Les bouées jaunes, Serge Toubiana (Stock)

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Les bouées jaunes, Serge Toubiana

Editions Stock, janvier 2018

L’hommage émouvant de Serge Toubiana à celle qui partagea et illumina sa vie pendant 27 ans : Emmanuèle Berheim.

« Ecrire pour être à ses côtés et prolonger le bonheur d’avoir vécu auprès d’elle. Ecrire pour combler le vide, l’absence. Pour raconter le film de sa vie. Et faire en sorte qu’il ne soit jamais interrompu. » Quand Serge Toubiana, ancien directeur de la Cinémathèque française et des Cahiers du cinéma, perd sa compagne Emmanuèle Berheim des suites d’une longue maladie en mai 2017, le chagrin le submerge. Pour ne pas se noyer, il s’accroche à l’écriture comme à une bouée. Chaque jour, pour la maintenir vivante à ses côtés, il nage vers elle dans un océan de mots. Elle qui adorait nager longuement à l’île aux Moines, jusqu’aux bouées jaunes au loin, peut le voir désormais la rejoindre, dans les flots du souvenir.

Avec beaucoup de sensibilité, un amour et une admiration qui transparaissent à chaque phrase, Serge Toubiana nous dresse le portrait de cette romancière et scénariste indépendante, passionnée de boxe et de tir au pistolet, qui n’hésitait pas à chahuter l’ordre moral. Une férue d’art contemporain, de découvertes en tous genres, aimante et attentionnée avec chacun. Mais sous ces facettes lumineuses de cette amoureuse de la vie, à l’humour inénarrable, se cachait aussi une femme plus sombre, tourmentée, qui a longtemps dû batailler avec ses pulsions autodestructrices, avec les rapports complexes qu’elle entretenait avec ses parents.

Si ce témoignage est indiciblement touchant, si les mots de l’auteur interprètent une vibrante ode à l’amour et évitent avec soin l’écueil du pathos, j’ai été gênée par contre, par ce besoin non justifié à mes yeux, de faire étalage dans ce livre du nom des célébrités qui entourent le couple (Michel Houellebecq, Catherine Deneuve, François Ozon, Laure Adler, Claude Lanzmann,…), et ce, à de multiples reprises. Ceux qui ont appelé, ceux qui ont écrit, ceux qui se sont succédé à son chevet à l’hôpital, l’auteur nous en fournit de longues listes qui alourdissent le récit et ne lui apportent rien. Amis connus ou inconnus, quelle importance ? L’essentiel n’est-il pas davantage d’être entouré d’amis chers, peu importe qu’ils soient médiatisés ou non ? C’est donc un sentiment mitigé que j’éprouve à l’égard de ce récit, émouvant, sincère, vibrant, mais non dénué de longueurs et de précisions peu utiles.

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La veillée, Virginie Carton : magnifique!

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La veillée, Virginie Carton

Editions du Livre de poche, novembre 2017

Un roman d’une grande profondeur, intense, émouvant, sur les choix de vie. Mais aussi sur la force de l’amitié. Juste magnifique.

Quand Marie reçoit un SMS de Sébastien lui annonçant le décès de son père, elle n’hésite pas une seule seconde. Sa place est auprès de lui, lui l’ami de toujours, le frère de cœur, le confident. Lui avec lequel ni le temps ni la distance n’ont distendu les liens, bien que tous deux se soient mariés, aient des enfants et une vie professionnelle remplie.

Ils laissent conjoint et enfants et restent tous les deux veiller le corps de cet homme dont ils étaient si proches, qu’ils connaissaient si bien. Du moins le croyaient-ils. Car lorsqu’un certain Harold, un vieil homme excentrique, frappe à la porte au milieu de la nuit, c’est tout un pan méconnu de la vie du défunt qui se révèle à Sébastien et Marie. Et le début d’une mise à nu pour chacun d’entre eux.

Etre proche de quelqu’un nous donne-t-il l’illusion de bien le connaître ? Et si, à l’image des icebergs, nos proches avaient une face immergée ? Mais alors, qu’est-ce qui motive nos secrets ? Dans ce magnifique roman, d’une force émotionnelle rare et d’une sensibilité à fleur de plume, Virginie Carton analyse avec beaucoup de finesse les méandres de l’esprit humain, nos peurs, nos doutes, nos rêves, nos devoirs. L’occasion de s’interroger sur l’importance de nos choix de vie : faut-il s’accrocher à nos rêves ou y renoncer pour répondre aux attentes des autres, aux conventions ? Qu’est-ce qu’une vie réussie ? Des questions auxquelles la romancière apporte des éléments de réponse éclairants, lesquels interpellent le lecteur.

La veillée est un livre qui vous fera veiller. Car une fois commencé, impossible de le reposer !

