La thérapie par les livres : Et si les livres vous permettaient de remonter à la surface en cas de grosse chute de moral ? Enquête au pays du livre sur ordonnance.

Le 19 avril dernier, le Nouvel Obs publiait un article édifiant sous la plume de Anne-Sophie Hojlo. Les livres, une thérapie ?

Illustration (Hifu Miyo/Agent 002)

Dans son livre « Vous m’avez manqué. Histoire d’une dépression française » (Les Arènes), paru début avril, le journaliste et éditeur Guy Birenbaum retrace ces mois de 2014 pendant lesquels il a plongé. Et comment il a fini par retrouver la surface, en partie grâce à des lectures dans lesquelles il s’est retrouvé.

Au début de son récit ‘Tomber sept fois et se relever huit’, Philippe Labro raconte qu’il ne cesse de transpirer, sans comprendre ce qui lui arrive. Exactement comme moi à ce moment-là. De même, en lisant ‘Face aux ténèbres’, où William Styron, suicidaire, décrit sa plongée dans la dépression, à chaque page, je pouvais me dire : ‘D’autres avant toi sont passés par cet état.' »

Lire pour se connaître et aller mieux

Guy Birenbaum a pratiqué une forme de bibliothérapie sans le savoir ni même connaître le mot. Lire pour se connaître ou aller mieux : le concept, d’origine anglo-saxonne, commence à se développer en France.

Dès la rentrée de septembre, l’antenne parisienne de la School of Life proposera ainsi des cours de bibliothérapie. Fondée à Londres en 2008 par le philosophe Alain de Botton, cet établissement où l’on apprend « tout ce qu’on n’a pas appris à l’école » propose de puiser dans l’art et la littérature de « bonnes idées pour le quotidien ».

La bibliothérapie y est déjà enseignée parmi des cours de développement personnel plus classiques, de Comment faire durer l’amour à Devenir un winner. Alain de Botton est un des piliers de la discipline depuis son best-seller, en 1997, « Comment Proust peut changer votre vie » (traduit en 2010 chez J’ai Lu).

Prescription sur mesure

« La vie est trop courte pour s’infliger de mauvais livres », lit-on sur le site de la School of Life à la rubrique Bibliothérapie.

Mais avec un nouveau livre publié toutes les 30 secondes, il peut être difficile de savoir par où commencer. »

Moyennant 80 livres sterling (110 euros environ), l’école propose à ses disciples de trier pour eux le bon grain de l’ivraie.

L’élève commence par remplir un questionnaire sur ses goûts littéraires, sa personnalité, ses soucis éventuels, quelques jours avant sa séance. Celle-ci peut se dérouler autour d’une tasse de thé dans les locaux de l’école, situés dans le quartier branché de Bloomsbury, ou par Skype. Après 45 minutes de « consultation », on ressort avec une première ordonnance dressée sur mesure, avant d’en recevoir une autre, plus détaillée, quelques jours plus tard.

Sont également disponibles des séances de bibliothérapie pour enfant ou pour couple, avec une prescription commune (un parfait cadeau de mariage ou de Saint-Valentin, vante le site). Sur l’ordonnance, pas de livres de développement personnel, mais plutôt du Shakespeare ou du Tolstoï. Romans, nouvelles, contes ; classiques ou contemporains… Prônant dans son dernier livre l’art comme thérapie, Alain de Botton croit aux bénéfices de la littérature, la vraie.

(CCO/geralt via Pixabay)

Bibliocoaching

Majoritairement, la bibliothérapie anglo-saxonne donne la part belle aux livres d’auto-entraînement, ou self-help books, dans le cadre des reading therapies. Emilie Devienne s’inscrit dans cette lignée. Elle-même auteur de ce genre d’ouvrages, elle les propose au même titre que des romans plutôt grand public, des biographies et des témoignages lors des séances de bibliocoaching qu’elle donne depuis deux ans, à Paris et à Aix-en-Provence.

J’étais déjà coach, on me demandait des conseils de lecture, je me suis dit qu’il y avait quelque chose à monter. »

Le programme se découpe en deux sessions individuelles de deux heures chacune, facturées 400 euros au total. La première s’apparente à une séance de coaching classique, agrémentée de questions sur les lectures du client : un livre l’a-t-il marqué ? En quoi parle-t-il de lui ? Décrit-il des situations qui l’ont agacé ? Le lendemain, il reçoit une liste de trois ouvrages.

