La tête sous l’eau, Olivier Adam: une lecture en apnée

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La tête sous l’eau, Olivier Adam

Editions Robert Laffont, août 2018

Rentrée littéraire

Quand le couple décide de quitter Paris et de s’installer en bord de mer en Bretagne avec leurs enfants Léa et Antoine, cela promet d’être le paradis. Du moins pour les parents, car les ados considèrent cela davantage comme un enfer, surtout Léa, leur fille aînée. Pour cette ado, quitter Paris, son amour, ses amis, pour une province où elle ne connait personne et où il n’y a pas grand-chose à faire en dehors de l’été, c’est tout sauf un choix.

Mais l’enfer va au final les concerner tous.

Peu de temps après leur arrivée, Léa disparait brusquement lors d’un concert avec son oncle. Ses proches sont submergés par les flots de l’angoisse, du chagrin, du doute : que lui est-il arrivé ? Chacun tente de garder la tête hors de l’eau, de ne pas sombrer dans le désespoir, tandis qu’ils sont secoués comme dans le tambour d’un lave-linge.

Quand après plusieurs mois de recherches, Léa est retrouvée saine et sauve, la famille pense que la tempête est derrière eux, qu’ils vont enfin pouvoir à nouveau surfer sur une mer glassy. Mais ils se trompent…

Avec La tête sous l’eau, Olivier Adam surfe avec brio sur les remous qui secouent les victimes mais aussi leur entourage, lors d’un drame. L’analyse psychologique des personnages est si juste, que le lecteur est lui-même ballotté par les flots du doute, de la peur, mais aussi de l’incompréhension face au silence de la rescapée. Il faut à chacun du temps pour réapprivoiser les vagues de l’existence, pour se reconstruire plus fort, plus loin. Un roman d’une grande sensibilité, d’une écriture aussi fluide que l’eau, qui se lit en apnée.

 

 

 

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Agatha, Frédérique Deghelt (éditions Plon)

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Agatha, Frédérique Deghelt

Editions Plon, mai 2017

Que se passe-t-il dans la tête d’un auteur victime du syndrome de la page blanche ? Quand les évènements douloureux s’enchaînent et privent Agatha Christie de son inspiration, elle transforme sa vie en fiction…

Dans ce roman entièrement rédigé à la première personne, sous forme de soliloque, Frédérique Deghelt se glisse avec brio dans le cerveau de la reine du crime, à un moment de bascule dans sa vie. Très proche de sa mère, Agatha se retrouve complètement désemparée à la mort de cette dernière, privée de ses conseils, de son écoute, de son amour. Certes, il y a son mari à ses côtés. Mais justement. Ce dernier lui fait part de son brusque désir de divorcer. Une douleur térébrante déchire alors le cœur et l’âme de la romancière. Les deux piliers affectifs de sa vie s’effondrent. Celle qui connaît un succès grandissant, baptisée la reine du crime, se retrouve soudain sans plus aucune inspiration.

« Tu laisses une femme qui, dès que tu as eu le dos tourné pour rejoindre la tombe, a reçu de plein fouet ne vie tragique dont elle ignorait même l’existence. »

Submergée de douleur, rien n’émerge de son cerveau. Pas la moindre phrase. Pas le moindre mot. Elle décide alors de disparaître. Et de mettre en scène sa disparition. Voire son crime. Où quand la vie flirte avec la fiction, que vous devenez votre personnage et ne maîtrisez plus l’histoire…

C’est sur ce chapitre précis, empli d’ombre, que revient Frédérique Deghelt. Car celle qui a vendu plus de 4 milliards de livres à ce jour, a laissé planer le mystère sur cette disparition jusqu’à son dernier souffle. Folie passagère ? Réelle amnésie post-traumatique ? Acte désespéré d’une femme trahie ? Opération médiatique ? Suicide ? Meurtre ? Tandis que les médias de l’époque s’emparent de l’affaire et émettent plusieurs hypothèses, Frédérique Deghelt en imagine une version.

Ce roman se lit d’une traite, rédigé dans une écriture très fluide, au plus près des émotions du personnage. Une réussite, donc. Mais. Mais ce qui m’a beaucoup gênée, c’est ce sentiment de déjà vu, de déjà lu. En effet, Brigitte Kernel avait déjà consacré un brillant roman à cette disparition d’Agatha : « Agatha Christie, le chapitre disparu » (Flammarion, janvier 2016). Outre le fait que cet épisode m’était donc déjà connu, j’ai préféré l’angle sous lequel Brigitte Kernel l’a traité : celui du thriller psychologique.

Agatha Christie, le chapitre disparu, de Brigitte Kernel : coup de coeur!

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Agatha Christie, le chapitre disparu, de Brigitte Kernel

Éditions Flammarion, 14 janvier 2016

266 p. ; 18€

L’idée de départ du nouveau roman de Brigitte Kernel est géniale : partir d’un fait réel de la vie de la célèbre romancière- sa disparition l’hiver 1926, et le traiter comme une fiction…dans le style scriptural de la célèbre reine du crime ! Un thriller psychologique captivant.

Personne ne sait ce qu’il est advenu d’Agatha Christie lorsqu’elle s’éclipsa du domicile conjugal pendant 11 jours, en décembre 1926. Celle qu’on surnommait la reine du crime, laissa chacun émettre sa propre hypothèse et faire de sa disparition un suspens digne de ses meilleurs romans. Les Hercule Poirot et Miss Marple en herbe invoquèrent qui un coup de publicité, qui un meurtre commis par son mari, qui un suicide, qui un kidnapping ou encore des problèmes de couple. Mais personne n’en fournit l’ombre d’une preuve. Alors ?

Alors Brigitte Kernel nous propose de se glisser avec talent dans la peau d’Agatha Christie, de se faire l’encre de sa voix et de nous livrer sa version des faits. De Londres à Sunningdale en passant par Silent Pool, Ashfield et Harrogate, l’auteur se faufile dans les empreintes de la disparue et nous fait revivre avec une extrême sensibilité, une justesse exquise et une tension implacable, les joies et tourments qui furent siens.

Un roman fascinant, un suspense haletant, qui prend le lecteur en otage dès les premières lignes et ne le relâche qu’à la toute dernière page. Une tranche de vie émouvante, aux parfums d’amour, de trahison et de vengeance. Un bel hommage à cette romancière décédée il y a tout juste 40 ans. Et un très gros coup de cœur de cette rentrée littéraire 2016 !