Coeur Cookie, Cathy Cassidy (Nathan ) : un roman à croquer!

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Coeur Cookie, Cathy Cassidy

Editions Nathan, juillet 2015

(Tome 6)

A partir de dix ans

Jake Cooke, alias Cookie, est un jeune garçon de 14 ans extrêmement attachant. Entassé avec sa mère et ses deux jeunes sœurs dans un petit logement, il aide du mieux possible sa maman à faire face, laquelle élève seule ses trois enfants. Mais un jour, c’est la catastrophe : les deux petites, laissées sans surveillance par leur frère, inondent l’appartement. Et ce dernier de culpabiliser. Une culpabilité telle, qu’il pense ne pas avoir d’autre choix que de s’enfuir. Pas n’importe où cependant. Depuis des mois, il reçoit des lettres d’une adolescente, prénommée Honey, affirmant qu’elle est sa demi-soeur. Et s’il acceptait de la rencontrer ? Il renouerait peut-être avec cette partie méconnue de sa vie, avec ses racines ? L’occasion aussi de mettre enfin un visage et un nom sur son père. Et de prendre le train pour Tanglewood où résident Honey et ses sœurs, les fameuses filles au chocolat.

Dans ce 6eme roman, Cathy Cassidy nous fait découvrir un jeune garçon indiciblement touchant, que la vie a fait mûrir trop vite. Un adolescent qui doit se construire sans connaître ses origines, être fort pour sa maman et ses deux sœurs, être « grand » avant l’heure. Heureusement, la vie sait aussi se montrer douce comme un bon chocolat et réserver à Cookie d’heureuses surprises. Un très joli roman qui aborde le thème de la fugue et de la filiation avec beaucoup de finesse et de sensibilité, le tout sur fond d’intrigue rondement menée.

Ce livre offre des bonus en fin d’ouvrage : en effet, les lecteurs pourront s’amuser à faire un test de personnalité, mais aussi à essayer les recettes sucrées des filles au chocolat. De quoi ravir les papilles après avoir enchanté les pupilles!

Informations pratiques :

Nombre de pages : 264

Prix éditeur : 14,90€

Sélection des livres de votre été!

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L’été est là. Et dans son sillage, les vacances tant attendues. Tout au long de l’année, vous avez couru après le temps et n’avez pas pu suivre l’actualité littéraire? Qu’à cela ne tienne, je vais vous guider avec plaisir. Pensez juste à garder une place dans vos bagages entre la crème solaire et le maillot de bain, je m’occupe du reste !

Voici différentes destinations de lecture portant sur des livres publiés en 2015. Si vous cliquez sur le titre, vous pourrez survoler le livre sur les ailes de ma plume. Prêts? Attachez vos ceintures!

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Si vous mettez le cap sur la tendresse, embarquez aux côtés de :

– François d’Epenoux, Le réveil du cœur (Editions Pocket)

– Cookie Allez, Dominique (Buchet Chastel)

– Paul Vacca, Comment Thomas Leclerc, 10 ans 3 mois et 4 jours est devenu TOM L’ECLAIR et a sauvé le monde (Belfond)

Cap sur le suspens avec :

– Delphine Bertholon, Les corps inutiles (JC Lattès)

– Aude Le Corff, L’importun(Stock)

Cap sur l’étranger avec :

-Sue Monk Kidd, L’invention des ailes (JC Lattès)

Cap sur une destination inclassable et merveilleuse avec :

– Cécile Coulon, Le cœur du Pélican (Viviane Hamy)

Cap sur le développement personnel avec :

– Caroline L. Arnold, Mini-résolutions pour grands changements ( JC Lattès)

Cap sur l’amour  avec :

– Valérie Tong Cuong, Pardonnable impardonnable (JC Lattès)

– Brigitte Kernel, Dis-moi oui (Flammarion)

– Grégoire Delacourt, Les quatre saisons de l’été (JC Lattès)

– Justine Lévy, La gaieté (Stock)

– Didier van Cauwelaert, Jules (Stock)

Cap sur l’humour avec :

– Valérie Clo, La tyrannie des apparences (Buchet Chastel)

Cap sur la littérature jeunesse avec :

– Sophie Adriansen, Max et les poissons (Nathan)

– Karine Fléjo et Doudja, Bao le boa (Snow Moon éditions)

– Nadia Berkane et Alexis Nesme, Les petites histoires de bébé koala (Hachette jeunesse)

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Quelle que soit la destination que vous aurez choisie, je vous garantis non pas le soleil, mais de belles lectures !

