Au rendez-vous des élégantes, Susana Lopez-Rubio (Presses de la cité)

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Au rendez-vous des élégantes, Susana Lopez Rubio

Editions Presses de la cité, mai 2018

Offrez-vous un voyage dans l’espace et dans le temps. Avec ce roman, partez dans le Cuba des années 50, son exubérance, sa musique, son apparente insouciance, mais aussi sa mafia, sa criminalité, sa dictature. Passionnant.

En 1947, âgé de 19 ans, Patricio a tout perdu. Son père a été tué par des franquistes. Sa mère a été assassinée par des républicains pour avoir abrité une cousine religieuse chez elle. Alors il décide de tenter le tout pour le tout, de fuir la misère en Espagne et de vendre la bague de sa grand-mère pour se payer un billet de bateau Madrid-La Havane. Repartir à zéro. Au bout du monde.

Car Patricio est tout sauf résigné. Il veut transformer l’essai, faire de sa vie à la Havane la plus belle existence qui soit. Pour cela, il peut compter sur son courage, son extraordinaire bagout, son imagination sans bornes, sa jeunesse. Mais aussi et surtout, sur son inextinguible faim : faim de vie, d’avenir, de couleurs.

« A l’école de la nécessité, on apprend plus qu’à l’université. » (P.58)

Dans un Cuba gangréné par la corruption, la violence, mais un Cuba relativement riche, avec un niveau de vie à la Havane proche de celui des Etats-Unis, Patricio obtient rapidement un poste dans le prestigieux magasin de luxe : El Encanto. Et de gravir rapidement les échelons, débrouillard et déterminé. Tout semble lui dessiner un avenir radieux, quand il croise la mystérieuse Gloria, cliente fortunée. Première ombre au tableau : elle est mariée. Deuxième ombre au tableau : son mari n’est autre que le chef de la mafia, un homme redoutable qui ne s’encombre pas de la vie de ceux qui s’opposent à lui.

Ce roman est plein de couleurs et de parfums, une véritable peinture de Cuba avant la révolution. Le lecteur s’engouffre dans le sillage des mots de l’auteur, happé par le courage et la détermination des personnages, fasciné par cette page d’histoire qui se dessine, aube d’une révolution aussi bien personnelle pour Patricio, que historique pour le peuple cubain. Un véritable page-turner.

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Le jardin des pleurs, de Mohamed Nedali (éditions de l’Aube) : bouleversant…

Le jardin des pleurs, de Mohamed Nedali

Éditions de l’Aube, septembre 2014

Collection Regards croisés

Le jardin des pleurs est un bouleversant roman inspiré d’une histoire vraie, celle d’un jeune couple marocain, en proie à un système judiciaire archaïque et corrompu jusqu’à la moelle.

Elève moyen, Driss obtient son bac à la session de rattrapage. Trop juste pour poursuivre des études supérieures. Il lui reste alors l’école des infirmiers, laquelle recrute au niveau du baccalauréat. Mais réussir le concours de recrutement ne sera pas aisé. A moins…à moins qu’il ne glisse une enveloppe grasse au directeur de l’institution. Ou ne fasse jouer une de ses relations. D’origine très modeste, seule la seconde solution s’offre à Driss, appuyé dans sa démarche par son oncle Boubker, petit fonctionnaire au bras très long qui a le pouvoir de dynamiter les obstacles administratifs moyennant quelques bakchichs.

Cette corruption qui lui fut d’une aide précieuse dans son parcours professionnel, lui a permis et d’obtenir son diplôme d’infirmier et d’être affecté à Marrakech, va pourtant devenir sa pire ennemie. Lorsque sa jeune épouse, Souad, serveuse dans un hôtel, est physiquement agressée par un client ivre devant témoins, la cause semble entendue. Elle décide de porter plainte, convaincue de son bon droit. Sauf que ce client en question est commissaire, autrement dit, un serviteur de l’état. Or «  Les serviteurs de l’Etat ne risquent jamais rien dans ce pays, quel que soit le forfait dont ils sont accusés. La loi n’a pas été faite pour les condamner mais plutôt pour les protéger, les couvrir en cas de dérapage. » (P.151). De fait, les témoins s’évanouissent dans l’air, les preuves aussi. Le dossier stagne. Le commissaire ne se présente jamais au procès, n’est pas appréhendé tandis qu’en face, physiquement et nerveusement exténuée, Souad continue le combat. Jusqu’au bout.

Mohamed Nedali, que la romancière Christine Orban surnomme à juste titre le Zweig marocain, nous entraine avec une sensibilité à fleur de plume, une justesse de ton et de regard, dans le sillage de ce jeune couple aux affres avec l’injustice de leur pays. Un roman bouleversant, sur le courage et la détermination d’une femme, d’un couple, face à un système marocain certes en pleine évolution, mais qui ne s’est pas encore affranchi des systèmes archaïques de corruption…

A lire!