Après l’océan, Laurence Peyrin

après l'océan Laurence Peyrin

Un roman passionnant sur le destin de deux sœurs rescapées du naufrage du Titanic. Des destins viscéralement humains, lumineux.

Naufrage du Titanic et naufrage d’une famille

1911, Portsmouth. Charles Alistair est le roi de la tourte. Avec sa femme, leur boutique est devenue en quelques années une véritable institution. Quand au cours de l’été, de riches américains en vacances en Angleterre goutent leurs célèbres tourtes, c’est l’émerveillement. Un filon qu’ils imaginent exploiter. Et ces derniers de proposer un marché à Charles : s’il vient aux Etats-Unis s’établir avec sa famille, alors ils investiront dans son entreprise.

Faire fortune à New-York, une idée qui fait son chemin dans la tête de Charles. Au printemps 2012, il vend sa boutique et prend six allers simples en deuxième classe, pour sa femme, ses deux filles, son fils et son beau-fils, à bord du plus grand paquebot du monde. Direction New-York.

Mais le 18 avril, le Titanic sombre avec à son bord plus de 2000 personnes. Les deux sœurs Alistair, Molly et Letta, font partie des 710 rescapés du naufrage. Seules survivantes de la famille Alistair…

Débarquée à New-York, Letta, l’ainée, se doit de faire face. Sa sœur Molly souffre de catatonie et compte sur elle. Alors certes, elles n’ont plus rien, ne connaissent personne dans ce nouveau monde, mais le renoncement ne fait pas partie du vocabulaire de Letta. Elle va se battre, pour elle, pour sa sœur, en souvenir de ceux qui ne sont plus. Douce utopie ou rêve à portée de main ?

Des portraits de femmes fortes

Avec la lecture d’Après l’océan, paru aux éditions Calmann-Lévy en ce mois d’avril, j’ai retrouvé tout ce qui me séduit tellement dans le style inégalé de Laurence Peyrin : des personnages féminins courageux, combattifs, émouvants, une intrigue captivante, une insertion du récit dans l’Histoire, mais aussi et surtout une histoire indiciblement vivante. La romancière sait donner tant de chair à ses personnages, créer une telle atmosphère autour d’eux, que c’est plus qu’une lecture qu’elle nous offre : c’est une immersion au cœur du livre. Un voyage. Le lecteur, voit, entend, sent, ressent tout, comme s’il était le témoin de ce qui se trame.

Au cours de cette histoire riche en rebondissements, le lecteur fait la connaissance de femmes combattives, qui ont surmonté le deuil, le handicap, la trahison, la difficulté de naitre femme dans un monde fait par les hommes pour les hommes. Il découvre aussi le difficile sort (un euphémisme) des personnes atteintes de maladies psychiques à cette époque : internement abusif, violence physique et psychologique envers les malades, abrutissement voire destruction par des médicaments, c’est à cet enfer que Letta va tenter d’arracher Molly.

Un roman qui se dévore comme les délicieuses tourtes et charlottes aux fraises qui en émaillent les pages. Captivant.

Informations pratiques

Après l’océan, Laurence Peyrin – éditions Calmann-Lévy, avril 2022- 428 pages – 20,90€

Le philosophe qui n’était pas sage, Laurent Gounelle

Le philosophe qui n'était pas sage Laurent Goune

Quand la douleur est mère de vengeance. Un roman qui interroge le lecteur sur les fondements de notre société occidentale.

Besoin de vengeance

Sandro est professeur de philosophie. Enseigner la philosophie, les préceptes de sages, fait-il de soi pour autant quelqu’un de sage ? Visiblement non. Il décide en effet de demander un congé sans solde de 6 mois, pour remplir une mission impérieuse : une terrible vengeance.

Veuf depuis un an, Sandro est en effet inconsolable. Mais au fil du temps, à la douleur s’est substituée une haine plus grande encore : jamais il ne pardonnera à cette tribu d’avoir assassiné sa femme, tandis qu’elle effectuait un reportage sur ce peuple. Guidé par des hommes peu recommandables, il décide de se rendre au bout du monde, au fin fond de cette forêt amazonienne où les indigènes vivent reclus.

