Seule en sa demeure, Cécile Coulon

Seule en sa demeure Coulon Cécile
Seule en sa demeure Coulon Cécile

Après le succès d’Une bête au paradis, prix littéraire le Monde, Cécile Coulon signe avec Seule en sa demeure son huitième roman.

Mariage forcé

Nous sommes au XIXème siècle dans le Jura. Candre Marchère, 26 ans, est une âme pieuse et riche. Un homme devenu veuf seulement quelques mois après son mariage. Un cœur à prendre. Quand le père d’Aimée lui présente Candre comme le meilleur parti qui soit pour elle, elle n’a pas vraiment le choix. Sinon celui d’obtempérer. Et de quitter son cousin Claude auprès duquel elle a grandi dans une grande complicité. Ce dernier ne voit d’ailleurs pas d‘un bon œil que sa cousine rejoigne cette famille frappée par le destin. Après être devenu orphelin à 5 ans de père et de mère, Candre a perdu sa jeune épouse. Le sort s’acharnera-t-il aussi sur Aimée ?

Mais épouser Candre, c’est aussi épouser sa vie au domaine Marchère. Un domaine isolé par de vastes bois sombres et des ronces. Une maison ceinte de fossés semblables à des douves. Enchâssée dans la végétation. Une prison végétale. Un lieu où très vite, Aimée se sent seule. Seule et oppressée. Certes, il y a Henria, la domestique qui a élevé Candre. Mais pourquoi cache-t-elle son fils Angelin à l’écart de la propriété ? Mystère. Sans compter l’ombre de la défunte épouse qui plane dans chaque pièce de la demeure et dont la mort reste énigmatique. Aimée sent qu’on lui cache des choses et ce sentiment grandit au fil des jours.

Heureusement, pour illuminer ses journées, il y a Emeline, sa professeure particulière de flûte. Mais en sa présence il se produit des phénomènes étranges, qu’Aimée est bien déterminée à élucider. Comme les autres secrets du domaine.

Secrets et non-dits

En cette rentrée littéraire, Cécile Coulon nous revient avec un roman très différent par le fond, mais égal par le talent : Seule en sa demeure, aux éditions de L’iconoclaste. J’adore la plume de cette romancière et poète, sa puissance évocatrice, sa capacité à se renouveler, à donner de la chair à ses personnages mais aussi aux lieux.

Ici, le domaine de Marchère est un personnage à part entière. Un geôlier, avec sa part sombre, mystérieuse, inquiétante. Avec ses secrets bien enfouis. A la manière d’une enquête policière, Cécile Coulon nous glisse dans les pas d’Aimée, nous fait vivre au diapason de ses émotions, de ses craintes, de ses doutes. De ses découvertes. Impossible de reposer le roman sans connaître la suite, sans lever le sceau du secret. Et la vérité est loin d’être évidente, tant l’auteure joue avec les nerfs du lecteur, esquisse des pistes pour mieux le balader et ménager le suspense.

Une belle découverte de cette rentrée littéraire.

Informations pratiques

Seule en sa demeure, Cécile Coulon – rentrée littéraire – éditions de l’Iconoclaste, août 2021 – 334 pages – 19€

Danse avec la foudre, Jérémy Bracone

danse avec la foudre

Un premier roman aux personnages extrêmement touchants, entre tragédie et comédie. Ou comment faire fleurir l’espoir sur un champ de ruines.

Pauvreté matérielle et richesse créative

Dans ce coin de Lorraine, les aciéries ont fermé les unes après les autres. Et de plus en plus d’usines délocalisent. Même l’église est à vendre. Chômage, précarité, le tableau serait bien noir s’il n’y avait pas cette extraordinaire solidarité entre les ouvriers, cette complicité qui dépasse largement le cadre du travail. Figuette est l’un d’eux. Il élève seul sa petite Zoé depuis que sa femme, Moira, a fugué. Malgré les menaces de licenciement, le départ de Moïra, les ressources insuffisantes pour emmener Zoé en vacances, Figuette ne baisse pas les bras.

A l’image des trésors d’imagination qu’il avait déployés pour séduire l’indomptable et cyclothymique Moïra, il va malgré les circonstances et l’absence de gros moyens, offrir des vacances à Zoé. Et imaginer avec ses copains ouvriers comment assurer leurs arrières en cas de perte d’emploi.

Parviendra-t-il à faire revenir Moira et à faire vivre des vacances inoubliables à Zoé ?