Du dilemme amoureux à la reconversion professionnelle

A Rémi, 34 ans, prof de maths tenté par une reconversion dans la restauration, et qui ne parvient pas à choisir entre les trois femmes qu’il fréquente simultanément, Emilie Devienne « prescrit » un roman d’Eric-Emmanuel Schmitt, « Lorsque j’étais une oeuvre d’art », qui montre qu' »on a plusieurs personnalités » et deux livres de développement personnel­ « la Recherche de soi » et « Trouver sa place au travail ».

Lors de la seconde séance, ils parleront de ce qu’il a lu, de ce qui lui est tombé des mains. Elle lui demandera quels passages l’ont marqué, quels personnages il a aimés ou non, s’ils lui ont évoqué des membres de son entourage, quelle suite il pourrait écrire. La bibliocoach, qui assure une vingtaine de ces séances par an, estime :

Le livre est un prétexte pour continuer la discussion. »

Vertus bienfaitrices du livre

Les livres de développement personnel ? Très peu pour Régine Détambel. Dans son essai « Les livres prennent soin de nous » (Actes Sud), paru fin mars, elle peste contre les publications « à l’eau de mélisse », ces « titres convenus, qui n’ont jamais fait de mal à personne, expliquant le plus rationnellement du monde comment ne pas se gâcher la vie afin de retrouver le sommeil pour ne pas craquer au travail et savoir s’affirmer ».

Elle prône quant à elle une bibliothérapie « créative », c’est-à-dire fondamentalement littéraire. Lors des formations d’une journée qu’elle dispense à Montpellier, chez elle, ou en bibliothèque, l’écrivain explique plutôt comment Hemingway et Goethe peuvent nous apaiser ou au contraire nous réveiller, en tout cas « élargir nos existences étriquées et toutes tracées ».

Kiné de formation, elle est même persuadée des vertus bienfaitrices du livre en tant qu’objet : la caresse du papier, la netteté des caractères imprimés, l’odeur des pages neuves… Guy Birenbaum ne dit pas autre chose :

Pour aller mieux, j’ai retrouvé le chemin du papier et de l’écriture à la main, moi qui m’étais enfermé dans les écrans. »

Le livre n’est pas mort, il bouge encore !

Source : Le Nouvel Obs du 19.04.2015

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Camille s’en va, de Eliane Girard (Buchet Chastel)

Camille s’en va, Eliane Girard

Editions Buchet Chastel, mars 2015

 

Roman d’une fugue, Camille s’en va parle autant des excès de notre société que de la solidarité qui, envers et contre tout, autorise l’espoir.

Pour Maryline, la vie s’est arrêtée douze ans plus tôt, le soir où son mari a été la victime innocente d’un braquage. Depuis ce jour maudit, elle vit recluse dans son appartement, shootée aux antidépresseurs et autres anxiolytiques. Un appartement qu’elle partage avec sa fille Camille aujourd’hui âgée de 18 ans. Camille, son trésor, son seul lien à la vie. Submergée par l’angoisse qu’un autre drame ne survienne, que la vie lui arrache sa fille comme elle lui a arraché son mari, elle prive cette dernière de liberté, limite ses moindres déplacements. L’extérieur, le monde réel, auquel elle n’a plus accès qu’à travers le prisme de la télévision, lui parait si hostile, si dangereux. A contrario, l’extérieur incarne pour Camille le lieu de tous les possibles, la liberté, la vie, comme le lui renvoient les émissions de télé-réalité qu’elle regarde. Et de s’imaginer en héroïne d’un jeu télé, partant à l’aventure, sans argent, comptant sur la seule bonne volonté des habitants croisés en chemin. Une perspective séduisante.

Si séduisante qu’un jour elle décide de la mettre en pratique. Elle quitte le cocon étouffant de la maison et fugue, part à la rencontre des autres, d’elle-même, de la vie.

Avec Camille s’en va, Eliane Girard dresse le portrait de personnages attachants, des êtres blessés en quête de sens, funambules en équilibre fragile sur le fil de la vie. Un chemin initiatique parsemé de désillusions mais aussi d’agréables constats sur le genre humain.