Pour arriver à ses fins, nul tir de mitraillette, ni d’explosion ou de destruction par le feu. Non, Sandro entend détruire ces indigènes réputés pour être le peuple le plus heureux du monde, d’une façon bien plus vicieuse : il va pulvériser un à un les piliers de leur bonheur, torpiller une à une leurs valeurs.

Mais ira-t-il jusqu’au bout de son entreprise ou sera-t-il rattrapé par sa conscience, par ses remords, par son reste d’humanité ? Elianta, jeune femme chamane de la tribu, est bien décidée à sauver son peuple du naufrage, à l’aider à retrouver la paix et la sérénité mis à mal par Sandro et ses hommes. Fera-t-elle le poids ?

Les piliers de la sérénité et du bonheur

Les éditions Calmann-Lévy rééditent Le philosophe et le sage de Laurent Gounelle, initialement paru aux éditions Kero. Dans ce roman, Sandro ne supporte pas que le peuple responsable de la mort de sa femme continue à nager en plein bonheur. Il n’a qu’un seul objectif : les rendre malheureux. Alors il va introduire au sein de ce peuple primitif d’Amazonie des valeurs aux antipodes des siennes : l’individualisme, l’envie, la jalousie, la cupidité. Les valeurs de la société dite moderne… Autrement dit, Laurent Gounelle se sert ici de la fiction pour nous interroger sur le bien-fondé des piliers qui régissent notre société actuelle, piliers bien éloignés des notions de partage, de respect (des autres, de soi, de la nature), de sérénité, ou encore d’entraide.

Un roman aussi divertissant qu’édifiant, qui offre un recul salutaire.

Informations pratiques

Le philosophe qui n’était pas sage, Laurent Gounelle – éditions Calmann-Lévy, février 2022 (réédition)– 281 pages – 19,90€

Julien Sandrel : Merci, Grazie, Thank you

Julien Sandrel Merci Grazie Thank you

Il n’est rien de pire à la fin d’une vie, que de n’avoir pas su ou pas pu exprimer sa gratitude à celles et ceux qui vous ont aidé, aimé. Tel est le fil rouge de ce roman d’une tendresse infinie.

Devenir riche

Tout a commencé 20 ans plus tôt, quand une voyante a prédit à Gina qu’elle allait gagner une grosse somme d’argent. Et mourir peu de temps après. Une prédiction à laquelle elle n’a plus guère accordé d’importance, jusqu’à ce jour où, alors âgée de 85 ans, Gina rafle la mise dans un casino d’Enghien-les-Bains. Son gain ? Plus d’un million d’euros. La voyante avait donc raison sur ce point. Et sur le second ?…

Chloé, la petite fille de Gina, est une jeune femme qui s’est toujours attachée à faire ce que ses parents attendaient d’elle, sans jamais s’autoriser à se demander si cela lui correspondait. Brillante élève, elle est devenue cadre bancaire à Singapour. Mais aujourd’hui, elle est confrontée à un choix difficile, choix dont elle n’a parlé à personne et qu’elle doit faire seule en son âme et conscience.

Olga, c’est la voisine et amie inséparable de Gina. Une septuagénaire enjouée, fantasque et fumeuse de pétards.

Quand Gina, consciente que l’argent ne fait pas le bonheur à lui seul mais y contribue, décide d’employer sa fortune à remercier toutes les personnes qui ont croisé son chemin depuis l’enfance, en lui apportant leur aide, leur affection, l’espace d’un jour ou de plusieurs années, elle n’imagine pas qu’elle va entrainer Chloé et Olga dans son aventure. Et permettre à chacune de grandir.

