Glissez Delphine Bertholon dans votre poche!

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Coeur-naufrage, Delphine Bertholon

Editions Le livre de poche, février 2019

J’ai presque envie de me contenter d’écrire : Lisez-le ! Juste ces deux mots. Non pas comme un ordre, mais comme une ordonnance de bonheur pour tous les amoureux de littérature. Comme un appel à ce que vous ne passiez pas à côté de ce bijou.

Il y a en effet les livres que l’on aime, ceux qu’on adore, ceux qu’on déteste, ceux qu’on oublie, ceux qu’on relit. Et puis il y a LE livre. LA rencontre. Un roman qui vous transporte, vous émeut, vous subjugue par sa remarquable construction, par ses expressions aussi inédites que judicieuses. Un roman qui provoque en vous un tsunami d’émotion dans toutes ses acceptions, qui vous happe, vous interpelle, vous chahute, vous habite cœur et âme. Un roman dont vous peinez à parler tant vous savez que quoi que vous écriviez, ce sera en deçà des éloges qu’il mérite.

C’est le cas du nouveau roman de Delphine Bertholon.

Lyla, célibataire de 34 ans, mène une vie non pas épanouie, mais s’en accommode. Un métier de traductrice, un amant marié, une très bonne copine, un chat fantasque. Elle attend. Tout et n’importe quoi. A commencer par elle-même. « Certains jours je m’attends des heures et je ne me rejoins jamais ; je me pose un lapin, traître de moi-même ».

Jusqu’à ce jour où un message sur son répondeur provoque en elle un choc, une secousse tellurique. Et la ramène brutalement 17 ans en arrière. Un appel qui l’oblige alors à sortir de sa zone de confort. A cesser de fuir, de se fuir. Quel est donc ce secret qu’elle porte comme un fardeau, qui la conduit à faire diversion avec tous ? « Je vis avec cette chose-là depuis dix-sept ans, tapie au fond des os comme une excroissance dont je suis seule consciente, une boule de douleur brûlante comme un soleil. Cette chose-là m’a construite, définie, aggravée, et le sentiment d’avoir pris la bonne décision ne rend pas le présent plus facile. »

Un roman lumineux, brillant, bouleversant. Un bijou d’émotion dans un écrin de talent.

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Celle qui marche la nuit, Delphine Bertholon : une lecture en apnée!

Celle qui marche dans la nuit, Delphine Bertholon

Editions Albin Michel jeunesse, février 2019

Mise en garde : vous ne pourrez plus reposer le livre une fois commencé. Un thriller addictif, qui séduira les ados comme les adultes.

Quand Malo, 15 ans, apprend qu’il va devoir quitter Paris et ses copains, pour suivre son père, sa belle-mère et sa petite sœur Jeanne dans le sud, c’est tout sauf une bonne nouvelle. Aller s’enterrer au fin fond de la campagne pour un Parigot pure souche, cela promet un mortel ennui. Et quand ils arrivent dans cette vaste propriété des pins, sa première impression le conforte dans sa malchance : le lieu est sinistre, digne d’un roman de Stephen King. Et pompon sur la Garonne, il pleut.

Et il n’y a pas que cette baraque biscornue, au bout d’une allée cahoteuse et boueuse, qui rappelle l’atmosphère angoissante du maître de l’horreur. Voilà que Jeanne, 5 ans, se réveille désormais la nuit en poussant des hurlements, figée, le regard vide, avant d’éclater dans d’interminables sanglots. Et de se confier à Malo : la nuit, une amie étrange, prénommée Pauline, vient la voir.

Sauf qu’il n’existe pas de Pauline dans l’entourage actuel de Jeanne, pas plus qu’il n’y en a eu du temps où ils vivaient à Paris. Alors, qui est Pauline ? Une amie imaginaire ? Ou est-ce le déménagement qui a déboussolé Jeanne et lui fait dire n’importe quoi ? Et si Pauline existait vraiment ? Car Malo est lui aussi le témoin de phénomènes étranges…

Delphine Bertholon a l’art de prendre le lecteur par la main et de l’emmener dans son univers. Moi qui ne suis pas particulièrement attirée par les romans pour ados, ai été complètement happée par ce roman : car Delphine Bertholon réussit le tour de force de construire un roman intergénérationnel, qui épouse les codes des ados (langage, passions, préoccupations), mais parle aussi aux adultes. Le lecteur est pris en otage par l’intrigue, happé par la tension permanente. Il se laisse embarquer par les personnages de Malo et de Jeanne, si attachants, par la crédibilité des situations, la justesse du ton, l’atmosphère inquiétante à souhait. Et se lance dans une lecture en apnée de la première à la dernière page. Impossible de deviner la chute.

