Les filles du 17 Swann Street, Yara Zgheib

Les filles du 17 Swann Street de Yara Zgheib

©Karine Fléjo photographie

Quand un désir de perte de poids, au départ banal, prend des proportions dangereuses. Le parcours émouvant d’une danseuse classique dans son combat contre l’anorexie.

Danse classique et anorexie mentale

Anna a intégré le corps de ballet de l’Opéra de Paris à l’âge de dix-sept ans. Une belle réussite, mais pas un but en soi. Car Anna rêve de continuer son ascension et de danser en solo. Mais pour cela, lui a dit le professeur, il faut qu’elle travaille encore plus et perde un peu de poids. Alors elle a commencé à évincer certains aliments. D’abord le chocolat. Puis le fromage, les frites. Et aussi la glace. Le pain. Peu à peu, tout est passé à la trappe. Seules quelques pommes ont le droit d’apaiser un peu sa faim. Et des litres de thé.

Tandis qu’elle perd insidieusement du poids, son mari Matthias obtient un poste aux Etats-Unis. Le jeune couple décide donc de s’expatrier. Mais arrivée aux Etats-Unis, Anna déchante vite. Elle qui pensait pouvoir poursuivre la danse là-bas, n’est acceptée dans aucune compagnie. Alors elle s’épuise à chercher, rumine des journées entières, tandis que son mari, accaparé par son nouveau travail, ne rentre que très tard et l’esprit peu disponible. Anna remplit ses journées par des séances de sport intensives, mais en revanche elle prend soin de ne pas remplir son estomac. La perte de poids continue. Inexorablement. Son teint est blafard, sa peau sèche et son corps souvent en hypothermie.

Jusqu’au jour où il n’est plus possible pour son mari d’imaginer qu’elle puisse s’en sortir seule. Plus possible de la croire quand elle dit qu’elle n’a pas de problème avec la nourriture et qu’elle va se ressaisir. A 40 kilos, c’est sa vie qui est en jeu. Inutile de se voiler la face, Anna est devenue anorexique mentale.

Par amour pour elle, Matthias décide de la faire hospitaliser dans une unité spécialisée dans les troubles alimentaires. Au 17 Swann Street. Encore faut-il qu’Anna accepte de coopérer. Car aussi excellents soient les soins et l’équipe soignante, ils ne pourront rien sans sa collaboration. Un long combat s’engage alors.

L’anorexie, une maladie dont on peut guérir

Les filles du 17 Swann Street est un livre émouvant, qui traite de l’anorexie mentale de l’intérieur. LYara Zgheib se glisse en effet dans la tête d’une jeune anorexique et nous fait prendre la pleine mesure du facteur mental dans cette maladie. On assiste au duel permanent dans la tête de l’anorexique entre envie de s’en sortir et terreur de se réalimenter, maigreur choquante réelle et image de « grosse » que l’anorexique perçoit d’elle-même dans son miroir. Au passage, l’auteure balaye nombre de clichés sur cette maladie. Non, il ne s’agit pas de caprices, non ce n’est pas qu’une question de volonté, non ce n’est pas juste une perte de poids excessive. Non, il ne suffit pas de se dire qu’on va remanger pour y parvenir. L’anorexie mentale est complexe et peut tuer dans 5% des cas. Une étude récente de l’Inserm montre que 50% des patients pris en charge guérissent totalement. Anna fera-t-elle partie de ces 50% ? Trouvera-t-elle les ressources en elle pour se battre ? Aura-t-elle ce déclic salvateur ?

Un roman émouvant, instructif aussi, que l’auteure a su rendre lumineux malgré la gravité du sujet.

Glissez Agnès Martin-Lugand dans votre poche!

à la lumière du petit matin de Agnès Martin Lugand chez Pocket

Points forts :

  • Des personnages indiciblement attachants
  • Une analyse très fine de la psychologie des personnages
  • Un talent narratif indéniable
  • Un suspense magistralement entretenu

Peut-on être heureux quand on se ment à soi-même ? Ou quand une épreuve vous conduit à faire le point et à vous recentrer sur vos besoins et vos priorités. Un roman touchant, viscéralement humain et… addictif !