Touchant.

 

Nombre de pages : 268

Prix éditeur : 15€

Gilles Paris dans votre poche : c’est aujourd’hui en librairie!!!

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Au pays des kangourous, de Gilles Paris

Editions J’ai lu, janvier 2014

Vous avez été nombreux à plébisciter le magnifique roman de Gilles Paris, Au pays des kangourous, paru en janvier 2012 aux éditions Don Quichotte.

Un roman couronné par de nombreux prix : Prix Coeur de France 2012, Prix Roman de la Ville d’Aumale 2012, Prix Folire 2012, Prix des lecteurs de la Bibliothèque de Bar-sur-Seine, …

Aussi, ne manquez pas dès aujourd’hui sa parution en format de poche aux éditions J’ai lu!

Bondissez sur ce kangourou et glissez-le dans votre poche (et non l’inverse)!

 

Le livre :

Simon est un petit garçon de neuf ans terriblement attachant. Fils unique, il est le complice de toujours de son papa, écrivain, plus exactement nègre de profession. Sa maman, Carole, femme très ambitieuse, a décroché un poste à hautes responsabilités en Australie. Elle s’y rend donc fréquemment pour des missions. Une mère souvent absente, y compris quand elle est physiquement présente, faute de savoir montrer son amour à son fils. Faute de lui faire sentir qu’il existe dans son regard autrement que par la transparence. « Je vois si peu maman. Elle fait à peine attention à moi. Jamais de caresse sur la tête comme papa. Elle m’embrasse toujours sur ses doigts. (…) Un baiser sur ses doigts et elle souffle dessus pour qu’il s’envole vers moi. Mais le vent est toujours mauvais avec maman, et son baiser disparaît avant de m’atteindre. » D’où cette proximité d’autant plus grande avec Paul, son papa. Jusqu’à ce matin où Simon le retrouve dans le lave-vaisselle. « En entrant dans la cuisine, j’ai vu le panier en plastique sur le sol, avec le reste de la vaisselle d’hier soir. J’ai ouvert le lave-vaisselle, papa était dedans. (…) il était tout coincé de partout. Et je ne sais pas comment il a pu rentrer dedans : il est grand mon papa. »

Paul est alors hospitalisé. Carole absente, c’est Lola, la grand-mère maternelle un peu excentrique et très aimante qui prend Simon délicatement sous son aile.

Et les interrogations de submerger l’enfant. De quoi souffre son père? Pourquoi ce regard éteint et effrayé ? Pourquoi cette fatigue intense? Pourquoi ces médicaments ? Pourquoi l’hôpital? Et la chambre de son papa dont on lui interdit l’accès, que cache t-elle ? Des questions obsédantes auxquelles les grands n’apportent pas de réponse. Ou tout du moins pas de vraie réponse. Par désir de protéger Simon. Parce que la dépression dont son père souffre est une maladie difficile à comprendre pour les adultes eux-mêmes, une maladie qui fait peur, qui dérange, comme si l’angoisse et le désespoir perçus dans le regard du malade risquaient d’être contagieux, non seulement en le croisant, mais même simplement en l’évoquant.

La dépression, sa mère, le monde des adultes, tout ce qui lui est lointain, physiquement ou par la compréhension, relève pour lui du pays des kangourous : un autre monde. Un monde dans lequel Simon veut entrer, qu’il veut comprendre. Et c’est Lily, une fille mystérieuse à l’air grave, au beau regard violet et à la voix douce qu’il croise dans les différents hôpitaux fréquentés par son père, qui lui ouvrira la porte sur ce monde de la dépression avec un parler vrai, accessible, sans faux-fuyants. La dépression, cet autre qui entre en soi, ce poison qui teinte tout de noir, qui garde éveillé jour et nuit et coupe des autres.

La dépression, cette maladie du mal à dire. Ces bleus à l’âme dont on ne voit pas les ecchymoses.

C’est avec un regard plein de fraîcheur, de poésie, de douceur, celui d’un enfant de 9 ans, que Gilles Paris nous emmène dans ce bouleversant voyage : celui de la compréhension de cette pathologie . Un roman plein d’amour, de tendresse, d’humour. Une véritable ode à la tolérance sur ce mal de vivre trop souvent considéré à tort comme un simple laisser-aller, quand il s’agit en réalité d’une vraie maladie.