Solidarité et tendresse

Ce premier roman de Jérémy Bradone, Danse avec la foudre, est une valse très humaine et infiniment touchante. Ou quand un conjoint, puis père, parvient envers et contre tout à transformer le quotidien gris et monotone en une parenthèse enchantée avec des paillettes plein les yeux de ses proches. Avec nul autre moyen que sa fantastique imagination. C’est une galerie de personnages très touchants que ces copains ouvriers. Ils partagent tout, les joies comme les galères, se soutiennent. Une fraternité et une solidarité qui aident à passer outre le contexte économique difficile et les peines de cœur. Sur ce champ de désolation que sont les ruptures amoureuses et la précarité, Jérémy Bradone a le don de faire germer des fleurs. De l’espoir. C’est donc tout sauf un roman triste, négatif. C’est au contraire une invitation à enchanter sa vie.

Informations pratiques

Danse avec la foudre, Jérémy Bracone – éditions de l’Iconoclaste, janvier 2021- 277 pages – 19€

Liv Maria, Julia Kerninon

Liv Maria Julia Kerninon

Le portrait magnifique d’une jeune femme prisonnière d’un coupable secret.

Un secret inavouable

Liv Maria grandit sur une île bretonne, entre une mère tenancière de bar et un père norvégien marin. Ses journées sont rythmées par les traversées en ferry pour aller à l’école sur le continent et les parties de pêche aux aurores avec ses oncles. Un jour pourtant, alors qu’elle est âgée de 17 ans, son quotidien bascule : un homme, nouveau venu sur l’île, l’agresse après qu’elle l’ait pris en auto-stop. La réaction de sa mère est immédiate et sans appel : elle l’envoie loin de tout, comme jeune fille au pair à Berlin, chez sa belle-sœur. Parachutée dans une ville et un pays dont elle ne connaît que peu la langue, sans amis, sans repères familiers, elle se lie à un professeur d’anglais d’origine irlandaise. Détails qui n’en sont pas : Fergus est marié et a l’âge de son père. Premiers émois, premiers corps à corps, premiers embrasements.

Un été berlinois dont le feu est soufflé par le retour de Fergus en Irlande, mais aussi et surtout par la disparition tragique de ses parents. Du jour au lendemain, Liv Maria se retrouve sans nouvelles de son amoureux et orpheline. Elle revient alors en Bretagne, pour reprendre en mains le bar de ses parents, pour entretenir leur souvenir. Mais sa place se révèle être ailleurs. Liv Maria a besoin de respirer, de prendre ses distances. De liberté. Tout en continuant d’attendre un signe de Fergus, étrangement et douloureusement silencieux à ses lettres. Cap sur l’Amérique latine première étape d’un périple qui la mènera en Irlande. Le pays de Fergus.

Son passé lui fera alors face.

Un magnifique destin de femme

Avec Liv Maria, Julia Kerninon nous offre un superbe destin de femme. Un personnage courageux, combattif, libre, prêt à tout pour préserver son bonheur, son couple, sa famille, de son coupable secret. Car le regard des autres est souvent sans appel. Plus tranchant qu’un sabre. Moralisateur. Or si son nouvel amour, le peère de ses enfants, découvrait son passé, il est possible que son couple n’y survive pas. Alors sa seule arme pour dépasser ce passé est le silence. Le verrouillage des aveux. Mais que sont devenues les lettres qu’elle écrivait à Fergus? Qui les a réceptionnées? Qui d’autre que le désormais défunt Fergus a eu vent de leur liaison? Liv Maria a le sentiment de progresser sur un chemin miné. Qu’un seul faux pas suffirait à faire exploser ce qu’elle tait. Et à déchiqueter sa famille.

Entre culpabilité, peur et questionnements, Liv Maria reste debout, insaisissable, libre aux yeux des autres et prisonnière silencieuse de son secret. C’est une histoire intense, fascinante et lumineuse, servie par une écriture fluide et addictive. Une femme qui marque sur l’esprit du lecteur une empreinte durable.

Informations pratiques

Liv Maria, Julia Kerninon – éditions de l’Iconoclaste, septembre 2020 – 271 pages – 19€

J’ai hâte d’être à demain, Sandrine Sénès

©Karine Fléjo photographie

Sandrine Sénès nous offre des tranches de vie savoureuses, pleines d’humour et d’émotion, sur un sujet qui nous concerne tous : le rapport amoureux. Et quand on est célibataire, ce sujet devient obsessionnel...

Envie d’aimer

C’est une célibataire d’aujourd’hui qui a une folle envie d’aimer. Seulement voilà, entre le bel inconnu dans le café pour lequel elle demeure transparente, le type qui ne parle que de lui, le poète envahissant, le gros rougeaud édenté avec ses lunettes réparées au scotch marron, le beau garagiste hélas trop timide, il ne reste guère que Babar le zonard alcoolique à lui scander des mots doux. Et la solitude comme compagne.