 

 

 

Où va le chagrin quand il s’en va ?, Claire Vassé

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Où va le chagrin quand il s’en va ?, Claire Vassé

Éditions JC Lattès, avril 2016

Solange est mariée à Paul depuis 4 ans, lequel a adopté sa fille Angèle, née d’une première union. Le tableau d’une famille recomposée heureuse. Bonheur apparent ? Car lorsque soudain, sur le téléphone de Solange, apparaît un appel de Lenny, le père de sa fille, l’homme qu’elle a tant aimé, son cœur s’emballe. Elle doit se l’avouer, elle désirait cet appel autant qu’elle le redoutait. Et de s’interroger : « Qu’attend-elle, que lui manque t-il ? N’est-elle pas comblée par sa vie actuelle, entourée de sa fille et de son mari, occupée à un métier qui lui plaît ? » Plus étrange encore est l’existence de ce simple appel : car Lenny est décédé quelques années plus tôt…

Et sa vie de basculer. Dès lors, elle n’a de cesse de retrouver l’auteur de cet appel. Est-ce Lenny, qui cherche à communiquer avec elle par-delà les limbes ? Est-ce une mauvaise farce ? Savoir devient son obsession, preuve s’il en est que son histoire avec le père de sa fille continue de s’écrire, que le sentiment d’abandon qu’elle a ressenti à l’annonce de sa mort continue de la hanter. Ce sentiment si prégnant d’abandon trouve t-il ses racines plus loin dans son enfance, ravivé par les circonstances ?« Où va le chagrin quand il s’en va ? Et s’il ne faisait que se métamorphoser ? Et si on n’en avait jamais fini avec lui ? »

Un roman touchant, aux personnages attachants, qui nous entraîne dans un monde où les vivants côtoient les morts, sur le chemin du deuil et de ses étapes indispensables à franchir pour pouvoir se libérer de ses fantômes. Et vivre pleinement.

Je suis de celles qui restent, Bernadette Pecassou

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Je suis de celles qui restent, Bernadette Pécassou
Editions Flammarion, avril 2016.

Présentation de l’éditeur :
Alice reçoit un colis contenant un briquet de collection, que son mari Michel avait commandé sur Internet juste avant de mourir, alors qu’il ne fumait pas. Intriguée, elle découvre que cet objet pourrait avoir un lien avec le frère de Michel, qu’il ne voyait plus depuis plusieurs années. Son enquête la mène sur leur terre natale du Sud-Ouest, que le couple avait quitté pour la région parisienne.

Mon avis :
J’avais eu un coup de cœur pour le précédent roman de Bernadette Pécassou, Sous le toit du monde, roman que j’avais plébiscité ici. C’est donc avec impatience que j’attendais le nouveau live de l’auteur. Or la rencontre n’a pas eu lieu. A aucun moment je ne suis parvenue à entrer en empathie avec le personnage, à me laisser emporter par le récit, à croire en l’histoire. J’ai persisté jusqu’à la fin du livre, sans succès. Pas de coup de cœur cette fois donc…

Je suis de celles qui seront restées…sur leur faim!

Camille, mon envolée, de Sophie Daull (éditions Philippe Rey) : MAGNIFIQUE…

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Camille, mon envolée, de Sophie Daull

Éditions Philippe Rey, août 2015

Rentrée littéraire

Ce 19 décembre 2013 semblait un jour comme les autres. La pétillante Camille, seize ans, est de sortie avec ses amis du club de théâtre. Certes, elle a une légère fièvre, mais rien de nature à assombrir la soirée. Noël approche, les rues s’illuminent, les vitrines scintillent, les bras se chargent de cadeaux. L’heure est festive.

Mais le lendemain, la fièvre augmente. Des douleurs térébrantes dans tout le corps l’accompagnent. Sophie Daull, sa mère, s’inquiète. Médecin, Samu, service des urgences d’un grand hôpital parisien, personne ne prend les maux de Camille très au sérieux. Dans son cœur de mère pourtant, un doute, de plus en plus fort, de plus en plus obsédant : et s’il s’agissait de quelque chose de grave ? Car elle connaît sa fille, laquelle est tout sauf douillette. Car son cœur de maman sent le danger. Quand après quatre jours de fièvre très élevée et de douleurs inhumaines, quand après des dizaines d’appels passés au corps médical son inquiétude est enfin prise au sérieux, il est trop tard : Camille décédera au cours de son transport à l’hôpital.

Comment survivre à la perte d’un enfant ? Impensable, contre nature. Un enfant ne peut pas mourir avant ses parents ! Perdre un enfant c’est tout un avenir qui disparaît, c’est toute la composition de la famille qui change, c’est notre rôle de mère, de père, qui est remis en cause. Perdre un enfant c’est un choc émotionnel qui bouleverse la vie personnelle, conjugale, familiale, sociale et professionnelle. Perdre un enfant c’est voir voler en éclats tous ses repères, une partie du sens donné à l’existence. C’est être obsédé par des questions sans réponse…

Alors Sophie Daull décide de s’envoler sur les ailes de sa plume. Pour suturer ses plaies béantes au fil de ses mots. Pour donner vie à sa fille par la voix de son encre. « Je n’ai qu’une envie, c’est d’être avec papa et de continuer à écrire ce texte. D’être avec toi, donc. Écrire, c’est te prolonger. » P.76  Car il y a quelque chose de plus fort que la mort : la présence des absents dans les mots et les pensées des vivants.

