Il n’est jamais plus tard que minuit, Isabelle Never

Il n'est jamais plus tard que minuit Isabelle Never

©Karine Fléjo photographie

Elle a perdu son mari et ses deux filles dans un accident d’avion en Birmanie. La reconstruction lumineuse d’une femme qui a perdu tous ses repères : une femme sans homme, une mère sans ses enfants, une parisienne en Asie. L’histoire touchante d’une résilience matinée de sagesse orientale.

Tout perdre et tout reconstruire

Le sol s’est ouvert sous ses pieds quand le ciel lui a volé ses deux filles et son mari dans un accident d’avion. Eux qui vivaient si heureux, si insouciants en Birmanie et croyaient avoir la vie devant eux. Mais la narratrice se retrouve aujourd’hui seule, avec le sentiment que sa vie est derrière elle.

« Chaque jour qui passait était une sorte de choix. Cette existence que je ne désirais plus me retenait, ou je m’y accrochais malgré moi. Comment trouvais-je la force de vivre tout en souhaitant à chaque instant que tout s’arrête ? »

Paris la déprime, lui fait ressentir par sa grisaille et sa pluie l’absence des êtres chers. Elle décide alors de prendre un aller simple pour Rangoun, là où ils vécurent si heureux. Au fil des rencontres avec des amis et inconnus birmans, elle découvre une autre conception de la vie et de la mort, de la solitude, de la douleur. Une forme de sagesse.

« Toutes les épreuves ont un sens, si on les regarde sous le bon angle. »

Au fil des semaines, la narratrice apprend à traverser la vie, à ne pas entrer en résistance avec les difficultés, les douleurs et le chagrin rencontrés. Elle se reconnecte progressivement avec elle, ses besoins, son essentiel.

« Seule. Je le suis. Seule, c’est à moi qu’il revient de décider ce que sera ma vie. Pas me résigner, juste apprendre à accepter. Pas perdre l’espoir, mais gagner la sagesse. »

 

Le voyage est une fuite et une quête

Ce roman ne doit pas effrayer par son sujet. Certes, la perte des siens est une terrible épreuve, la plus terrible même, mais ce roman porte essentiellement sur la renaissance à la vie, la renaissance à une forme de sagesse. C’est donc un roman d’espoir, de reprise en mains des rênes de sa vie. Si le voyage de la narratrice était au tout début une fuite, fuite de la douleur, fuite de la solitude, fuite des souvenirs, il devient une quête : quête de sérénité, quête de sagesse, quête d’une meilleure connaissance de soi. Un regard très intéressant d’Isabelle Never, sur la culture birmane, culture qu’elle connaît bien car son travail dans l’humanitaire l’a conduite à vivre plusieurs années en Birmanie et actuellement au Laos. Comme le dit ce proverbe birman : «  Il n’est jamais plus tard que minuit », car après minuit, commence un nouveau jour.

Un roman très touchant, très profond, une écriture sensible et très vivante. Et une immersion passionnante dans la culture et la sagesse orientales.

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Rentrée littéraire : Petit frère, Alexandre Seurat

Petit frère, Alexandre Seurat

©Karine Fléjo photographie

Face à la disparition de son frère, qui a toujours eu une conduite à risques, le narrateur s’interroge sur ce qu’il aurait pu faire ou dire pour le remettre sur sa trajectoire, pour éviter cette fatale sortie de route. Il le fait alors revivre dans ses souvenirs. Un roman sombre et émouvant.

Perte d’un être cher et culpabilité

Suite à la disparition de son frère et ce, bien que la conduite à risques de ce dernier, ses excès en tous genres aient pu laisser présager une mort précoce, la douleur du narrateur est térébrante, le vide lancinant. Tout ce qu’il est parvenu à lui dire, avant ce jour fatal est : « Il faut que tu te sauves ». Des mots bien trop faibles pour apaiser les maux de son frère. Ce dernier s’était alors contenté de nier son état, comme toujours, avec sa réplique fétiche : « T’inquiète mec, tout va bien. » Quelque temps plus tard, suite à une soirée trop arrosée, il est retrouvé mort chez lui.

