Place Colette, Nathalie Reims (Léo Scheer) : un roman initiatique

  • image

Place Colette, Nathalie Reims

Editions Léo Scheer, août 2015

Rentrée littéraire

Ce roman, qui aurait pu s’intituler Détournement de majeur, est l’histoire d’une double initiation, à l’amour charnel et à la passion du théâtre.

Pour son 17ème roman, Nathalie Reims s’inspire de son entrée dans l’adolescence et de sa sulfureuse et secrète relation à l’âge de 13 ans avec un acteur de la Comédie française de 30 ans son aîné. A 9 ans, suite à un diagnostic erroné, l’héroïne passe trois années dans une coque en plâtre. En vain. Quand la véritable origine des maux est enfin trouvée et l’intervention idoine réalisée, c’est la délivrance. La chrysalide peut quitter son cocon de plâtre et devenir papillon. En théorie. Car la réalité est plus complexe. « Lorsque j’étais retournée au lycée, quelques mois avant l’été, les trois années de coupure m’avaient fait perdre tous mes repères. (…) Le passage de l’enfance à l’adolescence aurait dû s’enclencher, mais mon corps alourdi par les médicaments me semblait si totalement dépourvu de grâce, que je ne pouvais me résoudre à cette mutation. » Mutique, mal dans sa peau, en décalage avec ceux de son âge, désireuse d’être regardée autrement que comme l’enfant malade de la fratrie, elle se replie sur elle-même et se réfugie dans la littérature et les textes classiques. Entre une sœur photographe de célébrités et un frère brillant dans ses études, elle se sent transparente aux yeux de tous, parents, amis, inconnus. Y compris aux siens.

Jusqu’à ce qu’au cours d’une des nombreuses réceptions mondaines données par ses parents, son chemin croise celui de Pierre, sociétaire de la Comédie française. «  A partir de ce jour, le théâtre allait devenir le seul objectif de mon existence et le beau sociétaire, mon idée fixe. » Certes, il a 30 ans de plus qu’elle. Certes elle est mineure. Certes ce « détournement de majeur » est condamné par la morale bien-pensante. Mais l’héroïne, véritable prédatrice, est déterminée non seulement à poursuivre les objectifs qu’elle a choisis- dussent-ils sortir des chemins habituels, mais aussi à les atteindre. Et Pierre sera l’instrument de sa métamorphose, celui qui l’aidera à dérouler le fil de « soi ».

Un roman à l’écriture fluide, qui fait du lecteur le témoin privilégié d’une re-naissance émouvante et aussi passionnée que passionnante. Le roman d’une adolescente devenue actrice de sa vie et…dans sa vie. Un coup de cœur !

Publicités

L’aimer ou le fuir, Delphine de Malherbe : la brûlure

 

La brûlure

      Mariée à Henri de Jouvenel, rédacteur en chef du journal Le Matin et politicien de renom, Colette découvre que ce dernier la trompe. Meurtrie, déjà échaudée par les frasques de son précédent mari Willy, elle se réfugie dans sa propriété bretonne. C’est alors que Bertrand, le fils d’Henri,17 ans, de trente ans son cadet, la rejoint et lui déclare sa flamme…

      Que faire ? L’aimer ou le fuir?

      Un dilemme insoutenable pour Colette, chantre de la liberté, de la transgression des règles, à la vie rythmée par les battements de son cœur et l’assouvissement de ses désirs bien davantage que par la voix de la morale bien pensante. Une femme qui a toujours inventé la mode et prend comme un reniement à ses valeurs le fait de se plier à la norme. Car si la raison lui dicte de maintenir ce jeune homme promis à un grand avenir à distance, force lui est de reconnaître qu’il l’attire. Fortement. Et ce n’est pas tant l’écart d’âge qui soit un problème, que le fait qu’il soit son beau-fils.

      Avec une infinie sensibilité, une ineffable sensualité et une plume d’une justesse chirurgicale, Delphine de Malherbe nous livre les réflexions de Colette, lors d’une unique séance de psychanalyse fictive. Une séance où le lecteur est pris à témoin des émotions contradictoires qui l’animent, où les failles de cette femme « alchimie subtile de fragilité humaine et de force inhumaine », s’ouvrent sous nos yeux. Car si tous voient en elle un génie, une personne élégante, solide, c’est une vision bien restrictive de sa personnalité. Esclave de la tyrannie de Willy pendant des années, lequel lui a volé son travail, son nom, son talent, l’a trompée à tout va, Colette est restée une écorchée vive. «  Une souffrance aussi aiguë demeure égale au fil du temps. »

      L’amour de Bertrand pourrait-il être un baume lénifiant, un remède à ses blessures ?

      Des interrogations que Delphine de Malherbe mène à un rythme effréné, avec une énergie absolument époustouflante.

Un livre MAGISTRAL.