La femme nue, Elena Stancanelli (Stock)

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La femme nue, Elena Stancanelli

Traduction de l’italien par Dominique Vittoz

Editions Stock, mai 2017

 

Anna est en couple avec Davide depuis cinq ans. Et depuis quelques mois, la magie n’opère plus. Mais aucun n’envisage pour autant la séparation. Jusqu’au jour où un téléphone mal raccroché permet à Anna de surprendre les propos de son conjoint avec un collègue. Et de l’entendre, sonnée, évoquer ses maitresses, dont une certaine Chien. Anna qui jusqu’alors ne s’était jamais montrée méfiante ni jalouse, voit sa vie basculer. Désormais, elle n’a plus qu’une obsession : démasquer et humilier sa rivale, lui faire passer l’envie de lui voler Davide.

« Je voulais tout savoir sur Davide : ce qu’il écrivait, ce qu’il faisait, où il était, où il dormait, avec qui il couchait. » Elle pirate sa boîte mails, son compte Facebook, se crée un faux profil sur les réseaux sociaux, le piste grâce à la géolocalisation du téléphone, bien déterminée à tout apprendre sur Chien. Afin de mieux l’anéantir. Plus rien d’autre ne compte. Au point de se négliger, de ne plus s’alimenter ni se laver ou même dormir.

La femme nue raconte l’histoire d’une femme trahie, blessée dans son amour propre, qui peu à peu va verser dans la folie. Une femme dont l’obsession de vengeance devient à ce point dévorante qu’elle en perd tout contrôle sur sa vie. Un roman qui m’a embarquée au début, tant la tension est palpable, le rythme soutenu, les situations crédibles, mais qui m’a perdue en chemin. J’ai eu de la peine avec la redondance des scènes érotiques qui alourdissent et ralentissent le récit, le caractère glauque que prend l’histoire, l’esprit résolument dérangé de l’héroïne. Je vous laisse donc juge, après une lecture mitigée pour ma part.

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Rencontre avec Philippe Claudel pour son roman Inhumaines (Stock, mars 2017 : « Inhumaines, c’est nous vus sous une loupe. »

Ce mois de mars, les éditions Stock publient le nouveau livre de Philippe Claudel : Inhumaines.Selon Philippe Claudel, nous sommes devenus des monstres. On pourrait s’en affliger. L’auteur préfère en rire.

Pouvez-vous présenter votre roman ?

Je ne suis pas cette fois dans une tonalité grave. Là, j’ai essayé d’observer ce que nous sommes devenus, ce que nous devenons, mais en y appliquant un œil plutôt comique, plutôt sarcastique, en essayant de me mettre à la place d’un persan de Montesquieu, qui arriverait aujourd’hui dans notre société et y poserait son regard. Mais en me souvenant aussi que j’étais un grand lecteur d’Hara-kiri, de Reiser et d’autres absurdes auteurs géniaux comme Rolland Topor, qui nous amènent vers la farce, vers le conte cruel, vers le monstre dans tous ses états. Car  depuis quelques années, quand je nous regarde, je m’aperçois que nous sommes des monstres.

Nous rendons-nous compte que nous devenons des monstres ?

Je ne sais pas. Il me semble que la littérature parfois est là pour nous déciller, nous ouvrir les yeux, nous raboter un peu le cerveau comme je le dis en exergue de mon livre.

Un livre grave donc ?

Non. La littérature est aussi là pour nous amuser. Ce livre est fait pour rire, je préfère donner le mode d’emploi dès à présent. Certes, certains passages sont atroces, mais c’est destiné à amuser.

La genèse de ce livre fut-elle longue ?

Cela fait 4/5 ans que je travaille à Inhumaines. Je travaille, retravaille, je veux le publier, ne veux plus le publier, etc. A un moment, mon éditeur et moi nous sommes dits qu’il était temps de le publier. Notamment au regard de ce que les hommes sont devenus.

