Les heures solaires, Caroline Caugant

Les heures solaires de Caroline Caugant

©Karine Fléjo photographie

Un très beau premier roman de Caroline Caugant, dans la collection Arpège chez Stock. Envoûtant, magnétique, il dresse le portrait de trois générations de femmes liées par les tourments d’une rivière. Secret de famille, psychogénéalogie, ou quand les mots tus génèrent des maux sur plusieurs générations.

Secret de famille et malédiction d’une rivière

Billie est une trentenaire, artiste peintre. Elle a fui son village de V. il y a plusieurs années et a commencé une nouvelle vie à Paris, à deux pas du cimetière du Père Lachaise. Mettre une distance physique avec V., pour mettre une distance dans son esprit avec le drame qui s’y est déroulé. Mettre des couleurs sur la toile pour chasser les ténèbres de ses angoisses. Elle pense le passé dépassé quand il resurgit suite à un appel. Sa mère, Louise, est décédée. Noyée. Comme sa sœur de cœur, son double, son inséparable amie Lila, vingt ans plus tôt. A croire qu’une malédiction la poursuit, que cette rivière qui a servi de linceul à Lila et à Louise n’en finira pas de faire couler du malheur et des larmes.

Le passé n’est pas dans son dos. Il lui fait face.

Et de devoir retourner sur les lieux de son enfance. Mais Billie est confiante. Elle est déjà parvenue une fois à terrasser ses fantômes. Elle y parviendra à nouveau. Elle va assister à l’enterrement, mettre la maison familiale en vente, effacer toutes les traces. Ne rien garder. Et reprendre le travail sur ses toiles en vue de l’exposition à venir.

Mais cela ne se passe pas comme prévu. Elle apprend que sa mère, Louise, tenait un journal dans lequel étaient glissées de nombreuses lettres de sa grand-mère Adèle. Quand elle met la main sur ce journal, caché dans la maison de Louise, non seulement les cliquetis des chaines de ses fantômes continuent de bruire, mais s’y ajoutent désormais les fantômes de sa mère. Les mots qu’elle va découvrir dans ces écrits vont-ils la délivrer de ses maux et mettre un terme à la malédiction qui frappe les femmes de cette famille ? Quand les flots souterrains de la rivière jailliront au grand jour, les monstres cesseront-ils d’engendrer des monstres ?

Un roman magnifiquement construit, un thème fascinant

Caroline Caugant nous fait voyager dans le temps, aux côtés des trois femmes d’une même famille, sur trois générations. Grâce à une construction sans failles et à une tension narrative permanente, elle emporte le lecteur dans le tourbillon de la rivière et ne le relâche que sur la rive de la dernière page. L’auteure aborde au fil de l’eau un sujet passionnant, celui de la psychogénéalogie. Le principe de cette thérapie est de découvrir ce qui, dans la vie de nos aïeux, peut impacter nos vies actuelles, sans même parfois que nous en ayons conscience. Maux inexpliqués, échecs à répétition, cauchemars, manque de confiance en soi trouvent parfois leurs racines dans les mémoires transgénérationnelles, dans les faits heureux ou malheureux de la vie de nos aïeux. Surtout si ces événements ou informations ont été cachés, comme c’est le cas avec les secrets de famille. Un roman aux personnages attachants, touchants, qui vous hantent comme leurs fantômes. Un roman sur la renaissance d’une femme, délivrée de son passé. A lire !

 

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Rencontre avec Théodore Bourdeau : « je suis né heureux et après tout s’est compliqué. »

Théodore Bourdeau est journaliste. Après avoir travaillé au « Petit Journal », il est aujourd’hui producteur éditorial de l’émission « Quotidien » diffusée sur TMC. Les éditions Stock publient son premier roman, Les petits garçons, dans la nouvelle collection dirigée par Caroline Laurent, la collection Arpège. Rencontre avec l’auteur.

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Journalisme et littérature, deux métiers de l’écrit

Si j’écris un peu tout le temps car en tant que journaliste, c’est la base de mon métier, en revanche écrire un roman n’était pas du tout évident. C’était même hyper intimidant, impressionnant car je fais partie de ces gens qui pensent que la littérature c’est quelque chose d’important, de sacré. Et donc écrire un livre, c’est une responsabilité. J’ai beaucoup hésité, je ne me sentais pas prêt.