Un chemin de gratitude et de liberté

Merci, Grazie, Thank you, paru en ce mois de mars aux éditions Calmann-Lévy, est le cinquième roman de Julien Sandrel. Un roman qui nous emmène sur le chemin de la gratitude : y-a-t-il pire regret que d’arriver à la fin de sa vie sans avoir pu ou su remercier les personnes qui ont compté pour nous ? C’est ce que réalise Gina, octogénaire. Consciente que, vu son grand-âge, son temps est compté, elle met d’autant plus d’énergie à son entreprise. Une reconnaissance qui la conduit à remonter le temps, à déterrer des secrets et des sentiments de culpabilité enfouis au plus profond d’elle-même.

Ce n’est donc pas seulement un voyage à travers la France et les Etats-Unis qu’entreprend Gina, c’est aussi et tout autant un voyage intérieur, une libération. Car oser se montrer tel que l‘on est, affronter le regard des autres, se libérer du poids des secrets est salvateur. Une prise de conscience qu’elle va transmettre à sa petite fille Chloé, l’aidant ainsi à trancher dans ses térébrants questionnements.

Et c’est peut-être la morale de cette histoire tendre, émouvante et non dénuée d’humour : assumer ses choix, ses envies, ses besoins, ses faiblesses, oser être et non plus juste paraitre, est la clé du bonheur. Du moins une des clés.

Alors Grazie, Merci, Thank you Julien, pour ce roman qui fait tant de bien !

Autres romans de Julien Sandrel

Pour retrouver les chroniques consacrées aux précédents romans de Julien Sandrel, cliquez sur leur titre !

La chambre des merveilles

La vie qui m’attendait

Les étincelles

Vers le soleil

Informations pratiques

Julien Sandrel : Merci, Grazie, Thank you – éditions Calmann-Lévy, mars 2022- 339 pages -19,50€

Le réveil, Laurent Gounelle

le réveil Laurent Gounelle

S’appuyer sur la peur est le meilleur moyen d’obtenir que les gens renoncent à leurs libertés. Manipulation des masses, désinformation, la liberté a t-elle encore sa place dans notre société?

La guerre contre la mort

Il a suffi de la déclaration d’un médecin renommé, affirmant que toute mort en deçà de 120 ans est une mort prématurée, pour que les esprits s’embrasent. Car force est de constater que l’espérance de vie réelle avoisine davantage les 80 ans que les 120. Et la population de se sentir lésée, spoliée de 40 années de vie supplémentaire. Le gouvernement décide alors de prendre le problème à bras le corps : la guerre allait être déclarée à la mort.

Sur les chaines d’information continue, dans la presse, à la radio, sur les réseaux sociaux, il n’est plus question que de cela. Pour remporter la bataille, diverses mesures, dont la première : réduire les accidents de la route en passant aux voitures autonomes, avec port de minerve obligatoire au volant, limitations horaires et kilométriques de déplacement. Une décision appuyée par les reportages qui pleuvent sur les chiffres affolants de mortalité au volant, des images terrifiantes de corps déchiquetés dans des carcasses de voiture. De quoi développer dans l’inconscient collectif une phobie de la conduite automobile. Tom, jeune ingénieur, absorbe sans recul ces informations et décisions, obéit en bon petit soldat, fustigeant ceux qui osent critiquer ces mesures et ainsi contribuer à maintenir un chiffre de mortalité au volant trop élevé.

Suivent d’autres restrictions : la limitation de la consommation de sucre avec implantation d’une puce pour contrôler la glycémie et limiter les risques cardiovasculaires, la suppression des paiements en espèce pour réduire les crimes crapuleux lors de vols à la tire, la mise ne place de cameras à reconnaissance faciale pour détecter les émotions susceptibles de conduire à un acte criminel. Tom approuve, se soumet, même s’il sent naître en lui un mal-être de plus en plus grand.

Christos, un ami de Tom établi en Grèce, observe toutes ces mesures d’un air sceptique, critique même : « Quand on s’y prend bien, en jouant sur les émotions, on peut faire croire aux gens n’importe quoi, y compris des horreurs, même aux plus intelligents et cultivés d’entre eux. »

Il décide alors de réveiller son ami, de l’inviter à se réapproprier son existence. Y parviendra-t-il et par quel moyen ?