Où qu’elle aille, son regard est aimanté par les couples, jeunes, moins jeunes, par ces gens qui vivent un bonheur qui lui reste inaccessible. Pas comme sa copine Céline qui enchaine les flirts avec des princes charmants. Mais allez savoir, « il existe peut-être une caverne secrète dont elle a le code, qui, une fois ouverte, laisse entrevoir des hommes assis sur de grands fauteuils, attendant gentiment que Céline les libère » ?

Mais est-ce si grave le célibat?

« Je crois que je m’en fous pace que je me rends compte que je n’ai pas besoin d’un homme dans ma vie pour me sentir femme. »

Et en même temps…

« Il y a quand même des jours où je pense tout le contraire et où je serais prête à payer pour avoir le cœur qui bat, donner un peu de sens à ma vie, un peu de joie dans le merdier quotidien »

Un livre sensible et plein d’humour

Après « Je regarde passer les chauves », Sandrine Senès nous offre un deuxième livre composé d’une centaine de scènes du quotidien : « J’ai hâte d’être à demain ». Un livre sur le célibat, l’amour, la solitude, à une heure où un tiers des français, soit 18 millions de personnes, sont des âmes solitaires. Un livre qui se déguste comme un bonbon, acidulé parfois, sucré à d’autres moments, tendre au cœur toujours. Avec concision et beaucoup de justesse, elle croque des tranches de vie et évoque le quotidien d’une célibataire d’aujourd’hui cernée par les couples. Son regard aiguisé, son humour savoureux, son humanité, nous font vibrer au diapason d’un cœur de célibataire, entre tristesse, rire, soulagement, cynisme et tendresse.

A lire!

Informations pratiques

J’ai hâte d’être à demain, Sandrine Sénès – éditions de L’Iconoclaste, juin 2020 – 189 pages – 16€

15 livres à offrir pour Noël : ma sélection

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Vous cherchez un cadeau personnalisé, divertissant, instructif, qui fasse voyager et puisse être partagé ? Stop !!! Ne cherchez plus, j’ai la perle rare : LE cadeau idéal, qui cumule toutes ces particularités (et celle de ne pas vous ruiner, donc vous pouvez en offrir plusieurs), existe. C’est LE LIVRE 😊 Et là vous souriez, avant de vous raviser : un livre, oui, mais quel livre ? Rassurez-vous, j’ai la liste miracle! Voici ma sélection de 15 livres parus ces six derniers mois.

NB : il vous suffit de cliquer sur le titre du livre pour pouvoir lire sa chronique. Elle n’est pas belle la vie? 🙂

🎄Pour un Noël parfait 🎄

Mon coup de cœur absolu ❤ de ces six derniers mois, c’est ce livre profond, sensible, d’un humour absolument jubilatoire : Feel Good, de Thomas Gunzig aux éditions Le Diable Vauvert . Attention ce n’est pas un feel good, mais un roman savoureusement drôle, qui, à travers ses attachants personnages, et un humour féroce, se révèle être une satire de notre société en général et du milieu de l’édition en particulier. A lire ABSOLUMENT. Et à offrir, forcément!

🎄Pour un Noël solidaire 🎄

13 à table, Collectif aux éditions Pocket. Un livre acheté 5€ =4 repas offerts. Pour la 6ème année, les éditions Pocket et leur directrice éditoriale Charlotte Lefèvre, s’associent aux restos du cœur en publiant un recueil de nouvelles, intitulé 13 à table, rédigé par 17 talentueux auteurs, dont les bénéfices sont reversés intégralement aux Restos du cœur. Les auteurs : Philippe BESSON • Françoise BOURDIN • Michel BUSSI • Adeline DIEUDONNÉ • François d’EPENOUX • Éric GIACOMETTI • Karine GIEBEL • Philippe JAENADA • Yasmina KHADRA • Alexandra LAPIERRE • Agnès MARTIN-LUGAND • Nicolas MATHIEU • Véronique OVALDÉ • Camille PASCAL • Romain PUÉRTOLAS • Jacques RAVENNE • Leïla SLIMANI

🎄Pour un Noël plein de rires 🎄

Daddy gaga, de Julien Chavanes, aux éditions Plon. Comment endormir votre bout de chou alors que Pimpinou le doudou lapin, quelque peu décati et charriant des bactéries non encore identifiées par la science, a fugué loin de son tortionnaire mâchouilleur d’oreilles? Comment habiller ce petit ange le matin, alors qu’à 10 minutes de la sonnerie de l’école, il est encore en slip et le dentifrice plein les cheveux au milieu du salon? Si vous avez envie de passer un moment de lecture jubilatoire, entre couches, biberons et bain du petit dernier, alors plongez-vous dans Daddy gaga, ou les tribulations hilarantes d’un jeune papa. Un pur bonheur!

