Chaleur, de Joseph Incardona

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Chaleur, Joseph Incardona

Editions Finitude, à paraître le 5 janvier 2017

Des personnages très bien campés, hauts en couleur, un scénario redoutablement efficace, ce roman est un coup de maître.

La Finlande regorge de championnats du monde plus étonnants les uns que les autres. Du championnat d’écrasement de moustiques à celui du porter de femmes en passant par celui du jeter de téléphone portable, ces « sports » insolites attirent un public nombreux chaque été. En cette année 2010, des candidats viennent de toute l’europe à Heinola, assister aux championnats du monde d’endurance au sauna. Le principe ? Il s’agit d’éprouver l’endurance des concurrents enfermés dans des saunas surchauffés (à 110 degrés au lieu de 80 traditionnellement), tandis que toutes les trente secondes de l’eau est versée sur les pierres.

Deux hommes sont tout particulièrement attendus, rivaux depuis plusieurs années. Le champion du monde en titre, Niko, star du porno finlandais, homme qui brûle la vie par les deux bouts. Et son rival, le russe Igor, retraité, ancien haut officier de la marine. Un homme rigoureux en tout et surtout envers lui même. Deux êtres que tout oppose, si ce n’est le désir de remporter l’épreuve et la conviction, pour des raisons propres à chacun, que ce championnat sera le dernier.

Mais cette compétition, aussi futile puisse t-elle paraître, ne cache t-elle pas une ambition plus grande, à savoir celle de dépasser ses propres limites ?  « L’homme a cette capacité d’absolu qui, même dans les évenements en apparence les plus ridicules, touche au tragique et parfois à la grâce. » Dès lors, pour chaque candidat, le pire adversaire n’est plus l’autre mais soi-même. Et de se forger un mental d’acier, une volonté indéfectible, rien ni personne ne devant faire barrage au but qu’ils se sont fixé.

Joseph Incardona s’est inspiré d’un fait divers tragique survenu lors de cette compétition en Finlande et s’est approprié de cet accident d’une façon ô combien brillante. L’analyse psychologique des personnages, la justesse de ton et de situation, font de ce roman un livre impossible à reposer une fois commencé. Un livre fascinant qui interroge sur le dépassement de soi.

8 minutes de ma vie, Gilles Bornais : Chlore. Et clore…

9782709642378-G

8 minutes de ma vie, Gilles Bornais

Éditions Jean-Claude Lattès, mai 2012

 

Rêve de chlore ou…de clore?

 

     Dans quelques minutes, Alizée va s’élancer pour tenter de remporter la finale du 800 mètres nage libre aux Jeux olympiques. Une place enviée. Place enviable? Moins sûr. Car dans les bassins d’entrainement, loin de l’ébullition des médias, des déclarations énamourées des fans, des sponsors qui louvoient, se cache une réalité autre. Une réalité que l’auteur, ancien reporter sportif, puis nageur de compétition et entraîneur, connaît bien.

     Pas de place au repos, au moindre relâchement. Entraineur, club, sponsors, médias, fans, amis, famille, tout le monde compte sur la nageuse. Derrière sa confiance affichée, Alizée tremble. Ne pas décevoir, être à la hauteur de son image de championne, gagner, gagner, gagner. Et donc s’entrainer, s’entrainer, s’entrainer. Toujours plus vite. En dépit d’inhumaines souffrances. En dépit de l’épuisement.

     Dans la chambre d’appel, la nageuse s’interroge. Que fait-elle là? Rêve de chlore ou de clore? Désire t-elle vraiment cette médaille ou n’est-elle que le pantin du désir des autres, un robot programmé pour avaler les longueurs sans broncher? Ses rêves de conquête, l’ivresse des chronos, le plaisir de nager semblent avoir bu la tasse, voire s’être noyés dans les flots des entrainements sans fin, des efforts à l’extrême à fournir au quotidien, des sacrifices, de la souffrance et de la solitude.

     Dans huit minutes elle sera fixée sur son sort. Dans huit minutes, elle saura si l’angoisse qui l’étreint aura fait place au soulagement.

     Au cours de ces huit minutes, elle va jouer sa vie.

     Un enjeu terrifiant. P.52 : «  L’or sinon la mort, on en revient toujours là. »

     Si le sort d’Alizée se joue en huit minutes, il suffit de huit millièmes de secondes au lecteur pour plonger tête la première dans l’encre des mots de Gilles Bornais. Un univers impitoyable, des mythes qui sombrent, des rêves qui coulent, on nage dans la réalité violente du monde olympique. Si la nageuse aligne les longueurs, le roman de Gilles Bornais n’en souffre aucune. Très belle performance de l’auteur dans cette course de 203 pages qui se lit en apnée.