Prix Françoise Sagan 2016

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Un beau début, de Eric Laurrent, est le lauréat du Prix Françoise Sagan 2016.

A l’issue de l’ultime délibération de cette septième édition du prix Françoise Sagan, qui a eu lieu le 2 juin à l’hôtel Montalembert à Paris, le roman de Eric Laurrent, Un beau début a obtenu une majorité des votes face aux autres sélectionnés du prix.
Les éditions de Minuit consacrées une deuxième fois consécutive.

Le livre :

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Enfant, Nicole Sauxilange s’imaginait un destin de sainte. Avec l’adolescence, une autre ambition se fit jour dans l’esprit de cette petite provinciale : devenir une star. Qu’elle ne possédât aucun talent ne l’en détournerait pas. Il suffirait de poser nue.

288 pages; ISBN : 9782707329523; 15.00 €

Lily et Braine, de Christian Gailly (éditions de Minuit)

9782707320902

Lily et Braine,Christian Gailly

Les Éditions de Minuit, janvier 2010

 

 

Une mélodie d’un pessimisme gai.

 

Sur un quai de gare, en plein mois de juillet, Lily attend le retour de Braine, son mari, après deux ans et demi d’absence  A ses côtés, leur fils de trois ans et leur petit chien. Si Lily espère pouvoir rejouer avec lui la même partition familiale et amoureuse qu’avant, impatiente, aimante, attentionnée, très vite le lecteur comprend que nombreux seront les bémols. La météo ensoleillée de ce jour d’été laisse entrevoir des nuages menaçants symbolisés par deux instruments : le bugle (instrument de musique) de Braine et son pistolet automatique ramené du front, tous deux consignés par Lily sur le dessus de l’armoire.

Car c’est un homme fracassé par la guerre qui descend du train, après de nombreux combats et trois mois de séjour dans un hôpital militaire. Mutique, hébété, amaigri, il lui faut tout réapprendre, répéter les notes oubliées d’un quotidien exempt de violence.

C’est alors qu’il rencontre une très belle femme, une certaine Rose Braxton, dont la voiture est tombée en panne. Il lui vient en aide et cette dernière lui propose de renouer avec sa passion d’avant : la musique. « Sans la musique, la vie serait une erreur » disait Nietzsche. Sans la musique… et l’amour, la vie serait insoutenable pense Braine. Et ce dernier, pour échapper à ses fantômes, de renouer avec ses passions d’antan :le jazz  et…les femmes.

Dans un style d’une épure remarquable,  très mélodique, ponctué d’improvisations, Christian Gailly nous emporte et nous transporte dans ce drame simple des effets de la guerre, de ses traumatismes tatoués sur l’âme. Comment passer au dessus du précipice qui vous sépare de ceux qui n’ont pas connu les combats, côtoyé la mort, la peur, l’horreur ? Comment ne pas chuter soi, ni faire chuter ses proches ? Un air de jazz magnifique qui s’achève sur une note tragique, percutante.

Un livre qui s’écoute autant qu’il se lit. Envoûtant, entêtant, fatalement mélancolique…

 

Extrait : « C’était peut-être ça, sa véritable infirmité. L’invalidité qu’il avait rapportée de là-bas. Une incapacité à ne pas aimer (…). Au fond, il n’y a que le drame, la mort, pour enrayer un pareil système. »

 

Informations pratiques :

Prix éditeur : 14,50€

Nombre de pages : 188

ISBN  9 782707 320902

 

Bibliographie de l’auteur  (aux Éditions de Minuit):

Dit-il, 1987

K.622, 1989

L’Air, 1991

Dring, 1992

Les fleurs, 1993

Be-Bop, 1995

L’Incident, 1996

Les Évadés, 1997

La passion de Martin Fissel-Brandt, 1998

Nuage Rouge, 2000

Un soir au club, 2002

Dernier amour, 2004

Les oubliés, 2007

La centrale, de Elisabeth Filhol

9782846823425

La centrale, Elisabeth Filhol

Editions P.O.L, janvier 2010

 

