Que faire avec un enfant qui vous manipule? Christophe Carré (Eyrolles)

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Que faire avec un enfant qui vous manipule ?, Christophe Carré

Editions Eyrolles, novembre 2017

Face aux manipulations de leurs enfants (caprice, chantage, colère…), les parents sont déstabilisés et leurs réactions ne font souvent qu’attiser les problèmes. Ce livre leur permettra, grâce à de nombreuses illustrations, de construire une réflexion. Et il leur proposera de nombreuses pistes d’action.

En février dernier, je vous avais parlé du précédent ouvrage de Christophe Carré : La manipulation au quotidien (article). Dans cet ouvrage, l’auteur soulignait l’erreur métonymique dont est victime la manipulation : on la confond bien souvent, de façon abusive, avec l’une de ses facettes, à savoir la manipulation destructrice. Une vision très réductrice. Car la manipulation a bien des visages :

  • La manipulation par ignorance : il s’agit d’obtenir maladroitement quelque chose de l’autre
  • La manipulation intéressée : dans le cas de la recherche d’un bénéfice personnel
  • La manipulation pour détruire : a pour but de dévaloriser, humilier et détruire la victime
  • La manipulation bienveillante : lorsqu’il s’agit d’aider, éduquer, écouter, guider.

La manipulation fait partie de la vie. Et les enfants n’y échappent pas. C’est le propos de ce nouvel ouvrage, paru en novembre dernier aux éditions Eyrolles.

Cependant, quand un parent découvre que son enfant le manipule (caprice, colère, mensonge, chantage, culpabilisation), il réagit très souvent instantanément, avec virulence. Et ce, sans chercher à comprendre ce qui se joue, quelle est la peur qui conduit l’enfant à user de manipulation, alors qu’il s’adresse à une personne, en l’occurrence ici un parent, avec laquelle il devrait se sentir en toute confiance et pouvoir s’exprimer clairement. Or pour déjouer et désamorcer les tentatives manipulatoires, il est impératif pour tout parent de comprendre ce qui les motive et les effets qu’elle produit sur lui. Il est de même important de respecter des règles d’or, à savoir être exemplaire (ne pas manipuler son enfant), cesser d’être manipulable, changer de regard sur l’enfant, développer de nouvelles habiletés relationnelles avec lui et faire preuve d’une saine autorité.

Ce sont tous ces points et bien d’autres encore, illustrés par des exemples très parlants, que développe Christophe Carré dans ce livre.  Un ouvrage qui permettra aux parents d’agir en personnes éclairées pour rétablir des relations de communication saines, respectueuses et équilibrées.

 

 

 

 

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Bernard Werber : Demain les chats (Albin Michel)

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Demain les chats, Bernard Werber

Éditions Albin Michel, octobre 2016

Et si les chats, un jour, devaient gouverner le monde ? Vous ne regarderez plus jamais votre chat de la même façon !

Vous êtes-vous déjà demandé ce que votre chat pensait de vous, des hommes en général, avec son petit air de supériorité ? Bernard Werber, lui, l’a fait ! Dans ce roman Demain les chats, il se glisse dans la tête du félin, une chatte parisienne prénommée Bastet, laquelle devient alors la narratrice. Et force est de constater qu’aux yeux de cette dernière en particulier, et de ses congénères en général, nous ne leur arrivons pas aux moustaches ! Quel besoin ont donc les hommes de s’inventer un dieu, sinon parce qu’ils ne supportent pas d’être libres et responsables de leurs propres actes ? Un besoin que les chats n’ont évidemment pas.

