The cry, Helen Fitzgerald

the cry

Un thriller haletant sur la descente aux enfers d’un couple dont le bébé de 9 mois est découvert mort à leur descente d’avion. Accident ? Manipulation perverse ? Mort naturelle ? Un véritable page-turner.

Accident ou manipulation perverse ?

Pendant le vol à destination de Melbourne, Joanna s’est fait remarquer avec son bébé de neuf mois dont rien ne semblait calmer les pleurs. A ses côtés, son mari Alistair dormait tranquillement, non conscient de son désarroi et des regards outrés de nombre de voyageurs sur son épouse. Une mère visiblement épuisée, dépassée par les évènements se souviendront les passagers. Cela en fait-il une mère criminelle pour autant ?

Car à leur descente d’avion, les parents réalisent soudain que le petit ne fait plus de bruit. Et pour cause, il est décédé dans son porte-bébé… Que s’est-il passé ? Un accident sous le coup de la fatigue physique et nerveuse ? Une mort naturelle ? Ou un meurtre avec préméditation ? Paniqué, le couple décide alors de camoufler le décès de leur enfant. Un mensonge destiné à protéger qui ? Les médias s’emparent alors de l’affaire. Le public, fasciné par ce fait divers, est avide de découvrir la vérité…

Un thriller haletant

Soyez prévenus : vous ne pourrez plus lâcher The cry d’Helen Fitzgerald, une fois la lecture commencée. La romancière excelle à entretenir le suspense, à maintenir la tension narrative constante et jubile à jouer avec les nerfs du lecteur. Scindée en de très courts chapitres, l’intrigue suit un rythme rapide, multiplie les points de vue au sujet du couple. Ce père de famille, homme politique en vue, est-il aussi lisse qu’il parait ? Cette mère énervée après son bébé hurlant, incapable de l’apaiser, est-elle une mauvaise mère ? Ou les apparences sont-elles terriblement trompeuses ?

Un thriller captivant !

Informations pratiques

The cry, Helen Fitzgerald – éditions J’ai lu, mai 2022 – 380 pages

Glissez Véronique de Bure dans votre poche!

Un amour retrouvé éditions J'ai lu

Un livre d’une infinie tendresse et d’une profonde humanité, sur une veuve septuagénaire qui rencontre à nouveau l’amour. Comment vivre un dernier amour ?

Retrouver son premier amour

Véronique de Bure est la plus jeune d’une fratrie de trois. Précédée par deux frères. Petite dernière, elle a toujours eu une relation très privilégiée avec sa mère. Fusionnelle même. Aussi, quand sa mère est restée veuve à 70 ans, arrachée brutalement à celui qu’elle aimait et père de ses enfants, Véronique s’est inquiétée pour elle.

Jusqu’à ce jour, trois ans plus tard, où Véronique remarque un éclat inhabituel dans le regard de sa mère. Des étincelles qu’elle n’avait plus vu luire depuis des années. Et sa mère de lui avouer échanger des lettres avec son premier amour, un prénommé Xavier. Un amoureux parti sans une explication, qui a ressurgi dans sa vie ½ siècle plus tard. Peut-on tomber amoureux à plus de 70 ans ?

Au bonheur de voir sa mère heureuse se mêlent une forme de jalousie et de peur. Sa relation si complice avec sa mère va-t-elle pâtir de ce nouvel amour ?

Aimer à tout âge

J’avais adoré le précédent livre de Véronique de Bure, Un clafoutis aux tomates cerises (chronique ICI). J’attendais donc avec impatience un nouvel ouvrage signé de sa plume. Et la magie d’opérer à nouveau avec Un amour retrouvé, paru aux éditions J’ai lu en ce mois de mai.

Dans ce livre, l’auteure évoque sa mère, sa relation si forte et si belle avec elle. Une relation qui a évolué avec l’arrivée dans la vie de la septuagénaire d’un nouvel amour.  Et Véronique de Bure de craindre de « perdre » sa mère, de ne plus trouver sa place dans la maison à chacune de ses visites. D’être presque de trop pour sa mère, là où elle était son essentiel. Crainte aussi que cet homme ne remplace son défunt père, ne l’efface. Substitue-t-on un amour à un autre ou l’additionne-t-on ?

Mais avec le temps, elle réalise que cet amour entre sa mère et Xavier n’est pas une menace. Bien au contraire. Pour les deux septuagénaires, il est comme une renaissance, un nouveau droit au bonheur dont ils se saisissent et se délectent. N’est-ce pas là le plus important pour eux comme pour leurs proches ?