Quel a été le déclic pour vous lancer dans un roman ?

Je ne me suis pas senti prêt pendant très longtemps et puis un jour, il y a une lecture qui a agi comme un déclic. C’est un passage dans les journaux que tenait un auteur qui est décédé il n’y a pas très longtemps Maurice Dantec. Il y a un volume qui s’appelle Le laboratoire des catastrophes générales, c’est sa vie, ses lectures. Il raconte ses retrouvailles avec son ami d’enfance, l’ami avec lequel il partageait à l’école son amour de la lecture, de la littérature. Ils se retrouvent 25 ans plus tard et l’ami en question fond en larmes : cet ami raconte son regret, sa peine de n’avoir jamais écrit de livre. En lisant ce passage, j’ai vu une espèce de projection cauchemardesque de moi-même en n’écrivant pas et je me suis dit : « Bon maintenant il faut t’y mettre, essaye on verra bien, mais il est hors de question que tu ressentes les mêmes regrets que ce personnage. »

Quels sont les thèmes du roman, Les petits garçons ?

Le premier thème qui est venu, c’est l’enfance. Tout de suite je me suis dit que j’allais écrire à partir de l’enfance, de souvenirs d’enfance. Je suis un jeune père, c’est un sujet qui a tendance à me travailler. J’ai une petite fille et quand j’ai commencé à écrire il y a deux ans, elle avait deux ans. Je la regardais et je me disais : ce petit être merveilleux de pureté, face à moi être corrompu par le monde. Je me suis demandé : qu’est-ce qui lui restera de son enfance quand tu seras une femme ? Qu’est-ce qu’il nous reste de notre enfance quand on devient des adultes ? Ça a été la première question. Et ensuite, en réfléchissant pour commencer à écrire, m’est venu ce souvenir d’enfance : je suis né heureux et après tout s’est compliqué. C’est devenu la première phrase du roman, c’est ça qui m’a permis de commencer à tirer le fil.

C’est aussi un livre sur l’amitié, sur les amitiés de l’enfance

J’ai toujours été fasciné par les amitiés d’enfance. Qu’ont-elles d’absolument magique ? Qu’est ce qui fait qu’on s’unit, quand on est des petites filles ou des petits garçons, qu’est-ce qui fait que ces amitiés-là résistent autant aux épreuves ?

Vous avez deux personnages très différents, opposés même

J’avais envie de travailler avec deux personnages très différents et là pour le coup, ils le sont radicalement. Le narrateur est un looser, battu par les vents, il ne fait jamais vraiment les bons choix, il hésite, il tombe amoureux tout le temps. Au contraire, l’autre personnage est très brillant, réussit tout, réussit vite, est absolument génial, ce qui rend le narrateur absolument fasciné par son ami. Qu’est-ce qui fait que ces deux personnages hyper différents soient liés, soient si proches qu’ils savent de l’autre des choses que les autres ne savent pas ? Qu’est-ce qui explique ce lien qui va résister aux épreuves ?

Vous le découvrirez en lisant Les petits garçons !

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Nous aurons été vivants, Laurence Tardieu (Stock) : un hymne à la vie

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Nous aurons été vivants, Laurence Tardieu

Editions Stock, janvier 2019

 « On peut se sortir de tout, de toutes les nuits. (…) quelque chose en nous demeure à jamais invincible » (P.270). Tel est le message délivré par ce bouleversant roman de Laurence Tardieu. Un roman sur le temps, sur la vie qui passe, fragile, imprévisible, mais belle malgré tout et surtout.

Quand Hannah croît apercevoir sa fille Lorette sur le trottoir d’en face, sa fille unique disparue 7 ans plus tôt sans aucune explication ni aucun signe précurseur, c’est un séisme. Deux bus passent. Le trottoir d’en face est vide. Était-ce Lorette ou quelqu’un qui lui ressemblait ? Peu importe, car le mal est fait. Cet édifice qu’Hannah a eu tant de mal à reconstruire, cette force qu’elle a eu tant de peine à mobiliser pour rester debout après ce drame, ce passé qu’elle s’est efforcée de mettre à distance, tout lui explose en pleine face.