La manipulation des masses par la peur

« La population en général ne sait pas ce qui est en train de se passer. Et elle ne sait même pas qu’elle ne sait pas. » Cette citation de Noam Chomsky, en exergue du roman, résume parfaitement le propos du livre. Avec Le réveil, paru aux éditions Calmann-Lévy, Laurent Gounelle nous offre un autre regard sur les évènements de ces deux dernières années. Même si le contexte du roman n’est pas celui de la pandémie mais cette guerre à la mort, la gestion de l’urgence par les autorités publiques est la même. L’auteur nous interpelle alors : n’y a-t-il pas une grande similarité avec les méthodes de soumission et de manipulation des masses dénoncées dans la charte de Biderman, méthodes ayant fait leurs preuves sur certains peuples lors des décennies passées ?  Et si au nom de l’intérêt général, on privait la population de ses libertés ? Plus on maintient les gens dans un état de peur, plus ils se soumettent docilement à l’autorité censée les protéger. Plus la peur s’installe, plus la population s’habitue au fait d’être contrôlée.

Se basant sur des faits historiques, sur des méthodes de coercition des masses dénoncées par Amnesty International, l’auteur interpelle le lecteur. A l’image de Christos s’adressant à Tom, il l’invite à se demander si toutes ces mesures poursuivent vraiment le but affiché, si cette atteinte à ses libertés essentielles ont une quelconque légitimité. Un livre qui bouscule, offre un recul, sème le doute et ouvre le débat.

Passionnant !

Informations pratiques

Le réveil, Laurent Gounelle – éditions Calmann Lévy, février 2022 – 192 pages -15€

Où est Anne Frank? Le roman graphique!

Où est Anne Frank Calmann Lévy
Calmann lévy

Le destin d’Anne Frank et de son journal sont devenus le symbole et le témoin des crimes contre les droits de l’homme. Cette magnifique bande dessinée, qui accompagne la sortie du film d’animation éponyme au cinéma, se fait l’écho du tragique destin d’Anne Frank. Un devoir de mémoire. Bouleversant.

Où est Anne Frank? Témoignage sur la shoah

Près de 80 ans après la rédaction du journal d’Anne Frank, le réalisateur Ali Folman et l’illustratrice Lena Guberman nous offrent ce magnifique roman graphique, Où est Anne Frank, paru aux éditions Calmann-Lévy.

Anne Frank, dès le tout début de son journal, s’était inventé une amie imaginaire prénommée Kitty. Et de donner à son journal la forme d’un échange épistolaire avec cette amie dont elle avait imaginé le moindre détail du physique et de la personnalité.

Dans ce roman graphique, les auteurs ont pris le parti de donner la parole à Kitty, laquelle est restée vivre là où se trouve le journal original d’Anne Frank aujourd’hui, dans la maison d’Anne Frank à Amsterdam. Un jour d’orage, elle se réveille d’un sommeil long de plus de 70 ans dans un lieu étrange : la maison d’Anne Frank transformée en musée. Tandis que les visiteurs à ce jour continuent à affluer dans le lieu, Kitty ne comprend pas ce qui a pu arriver à Anne, la cherche partout, en vain. Pour tenter de comprendre ce à quoi elle a échappé pendant son long sommeil, elle se plonge alors dans le journal intime d’Anne et entreprend de le lire, nous dévoilant page par page ce qu’ont vécu la jeune réfugiée juive mais aussi sa famille et les juifs en général, de 1942 à août 1944, date de son arrestation et de sa déportation.

Les interdictions de toutes sortes opposées aux juifs, les arrestations, la traque, puis la cache dans cet appartement sous les toits. Mais aussi la déportation et les exécutions. C’est cela que nous suivons avec une indicible émotion. Avec ce roman graphique, les auteurs nous invitent à ne pas oublier ce qu’Anne et sa famille ont enduré, mais plus largement, le sort de ces 5 à 6 millions de juifs exterminés au cours de cette seconde guerre mondiale.

