Le rêve de la baleine, Ben Hobson : magnifique

le rêve de la baleine Ben Hobson

©Karine Fléjo photographie

Après le décès de sa mère, Sam, 13 ans, doit composer avec son chagrin et avec celui de son père. Un homme taiseux, qui a l’habitude de s’absenter plusieurs mois pour aller dépecer les baleines dans une usine. Comment vivre avec la douleur et l’absence ? Comment réinventer sa vie, tant pour le fils que pour le père ? Un conte initiatique d’une grande beauté.

Deuil et reconstruction

Ils menaient une existence heureuse tous les trois, malgré les absences régulières du père pour aller travailler plusieurs mois à l’usine, sur une île éloignée. Puis ce fut le drame : après une longue maladie, la mère de Sam décède. Non seulement le jeune garçon va devoir composer avec son chagrin, mais aussi avec le caractère taiseux de son père.

Ce dernier a d’ailleurs tout vendu, sans en parler à son fils. La maison où ils vivaient tous les trois, leurs affaires, tout lui rappelle cette vie de famille qui n’est plus.

Faire table rase. Mettre une distance physique avec son passé pour mieux le dépasser.

Il propose à son fils d’arrêter l’école et de l’accompagner à l’usine. Une perspective angoissante pour l’enfant, qui va devoir surmonter la cruauté de ce métier de dépeceur de baleine, l’extrême dureté des conditions de travail sur une île malmenée par la météo, à un moment où de surcroît il aurait eu besoin de douceur et de réconfort. Mais Sam garde ses appréhensions pour lui. Il s’agit de ne pas décevoir son père, de jongler avec ses sautes d’humeur, pour s’attirer sa bienveillance et non son agressivité. Pas simple pour un enfant jeté du jour au lendemain dans le monde des adultes.

Entre un père taciturne, dur, en apparence indifférent, et un enfant sensible, affectueux, avide de reconnaissance, les liens parviendront-ils à se tisser ? Réussiront-ils à surmonter leur chagrin, à s’apprivoiser, pour construire une vie ensemble ?

Un roman initiatique bouleversant

C’est un roman magnifique que nous offre Ben Hobson dans Le rêve de la baleine, un roman où l’envie de vivre est plus forte que tout. Sans verser dans le pathos, l’auteur nous entraîne sur Moreton Island, une île sauvage battue par les vents, aux côtés d’un père et de son fils qui tentent de rester debout, de trouver leur place dans un contexte hostile. Le ton est juste, l’écriture fluide, la tension narrative croissante, de sorte qu’on peine à reposer le livre une fois commencé.  A la lecture de ce texte sensible, imagé, le lecteur a envie de prendre le petit Sam dans ses bras, de lui apporter de la chaleur, du réconfort, tant l’auteur a su le rendre attachant, bouleversant d’humanité. Un petit garçon combattif, merveilleux, qui ne s’oublie pas de sitôt le livre refermé. Un très beau voyage au large de Brisbane, sur les côtes australiennes. Un gros coup de cœur !

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L’effet postillon et autres poisons quotidiens, de Julien Jouanneau (éditions Rivages)

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L’effet postillon, de Julien Jouanneau

Éditions Rivages, mai 2014

 

Ils sont partout. Tout le temps. Chez vous, sur la route, dans les transports, au bureau, au restaurant, à la plage, dans la rue, sur terre, dans le ciel. Partout. Du matin au soir. Du lundi au dimanche. Toute l’année. Non, il ne s’agit pas d’un remake du célèbre feuilleton des années 67/68, The invaders, même s’il est bien question d’envahisseurs. Pire, ce ne sont même pas des extraterrestres : ils sont parmi vous. Alors? Alors Julien Jouanneau les a traqués pour vous, dans tous les lieux possibles et inimaginables, dans toutes les circonstances. Son arme? L’humour. Et son butin est conséquent. Il liste tout ce qui irrite, agace, titille, horripile, insupporte, chatouille, excède. Il vous offre de s’énerver à votre place, d’oser dénoncer ces petits et grands désagréments du quotidien que vous subissez en silence (ou presque). Il a même déniché pour vous un Centre de recherches sur l’énervement maximal. Ce qu’on y concocte dans la plus grande jubilation? Tout ce qui est susceptible de vous agacer : du pliage dantesque de la notice des médicaments dans l’emballage, à l’illisibilité de la date limite de consommation sur les aliments, rien n’est laissé au hasard pour mieux vous gâcher la vie.

Du sable qui squatte les ongles de pied, aux olives dont on ne sait que faire du noyau dans les cocktails, en passant par le postillon de votre voisin de table -véritable météore buccal qui atterrit dans votre tartare, ou encore le club échangiste de bactéries (entendez la piscine), Julien Jouanneau nous offre, pour reprendre Patrice Leconte, « L’évangile selon Saint-Râleur, pèlerinage au royaume des gênes éternelles ». Et c’est jubilatoire.

Informations pratiques :

Nombre de pages : 170

Prix éditeur :12 euros

ISBN : 978 2743 628 222