Ce même jour, d’autres personnes liées à Hannah voient leur vie basculer. Il s’agit de Simon, son frère cancérologue, complètement démuni face à une femme initialement condamnée mais dont il constate que la tumeur a disparu. C’est Lydie, la meilleure amie et le plus puissant soutien d’Hannah, qui soudain prend conscience de la vacuité de son métier de publiciste et ne trouve plus la force de se rendre au bureau. C’est enfin Paul, le compagnon de Lydie, qui voit resurgir dans sa vie une femme à laquelle il a donné des cours de musique 30 ans auparavant, femme qui va mettre son couple en péril. Tous ces êtres, en cette matinée d’avril, se trouvent à un point charnière de leur existence. Une existence fragile, comme toute existence…

Hannah rembobine alors le fil de sa vie, du temps où elle était artiste peintre, phagocytée par ses créations, créations qu’elle a délaissées depuis la disparition de sa fille. Puis il y eut la naissance de Lorette, un lien mère-fille qui a mis du temps à ses tisser mais dont la trame est devenue belle et forte, jusqu’à l’année de ses 19 ans où elle a disparu.

Peut-on se relever de tout ? A-t-on en soi des ressources insoupçonnées ? Oui, nous répond Laurence Tardieu, dans ce roman qui est un hymne à la vie. Même si les drames nous laissent le cœur et l’âme en lambeaux, la vie est plus forte que tout, nous rassemble, nous relève. A l’image d’un peintre, Laurence Tardieu dresse le portrait de nos existences fragiles par essence, surprenantes, incontrôlables, dures parfois, joyeuses à d’autres moments. Riches toujours. Du pinceau de sa délicate plume, elle pose les couleurs sombres des drames, les fissures et les craquelures, puis fait soudain jaillir la lumière, éblouissante, enchanteresse. Laurence Tardieu dit avoir pris un plaisir fou à rédiger ce roman. Il donne en effet le sentiment d’une libération, du parti pris de la vie sur la mort, de l’espoir sur le chagrin, de la résilience sur l’effondrement. Un roman touchant, d’une sensibilité à fleur de plume.

Rencontre avec Laurence Tardieu : « Ce bonheur que j’ai éprouvé en écrivant ce livre, je pense et j’espère qu’on le ressent, que les lecteurs le ressentent »

Le 2 janvier dernier, les éditions Stock ont publié, dans la collection La bleue, le nouveau roman de Laurence Tardieu, Nous aurons été vivants.  Un roman qui est un hymne à la vie. Laurence Tardieu nous en parle avec émotion. 

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Comment s’est effectuée la genèse de ce roman ?

C’est un roman que j’ai pris un plaisir fou à écrire. Avec la fiction, j’ai retrouvé le bonheur de réinventer un monde dans lequel j’essaye de donner vie à des personnages, à travers leur bataille dans la vie d’explorer mes obsessions.

Quelle est le thème de ce livre, cette obsession ?

Dans ce roman j’ai trouvé le cadre dans lequel j’étais très libre pour explorer les thèmes qui me sont chers, notamment le thème du temps. J’avais très envie d’exprimer ce qu’est le temps dans une vie, à quel point nos vies sont terriblement brèves et en même temps, avec des instants d’éternité. C’est vraiment ce qui a déclenché le désir profond du livre.

Pouvez-vous nous présenter « Nous aurons été vivants » ?

Toute l’action du texte se déroule sur une journée particulière d’avril 2017 et tout commence sur une apparition dont on ne saura pas tout au long du livre si elle est réelle ou fantasmée. J’ai tenu à cette incertitude, car elle est juste pour exprimer ce qui peut se passer dans une vie, à savoir que rien n’est certain. On continue d’avancer avec des doutes qui pourtant provoquent des basculements importants. C’est exactement ce qui se passe avec cette apparition, c’est à dire quand Hannah un matin d’avril 2017, croit reconnaître sur le trottoir d’en face sa fille Lorette disparue il y a sept ans, alors qu’elle était âgée de 19 ans.

Une apparition qui la soulage ?

Quand elle croit l’apercevoir à quelques mètres d’elle, c’est à la fois un bonheur immense et un effroi. En effet, depuis sept ans elle s’est barricadée dans une forteresse intérieure pour échapper au chagrin, à la culpabilité, à l’incompréhension du départ de sa fille. Elle a voulu oublier. Elle a voulu oublier le passé, l’enfance de Lorette, sa vie avec le père de l’enfant, son passé de peintre. En quelques secondes, cette vision fracasse le fragile édifice qu’elle avait tenté de bâtir et elle se retrouve complètement désarmée. Deux bus passent à ce moment-là et quand ils repartent, Laurette ou celle qui lui ressemblait n’est plus là. Le livre commence ainsi.