C’est une réflexion extrêmement touchante et vibrante d’authenticité que nous livre Véronique de Bure sur les changements au sein d’une famille et notre capacité à nous adapter à eux. Une ode à l’amour, entre un homme et une femme, mais aussi entre des parents et leurs enfants.

C’est tendre, bouleversant et viscéralement humain. A lire absolument.

Informations pratiques

Un amour retrouvé, Véronique de Bure – éditions J’ai Lu, mai 2022 – 7,90€- 320 pages

Partir vivre à la campagne

Jeanne les eaux vives

Un roman sur le retour aux sources, à l’essentiel. Ou quand une jeune mère récemment divorcée décide de quitter la ville avec son enfant, pour s’installer à la campagne où elle ne connait personne. Pure folie ou choix salvateur?

Quitter la ville

Jeanne, parisienne, est illustratrice de livres pour enfants. Ces derniers temps, elle perd pied. Son mari, l’homme avec lequel elle se voyait vivre toute sa vie, l’a quittée pour une autre femme, la laissant seule avec leur fille de 8 ans, Emma. Une fille dont il ne s’occupe guère, se rangeant aux désirs de sa nouvelle compagne, laquelle trouve les enfants encombrants. Orpheline et désormais en plein divorce, Jeanne sent la solitude l’étreindre. Seule reste Sophie, sa meilleure amie et confidente.

Quand Sophie l’exhorte à réagir, à se chercher un nouvel appartement dans un autre quartier, Jeanne éprouve soudain une envie plus radicale encore : ne pas seulement changer d’arrondissement parisien mais carrément quitter Paris. Pour la campagne de la Creuse.

Tant qu’à changer de vie, elle veut tout réapprendre, découvrir d’autres modes de vie, d’autres gens, un autre milieu.

Sophie est perplexe : Jeanne n’y va-t-elle pas un peu fort ? Changer tous ses repères, quitter la ville, ne sera-t-il pas au contraire source d’une solitude plus grande encore ? Mais Jeanne s’arc-boute à sa décision et entraine sa fille Emma dans cette nouvelle vie. Cette vie à la campagne répondra-telle à toutes ses attentes ?

Vivre à a campagne

Avec Jeanne les eaux vives, paru en ce mois de mars aux éditions J’ai Lu, Jeanine Berducat nous offre un roman d’une grande tendresse et d’une grande humanité. Une forme de retour aux sources, aux choses simples de la vie, à l’humain. En s’installant à la campagne, Jeanne va découvrir une vie faite de petits bonheurs simples comme l’écoute du chant de la rivière proche, le ramassage des œufs frais, la caresse du soleil, la traite des vaches. Les gens du coin sont de condition modeste, mais généreux et près à s’entraider. L’occasion pour l’enfant et sa mère de nouer des nouveaux liens, de vivre à un autre rythme, de rencontrer l’amitié et même l’amour.

Une ode aux petits bonheurs, au respect de la nature, à la solidarité, à tout ce qui fait la beauté de la vie, à tout ce qui fait sa valeur.

« Le monde a été fait pour les hommes, pour qu’ils y soient heureux et le fassent prospérer. Au lieu de cela, ils l’ont malmené, ont introduit mille maux dont ils souffrent aujourd’hui. Leur désir de toujours posséder plus, de soumettre la nature à leur force, à leur génie, les conduit peu à peu à leur propre perte. »

Informations pratiques

Jeanne des eaux vives, Jeanine Berducat- éditions J’ai Lu, avril 2022- 7,20€ – 254 pages

Eckhart Tolle, Le chemin vers l’unité

Le chemin vers l'unité Tolle Eckhart

Transformation de la conscience

C’est un merveilleux travail personnel que propose Eckhart Tolle à ses lecteurs : une invitation à aller à la découverte de soi, au delà des tourbillons du mental, de ce que nous pensons être et avoir, de nos pensées limitantes, de nos croyances, de notre passé. Nous éveiller à la conscience.

« La pensée n’est qu’un infime aspect de la totalité de la conscience, de la totalité de ce que vous êtes. (…) La cause première du malheur n’est jamais la situation mais toujours les pensées qui concernent celle-ci. »

Dissocier nos pensées (schéma mental conditionné) de chaque situation, rester factuel et ne pas qualifier une situation de bonne ou de mauvaise en écoutant notre ego, voici une des premières démarches à effectuer pour accéder à son espace spirituel intérieur, à un état de paix et de clarté. Rester dans le moment présent, éliminer le temps psychologique c’est à dire la préoccupation incessante du mental par rapport au passé et au futur est une autre étape à franchir..

