Danser au bord de l’abîme, Grégoire Delacourt (JC Lattès)

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Danser au bord de l’abîme, Grégoire Delacourt

Editions JC Lattès, février 22017 

Après On ne voyait que le bonheur, Grégoire Delacourt explore dans ce roman virtuose la puissance du désir et la fragilité de nos existences.

« J’aimais ma vie. J’étais l’une de ces femmes heureuses. » Emma, 40 ans, mariée, trois enfants, mène une vie paisible auprès d’Olivier, un homme attentionné et aimant. Et pourtant. Pourtant, il aura suffi d’une vision, celle d’un homme aperçu dans une brasserie, pour que ses certitudes soient torpillées, son corps carbonisé de désir, sa raison pulvérisée. Il aura suffi d’une vision, une seule vision, pour qu’en elle naisse l’envie, le besoin impérieux de tout quitter.

Comment quitter ceux que l’on continue à aimer ? Comment être crédible auprès des êtres chers, quand on leur annonce notre départ tout en leur réitérant nos sentiments ?  « L’amour est épuisant et avec Olivier je n’étais pas épuisée. » Emma découvre avoir des faims, des soifs, qu’elle ne soupçonnait pas jusqu’alors. « Je crois que l’on trébuche amoureux à cause d’une part de vide en soi. Un espace imperceptible. Une faim jamais comblée. C’est l’apparition fortuite, parfois charmante, parfois brutale, d’une promesse de satiété qui réveille la béance, qui éclaire nos manques et remet en cause les choses considérées comme acquises et immuables. » Partir pour une promesse de plus grand, plus fort, plus beau. Pour satisfaire un besoin d’absolu.

En contrepoint de l’agitation qui anime Emma, Grégoire Delacourt évoque l’histoire de la chèvre de Monsieur Seguin. Une chèvre heureuse aux bons soins de ce dernier, et qui pourtant désire plus que tout aller dans la montagne, dût-ce y sévir le loup. Un risque qu’elle est prête à encourir tant elle a soif de liberté…

Danser au bord de l’abîme est un roman bouleversant sur le vertige du désir, cette tornade qui peut tout balayer dans nos vies, défie toute raison, toute explication. Un roman indiciblement émouvant et juste sur le courage d’être soi. Vivre ses rêves et dynamiter les barrages des convenances pour répondre à l’appel de la vie. Même si cet appel est porteur de promesses plus que de certitudes… Un coup de cœur! ❤

Citation du jour

 » C’est bizarre, mais je pense que les livres ne sont pas, contrairement à ce qu’on dit, de l’ordre de la littérature, qui est finalement un petit canton, mais de l’ordre de la vie, c’est-à-dire du désir. Or, on ne peut pas susciter artificiellement un désir. Les besoins, oui, on peut les créer et les satisfaire, ou pas. J’ai besoin d’une pomme, je l’achète, je la mange, le besoin est momentanément éteint. Le désir, c’est autre chose, c’est une histoire d’amour, une histoire passionnelle qui va entrer loin dans la vie de l’autre. Le désir ébranle la chair, l’esprit, tout.  »

Christian Bobin

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Celle que vous croyez, Camille Laurens (Gallimard)

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Celle que vous croyez, Camille Laurens

Éditions Gallimard, janvier 2016

Rentrée littéraire.

 

En un vertigineux jeu de miroirs entre réel et virtuel, Camille Laurens raconte les dangereuses liaisons d’une femme qui ne veut pas renoncer au désir.

Claire, 48 ans, divorcée, professeur agrégé de l’université, ne supporte pas d’ignorer les faits et gestes de son ex-compagnon, Jo. Intolérante à son absence, elle imagine alors un stratagème : se créer un faux profil sur Facebook et devenir amie avec le plus proche copain de Jo, un dénommé Chris. Ainsi aura-t-elle indirectement de ses nouvelles, sans se dévoiler.

Et d’usurper l’identité d’une brune de 24 ans trouvée au hasard sur Google. Et d’épouser les goûts de Chris pour attirer son attention. Succès, Chris l’accepte en amie et commence à échanger avec elle par mail. Mais voilà Claire victime de son propre piège : celle qui s’était rapprochée de Chris uniquement pour avoir des nouvelles de Jo, se découvre une attirance pour Chris. Une attirance réciproque de surcroît. Voilà qui complique tout. Chris se fait de plus en plus pressant, veut lui téléphoner, la voir. Comment faire pour que ce dernier ne découvre pas la supercherie lors du passage du virtuel au réel ? Quel avenir peut avoir cette relation basée sur le mensonge ?

Et c’est là que l’auteur réalise un véritable tour de force. Construits sur une très belle architecture romanesque, ce sont plusieurs potentiels devenirs que Camille Laurens propose à cette relation, en se plaçant de différents points de vue. Et de jouer avec le lecteur, en équilibre sur le fil de sa plume, sur la frontière ténue entre réalité et fiction.

Dans un style très maitrisé, un langage ciselé, Camille Laurence nous offre une très fine et très pertinente réflexion sur la manipulation, les faux-semblants à l’heure du virtuel et des réseaux sociaux. Qui et que croire ? Elle invite par ailleurs à réfléchir sur le désir des femmes à l’aube de la cinquantaine, leur image et leur place dans la société. Brillant.

A lire !

 

P.41 : La différence c’est que tous les hommes ont un avenir. Toujours. Un à-venir. Un avenir sans nous. Les hommes meurent plus jeunes. Peut-être. Mais ils vivent plus longtemps.

P.170 : Le désir veut conquérir et l’amour veut retenir. Le désir, c’est avoir quelque chose à gagner et l’amour quelque chose à perdre.

P.71 : Un livre ne tient pas toutes les promesses du désir. Il en est l’un des aboutissements. Mais il traduit le plaisir qui est venu après la montée du désir, son épiphanie. S’il n’y a pas ça dans un livre, il n’y a rien.