Dans son appartement, au fond d’un meuble, le narrateur trouve des petits carnets noircis par son frère. Il se plonge alors dans leur lecture, déroulant le fil de la vie de cet homme qui semblait extérieurement avoir tout pour lui. Tout sauf la paix intérieure. Enfant déjà, sa beauté happait les regards. Un enfant qui très tôt, se faisait remarquer par son hyperactivité, sa faim abyssale d’affection et d’amour, son hypersensibilité. Puis d’autres désordres s’invitèrent dans sa vie, comme la boulimie, ce sentiment insurmontable d’injustice, mais aussi la violence comme forme d’expression, y compris avec ses proches. Hospitalisations multiples en service de psychiatrie, traitements lourds, rien n’y a fait. Drogue et alcool sont devenus ses exutoires, les seuls artifices à même de lui faire voir encore la vie avec envie.

Un roman émouvant et sombre

Le narrateur cherche des réponses à ses questions : aurait-il pu empêcher cela ? Lui, mais aussi ses parents, auraient-ils dû se remettre davantage en question pour aider son frère et lui éviter une mort prématurée ? A quel moment son frère a-t-il quitté la trajectoire de la vie pour flirter avec le précipice de la mort ? Secrets de famille, difficulté de communication, blessures d’enfance sont autant de pierres qui ont bâti sa tombe. Et la culpabilité de s’engouffrer dans l’esprit de ceux qui survivent.

Un roman écrit avec beaucoup de sensibilité, mais relativement sombre. A ne pas lire les jours de pluie ou quand le moral n’est pas au beau fixe !

Le rêve de la baleine, Ben Hobson : magnifique

le rêve de la baleine Ben Hobson

©Karine Fléjo photographie

Après le décès de sa mère, Sam, 13 ans, doit composer avec son chagrin et avec celui de son père. Un homme taiseux, qui a l’habitude de s’absenter plusieurs mois pour aller dépecer les baleines dans une usine. Comment vivre avec la douleur et l’absence ? Comment réinventer sa vie, tant pour le fils que pour le père ? Un conte initiatique d’une grande beauté.

Deuil et reconstruction

Ils menaient une existence heureuse tous les trois, malgré les absences régulières du père pour aller travailler plusieurs mois à l’usine, sur une île éloignée. Puis ce fut le drame : après une longue maladie, la mère de Sam décède. Non seulement le jeune garçon va devoir composer avec son chagrin, mais aussi avec le caractère taiseux de son père.

Ce dernier a d’ailleurs tout vendu, sans en parler à son fils. La maison où ils vivaient tous les trois, leurs affaires, tout lui rappelle cette vie de famille qui n’est plus.

Faire table rase. Mettre une distance physique avec son passé pour mieux le dépasser.

Il propose à son fils d’arrêter l’école et de l’accompagner à l’usine. Une perspective angoissante pour l’enfant, qui va devoir surmonter la cruauté de ce métier de dépeceur de baleine, l’extrême dureté des conditions de travail sur une île malmenée par la météo, à un moment où de surcroît il aurait eu besoin de douceur et de réconfort. Mais Sam garde ses appréhensions pour lui. Il s’agit de ne pas décevoir son père, de jongler avec ses sautes d’humeur, pour s’attirer sa bienveillance et non son agressivité. Pas simple pour un enfant jeté du jour au lendemain dans le monde des adultes.

Entre un père taciturne, dur, en apparence indifférent, et un enfant sensible, affectueux, avide de reconnaissance, les liens parviendront-ils à se tisser ? Réussiront-ils à surmonter leur chagrin, à s’apprivoiser, pour construire une vie ensemble ?

Un roman initiatique bouleversant

C’est un roman magnifique que nous offre Ben Hobson dans Le rêve de la baleine, un roman où l’envie de vivre est plus forte que tout. Sans verser dans le pathos, l’auteur nous entraîne sur Moreton Island, une île sauvage battue par les vents, aux côtés d’un père et de son fils qui tentent de rester debout, de trouver leur place dans un contexte hostile. Le ton est juste, l’écriture fluide, la tension narrative croissante, de sorte qu’on peine à reposer le livre une fois commencé.  A la lecture de ce texte sensible, imagé, le lecteur a envie de prendre le petit Sam dans ses bras, de lui apporter de la chaleur, du réconfort, tant l’auteur a su le rendre attachant, bouleversant d’humanité. Un petit garçon combattif, merveilleux, qui ne s’oublie pas de sitôt le livre refermé. Un très beau voyage au large de Brisbane, sur les côtes australiennes. Un gros coup de cœur !