L’éveil selon Eckhart Tolle

On ne présente plus Le pouvoir du moment présent, véritable best-seller d’Eckhart Tolle. De même que L’art du calme intérieur. En ce mois de mars, l’auteur nous offre un nouvel ouvrage aux éditions J’ai Lu : Le chemin vers l’unité. Comme précisé en exergue du livre par Eckhart Tolle lui-même, cet ouvrage n’est pas forcément à lire dans l’ordre et surtout pas dans l’urgence. Un court chapitre à la fois ou juste quelques lignes. La lecture des notions développées ici doit en effet se faire dans la lenteur, donner le temps aux réactions intérieures qu’elle suscite de se manifester, permettre au lecteur de ressentir profondément la vérité qu’elle réveille. A l’image d’un grand thé qu’on laisse infuser. Les notions développées par l’auteur visent à permettre au lecteur à être plus présent à lui-même, plus éveillé, plus en harmonie avec la vie.

De courts chapitres, intenses par les réflexions et prises de conscience qu’ils suscitent, accompagnent ainsi le lecteur sur le chemin de l’unité. Un ouvrage de développement personnel édifiant et passionnant.

Informations pratiques

Eckhart Tolle, Le chemin vers l’unité- Editions J’ai lu, mars 2022 – 156 pages – 7€

La chienne, Pilar Quintana

La chienne, Pilar Quintana

Une immersion dans la jungle colombienne, où une femme extrêmement pauvre reporte l’amour qu’elle ne peut pas donner à un enfant sur un chiot qu’elle a adopté. Une analyse choc et bouleversante de l’instinct maternel.

Désir d’enfant contrarié

Damalis et Romelio vivent dans une cabane de fortune, sur une falaise entre jungle et océan pacifique, sur la côte colombienne. Ils n’avaient que 18 ans quand ils se sont rencontrés. Et, alors qu’ils vivaient dans le village, après deux ans de vie commune les gens commencèrent à jaser : comment se faisait-il qu’ils n’avaient pas d’enfant ? Damaris consulta une chamane, essaya des potions censées favoriser la grossesse à base d’herbes de la brousse. En vain. Une blessure jamais refermée.

Quand vingt ans plus tard Damalis voit un chiot au village, elle n’hésite pas une seconde et l’adopte sans même en parler à Romelio. Et de donner à sa petite chienne le prénom qu’elle aurait donné à sa fille si elle en avait eu une : Chirli. Et de la glisser entre ses seins pour la promener. Et de l’entourer d’attentions, comme elle l’aurait fait pour ce bébé qui n’est hélas jamais venu. Une relation fusionnelle.

Mais un jour, alors que la chienne a grandi, Romelio lui fait remarquer qu’elle attend une portée. Dans l’esprit de Damalis, c’est le point de bascule : comment sa chienne peut-elle se voir accorder le bonheur d’être mère, bonheur que la vie lui a refusé ?

De l’amour à la haine

C’est un roman extrêmement dense, d’une grande puissance évocatrice que nous offre Pilar Quintana, auteure colombienne, avec La chienne, aux éditions J’ai lu. La chienne ici se substitue à l’enfant tant désiré et permet à la romancière d’explorer le lien filial qui lie Damaris à l’animal. Un amour fusionnel, exclusif. Aussi, quand la chienne commence à fuguer, à trouver du bonheur ailleurs que dans les jupes de Damalis, cette dernière le vit comme une trahison. D’abord sujette à une angoisse paroxystique lors de sa première fugue, convaincue que la chienne ne saura jamais retrouver son chemin jusqu’au cabanon, elle sent poindre en elle au fil des récidives de la chienne une colère terrible, colère qui se mue en haine. L’atmosphère devient alors lourde, oppressante comme la jungle qui envahit tout alentour. Pilar Quintana nous entraine jusqu’aux confins du désir maternel inassouvi : jusqu’où peut conduire le désir d’enfant contrarié ?

Un roman qui secoue, émeut et ne laisse pas le lecteur indemne.

Informations pratiques

La chienne, Pilar Quintana- éditions J’ai lu janvier 2022-153 pages – 6,70€

Glissez Olivier Adam dans votre poche!