🎄Pour un Noël passionnant 🎄

Honoré et moi, de Titiou Lecoq aux éditions de L’iconoclaste : Vous pensiez tout savoir sur Balzac ? Vous l’avez pris en grippe lors de vos années au lycée ? Les biographies académiques vous ennuient ? Alors ce livre est fait pour vous ! Balzac, comme vous ne l’avez jamais vu, jamais lu, sous la plume jubilatoire de Titiou Lecoq.

On ne meurt pas d’amour, de Géraldine Dalban-Moreynas, aux éditions Plon : Un premier roman extrêmement fort, percutant, saisissant, sur une histoire d’amour adultérine particulièrement addictive et destructrice. L’emprise affective servie par la plume incisive de Géraldine Dalban-Moreynas.

Khalil, de Yasmina Khadra, aux éditions Pocket : Quand Yasmina Khadra se glisse dans la tête d’un terroriste prêt à se faire sauter. La radicalisation décortiquée de l’intérieur. Fascinant, brillant. Essentiel.

Une bête au paradis, de Cécile Coulon aux éditions de l’Iconoclaste : Le roman de deux générations de femmes littéralement possédées par leurs terres. Un roman envoûtant, ensorcelant. Magistralement écrit.

🎄Pour un Noël sous le signe du suspens 🎄

Ne t’enfuis plus, de Harlan Coben aux éditions Belfond : Drogue, emprise, secte, secrets de famille sont au programme du thriller haletant de Harlan Coben aux éditions Belfond. Et en filigrane, cette question : jusqu’où seriez-vous prêts à aller pour sauver votre enfant ?

Pour un Noël en enfance

Jules César, de Anne-Dauphine Julliand, aux éditions Les arènes : Après « Deux petits pas sur le sable mouillé » et le film documentaire « Et les mistrals gagnants », Anne-Dauphine Julliand, journaliste, signe son premier roman. Un roman aussi lumineux que bouleversant, dans lequel l’auteure nous interroge : jusqu’où serions-nous prêts à aller pour sauver la vie d’un enfant ?

Le rêve de la baleine, de Ben Hobson, aux éditions Rivages. Après le décès de sa mère, Sam, 13 ans, doit composer avec son chagrin et avec celui de son père. Un homme taiseux, qui a l’habitude de s’absenter plusieurs mois pour aller dépecer les baleines dans une usine. Comment vivre avec la douleur et l’absence ? Comment réinventer sa vie, tant pour le fils que pour le père ? Un conte initiatique d’une grande beauté.

🎄Pour un Noël viscéralement humain🎄

Le cœur battant du monde, de Sébastien Spitzer, aux éditions Albin Michel : Médecin, il n’en peut plus d’aider ces femmes à avorter. Cette fois, il va sauver la vie du bébé. En secret. Or cet enfant n’est autre que le fils adultérin de Karl Marx. Un roman passionnant, émouvant, magnifique, sur le parcours d’un enfant qui doit se construire en l’absence de racines.

Les guerres intérieures, de Valérie Tong Cuong aux éditions Jean-Claude Lattès: Valérie Tong Cuong nous offre un roman fascinant et une analyse d’une grande justesse sur ces guerres intérieures que nous menons contre notre culpabilité, notre mauvaise conscience, nos regrets et remords. Un coup de cœur pour la lumineuse plume de Valérie!

La dernière fois que j’ai vu Adèle, Astrid Eliard, aux éditions Mercure de France : Après Danser, roman que j’avais plébiscité en 2016, c’est avec ferveur que je vous recommande La dernière fois que j’ai vu Adèle, le nouveau roman d’Astrid Eliard. Un roman sur la double sidération d’une mère, quand elle apprend la disparition de son enfant et découvre qu’elle s’est embrigadée. Percutant, captivant, admirablement traité.

Je ne suis pas seul à être seul, de Jean-Louis Fournier aux éditions JC Lattès : Un livre délicat, sensible et facétieux sur la solitude. Ou quand Jean-Louis Fournier excelle à nous faire sourire de ce qui est grave, à nous émouvoir d’une phrase, d’un mot, d’un silence.