Celle qui marche la nuit va vous faire lire la nuit, tant vous serez impatients de connaître le dénouement !

Un gros coup de coeur.

Rencontre avec Delphine Bertholon : « J’ai vraiment envie d’aller vers la lumière »

Vous ai-je dis combien j’ai adoré son nouveau roman ? Oui ? Alors je vous le répète : ne passez pas à côté de ce bijou !

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Ce vendredi 2 mars, Delphine Bertholon présentait son nouveau roman, Cœur-naufrage (paru chez JC Lattès), à la librairie Le Genre Urbain (Paris XXe). Une rencontre chaleureuse, à l’image de l’auteur.

Le roman :  Lyla, à l’aube de ses 34 ans, est célibataire, casanière, solitaire. Seuls son travail de traductrice et Zoé, sa meilleure amie fantasque, lui permettent d’échapper à la routine d’un quotidien bien huilé. Jusqu’au jour où un étrange message la renvoie brusquement dix-sept ans en arrière. Cœur-Naufrage, est un roman choral, qui raconte en alternance l’adolescence de Lyla et les conséquences de cet été-là : pour l’adulte qu’elle est devenue, avec ce secret qu’elle porte, et pour Joris, qui découvre à contretemps ce qui s’est joué dix-sept ans auparavant.

On sent à la lecture de roman bouleversant que vous mettez beaucoup de vous.

Ma façon d’écrire un livre se situe tellement dans l’incarnation, je me mets tellement à la place des personnages, que forcement je suis une partie d’eux et ils deviennent une partie de moi. Et donc ce sont mes idées, mes opinions qui émergent dans la fiction.

Dans Cœur-naufrage, il y a plein d’échos à la littérature, notamment parce que Lyla la narratrice est traductrice. Donc vous tissez la narration avec le texte qu’elle est en train de traduire, texte qui entre en écho avec sa propre vie.

J’ai choisi Lyla traductrice car c’est une manière de parler de l’écriture, d’une mise en abyme de l’écriture, avec le côté à la fois solitaire de ce travail-là, et l’ouverture que permet l’amour des mots. L’écriture l’a sauvée, tout comme elle est importante pour moi, m’aide à vivre. J’ai trouvé cette petite astuce pour pouvoir parler de l’écriture, et de mon rapport à elle, à travers le métier de Lyla.

La mère de Lyla est un personnage assez antipathique, jalouse, possessive. Photographe, elle prend souvent sa fille en photo à divers moments de sa vie. Vous avez déjà utilisé la photographie, notamment dans Twist et semblez aimer cet art.

La mère de Lyla est envahissante et l’idée que la photographie s’empare de l’âme me convenait bien ici. J’aime beaucoup l’art de la photographie. Cela me touche, comme peut me toucher le cinéma. J’aime l’image en général. J’apprécie beaucoup notamment une photographe, Sally Mann, laquelle a photographié ses enfants à tous les moments de leur vie, y compris incongrus. Et elle a un rapport au corps qui est extrêmement intéressant.

Le rapport au corps est particulièrement important à l’adolescence. C’est une période qui semble vous intéresser. Pourquoi, parce que c’est une période privilégiée de métamorphose?

Oui, ce qui m’intéresse le plus est le point de rupture, de basculement. Or l’adolescence est par excellence ce moment de changement. On quitte l’enfance, tout est possible, on ne sait pas trop qui on est. J’ai le sentiment que beaucoup de choses se jouent à ce moment-là. On commence à peine à se construire et en même temps le champ des possibles est infini. C’est un moment où l’on est à la fois extrêmement fort et extrêmement fragile, où un infime grain de sable peut nous faire dévier de notre chemin. J’aime bien cette ambivalence-là.

Vous abordez dans ce roman un sujet très délicat et douloureux, mais vous n’accablez pas le lecteur. Il y a notamment le personnage lumineux de Zoé, qui vend des doudous usagés aux parents éplorés.

Oui c’est un personnage haut en couleur qui a l’air d’avoir un rôle secondaire mais qui a un rôle prépondérant. Et puis, mes héros sont toujours beaucoup plus forts que moi, beaucoup plus optimistes que moi. C’est une forme de thérapie en fait. C’est vrai que j’ai tendance à souvent choisir des sujets un peu durs, un peu noirs et en même temps ce n’est pas ma nature profonde. Je n’ai pas envie de plomber le lecteur, qu’il ressorte déprimé, donc sans vouloir aller vers des sujets angéliques, je pars de ces sujets-là qui m’intéressent, mais en y injectant de la lumière. Je crois fondamentalement à la résilience, au fait qu’un certain nombre de choses peuvent se dépasser. Il y a toujours de la lumière, quoi qu’il arrive. C’est ce que j’ai envie de transmettre.