Tout peut s'oublier

Un roman bouleversant, sur ces parents amputés de la présence et de l’amour de leur enfant. Ou quand le divorce s’accompagne d’une fuite au bout du monde d’un des parents avec l’enfant.  Profond. Juste. Poignant.

Séparation et disparition

Nathan a toujours suivi le cours de la vie, plus qu’il ne l’a choisi, tel un bateau se laissant porter par le courant. Il n’avait pas compris comment son couple avec Claire avait pu s’échouer sur la grève. Il n’a pas davantage vu venir la tempête dans le couple qu’il a reformé avec Jun, une japonaise, mère de son fils. Elle s’est lassée de lui, sans qu’il ne comprenne ni pourquoi, ni comment ce désamour s’est installé. Bateau sans équipage, Nathan tente de se maintenir à flots, s’aide de temps en temps d’un verre d’alcool. Quant à Jun, elle a pris un appartement avec leur fils Léo, au-dessus de son atelier de céramiste. Il ne voit plus son fils qu’une semaine sur deux.

Mais un matin, Nathan sombre corps et âme en découvrant que l’appartement de son ex-femme est vide. Elle a quitté la France, s’est enfuie avec leur fils vers son Japon natal. Pour Nathan, c’est la sidération. Une douleur térébrante.

Au même moment, sa voisine du dessus, Lise, vit un drame similaire. Son fils unique a quitté la maison et refuse de donner des nouvelles, de la voir, embrigadé dans un mouvement particulièrement violent et proche des black-blocks. Dans son sillage, son mari claque la porte de la maison. Elle se retrouve comme Nathan : seule, désespérée d’être amputée de l’amour de son enfant. De sa présence.

Ces deux êtres esseulés vont-ils pouvoir additionner leurs forces restantes pour garder le cap, voguer jusqu’à une terre plus clémente ? Comment vivre sans la chair de sa chair ? Que faire quand votre ex a enlevé votre enfant mais que la législation du pays ne vous reconnaît aucun droit ? Nathan, comme Lise, sont bien décidés à prendre les choses en main. Pour la première fois de son existence, Nathan ne va pas laisser le courant décider de son orientation : il va prendre le gouvernail.

Enlèvement d’enfant

Dans Tout peut s’oublier, paru en ce mois de mars au format de poche aux éditions J’ai lu, c’est avec beaucoup de finesse et de sensibilité qu’Olivier Adam s’attaque à un problème qui fait de plus en plus l’actualité au sein des couples mixtes, notamment franco-japonais : le rapt de l’enfant suite au divorce et la fuite vers le pays natal. Comment réagir, quand votre ex-conjoint s’enfuit avec votre enfant, dans un pays où la législation diffère, ne vous reconnait aucun droit en tant que parent divorcé ? Au Japon, l’autorité parentale ne peut pas être partagée. Pas de garde alternée ni de droit de visite. Comment accepter l’inacceptable ? Comment supporter une telle injustice ?

Sans pathos, Olivier Adam saisit au plus juste la dérive des sentiments, les amours qui se délitent, l’Autre, si proche, si fusionnel, qui devient soudain un étranger. Et vous considère comme son ennemi. Une histoire et des personnages poignants, qui vous hantent longtemps après avoir fini la lecture.

Informations pratiques

Tout peut s’oublier, Olivier Adam – éditions J’ai Lu, mars 2022 – 288 pages – 7,80€

Autres romans d’Olivier Adam

Pour retrouver les chroniques consacrées aux autres romans d’olivier Adam sur ce blog, il vous suffit de cliquer sur leur titre !

Dans la mer il y a des crocodiles, Fabio Geda

dans la mer il y a des crocodiles

Le récit poignant d’un enfant afghan de dix ans, condamné à l’exil, seul sur les routes, de l’Afghanistan à l’Italie. Un voyage insensé, où la débrouille le dispute à la peur, l’entraide à l’exploitation. Une ode au courage et à l’espoir. Inoubliable.

Un récit d’enfance inoubliable

Enaiat appartient à une ethnie afghane minoritaire, les Hazaras. S’il ne quitte pas le pays, sa mère le sait, il sera condamné à mort par les talibans ou les Pachtounes. Alors, même si la douleur est inhumaine, même si le voyage est dangereux, elle se résout à le confier à des passeurs dans l’espoir d’une vie meilleure en Europe. D’une vie tout court.