Non, il ne s’agit pas d’un énième livre sur le deuil. Non, il ne s’agit pas d’un récit qui verse dans le pathos. Non il ne s’agit pas d’un linceul de mots. Ce livre est UNIQUE et MAGNIFIQUE. Un chant d’amour vibrant d’une mère à sa fille. Une partition poignante, aux envolées poétiques sublimes, ponctuée de notes d’humour comme autant de dièses à l’insondable douleur. Une écriture d’une déchirante beauté.

Il y a un avant et un après ce livre. Et une certitude : Camille va continuer à vivre, dans nos esprits, éternelle.

Trois (ou quatre) amies, de Laurence Schaack, et Françoise de Guibert (Nathan)

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Trois (ou quatre) amies, de Laurence Schaack, et Françoise de Guibert

Éditions Nathan, juillet 2015

Dans ce tome 2, nous retrouvons les quatre amies Sol, Sand, Mar et la nouvelle venue Angela, lesquelles passent leurs vacances chaque été à Cherbourg. Une bande d’inséparables dont même les centaines de kilomètres, la fin de l’été venue, ne sauraient distendre les liens. Car heureusement, il  y a internet et le réseau social Justfriends sur lequel elles aiment se retrouver pour échanger, partager leurs joies, leurs espoirs, leurs chagrins et leurs doutes. Et cette année, la palette des émotions sera pour chacune particulièrement riche. Car aux échanges légers sur leurs amours, la mode, la famille, le lycée, les garçons, vont se substituer des propos plus profonds. C’est en effet l’année de tous les bouleversements. Une famille recomposée pour Angela qui doit aller vivre chez son beau-père, le face-à-face avec le cancer de la maman de Sol, le divorce des parents de Mar, l’internat auquel est envoyé Sand. Des repères qui s’effondrent, un avenir incertain, plus que jamais nos quatre amies ont besoin de se serrer les coudes, de puiser en la force de leurs liens de quoi affronter le quotidien. Mais ce n’est pas simple, pour Angela, de trouver ses marques, de se faire une place, tandis que les trois autres copines se connaissent depuis près de dix ans. Pas simple non plus de partager avec elles ce secret si lourd du suicide de son meilleur ami. A travers son journal intime et les tchats entre filles, le jeune lecteur retrouvera les thèmes et préoccupations qui lui sont chers (amour, famille, école, maladie, deuil), portés par un style résolument moderne.
Un roman aux personnages très attachants, rythmé, sensible, qui ravira les adolescents!

Mon chevalier du ciel, Marianne Guillemin (éditions Max Milo)

Mon chevalier du ciel, de Marianne Guillemin

Editions Max Milo, janvier 2015

Témoignage

Un témoignage qui souligne l’importance du père, dans une société où sa place dans le foyer est encore minorée. Comment l’absence d’un père peut-elle être si présente tout au long d’une vie?

Quand le père de Marianne Guillemin décède dans un accident d’avion, mort en héros en service commandé, elle n’est alors âgée que de 4 ans 1/2 et l’ainée de la fratrie. Pas d’explication, pas d’écoute, aucun mot pour habiller les maux, voire même le déni de ces derniers. «  Quand un enfant vit un événement traumatisant, on essaye, surtout s’il est jeune, de le lui faire oublier ». Telle sera l’attitude adoptée par l’entourage de la fillette, particulièrement sa mère et son omniprésente grand-mère. Non seulement elle sera invitée à ne pas se plaindre, mais elle devra afficher un visage heureux. N’est-elle pas aimée, entourée, bien nourrie et habillée? L’amour de ceux qui restent est censé gommer le traumatisme.

Mais quel impact peut avoir pareil déni sur la vie et la construction d’un enfant? Peut-on faire l’économie du travail de deuil et d’expression de ses émotions? Eviter d’évoquer la perte d’un proche pour préserver l’enfant, n’est-il pas risquer de l’exposer à plus grand dommage par la suite?

50 ans ont ainsi passé, sans que jamais Marianne ne s’autorise à poser de question sur ce père disparu, sans que jamais elle n’évoque le manque de son absence ni n’interroge sur les causes de son accident. Pour ne pas réveiller la blessure de sa mère. Pour se couler dans le moule qu’on a prévu pour elle. Never complain, never explain. Une censure qui a façonné sa personnalité, dessiné son caractère abandonnique et esquissé ses choix de vie. Une censure qui a fait d’elle un être prisonnier de son passé. Et de comprendre que pour avancer libre, il lui fallait savoir. Savoir qui était ce père qu’elle a si peu connu. Savoir quel couple il formait avec sa mère. Savoir pourquoi, ce 25 septembre 63, l’Aquilon de Pierre Guillemin s’est écrasé.

Sur les traces de son père, elle va peu à peu reconstruire le puzzle familial, remplir les vides, peupler les silences. Et se libérer. Enfin.

Un témoignage bouleversant et édifiant. A lire!

Informations pratiques :

Prix éditeur : 16€

Nombre de pages : 154

ISBN : 978 2315 00 629 8