La Kar’Interview de Cookie Allez, auteur de Dominique (chez Buchet Chastel) : Partie 2

Pour la deuxième journée consécutive, nous retrouvons la chaleureuse et talentueuse romancière Cookie Allez, auteur de Dominique, aux éditions Buchet Chastel.

Suite de la Kar’Interview :

Karine Fléjo : On retrouve dans Dominique cette qualité d’écriture qui vous caractérise : des phrases ciselées, un style fluide, une très jolie musicalité. Comment travaillez-vous cette écriture ?

Cookie Allez:  Je crois que je ne sais pas répondre à cette question !
Bien entendu, je me relis, et me relis sans cesse. Mais je n’ai pas l’impression de « travailler » mon écriture. Je la veux au service de ma pensée, dans ses tours et ses détours, tout comme je la veux à l’écoute de la moindre nuance des sentiments ou des sensations que je veux faire passer.
Autre chose : je n’oublie jamais que j’écris pour quelqu’un. Un inconnu que j’ai envie de convaincre, de faire sourire ou d’émouvoir, de distraire ou de mobiliser. Dans ce roman, selon les passages, je crois que l’on peut retrouver presque toutes ces envies.
En fait, mon « travail » consiste à comparer en permanence mon contenu mental et affectif avec ce que j’ai posé sur le papier : si ce n’est pas parfaitement conforme, je recommence ! Sans jamais me lasser du plaisir de manipuler cette langue française, et parfois de me rendre à ses injonctions. Car il ne faut pas croire que la langue n’a pas son mot à dire. Il arrive qu’elle vous mène carrément par le bout du nez ! C’est peut-être difficile à comprendre, mais ce retournement a lieu lorsque l’on accepte de lui abandonner ses propres défenses pour accueillir les suggestions qui surgissent de l’écriture elle-même.

KF : Dans ce roman, les femmes jouent un rôle important. L’arrière grand-mère Knitty, la grand-mère Lily, la mère France ne partagent pas le même point de vue quant au choix laissé à l’enfant de déterminer son identité sexuelle. Pensez-vous que ce point de vue est clairement une question de génération ?

CA : Non, je ne crois pas que l’opinion que l’on peut avoir sur le sujet soit une question de génération. Du moins, pas exclusivement. Déjà, il me semble que pour avoir un point de vue qui tienne, il faut vraiment s’être penché sur la question… qui n’est pas si simple !
D’une certaine façon, l’on repose, à propos du genre, l’éternel problème de l’inné et de l’acquis : lequel des deux l’emporte ? Il me semble que la part de l’un et de l’autre – en quelque sorte le pourcentage d’inné et d’acquis – est variable selon les sujets…
Dans ce roman en tout cas, bien plus que leur âge, ce sont la personnalité et le vécu des trois femmes qui déterminent leurs réactions respectives.
KF : Pensez-vous que l’être humain aura vraiment le choix de son identité sexuelle ?

CA : N’étant ni scientifique ni prophète, je ne peux prédire l’avenir.
On sait que chacun peut d’ores et déjà décider de ressembler à un sexe biologique qui n’est pas celui de sa naissance. L’on peut transformer assez facilement son apparence, plus difficilement suivre des traitements hormonaux, et encore plus difficilement subir des opérations lourdes. Dans l’état actuel des choses, même si la chimie ou le bistouri ne sont pas d’un emploi courant, la transmutation est faisable. Non sans risques psychiques et physiques, bien sûr.
Mais qu’en sera-t-il demain ? Changera-t-on de sexe comme de coiffure ? Y aura-t-il encore deux sexes ? Ou trois ? Et pourquoi pas un seul, ou cinq, ou six ?! Ce sont des questions qui posent d’autres questions… Les réponses toutes faites, idéologiques ou « posturales », sont redoutables car elles entravent le cheminement d’une réflexion ouverte, approfondie, philosophique.
En fait, c’est le mot « choix » qu’il faudrait ici examiner.
Car, même si, dans le futur, cette mutation est facilitée médicalement et légalement, dans quelle mesure la personne qui la décide est-elle en position de faire un choix absolument libre ? Autrement dit, un choix qui ne serait pas induit par une souffrance ou une pression quelconque, intérieure ou extérieure.
Il me semble que tout choix est soumis à un faisceau de faits qui le motive, non ? Par exemple, à un certain stade de souffrance, peut-on s’estimer libre ? Je ne crois pas.

KF : Selon vous, ce choix est-il une chance ou un handicap ?

