Ne t’enfuis plus, Harlan Coben

Ne t'enfuis plus, Harlan Coben

©Karine Fléjo photographie

Drogue, emprise, secte, secrets de famille sont au programme du thriller haletant de Harlan Coben aux éditions Belfond. Et en filigrane, cette question : jusqu’où seriez-vous prêts à aller pour sauver votre enfant ?

Drogue et dérive

Simon et sa femme vivent à Manhattan et sont les parents de trois enfants. Mais seuls deux d’entre eux vivent à la maison. L’aînée, Paige, a fugué. Quelque temps auparavant, elle a en effet fait la rencontre d’Aaron, une racaille, drogué jusqu’à la moelle et de onze ans son aîné. Une rencontre qui a fait basculer la vie de cette jeune femme rangée, promise à un brillant avenir. Depuis son départ, Simon n’a de cesse de la chercher. Jusqu’à ce jour où un voisin lui signale l’avoir vue mendier en jouant de la guitare à Central Park.

Et cette junkie aux traits creusés, aux vêtements et aux cheveux sales, au teint cireux, est en effet bien sa fille. Mais, alors qu’il tente de la ramener à la raison, Aaron surgit et s’interpose entre eux. S’ensuit une bagarre entre les deux hommes, filmée et diffusée sur les réseaux sociaux. Simon se fait alors lyncher par les internautes, lesquels ignorent les dessous de l’altercation. Cependant, ce n’est là que le début des ennuis que Simon va devoir surmonter pour tenter de faire revenir Paige. Pour autant qu’il y parvienne…

En parallèle de cette famille, un jeune couple de tueurs à gage élimine les hommes d’une curieuse liste. Qu’ont ces individus en commun ? Pourquoi le commanditaire, qui est une secte, leur demande-t-il de les tuer ?

Quel rapport y-a-t-il entre ce gang et la famille de Simon ? Quel secret découvrira Simon, de la part de celle dont il croyait tout savoir, avec laquelle il pensait tout partager ? On méconnaît parfois les personnes les plus proches de soi…

Un thriller au suspens savamment entretenu

Pas de doute, Harlan Coben maîtrise parfaitement la technique du cliffhanger. Difficile de reposer le livre une fois la lecture commencée. Au fil des courts chapitres de son roman, l’auteur entretient savamment le suspens, laisse lecteur en attente de la suite, multiplie les rebondissements, les fausses pistes et nous réserve une chute vertigineuse.

Il démonte avec beaucoup de justesse le mécanisme de l’emprise dans le cadre sectaire, la perte de discernement des embrigadés et les dérives dangereuses qui peuvent en découler. Il introduit aussi une réflexion très intéressante sur les possibilités offertes désormais par la science de connaître ses origines grâce aux tests ADN. Une chance pour les enfants qui veulent connaître leurs géniteurs, mais une terreur pour les géniteurs qui souhaitaient effacer toute trace de descendance.

Secrets de famille, drogue, meurtres, secte, vous ne vous ennuierez pas un seul instant à la lecture de ce thriller de plus de 400 pages !

Informations pratiques

Ne t’enfuis plus, Harlan Coben – Editions Belfond, octobre 2019 – 413 pages – 21,90€.

 

Rentrée littéraire : Comme un seul homme, Daniel Magariel : noir, c’est noir…

Comme un seul homme, Daniel Magariel

Traduit de l’anglais par Nicolas Richard

Editions Fayard, août 2018

Rentrée littéraire

Un roman féroce, qui plonge le lecteur dans un monde d’une violence insoutenable, un monde de ténèbres dont la seule lueur demeure le lien indéfectible entre deux enfants, deux frères.

Le narrateur est un enfant de douze ans. Avec son frère ainé et son père, ils ont remporté la guerre. Une guerre contre leur mère et femme, quitte à avoir employé des armes peu héroïques, comme ces polaroïds truqués sur lesquels les enfants apparaissent avec le visage tuméfié, après s’être eux-mêmes infligé les coups… Des polaroïds envoyés au Service de protection de l’enfance pour accabler la femme et mère. Les services sociaux sont dupes, d’autant que le père et ses fils font front. La femme battue par son mari et ses propres enfants, est aussi battue sur le terrain de la justice et perd la garde des deux garçons.

Désormais, ils peuvent repartir à zéro, laisser le passé derrière eux. Tous les trois quittent la maison du Kansas et emménagent à Albuquerque. Mais mettre une distance physique avec la vie passée ne suffit pas à fuir ses démons. La drogue et la violence se rappellent au bon souvenir du père. Une lente et inexorable déchéance commence. Livrés à eux-mêmes, les deux garçons doivent endosser des responsabilités d’adultes, faire face aux désillusions de ce père-héros devenu une loque.

Daniel Magarel nous offre un roman particulièrement cruel et violent. Celui de l’enfance volée de deux frères dont la seule force sera l’amour qui les lie. J’ai bien souvent failli lâcher le livre, tant la violence est partout, la noirceur grande… Le talent de l’auteur est justement d’être parvenu à faire passer les emotions, aussi sombres soient-elles, avec une telle intensité. Mais une lecture un peu trop éprouvante et sombre pour moi.

Des chiffres et des litres, de Rachid Santaki

 

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Des chiffres et des litres, de Rachid Santaki

Éditions Moisson Rouge, mars 2012.

 

      1998 à la Plaine Saint-Denis. La construction du Stade de France est achevée. Tout est prêt pour accueillir la coupe du monde de football. Zidane et les Bleus font rêver. Les sommes d’argent colossales qu’ils gagnent aussi. Beaucoup. Mais est-il besoin de mettre des chaussures à crampons pour se faire de l’argent?

      A Saint Denis, la guerre pour contrôler le trafic de drogue est ouverte. Caïds notoires et dealers novices s’affrontent. Parmi eux, Hachim, un adolescent brillant à l’école, passionné de hip hop, qui avait jusqu’alors pour projet de devenir journaliste. Une voie toute tracée, loin des chemins de la délinquance, des règlements de compte entre bandes rivales, du sang, de la violence.

      Cependant est-on maître des ses choix de vie quand on évolue dans un tel contexte? Peut-on résister à l’appel de l’argent facile, à la fascination exercée par les gros caïds du quartier? Sa soeur Sarah tente d’éveiller sa conscience. Des conseils dont l’ado n’a que faire. Sa famille n’est plus celle du sang, mais celle de la drogue, du deal. Un monde qui n’a rien d’i-deal-lique.

      Règlements de compte, combats de chiens, passages en taule, tabassages, flics ripoux, Hachim glisse ses pas dans les empreintes de son mentor, Houssine. Jusqu’à cette destination ultime dans la violence : c’est à son tour de tuer. Et de trembler. Et de réaliser que ce chemin de traverse n’est pas fait pour lui. Lui, Hachim, le tendre. Mais peut-il reculer?

      Rachid Santaki, dans un style très maitrisé, nous offre ici un roman poignant sur le destin d’un adolescent qui avait « tout pour réussir ». Édifiant, passionnant, bouleversant.

 

P. 224 : « J’ai dealé ma jeunesse contre le trafic, les soucis, la vengeance, le fric. Mes pensées se bousculent comme les usagers de la ligne 13 aux heures de pointe. J’avais tout pour briller, j’ai tout raté. »