Un film d’animation et un roman graphique

Le parti pris de donner à Kitty, petite fille malicieuse et pleine de vie, le soin de nous raconter ce qu’a vécu Anne Frank apporte une respiration salutaire à l’histoire, à la noirceur du quotidien de la fillette et de ses proches. Même si cette page de l’Histoire est sombre, les auteurs sont parvenus à insérer de l’humour avec le personnage d’Augusta van Daan par exemple, de l’amour avec le petit ami Peter. De l’humanité.

Autre point fort de ce roman graphique, il n’est pas cantonné à la seconde guerre mondiale mais se veut être un pont entre les atrocités du 20ème siècle et celle de notre monde contemporain. Car l’homme ne tire pas de leçon de l’Histoire semble t-il, comme nous le montrent ces millions de personnes obligées de fuir les zones de guerre dans le monde aujourd’hui, qui cherchent asile en Europe notamment.

Enfin, le graphisme de cet ouvrage est magnifique. Les illustrations sont très vivantes et contrebalancent ce sentiment de mort qui plane telle une épée de Damoclès de page en page.

Un magnifique hommage et un témoignage nécessaire.

Informations pratiques

Où est Anne Frank? Ari Folman et Lena Guberman (illustratrice) – éditions Calmann-Lévy, octobre 2021 – 18€ – 157 pages

Citation du jour

La vraie liberté ne vient pas de notre situation : la vraie liberté est celle que l’on se donne, elle est en soi, elle est une façon d’appréhender l’existence, de vivre sa vie. Libre, on l’est ou on ne l’est pas. Si on est libre, on l’est quel que soit le contexte.

Laurent Gounelle – Intuitio – Calmann-Lévy

Intuitio Laurent Gounelle

Pour oublier la nuit, Françoise Bourdon

Un roman chevaleresque, avec une héroïne d’un incroyable panache. Ou quand une jeune femme, excellente fleurettiste, décide de venger sa mère, quitte à provoquer ses bourreaux en duel.

Secret de famille et vengeance

XVIIIème siècle, au lendemain de l’épidémie de peste en Provence. Julie est une magnifique jeune fille qui grandit avec son père, sa tante et son grand-père. Volontaire, redoutable fleurettiste, elle ne s’imagine pas reprendre l’entreprise familiale de faïencerie. Elle rêve plus grand. Plus loin. Indomptable.

De sa mère, elle n’a que peu de souvenirs, décédée de la peste alors qu’elle n’était âgée que de 4 ans. Peu de souvenirs et beaucoup de manques. Aussi, quand pour ses 20 ans, Julie se voit remettre une lettre que sa mère Livia avait écrite à son intention à la fin de sa courte vie, les pièces manquantes du puzzle se mettent en place. Le douloureux secret de Julia, dont la première partie de l’existence fut un véritable enfer, broie le cœur de Julie. Et le fait hurler à la vengeance. C’est décidé, et personne ne pourra l’en empêcher : Julie va retrouver ceux qui ont avili, exploité sa mère et la venger. Direction Aix-en-Provence, où résident paisiblement les notables aixois qui ont fait le malheur de sa mère, ainsi que la meilleure amie de cette dernière, Ninon.

Mais Julie n’a-t-elle pas sous-estimé ses adversaires ? Comment une jeune femme seule peut-elle obtenir réparation face à une bande de malfrats sans scrupules jouissant de nombreuses relations ? Julie ne se pose pas de question. Et fonce.

Un roman de cape et d’épée

J’ai été délicieusement surprise par ce roman de Françoise Bourdon, Pour oublier la nuit, aux éditions Calmann-Lévy Territoires. Séduite par ces héroïnes féminines, des femmes fortes, courageuses, viscéralement humaines, touchantes. Des femmes qui certes, éprouvent parfois de la peur, mais ne la laissent pas dicter leur conduite, leurs choix, leur chemin. Dès les premières pages, Françoise Bourdon instaure une ambiance mystérieuse autour du passé de Julia. Qu’a-t-elle vécu, enduré, dont elle ait si honte ? Que lui a t-on fait subir de si terrible pour que sa fille veuille la venger au péril de sa vie ? On s’engouffre au trot dans l’histoire, dans le sillage de Julie, tenus en haleine par l’intrigue, le rythme soutenu, les rebondissements multiples.