Les victorieuses , de Laetitia Colombani aux éditions Grasset : Après l’immense succès de La tresse, Laetitia Colombani nous offre un deuxième roman tout aussi viscéralement humain, Les victorieuses. Un roman qui donne la parole à ces femmes malmenées par la vie, courageuses et généreuses, recueillies par l’Armée du salut au Palais de la femme. Un véritable hymne à la solidarité.

🎄Pour un Noël riche en découvertes🎄

Méditer, le bonheur d’être présent, de Fabrice Midal aux éditions Philippe Rey : Un roman graphique passionnant, sur ce qui a amené Fabrice Midal à la méditation et en quoi elle lui a sauvé la vie. Le partage d’une expérience riche, superbement scénarisé et illustré. Ou la méditation vue de l’intérieur.

Entre ombre et lumière, de Stéphane Allix, aux éditions Flammarion : Un livre très personnel sur l’itinéraire du grand reporter Stéphane Allix, illustré par ses magnifiques photographies. Et bien plus encore : le partage d’expériences humaines indiciblement riches qui ouvrent à d’autres perceptions du monde.

 

Rentrée littéraire : Une bête au paradis, Cécile Coulon

Une bête au paradis de Cécile Coulon

©Karine Fléjo photographie

Le roman de deux générations de femmes littéralement possédées par leurs terres. Un roman envoûtant, ensorcelant. Magistralement écrit.

Ce roman a reçu le prix littéraire Le Monde 2019

Quand la terre vous possède

Les apparences sont parfois trompeuses. Si l’écriteau indique « Bienvenue au Paradis », la vie des êtres qui vivent sur ce lopin de terre isolé, au bout d’un chemin sinueux, flirte davantage avec l’enfer. Mais aussi rude soit leur vie de fermiers, jamais ils ne se plaignent.

La ferme appartient à Émilienne. A moins que ce ne soit Émilienne qui lui appartienne, tant elle lui est vouée corps et âme, tant elle n’imagine pas même pouvoir vivre ailleurs.

Quand sa fille et son beau-fils meurent dans un accident, Émilienne se retrouve avec ses deux petits-enfants en bas-âge sur les bras : Blanche et Gabriel. Elle n’a pour toutes ressources que les maigres revenus issus de la vente des produits de sa ferme. Mais elle a du courage à revendre. Alors à la ferme, seul le saule pleure. Émilienne ploie parfois, mais jamais ne rompt la digue de ses yeux, d’une solidité à toute épreuve. Tout ce petit monde, ainsi que Louis, le commis de la ferme, cohabite aussi bien que possible pendant des années.

Mais la jeune Blanche, en grandissant, devient une jeune fille désirable. Et désirée. Si Louis n’a d’yeux que pour elle, Blanche n’a d’yeux que pour Alexandre. Un amour fou, sauvage, entier. A son image.

Alexandre est un enfant du village, fils unique d’une famille modeste et morne. Tout ce qu’il déteste. Il étouffe dans ce village. Il n’en peut plus de cet horizon limité. Il voit plus grand, plus loin. Au-delà du Paradis. Et donc loin de Blanche. Car pour cette dernière, il est juste inconcevable de quitter sa terre, son attachante Émilienne, son mélancolique frère Gabriel et le dévoué Louis. Cette terre est son univers. Et sa geôle à la fois.

Quand elle comprend qu’elle et Alexandre ne vont rien bâtir ensemble mais au contraire, appartiennent à deux univers complètement différents, qu’elle ne fera pas le poids face à son ambition, une déchirure immense se crée en elle. Un sillon dans lequel vont germer les graines d’une vengeance.

La force d’un uppercut et la délicatesse d’une dentelle

Difficile de trouver les mots pour parler de la magnifique et inimitable écriture de Cécile Coulon : ses mots ont à la fois la force d’un uppercut et la finesse d’une dentelle. Pas une phrase de trop, pas un mot de superflu, pas même une virgule inutile : chaque mot a sa raison d’être, est choisi avec une infinie minutie. Et frappe au cœur. C’est puissant et gracieux à la fois. Brutal et poétique. Une plume de velours dans une main de fer. Et c’est cette alliance de la force et de la poésie qui fait toute la beauté de son style. Et son caractère unique.

Le lecteur se retrouve catapulté dans la ferme. Il n’est plus un simple lecteur, ni même un témoin du village, il VIT l’histoire d’Emilienne , de Blanche et des autres. Il tremble avec eux, s’emporte, crie, aime, rit, pleure, les pieds dans la boue. Un roman d’une puissance évocatrice rare. Des personnages que vous n’oublierez pas de sitôt.

Allez, ne restez plus devant votre écran, filez en librairie!