Autre faiblesse de l’espèce humaine : Bastet est consternée par notre perception du monde, limitée du fait de l’omnipotence du sens visuel. Et encore, une vue qui ne nous est d’aucun secours dans l’obscurité ! Affligeant ces hommes…

C’est alors que tentant de nous comprendre, Bastet rencontre le chat de la voisine, Pythagore, un chat de laboratoire apte à lui expliquer certains des comportements humains. Ce dernier a en effet un troisième œil greffé sur son front, lequel est en réalité une clé USB lui permettant de se connecter sur internet. Pythagore va ainsi lui enseigner l’histoire du rapport entre les hommes et les chats depuis l’origine. Mais l’ambition de Bastet va au delà de la compréhension de notre espèce : elle veut communiquer avec nous. « Cela confirme mon intuition : il faut que j’aide tous ces êtres à mieux dialoguer, car je suis sûre que s’ils communiquaient mieux, ils n’auraient pas besoin de se tirer dessus au fusil ou de s’envoyer des grenades au visage. » Un programme ambitieux.

Bernard Werber nous offre ici un roman destiné à mieux comprendre les hommes, ce qui les anime, et pour ce faire, il est nécessaire de prendre du recul. Quoi de mieux dès lors que le regard extérieur que posent sur nous les chats ? Un roman d’une brûlante actualité, lucide, pertinent, avec un humour cha(t)rmant. A lire!

Des mots jamais dits, de Violaine Bérot : troublant

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Des mots jamais dits, Violaine Bérot

Buchet Chastel, en librairie le 20 août 2015
Rentrée littéraire.
Une enfant qui n’a jamais été enfant. Des parents qui ne se sont jamais comportés en parents. Histoire poétique d’une libération.
On aimerait pouvoir le faire, or on y parvient rarement : « parler vrai », surtout avec ses proches, est un exercice souvent voué à l’échec. Pourquoi achoppons-nous à dire ce que nous ressentons? Si, à l’image du langage animal, la conversation entre humains ne servait qu’à transmettre des informations, à se « parler vrai », alors ce serait plus simple. Mais la parole a d’autres fonctions, est d’abord relationnelle : elle sert à dire autant qu’à mentir ou à cacher. Par peur de blesser, par peur de la réaction des autres. En outre, elle dépend étroitement de la qualité des relations établies avec nos interlocuteurs, en l’occurrence ici la famille, pendant l’enfance.
Or l’héroïne de ce roman est née dans une famille de taiseux. Au cœur de la nombreuse fratrie dont elle est l’ainée, la charge de responsable du bien-être des petits qui lui échoit, si lourde pour ses seules épaules, écrase toute velléité de rébellion. Elle accepte ce rôle de mère de substitution et de femme du foyer, sans se plaindre, sans broncher, comme résignée. Se fût-elle révoltée, qui l’eût écoutée ? Car la parole ne peut devenir un instrument d’échange et d’épanouissement sans la présence d’un « autre » parental sachant écouter. Faute d’un père ou d’une mère attentif, qui joue réellement son rôle de parent, elle n’a jamais osé exprimer ses envies, ses besoins, ses sentiments et encore moins faire valoir son point de vue. Elle est à la fois la mère protectrice et le père responsable. Le parent de ses parents. D’un côté, la mère, véritable icône inaccessible, incapable de s’occuper des siens et de leur manifester de l’amour, passe ses journées alitée ; une mère vénérée par son mari. De l’autre côté, un père qui idéalise son ainée et la considère invincible, lui interdisant de ce fait de pouvoir vivre sa vie d’enfant, de manifester une quelconque faiblesse. Au sein de sa famille, elle ne trouve donc pas de place pour être elle-même. « Elle ne sait rien de la légèreté, elle n’en a jamais rien su. »
Jusqu’au jour où elle annonce à son père qu’elle quitte la maison. Est-ce le besoin impérieux de se réaliser ? Est-ce une fuite face à l’insoutenable charge qui est sienne à la maison ? Comment pourra-t-elle vivre une existence de femme, sans être passée par la case enfance, sans terreau affectif ? Parviendra t-elle un jour à mettre des mots sur ses maux? Un roman dans lequel le narrateur interpelle le lecteur, lui fait part de ses interrogations, de ses doutes, de ses craintes, tandis qu’il suit l’héroïne aux diverses étapes de sa vie, en témoin discret de sa métamorphose. Un roman troublant, remarquablement mené.