Rentrée littéraire : La petite danseuse de 14 ans, de Camille Laurens

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La petite danseuse de 14 ans, Camille Laurens

Editions Stock, aout 2017

Rentrée littéraire

Une enquête personnelle et passionnée de Camille Laurens pour le centenaire de la mort de Degas.

Depuis des années, Camille Laurens est fascinée par cette sculpture ô combien célèbre de Degas. Dans chaque musée ou elle la croise, dans chaque livre où sa photo apparait, une indicible émotion la submerge. Pourquoi? Elle ne se l’explique pas. Quand elle se documente sur la danseuse, grand est son étonnement de ne presque rien trouver la concernant. Comment est-il possible que l’oeuvre soit si connue et son modèle si méconnu? Qui est cette jeune fille de 14 ans? D’où venait-elle? Qu’est-elle devenue? Elle a besoin de savoir. Un besoin obsessionnel.

Et d’enquêter.

Une enquête difficile, délicate, qui sera l’occasion de plonger dans le monde des petits rats de l’Opéra, et plus largement, dans la société de cette fin du 19 âme siècle. Ce livre de Camille Laurens est en effet une forme d’essai sur l’art, en tant que témoin d’une époque. Un tableau très documenté sur la société française à l’aube du 20ème siècle, et tout particulièrement sur la condition, terrible, des enfants. Nous sommes alors bien loin de l’image actuelle des jeunes danseurs de l’Opéra Garnier, porteurs de rêve, de magie, de légèreté et de grâce. Avoir 14 ans dans les années 1880 est tout sauf vivre dans la légèreté et l’insouciance. Il faut déjà songer à gagner sa vie, à subvenir aux besoins de la famille. Dussent les fillettes pour cela poser nues ou offrir leur corps. Les enfants pauvres sont ni plus ni moins traités comme des esclaves ou des bêtes.

Hantée par l’exactitude, c’est un livre très fouillé, très riche en informations historiques, sociales et artistiques, que nous offre l’auteur. Presque une étude, dirais-je. Après sa lecture, vous ne regarderez plus jamais la petite danseuse de la même façon!

Celle que vous croyez, Camille Laurens (Gallimard)

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Celle que vous croyez, Camille Laurens

Éditions Gallimard, janvier 2016

Rentrée littéraire.

 

En un vertigineux jeu de miroirs entre réel et virtuel, Camille Laurens raconte les dangereuses liaisons d’une femme qui ne veut pas renoncer au désir.

Claire, 48 ans, divorcée, professeur agrégé de l’université, ne supporte pas d’ignorer les faits et gestes de son ex-compagnon, Jo. Intolérante à son absence, elle imagine alors un stratagème : se créer un faux profil sur Facebook et devenir amie avec le plus proche copain de Jo, un dénommé Chris. Ainsi aura-t-elle indirectement de ses nouvelles, sans se dévoiler.

Et d’usurper l’identité d’une brune de 24 ans trouvée au hasard sur Google. Et d’épouser les goûts de Chris pour attirer son attention. Succès, Chris l’accepte en amie et commence à échanger avec elle par mail. Mais voilà Claire victime de son propre piège : celle qui s’était rapprochée de Chris uniquement pour avoir des nouvelles de Jo, se découvre une attirance pour Chris. Une attirance réciproque de surcroît. Voilà qui complique tout. Chris se fait de plus en plus pressant, veut lui téléphoner, la voir. Comment faire pour que ce dernier ne découvre pas la supercherie lors du passage du virtuel au réel ? Quel avenir peut avoir cette relation basée sur le mensonge ?

Et c’est là que l’auteur réalise un véritable tour de force. Construits sur une très belle architecture romanesque, ce sont plusieurs potentiels devenirs que Camille Laurens propose à cette relation, en se plaçant de différents points de vue. Et de jouer avec le lecteur, en équilibre sur le fil de sa plume, sur la frontière ténue entre réalité et fiction.

Dans un style très maitrisé, un langage ciselé, Camille Laurence nous offre une très fine et très pertinente réflexion sur la manipulation, les faux-semblants à l’heure du virtuel et des réseaux sociaux. Qui et que croire ? Elle invite par ailleurs à réfléchir sur le désir des femmes à l’aube de la cinquantaine, leur image et leur place dans la société. Brillant.

A lire !

 

P.41 : La différence c’est que tous les hommes ont un avenir. Toujours. Un à-venir. Un avenir sans nous. Les hommes meurent plus jeunes. Peut-être. Mais ils vivent plus longtemps.

P.170 : Le désir veut conquérir et l’amour veut retenir. Le désir, c’est avoir quelque chose à gagner et l’amour quelque chose à perdre.

P.71 : Un livre ne tient pas toutes les promesses du désir. Il en est l’un des aboutissements. Mais il traduit le plaisir qui est venu après la montée du désir, son épiphanie. S’il n’y a pas ça dans un livre, il n’y a rien.