C’est envoutant, trépidant, envolé. Et diablement original !

Informations pratiques

Pour oublier la nuit, Françoise Bourdon – Editions Calmann-Lévy territoires, avril 2021 – 376 pages

Citation du jour

Quand on vit dans l’incertitude, le plus sage est d’avoir confiance. Confiance dans la vie, confiance en soi, en sa bonne étoile…S’inquiéter ne sert qu’à nous couper de l’accès à nos ressources, abimer notre santé et rendre notre compagnie désagréable aux autres. La confiance est la clé de voute de notre équilibre, de notre force, de notre capacité à rebondir.

Laurent Gounelle – Intuitio – éditions Calmann-Lévy, avril 2021.

Intuitio Laurent Gounelle

Une toute petite minute, Laurence Peyrin

une toute petite minute

La plume si viscéralement humaine de Laurence Peyrin au service d’une bouleversante histoire de rédemption.

Une vie qui bascule

Estrella et Madeline sont les meilleures amies du monde, toutes deux âgées de 17 ans. D’ailleurs, pour sceller cette amitié, elles ont décidé en ce 31 décembre 1995 de se faire tatouer chacune une petite étoile sous le sein gauche. Et de se rendre ensuite chez un ami commun fêter comme il se doit la Saint-Sylvestre.

Passage à la nouvelle année et passage brutal à une autre vie. Une autre dimension. Que s’est-il passé lors de ce réveillon, tandis que les deux amies étaient enfermées dans la salle de bain ? Il a suffi d’une minute, de 60 pauvres petites secondes, pour que la vie des deux adolescentes bascule tragiquement.

Vingt ans plus tard, on retrouve Madeline à sa sortie de prison. Une peine qu’elle a souhaité purger jusqu’à son terme, refusant toutes les demandes de remise en liberté conditionnelle. Mais sortir de prison est-il pour autant synonyme de liberté retrouvée ? Quand la culpabilité vous écrase, quand vous devenez vous-même votre propre bourreau, vous transportez votre prison partout…

La possible rédemption

J’avais adoré Les jours brûlants l’an dernier (chronique ICI et LA) et me suis donc plongée avec impatience dans le nouveau roman de Laurence Peyrin, Une toute petite minute, aux éditions Calmann-Lévy. Cette fois encore, la romancière choisit des personnages féminins forts, à un moment charnière de leur vie. Ce moment où leur trajectoire bifurque soudainement, les fait sortir de la route toute tracée pour eux. Peut-on se pardonner le crime de sa meilleure amie ? Peut-on s’autoriser à vivre heureuse, quand on a détruit la vie d’une autre ? A-t-on le droit au bonheur après avoir purgé sa peine en prison ou toute la vie ne suffit-elle pas ?

Avec beaucoup de sensibilité, de justesse, Laurence Peyrin se glisse dans la tête de la criminelle, une jeune femme comme vous et moi, que rien ne prédestinait à commettre un acte aussi violent. Elle fait de nous les témoins de son combat intérieur, pendant son séjour en prison et à sa sortie. Car sortir après avoir été coupée du monde plus de la moitié de sa vie, c’est devoir tout réapprivoiser, c’est découvrir tardivement les relations amoureuses, c’est tout réapprendre. C’est marcher sur des œufs : faut-il taire ou évoquer son passé, au risque de faire fuir les gens ? La société est-elle prête à accorder une deuxième chance à une ancienne détenue ?

Pas à pas, on suit Madeline dans sa lente progression vers la renaissance. Telle une fleur qui éclot aux rayons du soleil de printemps, après une longue hivernation, et offre sa beauté, son parfum, sa grâce gratuitement en partage. C’est terriblement émouvant, profondément humain. Un livre dont les personnages et tout particulièrement la touchante Madeline, vous hantent longtemps…

Une magnifique et poignante histoire de rédemption.