Ce livre nous donne des nouvelles de nous. Le microscope est posé sur un narrateur avec ses collègues, qui travaillent en entreprise. Ils ont une femme, des loisirs, des préoccupations qui sont les nôtres. Je me suis simplement amusé à collecter tout ce qu’il y avait autour de moi et à pousser un tout petit peu le curseur vers l’atroce, vers l’absurde, vers le délirant, peut-être pour faire comprendre là où nous en sommes. Une espèce de cul-de-sac me semble-t-il. Je ne sais pas si on pourra revenir en arrière.

Inhumaines, c’est nous vus sous une loupe.

Inhumaines, Philippe Claudel. Editions Stock, mars 2017. 142 P. 16,50€

 

Le bureau des jardins et des étangs, Didier Decoin : d’une déchirante beauté

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Le bureau des jardins et des étangs, Didier Decoin

Editions Stock, janvier 2017

Rentrée littéraire

Un conte initiatique d’une déchirante beauté, sensuel, poétique, voluptueux, à l’époque du Japon médiéval. Coup de cœur immense pour cette sublime estampe.

C’est une immersion totale dans le Japon du XIIème siècle, à l’époque Heian, que nous offre Didier Decoin.

Miyuki, jeune femme frêle, « une maigre silhouette d’herbe folle », vivait un amour idyllique avec Katzuro, le pêcheur de carpes le plus habile du village de Shimae, fournisseur officiel du Bureau des Jardins et des Etangs de l’empereur. Mais ce dernier glisse sur le fond glaiseux de la rivière et meurt noyé. Tous pensent alors que sa veuve va s’effondrer. Or c’est mal connaître la réservée Miyuki. Dès l’instant de la nouvelle de son décès, elle qui n’a jamais passé les frontières de son village, décide de relever le défi de livrer les carpes à l’empereur à plusieurs jours de marche de là. Parce que l’argent de la vente de ces poissons sacrés permettra de faire vivre le village. Mais aussi et surtout, parce qu’ainsi elle entend rendre hommage à son défunt mari. Ces carpes qu’elle portera péniblement dans des vasques en osier remplies d’eau, au bout d’une palanche, sont les dernières que Katzuro a capturées. Un trésor ô combien symbolique.

Un voyage qu’elle entreprend seule. En apparence. Car sans cesse les souvenirs de Katzuro l’accompagnent, au point de le rendre indiciblement présent à ses côtés, de guider ses pas, de faire battre son cœur.

Une aventure épique, au cours de laquelle il lui faudra affronter les intempéries, les monstres marins, les brigands, se frotter à une tenancière de maison close aux dents vertes. Ou comment la candide Miyuki, mue par l’amour pour son défunt mari, découvre le monde et s’émancipe. C’est pour le lecteur l’occasion d’un voyage sublime au cœur d’un Japon où se mêlent un raffinement extrême, une infinie poésie et une divine exaltation des sens.

Un coup de coeur absolu!

Rentrée littéraire : A tombeau ouvert, Bernard Chambaz (Stock)

A tombeau ouvert, Bernard Chambaz

Éditions Stock, août 2016

Rentrée littéraire

Qui ne se souvient pas de l’accident qui coûta la vie à Ayrton Senna, le 1er mai 1994, sur le circuit italien d’Imola ? Aficionado de la course automobile ou pas, sa mort reste dans la mémoire de chacun. Mais que sait-on de l’homme, du pilote ? C’est le parcours de ce champion, mais aussi celui de Juan-Manuel Fangio, Jules Bianchi, ou encore Andrea de Cesaris, que nous propose Bernard Chambaz dans ce roman.

Initié au pilotage dès 4 ans, à bord d’un kart confectionné par son père, sous le regard admiratif de ce dernier et celui, craintif, de sa mère, Ayrton montre déjà des dispositions. A dix ans, celui qui a pour Idole Jim Clark, reçoit un nouvel engin sur lequel il va perfectionner sa conduite : maîtrise de la force centrifuge, calcul au plus près de la courbe des virages, exploration des mécanismes du moteur. Rien n’échappe à l’enfant, perfectionniste, passionné et véritablement doué. Premières compétitions à l’adolescence. Et premiers succès. Dès lors, ses études achevées, plus rien ne l’arrêtera, pas même le souhait de son père qu’il prenne sa succession dans les affaires. « Tout se passe comme un de ces romans de formation où le jeune héros fait ses premières armes, franchit des obstacles et en tire des leçons. Et dans cette aventure, il va particulièrement vite. » Il remporte la plupart des courses qu’il dispute dans sa catégorie, animé d’une rage de vaincre hors-normes : « Il brigue le record du tour. Il a un besoin vital d’être devant, quitte à paraître « sauvage », à excéder ses adversaires au point d’en venir, une fois, aux mains. »