Hortense est une jeune femme bientôt quadra, en apparence épanouie. Elle exerce avec passion son métier de professeur de danse, dans une école parisienne qu’elle gère avec Bertille et Sandro. Et aime tout aussi passionnément Aymeric. Sa vie semble donc être un ballet parfaitement aérien. Jusqu’au jour où, faute d’avoir écouté les signaux de détresse de son corps, elle se blesse gravement à la cheville.

Une pause s’impose. Pendant deux mois, elle doit tirer sa révérence.

Cette convalescence l’oblige alors à se regarder en face : depuis le décès de ses parents, quels choix de vie a-t-elle fait ? A-t-elle d’ailleurs vraiment choisi, ou s’est-elle passivement contentée d’aller là où on l’attendait, tant professionnellement que personnellement ? Certes, la danse est sa passion, mais les choix que Bertille et Sandro veulent prendre pour faire évoluer l’école correspondent-ils à sa vision de l’enseignement ? Par ailleurs, elle éprouve une attirance folle envers Aymeric, ne vit que pour les moments qu’ils passent ensemble. Mais justement, ces rares moments lui suffisent-ils ? Etre depuis trois ans la maitresse d’un homme marié et père de famille, être en permanence dans l’attente, dans le manque, a-t-il un sens ? Est-ce sa conception de l’amour ?

Elle décide de prendre un peu de distance et part dans la bastide provençale héritée de ses parents. Histoire de mettre un (grand) écart entre les tourbillons de sa vie parisienne et elle-même. Histoire d’émerger de la chorégraphie du chaos qu’interprète sa vie actuelle.

Une fois encore, force est de constater qu’Agnès Martin-Lugand excelle à explorer l’âme humaine, à décrire des situations et des personnages à ce point justes, que le lecteur vit l’histoire plus qu’il ne la lit. Elle nous interroge sur nos choix de vie, nos priorités, nos besoins, lesquels sont souvent révélés à l’occasion d’un drame : sommes-nous acteur ou spectateur de notre existence ? Peut-on durablement se mentir sans passer à côté de sa vie ? Avec beaucoup de sensibilité, de grâce, elle nous invite à interpréter le ballet de notre vie et non à nous glisser dans les pas des autres. Un roman addictif, qui vous prend en otage dès les premières lignes et ne vous délivre qu’à la dernière page.

Prix Marcel Pagnol 2016 : Astrid Eliard

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Cette récompense littéraire distingue un livre sur le thème du souvenir d’enfance. Le jury, présidé par Jacqueline Pagnol et Daniel Picouly, a couronné le roman Danser, d’Astrid Eliard (au Mercure de France).

Depuis 2010, cette récompense littéraire a su trouver sa place. Bien sûr, ce prix est né, comme l’auteur du Château de ma mère, à Aubagne, en Provence, à l’occasion du festival du livre Terres d’enfance en 2000. Il a été créé et organisé par Floryse Grimaud. Son esprit? Couronner chaque année un livre sur le thème du souvenir d’enfance. Si cette distinction a pris de l’ampleur, elle le doit aussi à son jury présidé par Jacqueline Pagnol et Daniel Picouly. Il est composé d’Azouz Beggag, Guy Goffette, Dominique Guiou, Karin Hann, Xavier Houssin, Stéphanie Janicot, Nicolas Pagnol, Claude Pujade-Renaud et Floryse Grimaud.

Avec cette édition, le Prix Marcel Pagnol fêtait ses seize années. La remise a eu lieu au Fouquet’s Barrière. La lauréate est repartie avec un chèque de 3.000 euros offert par les sociétés Marcel Pagnol Communication et la Compagnie Méditerranéenne de films, qui soutiennent le prix.

Astrid Éliard, qui collabore au Figaro littéraire, avait face à elle de sérieux candidats, dont Jean-Marc Parisis, Claude Gutman, Dominique Sampiero, Isabelle Spaak et François-Guillaume Lorrain.