C’est aussi un roman sur les moments de bascule dans la vie, ces moments où en une fraction de seconde, la vie bifurque…

Oui, la première partie ce n’est pas seulement Hannah, c’est aussi d’autres personnages qui ont tous un lien avec Anna et qui, ce matin-là, voient tous leur vie basculer. Il s’agit de Simon, le frère d’Hannah, qui est cancérologue et doit ce matin-là annoncer à une patiente condamnée, que sa tumeur a disparu. Il doit annoncer la vie et non la mort et se retrouve complètement désarmé. Il y a également Lydie, qui est la grande amie d’Hannah et qui réalise brutalement qu’elle n’a plus aucun désir pour son travail de publiciste, qui a tellement changé depuis ses débuts dans la profession. Ce matin-là, elle ne veut pas aller à son travail, car ça n’a plus de sens. Et au même moment, sans le savoir, son compagnon, prénommé Paul, revoit dans un café une femme à laquelle il a donné des cours de musique il y a plus de 30 ans. Une rencontre qui va provoquer des changements très grands dans la vie de Paul. Cette première partie, ce sont ces moments de basculement dans l’existence fragile de ces gens, fragile comme l’est toute existence.

Dans la seconde partie, on fait un bond en arrière

Je tiens beaucoup à la composition du texte. Dans la deuxième partie on revient 30 ans plutôt. La nuit de la chute du mur de Berlin en 1989. On remonte dans le temps par épisodes successifs, car j’avais très envie de montrer ce qu’est une vie, car une vie n’est pas un film que l’on déroule comme cela de manière linéaire, ni un parcours qu’on construit. On y retrouve Hannah, passionnée par son métier de peintre, d’artiste, car comme vous le savez la création est un sujet qui m’est cher. J’ai la chance de faire ce métier d’écrire depuis très longtemps et je suis absolument bouleversée, de plus en plus, par ce que c’est de mettre au monde des personnages, des vies, de faire naître un livre qui, auparavant, n’existait pas. J’avais envie d’explorer ce que peut être la création à travers ce métier de peintre.

La vie d’Hannah se construit avec en parallèle, la construction de l’Europe

De la même manière que la vie d’Hannah petit à petit est traversée par des fêlures, des ruptures, j’avais envie de montrer que cette vie était inscrite en France mais aussi en Europe. J’avais très envie de parler de ce rêve de l’Europe qu’on a eu le 9 novembre 1989, nuit d’un espoir fou, celui de l’unité, et de montrer de façon assez légère, comment petit à petit on est arrivé à l’Europe que nous connaissons aujourd’hui, qui est fracassée, disloquée, avec des murs en son sein.

Ce roman est avant tout un hymne à la vie

La troisième partie, je ne vous la dévoilerai pas car j’espère que vous aurez très envie de lire mon livre et de la découvrir par vous-même. Ce bonheur que j’ai éprouvé en écrivant ce livre, je pense et j’espère qu’on le ressent, que les lecteurs le ressentent notamment à travers la troisième partie où Hannah retrouve la joie de se sentir vivante en dépit de tout ce qui s’est passé et retrouve l’unité de la vie.

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La rentrée littéraire 2019 aux Editions Stock : des livres prometteurs

Ce mardi 29 janvier, dans le décor magnifique du Musée Gustave Moreau, les éditions Stock, en présence des auteurs, dévoilaient leur rentrée littéraire d’hiver.

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Avant de revenir sur chaque livre par le biais de chroniques qui s’égrèneront au fil des semaines, je vous propose un aperçu de ce qui vous attend en librairie. Des univers riches, variés, des auteurs connus ou primo-romanciers, vos bonheurs seront multiples. ❤

  • Raphaëlle Liebaert, nous a présenté Trouble, de l’écrivain Jeroen Olyslaegers, paru dans la collection La Cosmopolite. Récompensé par le plus prestigieux prix littéraire belge, Trouble interroge la frontière entre le bien et le mal et fait surgir un temps passé qui nous renvoie étrangement à notre présent.