Informations pratiques : 

Livre paru aux éditions de L’iconoclaste en août 2019 – 346 pages – 18€

Celle qui attend, Camille Zabka

Celle qui attend livre 

« Celle qui attend » est le premier roman de Camille Zabka. Un livre tiré d’une histoire vraie, celle d’un homme dont la vie bascule dans l’horreur suite à un emprisonnement. Dès lors, seules les lettres qu’il écrit à sa femme et à sa fille le relient à la vie extérieure, à la vie « normale ». Un roman saisissant.

Quand la vie bascule suite à une incarcération

Alexandre a connu de nombreuses discriminations en raison de sa couleur de peau. Mais il a réussi à mener son petit bonhomme de chemin malgré tout, aujourd’hui dirigeant d’une entreprise de voituriers. Une vie bien rangée, aux côtés de sa femme Pénélope et de son adorable petite fille Pamina. Jusqu’à ce problème routier.

Sa vie bascule quand à un contrôle de police, il est arrêté pour conduite sans permis. Depuis l’année passée, où il avait pris la fuite en état d’ivresse, son permis de conduire lui avait été retiré. Il avait pour obligation de se présenter au juge d’application des peines. Une obligation à laquelle il s’est soustrait sans mesurer les risques encourus. La peine avec sursis se transforme alors en peine de prison ferme.

Et de se voir incarcérer pour quatre mois à Fleury-Mérogis. C’est la sidération. Une vie en suspens. En quelques minutes, il se retrouve plongé dans un autre monde. Celui de la promiscuité avec des détenus violents, drogués. Celui du bruit incessant, des disputes, des cris, des télés qui hurlent jour et nuit. Celui de la puanteur, de la crasse, de l’urine, de la sueur. Celui des horaires bien réglés, pour la promenade, les ateliers, les repas. Celui du temps figé. Celui de l’absence de liberté hormis celle de penser.

Et penser, il ne fait que cela. A sa femme qui doit prendre ses nouvelles fonctions de sage-femme en Allemagne. A sa fille, trop petite pour comprendre ce qui arrive à son père et à laquelle on a prétendu qu’il était au coin suite à une grosse bêtise. A trois ans, va-t-elle penser qu’il l’a abandonnée ?  Cette pensée le terrifie. Lui qui n’aimait jusqu’alors pas les mots, qui n’écrivait pas ni ne lisait, trouve en l’écriture et la lecture un rempart contre l’effondrement. Au quotidien, il rédige des lettres, réalise des dessins à colorier pour sa fille, des puzzles de papier, des banderoles à afficher, qu’il glisse dans des enveloppes de fortune avec des timbres cantinés. Ces lettres sont le seul pont érigé entre lui et elles. Le seul oxygène qu’il lui reste. Le seul lien avec l’extérieur.

Sa seule raison de vivre.

La prison, un retour à l’état sauvage

Avec Camille Zabka, le lecteur devient prisonnier (mais consentant 😉) à son tour. Prisonnier de la fluidité de son style, du réalisme des situations, de la justesse des émotions. Impossible de s’extraire du livre une fois la lecture commencée. On vit l’incarcération, on frémit lors des rixes, on s’émeut à la lecture des lettres et des trésors d’imagination du père envers sa fille, on trépigne d’impatience à l’approche de la libération. On s’insurge devant l’erreur judiciaire qui accroît la durée d’emprisonnement, devant les injustices dont il est l’objet et les aberrations de l’administration pénitentiaire. La romancière excelle à nous catapulter au cœur de la prison, où l’homme n’est plus un homme mais réduit à l’état d’animal sauvage luttant pour sa survie. C’est un roman édifiant, tiré d’une histoire vraie, celle d’une vie qui bascule et entraîne dans son sillage celle de ses proches.

Un roman indiciblement touchant, où l’amour d’un père pour sa fille et d’un homme pour sa femme permet au détenu de rester debout. Envers et contre tout. Agrippé aux lettres comme à des bouées. Atteindra-t-il le rivage?

Ma liste de livres à offrir pour le Noël des grands enfants, parfois appelés « adultes » !