Poignant, magnifique, rédigé d’une plume à la sensibilité aussi vibrante que belle, ce roman de Gilles Paris est un anticyclone sur la dépression. A lire absolument !

Au pays des kangourous, de Gilles Paris : Un anticyclone sur la dépression

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Au pays des kangourous, de Gilles Paris

Editions Don Quichotte, Janvier 2012

 

Un anticyclone sur la dépression.

 

      Simon est un petit garçon de neuf ans terriblement attachant. Fils unique, il est le complice de toujours de son papa, écrivain, plus exactement nègre de profession. Sa maman, Carole, femme très ambitieuse, a décroché un poste à hautes responsabilités en Australie. Elle s’y rend donc fréquemment pour des missions. Une mère souvent absente, y compris quand elle est physiquement présente, faute de savoir montrer son amour à son fils. Faute de lui faire sentir qu’il existe dans son regard autrement que par la transparence. « Je vois si peu maman. Elle fait à peine attention à moi. Jamais de caresse sur la tête comme papa. Elle m’embrasse toujours sur ses doigts. (…) Un baiser sur ses doigts et elle souffle dessus pour qu’il s’envole vers moi. Mais le vent est toujours mauvais avec maman, et son baiser disparaît avant de m’atteindre. » D’où cette proximité d’autant plus grande avec Paul, son papa. Jusqu’à ce matin où Simon le retrouve dans le lave-vaisselle. « En entrant dans la cuisine, j’ai vu le panier en plastique sur le sol, avec le reste de la vaisselle d’hier soir. J’ai ouvert le lave-vaisselle, papa était dedans. (…) il était tout coincé de partout. Et je ne sais pas comment il a pu rentrer dedans : il est grand mon papa. »

      Paul est alors hospitalisé. Carole absente, c’est Lola, la grand-mère maternelle un peu excentrique et très aimante qui prend Simon délicatement sous son aile.

      Et les interrogations de submerger l’enfant. De quoi souffre son père? Pourquoi ce regard éteint et effrayé ? Pourquoi cette fatigue intense? Pourquoi ces médicaments ? Pourquoi l’hôpital? Et la chambre de son papa dont on lui interdit l’accès, que cache t-elle ? Des questions obsédantes auxquelles les grands n’apportent pas de réponse. Ou tout du moins pas de vraie réponse. Par désir de protéger Simon. Parce que la dépression dont son père souffre est une maladie difficile à comprendre pour les adultes eux-mêmes, une maladie qui fait peur, qui dérange, comme si l’angoisse et le désespoir perçus dans le regard du malade risquaient d’être contagieux, non seulement en le croisant, mais même simplement en l’évoquant.

      La dépression, sa mère, le monde des adultes, tout ce qui lui est lointain, physiquement ou par la compréhension, relève pour lui du pays des kangourous : un autre monde. Un monde dans lequel Simon veut entrer, qu’il veut comprendre. Et c’est Lily, une fille mystérieuse à l’air grave, au beau regard violet et à la voix douce qu’il croise dans les différents hôpitaux fréquentés par son père, qui lui ouvrira la porte sur ce monde de la dépression avec un parler vrai, accessible, sans faux-fuyants. La dépression, cet autre qui entre en soi, ce poison qui teinte tout de noir, qui garde éveillé jour et nuit et coupe des autres.

      La dépression, cette maladie du mal à dire. Ces bleus à l’âme dont on ne voit pas les ecchymoses.

      C’est avec un regard plein de fraîcheur, de poésie, de douceur, celui d’un enfant de 9 ans, que Gilles Paris nous emmène dans ce bouleversant voyage : celui de la compréhension de cette pathologie . Un roman plein d’amour, de tendresse, d’humour. Une véritable ode à la tolérance sur ce mal de vivre trop souvent considéré à tort comme un simple laisser-aller, quand il s’agit en réalité d’une vraie maladie.

      Poignant, magnifique, rédigé d’une plume à la sensibilité aussi vibrante que belle, ce roman de Gilles Paris est un anticyclone sur la dépression. A lire absolument !