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  • Laurence Tardieu est venue nous parler de ce roman qu’elle a pris un plaisir fou à écrire : Nous aurons été vivants, paru dans la collection La bleue.  Un hymne à la vie que je suis en train de lire avec émotion.

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  • Julien Blanc-Gras, quant à lui , nous offre une chronique de la paternité, avec Comme à la guerre, paru dans la collection La Bleue. Roman d’une vie qui commence, manuel pour parents dépassés, réflexion sur la transmission, cette chronique de la paternité dans le Paris inquiet et résilient des années 2015-2018 réussit le tour de force de nous faire rire sur fond de tragédie.

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  • Dominique de Saint-Pern nous a parlé d’Edmonde, son roman à paraître fin février dans la collection La bleue. Elle y retrace la métamorphose d’Edmonde Charles-Roux en femme libre. Une fresque fascinante.

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  • Paula Jacques a choisi une héroïne sans principe ni morale, Louison Desmarais, dans son nouveau roman paru dans la collection La bleuePlutôt la fin du monde qu’une écorchure à mon doigt. Un roman captivant et délicieusement irrévérencieux.

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  • Louis-Henri de la Rochefoucauld, critique musical, évoque son roman désopilant, faussement initiatique, La prophétie de John Lennon. « Le christianisme s’en ira. Je n’ai pas besoin de débattre de cela. J’ai raison et l’avenir le prouvera. Aujourd’hui, nous sommes plus populaires que Jésus. » Ainsi parlait Lennon en 1966. Avait-il raison?

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  • Après Trois jours à Oran, roman qui évoquait sa relation avec son père, Anne Plantagenet évoque son grand-père italien et sa relation avec sa mère dans D’origine italienne à paraître fin février.

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  • Théodore Bourdeau, avec beaucoup d’humilité, présente son premier roman paru dans la collection Arpège, Les petits garçons. Un premier roman enlevé, à l’humour réjouissant, qui entremêle la douceur de l’enfance, les erreurs de jeunesse et le nécessaire apprentissage de la vie.

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  • Caroline Caugant creuse la puissance familiale dans Les heures solaires, paru dans la collection Arpège. Et de nous interroger : les monstres engendrent-ils toujours des monstres ?

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  • Agathe Ruga, primo-romancière, présente Sous le soleil de mes cheveux blonds, à paraître fin février dans la collection Arpège. Un roman, qui a séduit la directrice littéraire, Caroline Laurent : « Ce roman a un vrai ton, une maîtrise narrative. On dévore le livre, on a envie d’avoir la conclusion de cette histoire d’amour très romanesque. C’est un premier roman très réussi. »

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Une mention spéciale à Valentine Layet-le Mauff qui a organisé la présentation dans ce lieu magique.

 

 

Rencontre avec Caroline Laurent, éditrice, pour le lancement de la nouvelle collection Arpège des éditions Stock : « Je cherche une voix »

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Ce samedi 12 janvier, les éditions Stock présentaient leur nouvelle collection, la collection Arpège, en présence de l’éditrice Caroline Laurent et de trois des auteurs d’Arpège : Théodore Bourdeau, Caroline Caugant et Agathe Ruga. Rendez-vous pris dans une toute nouvelle et spacieuse librairie, la Librairie Ici, sur les grands boulevards.

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                                                Caroline Laurent et Caroline Caugant
  • Pourquoi avoir nommé cette nouvelle collection « Arpège » ? Quelle définition pourriez-vous donner de cette nouvelle collection ?

Caroline Laurent : Une autre de mes obsessions en plus de la littérature, c’est la musique. Et un arpège en musique, c’est une succession de notes différentes, qui forment un accord. Et c’est exactement le projet de cette collection, c’est d’ouvrir le champ de la littérature à des genres variés, roman familial, roman d’apprentissage, roman noir, roman à caractère autobiographique, mais avec une volonté majeure, un accord majeur qui est celui du romanesque. Il s’agit de donner la parole à des auteurs qui sont de véritables conteurs, qui sont capables de créer un univers, de nous entraîner à l’intérieur de cet univers, de bâtir des personnages, de conduire une intrigue et d’avoir une profondeur dans la réflexion et dans les thèmes abordés. Voilà pour la définition générale.

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                       Caroline Caugant, Théodore Bourdeau et Agathe Ruga
  • Quelle est la place de la création aujourd’hui ? 

