Rentrée littéraire : L’atelier, Sarah Manigne (Mercure de France)

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L’atelier, Sarah Manigne

Editions Mercure de France, août 2018

Rentrée littéraire

Comment vivre dans l’ombre d’un grand artiste, à fortiori son père ? Comment s’affranchir de son aura et trouver sa propre voie ?

Odile a grandi sans affection, entre un père artiste peintre et une mère froide entièrement préoccupée par son rôle de muse auprès de son mari, par le désir de participer à la gloire de ce dernier. Odile les encombre, comme une couleur qui ferait tâche sur le tableau de leur vie familiale, aussi la confie-t-on aux bons soins de la gouvernante et de son grand-père paternel. On ne sollicite sa présence que lors des grandes fêtes données à la maison, pour l’exhiber comme on exhibe les toiles dans les galeries. A 15 ans, direction la pension.

Odile sent qu’elle dérange, qu’elle encombre. Alors avec le temps, elle se fait de plus en plus petite. Mange de moins en moins. Devient presque transparente, invisible, l’ombre d’elle-même. Si fine et si frêle qu’elle disparaît presque. Mais personne ne semble s’en inquiéter. La peinture devient la voie de sa voix, sa raison d’être. Mais trouvera-t-elle sa place dans l’ombre de son père ? Se fera-t-elle un prénom ? Un premier roman intéressant sur la construction de son identité. Une immersion dans le secret des ateliers.

Rentrée littéraire : Un fils obéissant, Laurent Seksik (Flammarion)

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Un fils obéissant, Laurent Seksik

Editions Flammarion, août 2018

Rentrée littéraire

Ce livre du père, odyssée et drame personnel, retrace l’aventure commune d’un fils et de son père, deux êtres qui vécurent dans l’adoration l’un de l’autre. Dans un style virtuose d’une rare puissance émotionnelle, l’auteur des « Derniers jours de Stefan Zweig » signe son livre le plus intime et le plus universel. Un bouleversant roman d’amour.

Pour son neuvième roman, Laurent Seksik ose pour la première fois le « je ». Tandis qu’il se rend en Israël prononcer un discours sur son père décédé un an plus tôt, il nous offre un voyage dans le temps, à la rencontre de cet homme qu’il a tant aimé, tant admiré. Et qui lui vouait la même admiration. Le même amour. Un homme qui croyait en la capacité d’une œuvre à transcender le monde et a toujours encouragé son fils dans sa carrière d’écrivain, sans pour autant oser s’interposer à sa femme, qui avait décidé de la route de leur fils avant même sa naissance : il serait médecin. Alors ce père bienveillant et aimant lui recommande ceci :  « Tu dois exceller en médecine ; plus tard tu excelleras en littérature. (…) Chez nous le devoir passe avant, tu sais. »

Pendant trente ans, pour ne pas décevoir ses parents, pour être à la hauteur de leurs attentes à son endroit, Laurent Seksik sera un fils obéissant, fréquentera les bancs de la fac de médecine à regret et obtiendra son diplôme de médecin… sans s’en réjouir au fond de lui. Mais sans renoncer non plus à ses rêves d’écrivain.

« Nous vivions dans une sorte d’émulation, un peu comme si nous concourions ensemble pour le César du Meilleur rôle dans un Film familial, lui dans la catégorie du Père modèle, moi dans celle du Fils parfait. »

Ce livre a une portée universelle, va bien au-delà du simple témoignage de l’auteur, au-delà du portrait d’un père dans le regard de son fils qui n’a d’yeux que pour lui. Aussi sublime soit ce portrait. Il pose la question de la construction, de l’affirmation de ses besoins, de ses envies, quand on a peur de décevoir ou de blesser ceux que l’on aime, quand ces derniers ont d’autres attentes vous concernant. Comment trouver sa place, ouvrir la cage de cet amour filial et prendre son envol ? Un livre magnifique, bouleversant, d’une rare puissance émotionnelle.