Première étape, le Pakistan. Débrouillard, Enaia survit de petits boulots, obtient en échange de journées de travail exténuantes de dormir dans une pièce où ils s’entassent à 5 avec un maigre repas. Il affronte l’hostilité des habitants mais aussi la violence gratuite des policiers, la solitude, l’épuisement, la faim. Mais un jour, il décide que c’est l’humiliation de trop. Avec d’autres gamins de la rue, il projettent d’aller tenter leur chance en Iran. Mais arrivés en Iran, l’exploitation continue : le passeur les conduit sur un chantier, les oblige à travailler tandis qu’il perçoit leur salaire. L’homme n’est-il donc capable que du pire ? Enaia envisage de rentrer en Afghanistan, à bout de forces physiques et morales. Mais il puise en lui ses dernières ressources et continue sa route.

Après le Pakistan, cap sur la Turquie, avant la Grèce et enfin l’Italie. Plus de cinq ans d’errance. Des périples où nombre d’autres migrants ont laissé leur vie, tandis que les passeurs, non contents de leur soutirer toutes leurs économies, les maltraitent et les exploitent. A pied sur des sentiers escarpés des jours durant sans eau ni chaussures adaptées ou entassés dans le double-fonds de camions, ils ont connu l’enfer…  Mais l’enfer est-il vraiment derrière eux ?

La condition des migrants

Dans la mer il y a des crocodiles est un témoignage bouleversant, qui vient de sortir au format poche aux éditions J’ai lu. Un livre nécessaire. Fabio Geda partage avec nous le parcours hors du commun du petit Enaia, livré à lui-même et surtout à la cupidité et la violence des hommes. Car en fuyant l’enfer des talibans, il ne se dirige pas pour autant vers des cieux cléments. L’Europe n’est pas l’eldorado loué par les passeurs. Pas plus que le prix de la traversée que ces derniers font payer, n’est le prix définitif : tout est bon pour soutirer à chaque étape du parcours davantage d’argent aux migrants, quitte à les faire travailler au black à l’arrivée dans un nouveau pays, en leur subtilisant leur salaire à la fin du mois. Et les policiers ne sont pas toujours là pour faire régner l’ordre : ils sont les premiers à maltraiter les migrants en leur volant le peu qu’il leur reste, quand ils ne les violentent pas sourire aux lèvres.

Et pourtant, malgré son si jeune âge, malgré les conditions inhumaines de son exil, Enaia est parvenu en Italie, y a appris la langue, étudié et obtenu un permis de séjour. Un parcours qui force l’admiration envers le petit afghan, arraché aux siens. Un périple au cours duquel on perd souvent foi en l’être humain, même s’il s’est trouvé sur sa route de rares personnes pour lui tendre la main et lui témoigner de l’humanité et du respect.

Un témoignage inoubliable et une prise de conscience nécessaire.

Informations pratiques

Dans la mer il y a des crocodiles, Fabio Geda, l’histoire vraie d’Enaiatollah Akbari – éditions J’ai lu, février 2022 – 216 pages- 7,10 €

Les 3 prochains livres sur le blog!

La présentation de la rentrée littéraire 2022 se poursuit avec un immense coup de cœur en ce début de semaine aux éditions Tana, une indicible émotion avec Anne-Dauphine Julliand et l’initiation des enfants au partage mercredi. Vous me suivez? C’est parti! 😉

Je commencerai lundi par un livre édifiant et passionnant, un récit/témoignage consacré à un homme vraiment extraordinaire. Dans L’homme qui arrêta le désert, paru aux éditions Tana en ce mois de février, Damien Deville géographe et anthropologue, a rencontré au Burkina Faso cet homme ô combien inspirant, Yacouba Sawadogo, qui a fait de sa vie un combat contre l’avancée du désert et a reçu pour cela le Right Livelihood Award, Prix Nobel alternatif. Un homme qui, grâce à la forêt de 40 hectares, qu’il a plantée arbre par arbre, étudiant les essences et les techniques pour irriguer la terre, a créé une sentinelle face à l’érosion du vivant.

Mercredi, jour des enfants, nous les initierons à la notion fondamentale du partage, avec un livre ingénieux, paru aux éditions Usborne : Pourquoi je dois partager? Pourquoi a t-il plus que moi? Dois-je TOUT partager? Voici quelques unes des questions auxquelles cet ouvrage à rabats joyeusement illustré, se propose de répondre. Pour apprendre en s’amusant les vertus du partage. A partir de 4 ans.