Égarer la tristesse, Marion McGuinness

égarer la tristesse Marion McGuinness

©Karine Fléjo photographie

Le simple titre est de toute beauté. Un premier roman extrêmement touchant, envoûtant, sur deux solitudes qui se rencontrent et s’apprivoisent. Parce qu’il vient toujours un moment où il devient possible d’égarer sa tristesse et de ne plus s’égarer en elle.

Se reconstruire après une épreuve

Elise, la trentaine, vit repliée sur elle-même depuis le décès de son mari alors qu’elle attendait leur premier enfant. Victime d’un anévrisme, la disparition de ce dernier a fait voler en éclat leur bonheur, leurs projets. Elise se retrouve avec un bébé à élever seule, contrainte à tenir debout pour ce petit être qui fait ses premiers pas dans la vie. Tenir debout est une chose, mais sourire, espérer, vivre et non survivre, est au-dessus de ses forces. Croiser des gens qui sourient tandis qu’elle n’est que géhenne lui est cruel.

Témoin de son naufrage, une vieille dame prénommée Manou, voisine d’Elise, l’exhorte à réagir, à ne plus perdre un jour de plus : « Je t’ai laissé un an pour pleurer. Maintenant, je te demande de vivre. »

Et de lui faire une proposition inattendue : elle lui remet le trousseau de clés de sa maison de Pornic et lui propose d’aller y séjourner le temps qu’il faudra avec son enfant, pour se ressourcer. Pour délocaliser sa tristesse. Elise finit par accepter, plus pour fuir sa mère envahissante que par réelle envie d’aller au bord de la mer.

Alors qu’elle commence à mieux dormir, à souffler un peu dans ces lieux où rien ne lui rappelle son défunt mari, Clément, le petit-fils de Manou, débarque dans la maison de Pornic pour y faire des réparations. Un jeune homme dont le sourire permanent agresse Elise, lui renvoyant sans cesse ce dont elle n’est plus capable : être heureuse.

Mais derrière ce sourire, Clément est-il si heureux qu’il l’affiche ? Pourquoi Manou a-t-elle prêté sa maison à Elise alors qu’elle savait que Clément allait y séjourner aussi ? Ses intentions étaient-elles si innocentes que cela ? Deux êtres blessés et méfiants peuvent-ils s’apprivoiser ?

Un roman sensible, délicat et positif

La plume de Marion McGuinness est sensible, juste dans l’analyse de la psychologie des personnages et des situations. Au fil des pages, elle sait créer une intimité entre ses personnages et le lecteur, personnages principaux comme secondaires, de sorte que le lecteur suit leurs difficultés, leurs espoirs, leurs tentatives avec émotion et empathie. Deux êtres malmenés par la vie sont-ils plus à même de se comprendre et de s’entendre ? Ou au contraire, leur sensibilité à fleur de peau rend-elle toute approche et tout apprivoisement impossibles ? N’ayez pas peur du sujet : ce roman est tout sauf sombre. C’est au contraire un roman positif, aux personnages très attachants, qui continuent à hanter l’esprit une fois la lecture terminée.

Rencontre avec Olivia de Lamberterie :  » Je vais essayer d’inventer une manière joyeuse d’être triste »

Le 22 août dernier, les éditions Stock ont publié le premier livre d’Olivia de Lamberterie : Avec toutes mes sympathies. Rencontre avec l’auteur.

Comment est née l’idée de ce livre ? 

 J’étais à ce point anéantie de chagrin, que je ne pouvais plus lire. Or lire était mon métier. Donc je me suis dit, qu’est-ce que je vais faire, je ne vais pas devenir critique de patinage artistique ?  Les livres faisaient partie de ma vie. J’avais toujours refusé d’écrire parce que je trouvais que je n’avais rien à dire. Et là, pour la première fois, écrire était vraiment un besoin vital. D’abord, parce que mon frère me l’avait demandé une des dernières fois où je l’avais vu. Et j’aimais tellement mon frère que je crois que s’il m’avait demandé de traverser l’enfer en auto-stop, j’y serais allée. Donc là je me suis dit, OK je vais faire. Et pas du tout dans une visée thérapeutique, mais parce que j’ai trouvé que c’était un personnage de roman, qu’il était très flamboyant, que depuis l’enfance il m’avait portée dans son sillage. Et que j’avais envie de lui rendre hommage.