CA : Je dirais que la chance, et la probabilité (heureusement, les statistiques l’attestent), c’est d’abord de se sentir bien dans le sexe qui vous échoit à la naissance !
L’acceptation d’appartenir à un sexe défini, que ce soit par une anatomie marquée, par des pulsions, des inclinations, des dispositions, permet de reconnaître l’autre comme un être différent. Il n’y a pas d’altérité si l’on est tous semblables. Or je suis convaincue que la différence enrichit… et cela dans tous les domaines – pas seulement dans la sphère sexuelle ! Quant à savoir respecter l’autre comme son égal, même s’il est dissemblable, voire incompréhensible, il n’y a pour moi aucun doute : c’est bien une question d’éducation !
Mais cela posé, c’est à l’évidence une chance pour les personnes qui souffrent de pouvoir retrouver un équilibre grâce aux progrès de la médecine et à l’évolution de notre regard vers une plus grande générosité du cœur.
Pour revenir à Dominique, c’est un roman. Pas un essai. Pas une croisade. Pas une plaidoirie pour ou contre une « théorie » qui, comme toutes les théories, reste… théorique !

KF : Quel serait le meilleur compliment que l’on pourrait vous faire à propos de ce roman ?

CA : Qu’il provoque deux réactions souvent contradictoires : la réflexion et le sourire.

Retrouvez la chronique consacrée à ce roman en cliquant sur ce lien : Dominique, de Cookie Allez

La Kar’Interview de Cookie Allez, auteur de Dominique (chez Buchet Chastel) : Partie 1

 

En janvier dernier est paru Dominique, le nouveau roman de Cookie Allez. Rencontre avec une romancière aussi talentueuse que délicieuse.

 

Karine Fléjo : Quel a été le détonateur de ce roman ?

Cookie Allez : Le mot « détonateur » me paraît en effet parfois très justifié ! Sans crier gare, une image, un sentiment ou une expérience appelle des mots pour s’incarner. Et tout à coup une phrase, un titre, ou un personnage commence à tirer le fil d’une histoire…
Mais pour moi, en amont, il y toujours une nécessité intérieure : l’envie de plonger dans l’écriture. Écrire est une drogue et certains ne peuvent pas s’en passer trop longtemps – je suis de ceux-là. Entre deux livres, tout est bon pour assouvir ce besoin : j’écris à tort et à travers… C’est ma façon de tromper l’impatience de trouver « mon » sujet : je cherche un détonateur !
L’envie de creuser le thème du genre auquel s’adosse Dominique, mon dernier roman, a déjà quelques années.
Le détonateur en est la brève interview d’une femme qui offrait chaque matin à son enfant de sept ans la possibilité de choisir sa tenue du jour. Il avait deux panoplies de vêtements dans son placard, l’une masculine, l’autre féminine. Au gré de son humeur, le petit garçon se promenait en robe ou en jean. Il essuyait des moqueries, bien sûr… Aussi l’école avait-elle vainement essayé de dissuader sa mère de continuer à l’élever dans cette dualité. Cependant cette femme mettait toute sa fierté à persister, pour « vivre avec son temps » et pour réaliser, disait-elle, « l’égalité des sexes ». Deux photos montraient l’enfant posant sagement dans ses deux genres apparents.
J’ai beaucoup ruminé cette information très lapidaire… Elle m’a profondément troublée ! La question du « genre » m’a paru mériter réflexion, au-delà des réactions immédiates d’opposition – souvent assez brutale – ou, au contraire, d’une acceptation, soit un peu passive soit plus engagée.
La volonté d’entrer dans ce sujet avec un regard distancié, modéré et bienveillant m’a conduit à constater que les débatteurs, très souvent, ne parlaient pas de la même chose. Cette mère, par exemple, espérait réaliser « l’égalité des sexes », confondant ainsi égalité et similitude, inégalité et différence. La confusion sémantique, comme toujours, contribue à enflammer la discussion.
J’ai fini par penser qu’il serait intéressant de pousser le raisonnement de la théorie jusqu’à son paroxysme. Pas sur un être vivant, qui servirait de cobaye… mais pourquoi pas sur un personnage ? Pour voir.
Dominique est donc un roman. Une fiction qui raconte simplement l’histoire d’une famille qui met en pratique, de façon un peu extrémiste, cette théorie qui affirme que ce sont la pression sociale, l’éducation, les préjugés qui vous font homme ou femme. Et qu’un être soustrait à tous les stéréotypes et diktats extérieurs, qu’ils soient familiaux, culturels, philosophiques, religieux ou autres, aurait la liberté absolue de prendre le genre qui lui convient le mieux, y compris le genre neutre.

KF : Vous soulevez de nombreuses questions, et notamment l’erreur communément faite de tout mélanger : le sexe, le genre, l’égalité et l’orientation des goûts sexuels. Avoir les mêmes droits en tant que fille ou garçon signifie-t-il être semblable pour autant ?