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C‘est bientôt Noel et, comme chaque année, vous vous arrachez les cheveux pour trouver des idées de cadeaux. La calvitie vous menace, le départ de la luge du père Noel est imminent, ses rennes garés en double-file piaffent d’impatience. Vous stressez. Pour vous éviter l’angoisse de la page blanche devant la lettre au père Noël, je me propose de vous donner douze idées de cadeaux pour petits et grands. Elle n’est pas belle la vie ? 😊 Bien sûr, nous partirons du postulat de départ que tout le monde a été trèèèèèès sage 😉

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Vous cherchez un cadeau personnalisé, divertissant, instructif, qui fasse voyager et puisse être partagé ? Stop !!!!! Ne cherchez plus, j’ai la perle rare : LE cadeau idéal, qui cumule toutes ces particularités (et celle de ne pas vous ruiner, donc vous pouvez en offrir plusieurs), existe : c’est LE LIVRE 😊 Et là vous souriez, avant de vous raviser : un livre, oui, mais quel livre ? Rassurez-vous, j’ai la liste miracle !

  • Dix-sept ans, Eric Fottorino, éditions Gallimard : Un roman juste MAGNIFIQUE. D’une émotion vibrante. Eric Fottorino fait de nous les témoins bouleversés d’une double naissance : celle d’une femme en tant que mère, celle d’un homme en tant que fils. Parce qu’il n’est jamais trop tard, tant qu’on est vivants, pour se dire je t’aime…
  • Sous les branches de l’Udala, de Chinelo Okparanta, aux éditions Belfond : Chinelo Okparanta explore d’une manière saisissante la culture d’une oppression bien particulière, celle du sexe et du genre. Le récit marquant du combat d’une femme nigérienne qui cherche à revendiquer son identité au cœur d’un pays qui la méprise. Coup de cœur de cette rentrée littéraire.
  • Tenir jusqu’à l’aube, de Caroles Fives, aux éditions Gallimard : Dans ce roman, Carole Fives analyse avec une incroyable justesse la situation de ces femmes qui élèvent seules leurs enfants, par choix ou non. Ces mamans solos auxquelles la société ne pardonne rien, comme elle ne pardonne rien à toute personne qui ose sortir de la norme. Avec beaucoup de sensibilité, elle soulève les vraies questions, pointe du doigt les contradictions et esquisse les réponses. Un roman magnifiquement rédigé, indiciblement touchant.
  • Avec toutes mes sympathies, Olivia de Lamberterie, éditions Stock : Le roman d’un amour puissant entre un frère et une sœur, un amour que ni les océans, ni le temps, ni même la mort n’a altéré. Un portrait touchant, vivant, d’un homme et frère qui a choisi de mettre fin à sa vie.
  • Trancher, un roman d’Amélie Cordonnier, aux éditions Flammarion : Ce premier roman d’Amélie Cordonnier est d’une furieuse justesse. Il transforme le lecteur en spectateur d’un combat dans lequel les armes sont des mots. Des mots qui pulvérisent toute confiance en soi, toute estime de soi, toute gaieté. On comprend alors la difficulté de ces femmes à quitter leur conjoint violent. Car il n’est pas que violent, alterne avec des phases de grande douceur, de prévenance, d’amour tendre. Or le quitter, c’est aussi renoncer à ces merveilleux moments, à l’autre face de l’homme, la face lumineuse. A ce titre, ce roman n’est pas un énième roman sur la violence conjugale. Il a le mérite de répondre à la question si souvent posée à ces femmes : « Pourquoi tu restes ? »
  • Toutes les histoires du monde, de Baptiste Beaulieu, éditions Mazarine : Amour conjugal, amour filial, amour de soi, l’amour est ici merveilleusement décliné à tous les « t’aime ». Baptiste Beaulieu est en effet un merveilleux architecte de l’amour. Avec sa plume d’une vibrante sensibilité, d’une profonde humanité, il érige des ponts entre les êtres, renforce les édifices fragilisés par les aléas de la vie, redonne de l’impulsion aux cœurs affaiblis, pour leur permettre de battre à nouveau. Plus fort. Plus loin.
  • Tu t’appelais Maria Schneider, de Vanessa Schneider, aux éditions Grasset : Le portrait indiciblement touchant d’une femme libre et sauvage, courageuse, actrice phare du Dernier tango à Paris, un film qui se voulait être un tremplin pour sa carrière et se transforma en plongeoir. Maria Schneider sous la plume sensible et belle de sa cousine, Vanessa Schneider.
  • Chien-Loup, de Serge Joncour, éditions Flammarion :  L’histoire, à un siècle de distance, d’un village du Lot. En mettant en scène un couple moderne aux prises avec la nature et confronté à la violence, Serge Joncour nous montre avec brio que la sauvagerie est un chien-loup, toujours prête à surgir au cœur de nos existences civilisées. Un roman d’une densité rare. Gros coup de coeur!
  • La révolte, de Clara Dupont Monod, aux éditions Stock  : Clara Dupont-Monod nous offre un roman historique extraordinairement vivant. A l’image d’un cheval lancé au galop, sa plume cavale d’une bataille à une autre, de Richard Cœur de Lion à Aliénor, sans temps mort, sans faux pas. Instructif, passionné et passionnant, puissant, ce roman nous catapulte au cœur de l’Histoire, nous fait découvrir une femme extraordinaire servie par une plume alerte.
  • Même les monstres, Thierry Illouz, éditions de l’Iconoclaste : Une vibrante plaidoirie. D’une écriture à l’oralité saisissante, Thierry Illouz, avocat, livre un récit intime. Il retrace un parcours, une vocation. Et nous exhorte à regarder l’autre. Celui qui nous effraie. Celui que l’on condamne.Un essai brillant, passionnant, édifiant.
  • Un fils obéissant, de Laurent Seksik, éditions Flammarion : Ce livre du père, odyssée et drame personnel, retrace l’aventure commune d’un fils et de son père, deux êtres qui vécurent dans l’adoration l’un de l’autre. Dans un style virtuose d’une rare puissance émotionnelle, l’auteur des « Derniers jours de Stefan Zweig » signe son livre le plus intime et le plus universel. Un bouleversant roman d’amour.
  • Vivre ensemble, d’Emilie Frèche, éditions Stock : Avec ce nouveau roman, Emilie Frèche transpose le vivre ensemble prôné par les politiques à la sphère de l’intime. La petite et la grande histoire se mêlent, se répondent, s’interpellent. Vivre ensemble, une belle escroquerie ? La tension monte au fil des pages, le drame se profile, angoissant, tel un loup tapi dans l’ombre. Mais d’où va-t-il bondir ? Un roman qui se lit en apnée, rédigé avec une justesse telle dans l’analyse des situations et de la psychologie des personnages, que le lecteur devient le témoin d’une histoire, la vit, la voit, la ressent, l’entend.
  • La vraie vie, Adeline Dieudonné, éditions de l’Iconoclaste : Adeline Dieudonné nous offre un premier roman fascinant, bouleversant, cruel et sensuel à la fois, aux personnages forts, à la tension permanente. Un roman d’apprentissage dans lequel une fillette sort brutalement du monde de l’enfance, confrontée à la réalité de la vie, à la perte des illusions. Mais pas à la perte de sa combativité, de son énergie, de sa volonté. De son espoir de sauver son frère. Un roman qui vous hantera longtemps…