Caroline Laurent : La création aujourd’hui, elle est vitale. On est dans une période un peu complexe, chahutée et c’est le moment où finalement on a deux chemins qui s’offrent à nous : soit on se replie sur soi, soit on décide de faire les choses. Vous avez compris de quel côté je me trouvais ! Et c’est assez symbolique je trouve, de présenter cette nouvelle collection dans une nouvelle librairie qui montre quand même la vitalité de la culture en France.

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                                               Théodore Bourdeau, auteur du roman Les petits garçons
  • Combien de titres seront rassemblés dans cette collection ?

Caroline LaurentCette collection accueillera une petite dizaine de livres par an. Sur l’année 2019 ce sera à peu près sept à huit livres. L’idée est de porter cette vocation romanesque mais aussi d’assumer qui je suis en tant qu’éditrice, donc d’aller vers des auteurs, vers des voix et vers des thèmes qui me hantent : l’enfant, la mémoire et l’oubli, la filiation au sens large et ses possibles déclinaisons. Avec ces thèmes il y a des décors : soit celui de la nature, soit celui de notre société contemporaine car c’est souvent le romancier qui nous permet d’appréhender au mieux notre monde, notre époque avec ses contradictions et ses ambiguïtés.

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                                               Caroline Caugant, auteur du roman Les heures solaires
  • Que cherchez-vous en lisant un texte ?

Caroline Laurent : Je cherche une voix. La voix, c’est la capacité à être dans une forme de sincérité, c’est un mot qui compte beaucoup pour moi, une forme de mise à nu. C’est aussi le sentiment qu’il y a vraiment quelqu’un qui tient la plume et qui va venir là vous chercher, vous accrocher et qui après est capable de bâtir un monde.

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                                             Agathe Ruga, auteur du roman à paraître en mars Sous le soleil de tes cheveux blonds

Ça va mieux ton père ?, Mara Goyet (Stock)

Ça va mieux ton père ?, Mara Goyet

Editions Stock, septembre 2018

Des tranches de vie, des observations, des interrogations, des sentiments, bruts, autour de la maladie d’Alzheimer dont est atteint le père de la romancière. Un témoignage des ravages de la maladie sur l’entourage aussi…

« Ça va mieux ton père ? », une question que l’on pose souvent à Mara Goyet au sujet de son père atteint de la maladie d’Alzheimer et placé dans un EHPAD. A cette question, une réponse hélas négative : « Eh bien non. C’est justement le principe. Il faut concéder que la dramaturgie de la maladie d’Alzheimer est assez prévisible : ça va en général toujours plus mal. C’est très décevant. Il n’y a pas de bonne nouvelle à annoncer, il n’y a pas d’espoir, pas de traitement. Rien. C’est de pire en pire. » Une maladie terrible qui a déjà frappé la mère de son père quelques années auparavant. Comme une « tradition » familiale. Une malédiction.

Alors Mara Goyet s’interroge sur la place qui est désormais la sienne, auprès de ce père qui ne la reconnaît plus, qu’il faut habiller, toiletter, faire manger. Comme un enfant. Comme l’enfant qu’elle était vis-à-vis de lui avant. Inversement des rôles. Perte de repères. La maladie d’Alzheimer n’atteint pas que le malade, mais tous les proches. Comment conserver les liens intacts quand au quotidien la maladie grignote tout, telle une armée de mites ? Un naufrage programmé très dur à vivre. Pour autant, « Voudrais-je, moi, qu’il soit mort ? Que ça s’arrête ? La réponse est toujours la même : non. Je suis toujours déçue de ne pas souhaiter sa mort. »

A travers des instantanés de vie, touche par touche comme sur une toile de Seurat, Mara Goyet peint le portrait de son père et de la maladie avec des couleurs franches, sans chercher à enjoliver les choses, à mettre des couleurs fausses, pas plus qu’à noircir le tableau en versant dans le pathos. C’est cette authenticité qui m’a séduite, cette franchise dans l’expression de l’ambivalence qu’elle ressent vis-à-vis de son père, ce côté cash. J’ai regretté à contrario de ne pas entrer davantage en empathie avec Mara et son père, de ne pas être vraiment touchée, malgré la beauté et l’intérêt du sujet (relations père/fille, les dégâts collatéraux de la maladie). L’ensemble m’a paru manquer de rythme, n’a pas complètement emporté mon adhésion. Un sentiment mitigé, donc.