CA : Il est clair que sur ce sujet, rien n’est clair ! Il véhicule tant d’affect, tant d’idéologie, tant de revendication, que les mots volent en tous sens, se dévoient, perdent leur contenu originel.
Chez la plupart des humains, le sexe biologique de naissance est identifiable. Hormis des pathologies rares, c’est une donnée anatomique, perceptible, et qui, jusqu’ici, induisait une identité mâle ou femelle. Comme chez les animaux, en somme, où la question du genre ne se pose pas.
C’est l’introduction de la notion de « genre », le fameux gender, qui vient tout perturber dans cette classification binaire qui ne tient pas compte des exceptions. Ce gender semble vouloir échapper à l’anatomie et être une notion d’un autre ordre. D’un ordre plus psychologique, plus subjectif, plus lié aux représentations et aux attitudes sociales. La théorie le considère comme dépendant du regard de l’autre et d’une éducation qui contribue à l’affirmer ou au contraire à l’estomper. En fait, le genre se pressentirait plus qu’il ne se verrait en chair et en os – si j’ose dire. C’est en cela qu’il pose un problème… du moins, si l’on veut voir un problème.
Quant à l’orientation sexuelle, c’est encore autre chose ! À mon sens, c’est pour chacun un choix personnel, privé, intime. Vivre telle ou telle préférence relève du droit d’aimer qui bon vous semble ! Pour autant, un ou une homosexuelle n’est pas un être dépourvu d’identité sexuelle et de genre… Pour ne citer qu’elle, Colette était une femme, et une femme très féminine d’apparence et de comportement ! Cela ne l’a pas empêchée d’orienter ses amours selon ses goûts – lesquels se sont révélés variés.
Alors nier, sous prétexte d’égalité, des différences physiques (hormonales ou autres), et des différences psychiques, c’est selon moi tout confondre. Pour ma part, je milite pour l’égalité des sexes… comme pour l’égalité entre tous les humains. Mais cette conviction concerne l’égalité en termes de valeur, pas en termes de muscles ou d’autres considérations qui n’ont rien à voir avec la valeur d’un être humain !

KF : Tout au long du roman, vous maintenez le mystère sur le sexe de l’enfant. Pour parvenir à une telle prouesse, vous avez dû vous arracher les cheveux, non ?

CA : Oui. Je suis d’ailleurs surprise de ne pas être chauve aujourd’hui !
Comme la plupart des langues européennes, la langue française est « genrée » et, comme la plupart, elle ne dispose pas d’un genre neutre applicable aux personnes… Voilà qui m’aurait bien facilité les choses pour relever le défi que je me suis lancé en décidant de maintenir le lecteur dans l’ignorance du sexe de Dominique, et cela jusqu’à la dernière page. En fait, j’aurais pu m’en abstenir, mais il m’a semblé intéressant d’affronter cette difficulté sémantique, qui est aussi au cœur du sujet. De plus, c’était une façon de faire percevoir combien il est difficile, concrètement, de vivre dans une sorte d’apesanteur sexuelle, psychique, culturelle, et linguistique.

Dans la langue française, presque tous les adjectifs s’accordent en genre, les participes passés aussi. Et que dire de l’interdiction d’utiliser les pronoms qui m’auraient trahie et les mots qui induisent une image masculine ou féminine ? Ce fut une sorte de performance sportive pour mes petites cellules grises !

 

Suite de l’interview demain! Et retrouvez la chronique consacrée au roman Dominique en cliquant sur ce lien : Dominique, de Cookie Allez

Dominique, le nouveau roman de Cookie Allez

 

Dominique, de Cookie Allez

Éditions Buchet Chastel, janvier 2015

Tandis que France et Gabriel attendent leur premier enfant, ils font le choix de ne pas chercher à en connaître le sexe. « Pendant neuf mois, il n’y aurait rien, ni dans la chambre du bébé, ni dans l’esprit de sa famille, qui puisse marquer sa future identité sexuelle : elle attendait un enfant à aimer et elle l’aimerait de toute façon. » Un choix que son mari, fervent adepte de modernité et hostile aux préjugés de toutes sortes, adoptait aussi. « Pourquoi laisser des stéréotypes et des conventions d’un autre âge entraver le développement et les penchants naturels d’un enfant ? »

Ainsi fut-il donc décidé.

