpital des vidéos témoins de ses réalisations, en lui parlant de ce qu’elle a fait et vécu pour lui. Peut-être l’entendra-t-il du fond de son coma ? Peut-être cela lui donnera l’impulsion nécessaire pour se réveiller ?

C’est un roman bouleversant que nous livre Julien Sandrel. Pas de pathos ici, bien au contraire ! Ce roman est lumineux, tendre, positif. Et même drôle parfois. Profond toujours. L’auteur nous invite à nous interroger sur nos choix de vie, à ne pas faire de l’accessoire une priorité, sans attendre pour cela qu’il survienne un drame dans nos existences comme pour Thelma. Car c’est ici et maintenant qu’il convient d’être heureux, en harmonie avec nos choix de vie, nos besoins, nos valeurs. Pas demain, quand il sera trop tard peut-être. Pas dans dix ou vingt ans. Le ton est enlevé, le rythme soutenu, l’émotion forte. Un gros coup de cœur !

Le Karinotron avec… Mano Gentil!

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Mano Gentil, c’est une écriture très travaillée, ciselée, qui nous emmène au coeur de l’humain. Une écriture très visuelle, où se crée une véritable intimité entre le lecteur et les personnages.

     Après un troisième cycle en Lettres Modernes puis en Relations Publiques, des postes de Responsable de Communication, Directrice de Cabinet d’un homme politique et de journaliste, l’auteur se consacre aujourd’hui pleinement à l’écriture. Romans, animation d’ateliers d’écriture, lectures musicales dansées, rencontres dans des collèges et lycées, je vous invite vivement à découvrir l’univers de l’auteur sur son site : http://www.manogentil.com.

     A la faveur de la parution de son tout nouveau roman, Le berceau de la honte, chez Calmann-Lévy, Mano Gentil a accepté de répondre avec beaucoup de gentillesse au Karinotron.

 

Le Karinotron de Mano Gentil :

 

1- Votre livre de chevet :

Pas de livre de chevet, je me couche très tôt ! Je lis en journée et le livre qui m’accompagne en ce moment est « l’homme qui rit » de V.Hugo. Je relis le roman et les notes au crayon de papier que j’avais inscrites à l’université, il y a de cela trente ans !

 

2- Vos lectures :

J’aime lire plusieurs livres en même temps. Je peux dévorer un livre en une journée (« qu’on ne me dérange pas s’il vous plaît »), comme je peux entamer un roman sans le terminer. Si je ne suis pas conquise, je ne me fais pas violence. Mes lectures sont variées, du roman à l’essai philosophique, mais se rejoignent toujours sur un point : il faut qu’elles trouvent à se nourrir de l’humain.

 

3- Votre façon d’écrire :

Si par façon d’écrire, on comprend la dimension matérielle de mon écriture, je dirai un bureau bien éclairé par une grande baie vitrée qui s’ouvre sur la plaine de Bièvre en Isère. Si l’on entend par là, la manière dont les idées naissent, je dirai beaucoup de réflexions, de rêvasseries, quelques notes prises de jour comme de nuit, puis soudain la première phrase sur l’ordinateur…

 

4- Votre rapport aux lecteurs :

Le lecteur potentiel, celui qui retournera le livre pour lire la quatrième de couverture, je ne cherche jamais à l’imaginer. Le lecteur que je rencontre dans une école, un lycée ou lors d’une dédicace, lui, je le connais mieux. Je le vois venir, je le sens venir, en revanche il me surprend souvent pas sa sagacité ou par le détail qui l’a marqué et dont je ne souvenais absolument plus.

 

5- Votre nouveau livre :

Un hymne à l’amour fou, avec pour toile de fond, l’organisation criminelle que fut le Lebensborn. Comme à mon habitude, la trame du roman nous promène sur différentes années.

Le berceau de la honte, de Mano Gentil, aux éditions Calmann-Lévy : aimer pour…le pire.

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Le berceau de la honte, de Mano Gentil

Editions Calmann-Lévy, janvier 2013

Aimer pour… le pire.

      A 17 ans, Marthe est jeune, séduisante, intelligente et surtout…amoureuse. Aussi, lorsque Johannes, officier de la SS, lui propose de quitter sa campagne picarde pour intégrer un Lebensborn (fontaine de vie), elle n’hésite pas un seul instant. Quand il lui demande de renoncer à son identité pour adopter le prénom d’Agatha, elle ne cille pas davantage. Quand il lui fait un enfant destiné à devenir celui de la Grande Allemagne, elle accepte. Certes, il lui explique qu’il ne l’a pas choisie par hasard, mais selon des critères génétiques précis de blondeur des cheveux et de teinte bleue des yeux, cependant aussi sidérant soit-il, le discours de l’homme qu’elle aime ne fait qu’effleurer son esprit. Elle ne mesure pas l’ampleur de ses mots, aveugle à la réalité qui l’entoure. Seul son coeur lui parle. Seul son coeur elle écoute.  » Elle ne voyait que lui. Elle n’aimait que lui. Et elle croyait qu’il n’aimait qu’elle. »

      Examens médicaux multiples, prises de mesure de la taille, du poids, du visage, enquêtes sur sa famille, son ascendance, ses fréquentations, Agatha est enfin jugée apte à entrer aux Mésanges, foyer français où se pratique la politique eugéniste instaurée par Himmler. En quarantaine, elle met au monde un enfant « parfait », un garçon, Sven. Et de faire tout ce qu’on lui demande, sans jamais poser de question. Never complain, never explain. Le lavage de cerveau qu’elle y subit au quotidien achève d’étouffer dans l’oeuf le moindre embryon de doute. Seul oeuvrer pour la race aryenne compte.

      Mais en 1945 la débâcle oblige Agatha à quitter l’enceinte protectrice des Mésanges. Et d’être confrontée à la réalité. Impossible de se voiler plus longtemps la face, de balayer les doutes qui l’assaillent sur ces Lebensborn et la politique qu’ils sous-tendent, programme politique auquel elle a participé. Comment vivre avec le poids de la honte, le fardeau du secret, les malles de la culpabilité?

      Dans un style parfaitement maitrisé, Mano Gentil jongle avec les époques, l’espoir et les désillusions, l’amour et la douleur. Ou quand l’amour peut conduire au pire…
Un roman captivant, très visuel, où l’auteur crée d’emblée une telle intimité entre les personnages et le lecteur, qu’on n’a pas envie de les quitter…

Site de l’auteur: manogentil.com