Vous dites : « Nous sommes presque des amnésiques ». C’est-à-dire qu’à travers cette histoire, vous réalisez qu’autant vous avez la mémoire des autres, autant vous avez une mémoire très impressionniste sur votre enfance Et ce livre vous pousse à vous interroger sur la famille, sur vos liens, sur le passé.

 Oui tout d’un coup tout est remonté, tous les souvenirs d’enfance. On a toujours été très très proches avec mon frère et soudain, devant mon ordinateur, je me souvenais de ce petit garçon blond, qui adorait jouer au cow-boy. On regardait d’ailleurs ensemble le samedi après-midi Les mystères de l’Ouest, ce qu’il avait rendu fou des cow-boys. Et je lui avais dit : comment vais-je pouvoir jouer avec toi, car les cow-boys c’est très genré, il n’y a pas de cow-girl. Et soudain il a pris la table à repasser, l’a mise devant moi et m’a dit : « toi tu feras la fille du saloon, voici le bar ». Ces souvenirs sont donc remontés de même que ceux de notre famille. Car on est une famille à la fois traditionnelle, une famille très fantaisiste, qui a le triste record du monde du nombre de suicidés. En même temps, c’est une famille très joyeuse, très fantaisiste. J’avais par exemple un grand-père qu’on adorait, mais qui était très étrange, et qui pensait que tout le monde voulait le voler et notamment les banques. Alors il avait rangé son argent dans des Tupperware en plastique, qu’il avait enterrés dans le jardin de sa maison de Cannes, où on passait nos étés. Et il a oublié où il les avait enterrés. Alors le soir, à mes sœurs, mon frère et moi, il nous donnait des pelles et des râteaux de plage en plastique et on devait chercher les trésors dans le jardin.

En faisant un portrait de ce frère, c’est aussi votre portrait que vous faites, en parlant de vos lectures d’enfance, de ce qui vous a construit, et c’est une façon de se rendre compte que ce que l’on est aujourd’hui est la somme de tous ces instants partagés avec des êtres qui nous sont chers dans l’enfance.

Oui, je me suis rendu compte que je ne pourrais pas faire l’économie de cet autoportrait et de cette relation très forte, que nous avons nouée dans l’enfance et qui ne s’est pas distendue avec le départ de mon frère à Montréal quand il a été nommé directeur artistique de Ubisoft. Je me souviens que quelques jours avant sa mort je lui ai écrit un mail en lui disant : « Si je tends la main, malgré l’océan je peux te toucher ». Et il m’a répondu sans mots, en m’adressant la photo de nous enfants, qui figure en couverture de ce livre.

Vous n’entrez pas dans le schéma du deuil, qui consisterait à mettre de côté, gentiment mais de côté, l’être aimé. Mais au contraire, il y a cette volonté d’intégrer son absence comme une présence au quotidien.

 Oui, car après sa mort, beaucoup de gens m’ont dit, « Il faut que tu fasses ton deuil », ou cette phrase que je trouve relativement atroce « ça va passer ». Et moi, très vite, je me suis rendu compte que je ne voulais pas que ça passe. Et puis en même temps, je suis mariée, j’ai trois fils, mon frère était très joyeux, même si la mélancolie a fini par gagner, et moi je crois être une personne assez joyeuse. Et du coup, j’ai beaucoup réfléchi et je me suis dit : « Je ne veux pas que cela passe, je vais essayer d’inventer une manière joyeuse d’être triste, je vais essayer d’apprivoiser la mort ». Et de manière plus générale, plus universelle, je ne voulais pas que ce soit un récit fermé, je voulais que ce soit un récit ouvert, qui interroge sur ce que l’on fait des morts aujourd’hui. On ne peut pas juste se dire qu’on va mettre des vêtements noirs, qu’on va pleurer, qu’on va faire du yoga et que ça va passer.  Non, moi je veux réfléchir là-dessus et me dire, comment en étant vivant, comment en étant heureux, vivre en bonne compagnie avec les morts.

 

 

 

Rentrée littéraire : Olivia de Lamberterie, Avec toutes mes sympathies (Stock)

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Avec toutes mes sympathies, Olivia de Lamberterie

Editions Stock, août 2018

Rentrée littéraire

Le roman d’un amour puissant entre un frère et une sœur, un amour que ni les océans, ni le temps, ni même la mort n’a altéré. Un portrait touchant, vivant, d’un homme et frère qui a choisi de mettre fin à sa vie.