C’est donc un roman d’apprentissage que nous offre Bernard Chambaz. Celui d’un pilote brésilien adulé par les hommes comme les femmes, un des plus grands pilotes de l’histoire de la Formule 1, élevé depuis sa mort au rang de demi-dieu. Pour ceux qui admirent « Magic Senna » et ceux qui désirent mieux le connaître.

Prix littéraire de la vocation 2016 : Line Papin

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La primo-romancière Line Papin, succède à Miguel Bonnefoy , en remportant le Prix de la vocation 2016 avec L’éveil, paru chez Stock.

Le jury du 40e Prix littéraire de la Vocation, décerné par la Fondation Marcel Bleustein-Banchet, s’est réuni mardi 20 septembre pour élire son lauréat 2016. La jeune Line Papin, 21 ans, a été couronnée pour son premier roman, L’éveil, paru chez Stock le 24 août et déjà lauréat du Prix Transfuge du meilleur premier roman français.

Quatre autres primo-romanciers étaient en lice: Grégoire Domenach (Pysanka, Carnet d’Art), Sarah Leon (Wanderer, Héloise d’Ormesson), Aurélien Gougaud (Lithium, Albin Michel) et Florent Oiseau (Je vais m’y mettre, Allary Editions).

Le jury du 40e Prix littéraire de la Vocation, décerné par la Fondation Marcel Bleustein-Banchet, s’est réuni mardi 20 septembre pour élire son lauréat 2016. La jeune Line Papin, 21 ans, a été couronnée pour son premier roman, L’éveil, paru chez Stock et déjà lauréat du Prix Transfuge du meilleur premier roman français.

Quatre autres primo-romanciers étaient en lice: Grégoire Domenach (Pysanka, Carnet d’Art), Sarah Leon (Wanderer, Héloise d’Ormesson), Aurélien Gougaud (Lithium, Albin Michel) et Florent Oiseau (Je vais m’y mettre, Allary Editions).

Le livre :

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 « Je dois y retourner, c’est insupportable de le savoir ici, lui qui marche et vit non loin. Non, il ne s’agit pas encore de l’éveil, du vrai, c’est mon attention seule qu’il éveille pour l’instant, et c’est en dessous, plus loin, que nous allons éclore et tomber et rouler. Je suis à l’orée de l’éveil. »

La scène est à Hanoi, au Vietnam, dans les ruelles surchauffées. Cela se passe aujourd’hui, mais ce pourrait être il y a longtemps. C’est une histoire d’amour, dont les personnages sont deux garçons et deux filles, dont les voix s’entrechoquent. C’est une histoire d’amour, douloureuse et sensuelle, où les héroïnes ne font que traverser le tumulte de la ville, et se cachent dans l’ombre protectrice des chambres.
C’est un premier roman d’exception. Et l’acte de naissance d’un écrivain.

 

Citation du jour

« Notre vie n’est en rien une figure linéaire. Elle ressemble plutôt à l’unique exemplaire d’un livre, pour certains d’entre nous composé de quelques pages seulement, propres et lisses, recouvertes d’une écriture sage et appliquée, pour d’autres d’un nombre beaucoup plus important de feuillets, certains déchirés, d’autres plus ou moins raturés, plein de reprise et de repentirs. Chaque page correspond à un moment de notre existence et surtout à celle ou celui que nous avons été à ce moment-là, et que nous ne sommes plus, et que nous regardons, si jamais nous prend l’envie ou la nécessité de feuilleter le livre, comme un être tout à l’heure fois étranger et paradoxalement étrangement proche. »

Philippe Claudel – L’arbre du pays Toraja (Editions Stock)

 

L'arbre du pays Toraja par Claudel