La nuit du coeur, Christian Bobin (Gallimard) : un hymne à la douceur

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La nuit du cœur, Christian Bobin

Editions Gallimard, octobre 2018

Christian Bobin aime son Creusot, lieu où il est né, où il vit toujours, où il aime revenir après ses escapades pour la promotion de ses livres. Une escapade qui, fin juillet 2017, l’a conduit en Aveyron, dans le petit village médiéval de 400 âmes de Conques. Plus exactement dans la chambre d’hôtel numéro 14, face à l’abbatiale Sainte Foy, une église de pèlerinage sur le chemin de Compostelle. Cette abbatiale, chef d’œuvre de l’art roman, avec les vitraux de Pierre Soulages, est pour Christian Bobin un éblouissement. Dans la fraîcheur de ses pierres, dans la splendeur de la lumière qui traverse ses vitraux, il voit une ode à la douceur.

« Il n’y a pas d’autre raison de vivre que de regarder, de tous ses yeux et de toute son enfance, cette vie qui passe et nous ignore. »

Et de la regarder avec des yeux qui voient, ce qui ne nous arrive plus guère, trop préoccupés par le souci de nous-mêmes et du temps. Et d’ensiler mille trésors à rapporter dans le silence et la solitude de sa forêt du Creusot, pour les habiller de mots sur mesure, au plus près du corps des émotions qui l’ont traversé. Pour livrer les pensées scintillantes puisées à la source de son cœur.

Chantre de la délicatesse et de la douceur, admirable poète, Christian Bobin nous offre un livre à part, composé de fragments, où chaque chapitre est un verre du vitrail de l’abbatiale, où les phrases jouent avec la lumière, où les mots illuminent.

« Ecrire une lettre d’amour, c’est appeler un enfant qui s’éloigne, court trop vite- crier son nom pour empêcher sa chute. »

Un roman comme une lettre d’amour à la vie, à la beauté, à la douceur, à l’écriture. Un enchantement simple.