Olivia de Lamberterie est passée pour la première fois de l’autre côté de la page. Critique littéraire « car la lecture est l’endroit où je me sens à ma place. Lire répare les vivants et réveille les morts. Lire permet non de fuir la réalité comme beaucoup le pensent, mais d’y puiser une vérité », elle a cette fois tenu la plume. Pour nous parler de son frère, de ce personnage chaleureux, flamboyant, qui a mis fin à ses jours trois ans plus tôt. Un frère dont elle était si proche.

Alors que jusqu’ici l’auteur ne trouvait pas la nécessité d’écrire, le chagrin paroxystique dans lequel l’a laissée le suicide de son frère, a rendu l’écriture d’une impérieuse nécessité. Non pas pour suturer ses blessures au fil des mots, mais pour continuer à faire vivre son frère à travers ces pages, pour faire connaître cet homme passionnant et passionné à un cercle étendu. Et, plus largement, pour balayer d’un revers de plume certains préjugés : non, les personnes qui passent à l’acte ne sont pas forcément isolées et sans amour ; non, l’équation du bonheur n’est pas une femme aimante + des enfants adorables + un bon travail = bonheur garanti, c’est plus complexe que cela…

Avec beaucoup de sensibilité, d’authenticité, Olivia de Lamberterie peint touche par touche le portrait de cet enfant et de cet homme, un être imaginatif, aimant et aimé, de même que le portrait de cette famille originale et fantaisiste qui est la sienne. Une famille soudée, dont la force des liens n’aura pas suffi à chasser la mélancolie qui s’était emparée de son frère. Comment survivre à l’absence ? Comment avancer ? Laisser le temps passer sans rien faire ? Pleurer, crier à l’injustice ? Non. Olivia de Lamberterie, à travers ce livre, s’est efforcée de trouver une manière joyeuse d’être triste, de vivre aux côtés des morts en les rendant vivants. Bouleversant.

Vers la beauté, David Foenkinos : coup de coeur!

 

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Vers la beauté, David Foenkinos

Editions Gallimard, mars 2018

Le parcours d’un homme qui se raccroche à la beauté pour survivre au traumatisme qu’il a vécu, qui grâce à la peinture transcende sa souffrance. Ou quand la beauté sauve le monde. Un roman sensible, fin, extrêmement touchant.

Antoine Duris est maître de conférences aux Beaux-Arts. Un professeur passionné et passionnant, émérite et particulièrement apprécié de ses élèves. Aussi, quand du jour au lendemain, il donne sa démission, rend les clefs de son appartement, résilie tous ses abonnements, c’est la consternation dans son entourage. Certes, il a bien laissé un courrier dans lequel il dit prendre une année sabbatique pour aller au calme écrire un roman, mais cela laisse ceux qui le connaissent, et particulièrement sa sœur, dubitatifs.

Dubitative est aussi Mathilde, la DRH du musée d’Orsay, quand elle reçoit le CV de cet érudit pour le poste sous-qualifié de gardien de musée. Ce n’est pas sérieux, quelqu’un de sa renommée ne peut pas désirer simplement s’asseoir sur une chaise à surveiller les visiteurs à longueur de journée ! Et pourtant si. Quel est ce mystère qui entoure cet homme ? Quel est donc ce traumatisme qui a pu le conduire à renoncer à tout ?

A tout sauf à la beauté. Car Antoine a coupé avec son passé, sauf avec la beauté. La beauté à travers l’art le transcende, lui fait se sentir vivant, ou plutôt survivant. « La contemplation de la beauté était un pansement sur la laideur. (…) Le merveilleux demeurait la meilleure arme contre la fragilité. » Ainsi, contempler les tableaux, s’envoler dans les couleurs des autres, lui fait échapper à la grisaille de sa vie.

Ce roman de David Foenkinos fait penser à une toile de Seurat. Touche par touche, page après page, le portrait de cet homme touchant se dessine, ses cicatrices, ses joies s’esquissent. Tandis que les contours de sa vie s’ébauchent, on comprend ce qui a motivé son départ, son besoin vital de repartir à zéro. Chaque couleur, chaque trait, que pose David Foenkinos dans ce portrait, est juste, lumineux, émouvant. Un roman brillant, que dis-je, une toile de maître !