Derrière l’épaule, Françoise Sagan

derriere l'épaule

Les éditions Stock republient l’autobiographie sensible et drôle de Françoise Sagan, Derrière l’épaule, initialement parue en 1998. L’occasion pour l’auteure de nous faire voyager à travers ses œuvres.

Voyage à travers les œuvres de Sagan

Françoise Sagan avoue n’avoir jamais relu aucun de ses romans. « Ce n’est pas la médiocre qualité de mes œuvres, qui m’amène à cet autodédain, mais la conscience que de nombreux livres m’attendent encore sur quelque étagère, des inconnus que je n’aurai sûrement pas le temps de lire avant ma mort. Alors relire un livre de moi (moi qui connais la fin en plus), quel temps perdu!« . Un exercice auquel elle accepte pourtant de se prêter dans Derrière l’épaule, autobiographie rédigée six ans avant sa mort.

C’est à travers la publication de ses romans que la romancière nous embarque dans l’histoire de sa vie. Un regard sans complaisance, sensible, drôle parfois, jeté sur ses livres, de Bonjour tristesse à Des bleus à l’âme, en passant notamment par Aimez-vous Brahms?, La chamade, ou encore Un chagrin de passage.

Une autobiographie de Françoise Sagan

Voilà un exercice de style bien particulier que celui d’être une critique de ses propres œuvres. Et le moins qu’on puisse dire est que Françoise Sagan ne manque pas d’autodérision ni ne fait montre de complaisance envers elle-même. Pour preuve, elle n’hésite pas à dire d’Un profil perdu : « La lecture m’apparait comme une corvée. C’est une histoire qui ne tient pas debout, qui est assommante, entre deux héros également sans intérêt. Je me demande même comment j’ai pu écrire cela pendant des mois et comment mon éditeur ne m’en a pas signalé les défauts. » Pour chaque roman, elle évoque le contexte, l’accueil qui lui fut réservé, sa vie en somme. Des anecdotes savoureusement drôles émaillent ses propos, enrichissent le regard que l’on porte sur tel ou tel roman, comme le bégaiement d’un journaliste lors de sa première interview, qui provoqua son bégaiement involontaire en retour.

Un livre passionnant qui donne envie de découvrir les œuvres de Françoise Sagan pour ceux qui ne les connaissent pas toutes, et de les relire pour les autres.

Informations pratiques

Derrière l’épaule, Françoise Sagan – éditions Stock, octobre 2021 – 200 pages – 19 €

Les 3 prochains livres sur le blog!

Demandez le programme! La semaine prochaine, comme chaque semaine, je vous parlerai de mes lectures en littérature adulte comme jeunesse.

Au programme en littérature adulte

  • Je vous parlerai d’un livre hors du commun, une autobiographie de Françoise Sagan, publiée aux éditions Stock : Derrière l’épaule. Françoise Sagan avoue n’avoir jamais relu aucun de ses romans. « Ce n’est pas la médiocre qualité de mes œuvres, qui m’amène à cet autodédain, mais la conscience que de nombreux livres m’attendent encore sur quelque étagère, des inconnus que je n’aurai sûrement pas le temps de lire avant ma mort. Alors relire un livre de moi (moi qui connais la fin en plus), quel temps perdu!« . Un exercice auquel elle accepte pourtant de se prêter dans Derrière l’épauleautobiographie rédigée six ans avant sa mort.
  • Autre voyage cette fois, non pas dans le temps mais en Australie avec le thriller de Christian White, paru aux éditions Albin Michel : L’épouse et la veuve. Deux femmes que tout semble opposer, liées par des crimes et des secrets enfouis. Un huis-clos haletant.

Au programme en littérature jeunesse

N’oublions pas nos chères têtes blondes pendant les vacances! Il sera question cette fois d’un voyage à travers les siècles, que dis-je , à travers les millénaires, à la rencontre des animaux disparus : Les animaux disparus, Virginie Jobé-Truffer (texte) et Benjamin Carré (illustrations), collection La grande imagerie, aux éditions Fleurus. La terre est une vieille dame. Pensez donc, elle est âgée de 4,5 millions d’années! Elle a donc vu passer et disparaitre de nombreuses espèces d’animauxVariations climatiques (glaciation, réchauffement ou refroidissement climatique), activité volcanique intense, collision entre la terre et une énorme météorite, ces bouleversements ont eu un impact conséquent sur la survie des espèces.

Dans l’attente de ces publications, je vous souhaite un excellent dimanche!

S’adapter, Clara Dupont-Monod

Rentrée littéraire. La naissance d’un enfant handicapée, relatée par sa fratrie. Un livre poignant, viscéralement humain, d’une déchirante beauté.