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Même les monstres, Thierry Illouz : un essai brillant sur le métier d’avocat

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Même les monstres, Thierry Illouz

Editions L’iconoclaste, septembre 2018

Essai.

Une vibrante plaidoirie. D’une écriture à l’oralité saisissante, Thierry Illouz, avocat, livre un récit intime. Il retrace un parcours, une vocation. Et nous exhorte à regarder l’autre. Celui qui nous effraie. Celui que l’on condamne.

On demande souvent à Thierry Illouz, avocat, comment il peut ainsi défendre des monstres. Une question chargée de mépris envers ces personnes présumées coupables, ces êtres que l’on distingue de soi en ne leur reconnaissant pas le statut d’être humain. Mais nier leur part d’humanité n’est-il pas une protection contre la reconnaissance de la part sombre que chacun sent en lui, contre le risque permanent que l’homme ne laisse sa part d’animalité prendre le pas sur sa part lumineuse, policée ? S’ils sont des monstres, cette espèce non humaine voire inhumaine, cela protège ceux qui les appellent ainsi d’être un jour assimilés à eux. Cela les sépare de l’horreur. Monstres, un « mot frontière ».

Monstres, un « mot fossé ».

Or le sens du métier de Thierry Illouz, le combat de sa vie, ce n’est non pas de diviser mais de rassembler, de chercher à comprendre, d’écouter. Y compris et surtout ceux que l’on nomme des monstres et qui sont comme tout un chacun des hommes, des êtres appartenant à la même communauté que lui, que nous. Et côté division, il sait de quoi il parle. Fils de rapatriés d’Algérie, il a grandi dans un quartier délaissé de Picardie. Lui le juif. Lui et sa famille, les gens différents. Les monstres d’alors. Aussi, ayant souffert de cette division, de ces fossés, aujourd’hui il érige des ponts entre les hommes. « Défendre n’est pas épouser le mal, ni la faute, ni le crime, jamais. Défendre c’est ôter au mal toute chance d’être le mal, c’est-à-dire une idée réfractaire à toute compréhension, à toute histoire. (…) La défense, c’est la seule chance de conjurer l’injustice, l’aveuglement, la vengeance, dans tous les cas. Et le totalitarisme évidemment. »

Un essai brillant, passionnant, édifiant.