Jeudi, c’est avec une indicible émotion que je vous parlerai de l’essai de Anne-Dauphine Julliand, Consolation, qui vient de paraître aux éditions J’ai Lu. Un témoignage essentiel sur la consolation indispensable à toute souffrance. Car si la souffrance ne se partage pas, en revanche elle a besoin d’être accompagnée. Un livre vibrant de vérité, d’humanité, d’amour. Pour aider les consolants et les consolés, lesquels le sont tour à tour au fil de l’existence.

Les impatientes, Djaili Amadou Amal

Les impatientes

Couronné par le Prix Goncourt des lycéens en 2020, ce roman sur la condition des femmes au Cameroun est extrêmement courageux, édifiant, militant. Une lecture bouleversante.

La condition des femmes au Cameroun

De leur naissance à leur mort, les femmes s’entendent dire et répéter « Munyal ! » (Patience !), telle est la seule valeur du mariage et de la vie. Une valeur comme une condamnation au silence et à l’obéissance, face à leur mari, leur père, leurs frères. Et ce, quelle que soit l’attitude de ces derniers à leur endroit. Violences physiques, humiliations, répudiations, esclavage, les femmes sont censées non seulement l’accepter, mais ne pas s’en plaindre à quiconque. Pire, elles doivent se montrer reconnaissantes envers eux, malgré les coups, les insultes et leur droit à avoir plusieurs épouses.

« Vous appartenez à votre époux et lui devez une soumission totale. »

Ramla avait espéré faire figure d’exception. Elle ne jure que par les études et rêve de devenir pharmacienne, d’être indépendante, de gérer sa vie comme bon lui semble et d’épouser le gentil Aminou. Des rêves qui se brisent nets sur l’autel paternel : n’ayant que faire des velléités de Ramla, son père lui a trouvé un mari. Elle doit enterrer tous ses rêves d’études, de bonheur et partager son mari avec sa première femme Safira.

Pour Safira, jusqu’alors la seule épouse, l’unique à régner sur le cœur de son mari, il faut envisager de céder une partie de son empire amoureux à Ramla, laquelle incarne la jeunesse, le renouveau et l’érudition. Une rivalité polygame qui la ronge.

Hindou, la sœur de Ramla, n’est pas mieux lotie. Son père la marie à leur cousin, un homme alcoolique, drogué et violent. Mais là encore, quand elle supplie ses parents, le visage et le corps recouverts d’hématomes et de plaies, de la retirer des griffes de cet homme, on lui assène un « Munyal ! » et on la renvoie chez son mari en la fustigeant pour son audace.

Trois femmes de riches familles peules et musulmanes, confrontées à la suprématie et à la cruauté masculine, qui vont se battre pour se libérer. Y parviendront-elles ?

Le poids des traditions et de la religion

C’est un roman absolument édifiant que nous livre Djaïli Amadou Amal avec Les impatientes, paru en ce mois de janvier aux éditions J’ai lu. Un roman bouleversant, qui immerge le lecteur dans la société peule et musulmane camerounaise, où aucun droit n’est reconnu aux femmes. Des devoirs si.

« Accepter tout de notre époux. Il a toujours raison, il a tous les droits et nous, tous les devoirs. Si le mariage est une réussite, le mérite en reviendra à notre obéissance, notre bon caractère, à nos compromis ; si c’est un échec, ce sera de notre seule faute. »

Avec beaucoup de sensibilité, l’auteure nous décrit le quotidien des femmes partout dans le Sahel, aussi bien chez les musulmans que chez les chrétiens : une société patriarcale, soumise à des traditions qui font que la place de la femme est réduite à peau de chagrin. Un roman engagé, pour dénoncer les conditions de vie des femmes peules, soumises au poids de la famille, de la religion et de la société et donner sa voix à celles qui ne l’ont pas, pour faire valoir leurs droits.

A lire absolument!

Informations pratiques

Les impatientes, Djaïli Amadou Amal – éditions J’ai lu, janvier 2022- 288 pages – 7,90€

Citation du jour

Compatir signifie ‘souffrir avec’. D’individus isolés indifférents au sort d’autrui la compassion nous invite à rejoindre l’autre dans sa souffrance et à nous lier à lui à travers elle. C’est ainsi que se bâtit une société, dans la solidarité, dans la capacité des forts à soutenir les plus fragiles. En sachant que chacun, même le plus vaillant, peut devenir à tout moment le plus fragile. »

Anne -Dauphine Julliand – Consolation

Consolation, Anne Dauphine Julliand