Sans titre, Valérie Gans : attention coup de coeur!

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Sans titre, Valérie gans

Editions Jean-Claude Lattès, avril 2018

Entre satire sociale et thriller psychologique, de la quête de la beauté à la fabrication d’un succès, Valérie Gans brosse un tableau au vitriol de notre société. Gros coup de cœur !

Je vous avais parlé avec enthousiasme du précédent roman de Valérie Gans, Emprise, dont vous pouvez retrouver la chronique ici : Emprise, Valérie GansC’est avec un aussi fol enthousiasme que je vous parle de son nouveau roman, coup de cœur absolu : Sans titre.

Le peintre Egon Stübli, en couple avec le chirurgien esthétique de renom, Charles Newcomer, disparait tragiquement alors qu’il surfait dans une baie réputée dangereuse. Rendu célèbre par une série de tableaux, Les Uglies, série de portraits suscitant fascination et répulsion à la fois, car très dérangeants, ce dernier peinait depuis à renouer avec le succès. Mais sa disparition fait soudain de ses dernières toiles, boudées par les critiques d’art, des objets de la plus haute convoitise. La cote d’Egon s’envole.

De son côté, Charles en a assez de ces femmes riches qui veulent absolument lifter la moindre ride, réelle ou supposée, arborer une poitrine opulente, se glisser dans un 36, gommant ainsi tout ce qui faisait leur unicité, leur personnalité, pour au final toutes se ressembler, complètement refaites et artificiellement « belles ». C’est alors qu’il a une idée novatrice en matière de chirurgie esthétique. Idée que l’argent issu de la vente des œuvres d’Egon pourrait lui permettre de mettre en pratique…

Valérie Gans dresse une satire de notre société. Qu’est-ce que la beauté, qu’il s’agisse d’une personne ou d’une œuvre d’art ? Pour Baudelaire, le beau est toujours bizarre. La beauté doit-elle être ce qui étonne, interpelle, touche (plaisir ou déplaisir) ? Ou doit-elle entrer dans des normes quant aux mensurations d’une personne, quant à l’esthétisme d’un tableau ? Avec un talent inouï pour entretenir le suspense, Valérie Gans nous peint des situations qui s’avèrent être des trompe-l’œil les unes après les autres. Jusqu’à la chute finale, vertigineuse.

Un gros coup de cœur !

Je me suicide et je reviens, Françoise Dorner : décapant!

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Je me suicide et je reviens, Françoise Dorner

Editions Albin Michel, novembre 2017

Avec beaucoup d’humour et une apparente légèreté, Françoise Dorner pointe le doigt sur l’importance de l’image dans notre société. Pour être heureux faut-il se fondre dans la norme ou tout simplement oser être soi ? Faut-il se perdre pour se retrouver ?

A la soixantaine, Thérèse s’est offert le cadeau dont elle a toujours rêvé : une intervention de chirurgie esthétique. Enfin un passeport pour le bonheur, une façon de n’être plus ce passe-muraille dans le regard des autres. Transparente. Inexistante. Jusqu’alors, à défaut de se trouver belle, elle bien a essayé de se faire remarquer par sa culture, dévorant des livres jour et nuit. Mais dans une société où l’image est brandie comme un étendard, personne ne vous remarque si vous n’avez pas le visage éternellement jeune, les lèvres pulpeuses car botoxées, les seins insolents grâce aux prothèses mammaires et les cheveux blonds lissés.

Mais cette intervention ne lui offre qu’un visa provisoire au pays du bonheur. Au fil des mois, les traits se relâchent, la peau se ride comme le pelage d’un shar-peï. Il faut d’autres soins. Or Thérèse n’a pas d’argent. Et la sexagénaire de s’enfoncer dans la déprime, ne supportant plus son image, celle dont sa fille Marie avait tellement honte qu’elle a préféré fuir en lui laissant sa petite fille Louise sur les bras.

De son côté, Louise souffre de voir sa grand-mère, l’être qui a veillé sur elle depuis sa naissance, qui l’a entourée de tout son amour, s’enfoncer ainsi. Aussi, quand elle rencontre Pierre Astor, le chirurgien esthétique de Thérèse, elle imagine un stratagème pour sauver cette dernière. Mais le bonheur consiste-t-il à toujours gommer les signes du temps, à se fondre dans les stéréotypes de jeunisme plébiscités par la société ? Verser dans la superficialité des apparences apporte-t-il de la profondeur à l’existence ? Et si la chirurgie esthétique ne résolvait rien et se contentait de prolonger les illusions ?

Ce roman plein de verve, drôle et profond à la fois, sur l’acceptation de soi, vous fera passer un délicieux moment !