J’avais chroniqué son roman Danser, en mars dernier :

Danser, Astrid Eliard

Mercure de France, février 2016

Avec beaucoup de tendresse, Astrid Eliard nous entraîne dans le monde des petits rats de l’Opéra. Un monde à part.

Ils sont trois Chine, Delphine et Stéphane. Trois adolescents que les motivations et les origines tant sociales que géographiques, opposent. Mais qu’une seule et unique passion réunit : la danse classique. Une passion et un don pour cet art qui les conduisent cette année à intégrer la prestigieuse Ecole de danse de l’Opéra et son internat.

Qui dit internat dit éloignement familial. Autonomie salvatrice ou douloureuse ? Si d’aucuns y trouvent un nouveau souffle, loin des tensions familiales, d’autres réalisent n’être pas prêts à couper le cordon qui les lie à leurs parents. Et cette école qui les a tant fait rêver, qui a mobilisé toute leur énergie, tous leurs espoirs, se révèle t-elle à la hauteur de leurs attentes ? « Ici on ne danse pas, pas encore en tout cas. On apprend. On travaille. (…) On est crevés, on a mal partout, les jambes sont lourdes, les pieds douloureux, mais la journée qui vient de passer ne nous a pas rassasiés. »

Dans ce roman choral, Astrid Eliard, nous invite à pénétrer dans les coulisses d’un univers très fermé, où la discipline, la rigueur et la persévérance sont reines. La rivalité aussi. Un milieu exigeant s’il en est, qui ne pardonne aucun écart, aucune faiblesse, aucune blessure. Mais aussi particulier soit ce monde, on retrouve les mêmes préoccupations chez ces 3 petits rats que chez les adolescents de leur âge : les premiers émois amoureux, le désir, les doutes, l’autorité, la liberté. Sur la pointe de la plume de l’auteur, le lecteur suit alors la chorégraphie aérienne de ces trois jeunes existences, lesquelles forment un ballet ô combien attachant. Un ballet où la réalité fait tantôt le grand écart avec les rêves, tantôt un pas de deux…

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Danser, de Astrid Eliard (Mercure de France)

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Danser, Astrid Eliard

Mercure de France, février 2016

Avec beaucoup de tendresse, Astrid Eliard nous entraîne dans le monde des petits rats de l’Opéra. Un monde à part.

Ils sont trois Chine, Delphine et Stéphane. Trois adolescents que les motivations et les origines tant sociales que géographiques, opposent. Mais qu’une seule et unique passion réunit : la danse classique. Une passion et un don pour cet art qui les conduisent cette année à intégrer la prestigieuse Ecole de danse de l’Opéra et son internat.

Qui dit internat dit éloignement familial. Autonomie salvatrice ou douloureuse ? Si d’aucuns y trouvent un nouveau souffle, loin des tensions familiales, d’autres réalisent n’être pas prêts à couper le cordon qui les lie à leurs parents. Et cette école qui les a tant fait rêver, qui a mobilisé toute leur énergie, tous leurs espoirs, se révèle t-elle à la hauteur de leurs attentes ? « Ici on ne danse pas, pas encore en tout cas. On apprend. On travaille. (…) On est crevés, on a mal partout, les jambes sont lourdes, les pieds douloureux, mais la journée qui vient de passer ne nous a pas rassasiés. »

Dans ce roman choral, Astrid Eliard, nous invite à pénétrer dans les coulisses d’un univers très fermé, où la discipline, la rigueur et la persévérance sont reines. La rivalité aussi. Un milieu exigeant s’il en est, qui ne pardonne aucun écart, aucune faiblesse, aucune blessure. Mais aussi particulier soit ce monde, on retrouve les mêmes préoccupations chez ces 3 petits rats que chez les adolescents de leur âge : les premiers émois amoureux, le désir, les doutes, l’autorité, la liberté. Sur la pointe de la plume de l’auteur, le lecteur suit alors la chorégraphie aérienne de ces trois jeunes existences, lesquelles forment un ballet ô combien attachant. Un ballet où la réalité fait tantôt le grand écart avec les rêves, tantôt un pas de deux…