Peu à peu se dessine cependant en eux le désir de prolonger cette neutralité au delà des neuf mois de grossesse. Que l’enfant soit né et son identité sexuelle à eux seuls révélée n’y change rien. Et pour que personne d’autre qu’eux ne sache s’il s’agit d’un garçon ou d’une fille, il est décidé de lui donner un prénom mixte : Dominique. En effet, « Pourquoi  ne pas se couronner d’une audace de précurseur en présentant à ce bébé la liberté suprême, celle de choisir son mode d’être au monde » ? Ce sera donc à Dominique lui-même, plus tard, de choisir. Avec une écriture très travaillée, véritable enchantement pour les amoureux de la langue française, un humour inénarrable (le personnage de l’arrière grand-mère Knitty est à ce sujet jubilatoire, so british), l’auteur parvient à entretenir le mystère sur l’identité sexuelle de Dominique jusqu’à la dernière page. Un morceau de bravoure.

Avec Dominique, la talentueuse Cookie Allez s’attaque à un sujet brûlant : la théorie du genre. Selon cette dernière, au moment de l’enfance, nous ne faisons pas qu’apprendre notre appartenance à l’un des deux sexes. Nous intégrons aussi les valeurs et les rôles sociaux associés par les adultes à cette appartenance. Construites très tôt au cours du développement mental, de telles associations (les garçons jouent aux petites voitures, les filles jouent à la poupée) conduisent à une identité sexuelle (perception d’être soi-même du genre masculin ou féminin) et à des rôles de genre qui, contrairement au sexe biologique, sont socialement et culturellement construits. Un écho au célèbre « On ne naît pas femme, on le devient » de Simone de Beauvoir.

Avec finesse, pertinence et intelligence, Cookie Allez invite le lecteur à s’interroger. Laisser à l’enfant le choix de définir son genre sexuel est-il vraiment pour lui une chance, une liberté salutaire ? La liberté absolue n’est-elle pas qu’une illusion ? Devoir se conformer à ce choix d’éducation précurseur de ses parents, à cet idéal qui est leur, n’est-il pas un cadeau empoissonné , une prison plutôt qu’une évasion? L’enfer est parfois pavé de bonnes intentions…

Un roman savoureux à consommer sans modération !

P. 203 : Chaque être est unique et pourtant différent, relié aux autres et pourtant seul devant son destin.

Mobile de rupture, de Cookie Allez : mon mari, son téléphone et moi…

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Mobile de rupture, de Cookie Allez

Éditions Buchet-Chastel, février 2014

Au théâtre de la vie, on ne sait jamais sur quel mot le rideau se ferme…

Pour fêter leur trois ans de mariage, Régis a réservé pour Sibylle et lui une table dans un lieu qui tient une place particulière dans leur panthéon intime : le restaurant Le Parc aux saveurs, temple réputé de la gastronomie mais aussi et surtout, cadre de leur premier tête à tête cinq ans plus tôt. Une attention touchante, si ce n’est qu’un hôte indélicat s’invite sur la belle nappe au milieu des verres en cristal, des assiettes en miroir moucheté et autres escadrons de couverts rutilants. Un invité petit par sa taille, mais grand par la place qu’il occupe. Cet intrus, c’est le plus fidèle ami de son mari, l’objet de son admiration, le prolongement de son bras : « All-in-one », téléphone portable dernier cri. Impensable pour Régis de l’éteindre voire de s’en séparer ne fût-ce que le temps d’un repas. Un charme technologique qui laisse Sybille de marbre. Pire, une bestiole qui l’horripile.

Peu à peu, ce qui s’annonçait comme une soirée en amoureux mitonnée avec tendresse tourne au vinaigre. La sauce ne prend pas, ne prend plus. La recette qui avait séduit Sybille a aujourd’hui un goût amer. Certes, Régis a toujours beaucoup de charisme et de charme, mais… Mais dans son attitude il y a des traits de caractère que Sibylle ne supporte pas, face à elle se tient un homme différent de l’image qu’elle s’était faite de lui lors de leur rencontre. Silencieuse, ravalant l’exaspération que suscitent les sonneries et alertes SMS intempestives, elle repasse par le menu le film de leur rencontre, de leur vie ensemble ces cinq dernières années, y compris ce secret de famille qu’elle porte seule et qui la dévore.

Et la moutarde de lui monter au nez.

Quand arrivera la surprise que son mari lui a réservée pour le dessert, surprise partagée avec All-in-One, ce sera la cerise sur le gâteau.

« Il y a une mortalité terrible chez les sentiments » disait Romain Gary. Avec un humour grinçant, des réparties cuisinées aux petits oignons, Cookie Allez nous a concocté un roman savoureux, épicé et enlevé et une recette de l’amour qui ne s’accommode pas des téléphones portables et autres communications virtuelles.