Retrouvez le billet que j’ai consacré à Cœur-naufrage, en cliquant sur ce lien : Chronique de Coeur-naufrage

Glissez Delphine Bertholon dans votre poche!

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Les corps inutiles, de Delphine Bertholon
Editions Le livre de poche, août 2016

Le corps, arme et armure.
Portrait intime de l’adolescence, drame psychologique aux accents de roman policier, Les corps inutiles déroule le fil d’une vie tourmentée par les démons du passé.

La soirée s’annonçait légère pour Clémence. A titre exceptionnel, du haut de ses quinze ans, elle avait en effet obtenu l’autorisation de se rendre à la fête de fin d’année donnée par sa copine de classe.
La rencontre qu’elle fit au détour de la rue avec « l’homme blond » en décida autrement.

Et sa vie de basculer.

La banalisation de l’agression par son camarade de classe Virgile, seule personne à laquelle elle se confia du bout des lèvres ce soir-là, scella sa détermination à n’en parler à personne d’autre. Jamais. « Parce qu’en vérité, personne ne pouvait comprendre ce qui s’était passé, ce soir-là, dans cette rue-là. Personne n’avait senti ce qu’elle avait senti. Vécu ce qu’elle avait vécu. » Et de se répéter les propos de Virgile, tel un mantra : « Allons Clémence, ce n’est pas si grave ! »
Mais son corps refuse d’oublier le traumatisme, se rebelle, se fait le porte-parole de ses cris et de sa peur enfouis. Qui n’a entendu la révolte de son corps, quand la violence des maux n’est que le reflet du silence des mots ? Ce dernier devient comme anesthésié, fermé à toute sensation, douleur comme douceur. Une armure. Mais aussi une arme, celle de Clémence devenue vengeresse. Chaque 29 du mois, date anniversaire maudite de son agression, elle offre en effet ce corps à des inconnus de passage, pour tenter de conjurer le sort, de reprendre le pouvoir: « Ils ne me prendront rien : je me donnerai d’abord. » Question de survie.

Avec ce nouveau roman, Delphine Bertholon nous prouve une fois encore, si besoin était, sa capacité extraordinaire à véhiculer les émotions, à disséquer avec intelligence et sensibilité les âmes au scalpel de sa plume. Le lecteur suit avec une vive émotion Clémence à 15 et 30 ans, le poids des traumatismes engendrés par les mots autant que par l’agression elle-même, la geôle invisible du silence dans laquelle elle s’enferme, la honte et la culpabilité qui grandissent en elle. Mais aussi, sa capacité extraordinaire à s’en sortir. Car la vie resurgit. Plus forte que tout.
Une réussite.
A lire !

Ma vie en noir et blanc, Delphine Bertholon

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Ma vie en noir et blanc, Delphine Bertholon

Éditions Rageot, mai 2016

A partir de 11 ans.

128 P. ; 6,10€

 

Quête d’identité et différence au cœur d’un roman pétillant, sensible et plein d’humour.

Ana, 14 ans, se considère comme une triple erreur de la nature. Un prénom palindrome, un père inconnu au bataillon, et, Chantilly sur le gâteau, une maladie génétique rare : l’achromatopsie. Sous ce terme étrange se cache l’incapacité totale à voir les couleurs. Pour Ana, la vie est donc un film en noir et blanc, avec quelques nuances de gris. Un film dont le scénario ne lui plait guère. Aussi s’évade-t-elle dans l’écriture, avec un roman dont elle est l’héroïne principale. Une héroïne qui lui permet de vivre par procuration tout ce qui lui est interdit. Tout ce qu’elle n’ose pas vivre.

Mais si l’écriture est une salvatrice évasion, la réalité la rappelle bien souvent. Tout particulièrement ce manque du père, térébrante douleur s’il en est. Est-il encore vivant? Sa mère en sait-elle aussi peu sur lui que ce qu’elle veut bien en dire ? Des questionnements qui, à la faveur d’une exposition photographique, pourraient peut-être trouver une réponse. Car pour avancer dans la vie, Ana doit savoir d’où elle vient.

Avec beaucoup de sensibilité, d’humour, de vivacité, des formules inédites savoureuses, Delphine Bertholon offre aux adolescents un très beau roman sur la quête d’identité et la différence.

Coup de cœur de littérature jeunesse !