Prix interallié 2014 : Mathias Menegoz pour son premier roman, Karpathia (éditions P.O.L)

Prix interallié 2014 : Mathias Menegoz a été couronné jeudi 20 novembre par le prix Interallié pour son premier roman, Karpathia (éditions P.O.L), fresque historique dans les Balkans du XIXe siècle, sur fond de haines ancestrales.

L’auteur de 46 ans, scientifique de formation, a été choisi au cinquième tour de scrutin, par six voix contre quatre à Simonetta Greggio pour Les Nouveaux Monstres (Stock). Ce prix clôture la saison des prix littéraires. Autre finaliste, Eric Reinhardt, avec L’Amour et les forêts (Gallimard), repartira donc bredouille de ce marathon littéraire. Le quatrième en lice était Serge Joncour avec L’Ecrivain national (Flammarion).

Le livre :

Un château fort au bord d’un lac, entouré de montagnes et de grandes forêts…  C’est ce dont rêve le comte Alexander Korvanyi. En 1833 ce capitaine hongrois quitte brutalement l’armée impériale pour épouser une jeune autrichienne, Cara von Amprecht. Aussitôt, il part de Vienne avec elle, pour aller vivre aux confins de l’Empire sur les terres de ses ancêtres. Loin du folklore gothique, la Transylvanie de 1833 est une mosaïque complexe, peuplée de Magyars, de Saxons et de Valaques. D’un village à l’autre, on parle hongrois, allemand ou roumain ; on pratique différentes religions, on est soumis à des juridictions différentes. À l’époque où chaque communauté invente son identité nationale, le régime féodal est toujours en vigueur et des crimes anciens sont parés de vertus nouvelles. La région est une poudrière où fermentent les injustices, les vieilles haines, les trafics clandestins, les légendes malléables et les rêves nouveaux. Dès leur arrivée, les époux Korvanyi sont confrontés à une série de crises allant bien au-delà des problèmes de gestion d’un vaste domaine longtemps abandonné à des intendants. Avec leurs ambitions et leur caractère, ils sont entraînés beaucoup plus loin qu’ils n’avaient imaginé. En découvrant les beautés et les dangers des forêts de Transylvanie, Alexander et Cara se révèlent l’un à l’autre et atteignent ensemble les frontières incertaines de la puissance et du crime.

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D’autres vies que la mienne, de Emmanuel Carrère (éditions P.O.L)

Carrere

D’autres vies que la mienne, Emmanuel Carrère
Éditions P.O.L 2009

Ce roman a été récompensé par plusieurs prix : Prix des lecteurs de l’Express, Grand Prix Marie-Claire du roman d’émotion, Prix Crésus.

     D’autres vies que la mienne : la mort, force de vie.


Emmanuel Carrère, auteur sombre, souvent qualifié d’égotique, nous offre ici une œuvre magistrale. Un travail d’autant plus délicat que de son propre aveu, ce récit lui a été commandé par deux des  protagonistes. Comment parler de ce sujet tabou qu’est la mort, comment éviter que la compassion, inévitable ici, ne le mette, lui, en danger ? Après des hésitations, il vainc ses résistances premières et se lance dans le récit de ces vies auxquelles le hasard va lier inextricablement la sienne.

    
Tandis qu’il se trouve en vacances au Sri Lanka, en 2004, il assiste impuissant à la détresse d’un couple dont la fillette de 4 ans, Juliette, est emportée par le tristement célèbre tsunami. Premier choc. Premier face à face avec la mort, le désarroi de parents endeuillés. De retour en France, malheureuse coïncidence, une autre Juliette, sa belle-sœur, se meurt d’un cancer, laissant derrière elle Patrice, son doux  mari, et  leurs trois adorables fillettes. Une femme qu’il connaissait jusqu’alors peu, à la santé aussi fragile que la détermination forte,  engagée en tant que juge aux côtés d’un confrère, Etienne, dans une lutte acharnée contre les abus des sociétés de crédit.

    
Il réalise alors que ses problèmes ne sont que tout relatifs face aux épreuves traversées par ces êtres. Un nouvel horizon s’ouvre à lui. Une métamorphose intérieure doucement opère. Face à leur souffrance et leur héroïsme, il va en oublier son narcissisme, relativiser son mal de vivre et puiser la force de mettre à distance ses démons intérieurs en s’ouvrant aux autres. Parce qu’il est percuté en pleine face par la dure réalité que sont la fragilité de nos vies et de celles de nos proches, il va s’efforcer de vivre plus intensément la sienne au quotidien… et d’aimer.  Oui, celui qui  entretenait jusqu’ici une vision désabusée de l’amour conjugal, ne croyant guère en sa longévité, trouve en l’exemple des parents endeuillés de la petite Juliette et dans celui du couple formé par sa belle-soeur et son mari, la foi en un amour profond, durable, possible. Sa plume sobre et redoutablement juste se met au service de l’intensité des sentiments, des nécessaires concessions, de l’émouvante complicité propres à tout authentique amour. Et de consolider son couple en voie de naufrage. A travers la vie des autres, il renaît à la sienne, pacifié.

 

     Ainsi, si l’évocation de la mort est omniprésente, c’est pour mieux mettre en exergue le caractère précieux de la vie. En prise directe avec la réalité, l’auteur relate les faits bruts, dans toute leur crudité, avec une magnifique dignité, évitant avec brio l’écueil du misérabilisme. Parce qu’il nous confronte à nos propres angoisses existentielles, il nous renvoie inévitablement à nous.On est à notre tour emporté par la vague du tsunami, secoués, remués, chahutés, jusqu’à la page finale qui nous dépose en état de choc avec un regard neuf sur la vie.

 

     Le récit est dur, très dur, mais jamais glauque ni sinistre. Au contraire, c’est une ode à la vie, un hymne au combat dans tous les domaines (celui de la santé, du social, …). Une lecture qui enrichit et ennoblit l’âme. Car si la mort d’un enfant, le deuil, la maladie, l’injustice, la précarité, l’inhumanité bancaire forment l’étoffe de ce récit,  la trame n’en demeure pas moins et surtout l’amour… encore et toujours l’amour.

 
« Peu de livres changent une vie, quand ils la changent, c’est pour toujours » écrit Christian Bobin dans
La plus que vive. D’autres vies que la mienne fait partie de ces rares livres-là…

Bibliographie :

– Un roman russe, Editions P.O.L. 2007
L’Adversaire, Editions P.O.L. 2000
La Classe de neige, Editions P.O.L 1995 : prix Fémina
– Je suis vivant et vous êtes morts, biographie de Philip K. Dick, Editions Le Seuil, 1993
– Hors d’atteinte, Editions P.O.L. 1988
– Le Détroit de Behring, Editions P.O.L. 1986
La Moustache, éd. P.O.L. 1986 : prix Europa Cinemas
– Bravoure, Editions P.O.L. 1984
– L’Amie du jaguar, Editions Flammarion 1983
– Werner Herzug, Editions Edilig 1982

Informations pratiques :

Prix éditeur : 19.5 euros
Nombre de pages : 309
ISBN : 9782846822503