Dans ce premier roman, Elisabeth Filhol nous fait pénétrer dans cet univers fascinant, mystérieux et inquiétant à la fois : celui de l’industrie nucléaire. Une docufiction traitée du point de vue des humains qui y travaillent dans des conditions inhumaines : les précaires du nucléaire. Ou quand l’homme est une machine au même titre que le réacteur…

Tandis que le spectre de la catastrophe de Tchernobyl reste encore très présent dans les esprits, elle nous  emmène au cœur des centrales françaises, au rythme des embauches du narrateur, travailleur intérimaire. Un tour de France en dix-neuf étapes – le nombre de centrales dans l’hexagone –, où ces ouvriers de maintenance partagent les mêmes risques au quotidien, la même précarité, le même toit, les frais de transport d’une ville à l’autre. Et la même angoisse muette d’une surexposition aux radiations aussi… La fatigue, le stress, où comme dans le cas présent pour le narrateur, le contact avec une pièce radioactive égarée, et le dosimètre s’affole.  Et le risque d’atteindre le seuil des vingt millisieverts, dose maximale de radiation tolérable par homme et par an, de planer. Pourtant, la centrale séduit autant qu’elle effraie, mélange d’attirance et de répulsion, de puissance et de destruction.

Ils sont des milliers à converger vers ces centrales, travailleurs de l’invisible pour lesquels il est facile de décrocher un emploi, après une simple formation de quelques jours. Une solidarité se forme. Un  « compagnonnage »  qui se fait au gré des « arrêts de tranche », ces périodes de l’année où les réacteurs sont arrêtés afin de permettre l’accès aux zones les plus sensibles. Maintenance, entretien du réacteur, contrôles techniques, changement de combustible y sont alors effectués dans un climat de tension permanente, de danger.

Dans ce roman très engagé tant socialement que politiquement, l’auteur a un double mérite. Nous éclairer sur ce qui peut pousser ces personnes à mettre en péril leur santé, leur vie, motif qui ne peut être leur maigre salaire. Et, d’autre part, en accompagnant ces équipes d’ouvriers, celui de nous informer sur le fonctionnement de cet univers depuis l’intérieur.

Toutefois, les nombreux exposés scientifiques et techniques, de la fission de l’atome aux normes d’exposition aux radiations, de même que la froideur du style (ton distancié, descriptions cliniques, phrases relativement longues), m’ont laissée quelque peu en périphérie de la centrale.

Une impression mitigée donc.

 

    

Informations pratiques :  

Prix éditeur : 14,50€

Nombre de pages : 141

ISBN : 9 782846 823425

 

Ce roman a reçu le prix Télérama – France Culture

Mon grand appartement, de Christian Oster (éditions de Minuit)

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Mon grand appartement, Christian Oster (Prix Médicis 1999)
Editions du Livre de Poche, Mars 2007

 

Tout commence pour Gavarine par une double perte : celle des clefs de son (grand) appartement, et celle de sa compagne. Son cœur comme son logement se retrouvent dès lors bien vides. Et c’est dans de somptueuses digressions qu’il va nous relater le vide amoureux, « le presque vide, le presque rien, le peu qu’il sauve ». Face à tous ces malheurs qui pèsent sur le quotidien, Gavarine ne se laisse pas abattre mais au contraire oppose un flegme savoureux, non dénué d’humour. Il décide de laisser faire le hasard, lequel va le conduire à croiser la route du bonheur en la personne de Flore, une femme enceinte. Et de décider instantanément non seulement qu’elle sera la femme de sa vie, mais qu’il sera le père de cet enfant. Une rencontre qui en l’espace de vingt petites minutes va changer son destin.

 

C’est dans un véritable état de jubilation que j’ai suivi les divagations de cet attachant personnage et ses incessantes réflexions intérieures. Un roman fluide, dans lequel on sent la vérité de l’expérience, où les clefs perdues de l’appartement nous offrent d’autres clefs sur l’existence.   

 

Citation :

 

« L’amour, c’est ce qui manque le plus à ceux qui aiment. »