Informations pratiques

Une toute petite minute, Laurence Peyrin – Editions Calmann-Lévy, mai 2021 – 481 pages – 20,90€

Intuitio, Laurent Gounelle

Intuitio Laurent Gounelle

Et si nous étions davantage à l’écoute de nos intuitions? Cette perception extrasensorielle a beaucoup à nous apprendre. C’est ce que va découvrir notre personnage, mêlé malgré lui à une enquête criminelle de grand envergure.

Être à l’écoute de son intuition

Timothy Fisher est un auteur de polar. De son propre aveu, son existence est banale, son physique est banal, son intelligence est banale. Rien ne le prédestinait donc à basculer dans une vie trépidante, avec l’accès à d’extraordinaires pouvoirs. C’est pourtant ce qui lui arrive quand deux agents du FBI sonnent à sa porte. Ils lui proposent de se joindre à eux, pour les aider à attraper le criminel le plus recherché du pays, avant qu’il ne s’attaque à sa prochaine cible.

Si être sollicité par le FBI est pour Timothy Fisher extrêmement flatteur, quel intérêt peut-il avoir à les aider ? Et pourquoi lui ? Mais conscient qu’à trop gérer son intérêt, on ne génère que des regrets, il finit par accepter. L’idée du FBI est d’aider Timothy Fischer à accéder à son intuition, à parvenir à la convoquer à volonté, grâce à un programme secret, le Remote viewing, mis au point en laboratoire. Le but ? Que son intuition lui fournisse les réponses aux questions qui lui seront posées au cours de l’enquête, comme l’identification du prochain bâtiment auquel le criminel mettra le feu. Et de comprendre pourquoi il a été choisi : il a fait montre dans ses romans de beaucoup d’inspiration, or inspiration et intuition sont très voisines. Dans toute œuvre littéraire, n’y-a-t-il pas une part d’imagination pure et une part d’intuition d’une réalité non encore réalisée ? Il devrait donc être un bon élève.

« L’intuition est une aptitude de l’esprit permettant d’obtenir une information non accessible par nos cinq sens : quelque chose que l’on ne peut ni voir, ni toucher, ni sentir, ni goûter. »

 Timothy Fischer a-t-il eu raison d’accepter cette mission ? Sa vie va-t-elle devenir plus romanesque que celle des personnages de ses romans ? L’intuition est-elle une arme dont nous disposons tous, plus ou moins inconsciemment, et dont on pourrait faire usage à bon escient?

Un thriller mâtiné de développement personnel : passionnant

Avec Intuitio, paru aux éditons Calmann-Lévy, Laurent Gounelle nous offre un thriller initiatique fascinant à bien des égards. D’une part, parce que la construction est parfaitement huilée et nous entraine de rebondissement en rebondissement, nous tenant en haleine de la première à la dernière page. Mais pas seulement. Dans ce roman, l’auteur s’inspire de travaux existant réellement sur l’intuition, la fameuse méthode du Remote Viewing, pour ouvrir notre regard sur d’autres possibles. On se repose souvent voire exclusivement sur notre mental, on évolue dans un univers cartésien. Or ce faisant, on se ferme l’accès à la perception extrasensorielle qu’est l’intuition. Si chacun possède de l’intuition, peu le savent et moins encore savent comment la convoquer. Elle suppose de lâcher prise, de déplacer sa conscience en d’autres lieux sans déplacer son corps physique.

« L’intuition, un sens que l’on gagne à apprivoiser. Qui nous aide à être en accord avec nous-même, en harmonie avec le monde. (…) l’intuition est avant tout écologie de l’esprit. Si on est en paix avec soi-même, connecté à ses intuitons, à son corps, et qu’on respecte sa réalité intérieure, il y a de fortes chances qu’on respecte aussi la nature puisque nous sommes la nature, et la nature c’est nous.« 

Un roman à la fois divertissant, brillant et passionnant.

Informations pratiques

Intuitio, Laurent Gounelle – Editions Calmann-Lévy, avril 2021 – 398 pages – 21,90€