Naissance d’un enfant handicapé

Quand ce petit frère est né, les deux ainés et leurs parents n’ont pas perçu tout de suite qu’il y avait un problème. Mais à l’âge de trois mois, les premiers signes apparaissent. L’enfant reste silencieux, ne manifeste aucun intérêt pour ce qui l’entoure, apathique, le regard dans le vague. Les parents consultent alors et le verdict est sans appel : le petit restera aveugle, incapable de parler ni de se mouvoir. Et son espérance de vie ne dépassera pas trois ans.

Chacun, fratrie comprise, puise alors dans son stock de courage pour vivre avec ce handicap. Entourer l’enfant. Les rôles peu à peu se redistribuent. Le fils ainé et le petit dernier deviennent fusionnels. Protecteur, prévenant, aimant, l’aîné perd son innocence, son insouciance et renonce aux moments passés avec les camarades de son âge pour s’occuper cœur et âme du petit. La cadette, jusqu’alors si complice avec l’aînée, sent gronder en elle une insondable colère matinée de haine. Ce petit lui vole son frère, aspire l’énergie de chacun telle une sangsue. Des sentiments qu’elle tait, percluse de honte.  Jusqu’au moment de bascule, où les voyant tous sombrer, elle décide d’assumer seule le sauvetage de la famille.

Quant au nouveau-né, nouveau petit dernier de la fratrie, il va devoir composer avec le fantôme du frère handicapé qu’il n’a jamais connu. Mais qui est si présent dans les esprits, dans les cœurs et dans les murs.

Le vécu des frères et sœur confrontés au handicap de leur pair. Magistral.

Le handicap vécu par la fratrie

Je vous avais loué le précédent roman de Clara Dupont-Monod, La révolte (chronique ICI). Cette fois, pas de plongée dans l’Histoire, mais dans une famille ébranlée par la naissance d’un enfant handicapé.  Comme nous le montre avec une infinie justesse l’auteure, la naissance d’un enfant handicapé impacte non seulement les parents, mais aussi le reste de la fratrie. Leur construction psychique, leur comportement, leur devenir, leur insertion sociale sont influencés par ce pair différent. Et il est d’autant plus délicat de percevoir le besoin de soutien des frères et sœurs, que ces derniers masquent leur ressenti, leur mal-être, pour épargner leurs parents. Des vécus qui diffèrent entre les membres de la fratrie, car chacun a une personnalité, une place dans la fratrie, un âge différent.

J’ai été saisie par la justesse de l’analyse, la pertinence des propos, la sensibilité de l’écriture. Et n’ai pas de mot pour exprimer mon admiration.

Un roman vibrant d’amour.

« Si un enfant va mal, il faut toujours avoir un œil sur les autres. Car les bien-portants ne font pas de bruit, s’adaptent aux contours cisaillants de la vie qui s’offre, épousent la forme des peines sans rien réclamer. Ils seront les gardiens du phare détestant les vagues mais tant pis, refuser serait déplacé. Un sentiment de devoir les guide. Ils se tiendront là, vigies dans la nuit noire, se débrouilleront pour n’avoir ni froid ni peur. Or, n’avoir ni froid ni peu n’est pas normal. Il faut venir vers eux. »

Informations pratiques

S’adapter, Clara Dupont-Monod – Editions Stock, août 2021 – rentrée littéraire – 171 pages

La beauté du ciel, Sarah Biasini

La beauté du ciel Sarah Biasini

Un récit d’une vibrante authenticité sur la transmission, l’amour maternel. Que transmettre à son enfant quand on a grandi sans sa maman ?

Profanation et procréation

Le premier mai 2017, Sarah Biasini reçoit un appel qui ébranle ses fondations. La tombe de sa mère, Romy Schneider, a été profanée. Sarah n’avait que 4 ans ½ quand cette dernière est décédée. Elle se rend sur place, s’occupe des formalités. Mais de retour chez elle, cet évènement la hante.

De son côté, elle a grandi sans cette femme adulée par tous, sans la colonne vertébrale qu’est l’amour d’une mère. Mais pas sans amour. Sa merveilleuse grand-mère paternelle, sa nounou, son père, son grand-père l’ont soutenue et aimée. L’ont aidée à s’épanouir. Malgré le manque. Malgré l’absence.

Trois semaines après la profanation, et alors que depuis dix ans elle essayait en vain d’avoir un enfant, Sarah Biasini tombe enceinte. Alors qu’elle s’apprête à devenir la maman d’une petite Anna, de multiples questions la traversent. Que va-t-elle transmettre à sa fille ? Comment va -t-elle l’aimer ? Comment parvenir à lui donner confiance en elle ? Comment l’armer pour faire face aux épreuves de l’existence ? Comment lui parler de cette grand-mère et de cet oncle partis trop tôt ?

Un récit très touchant sur la transmission mère/enfant

Ce récit de Sarah Biasini, paru aux éditions Stock « Toute la beauté du ciel », est dédié à la fille de Sarah : la petite Anna. Dans un récit très émouvant, sans fards, elle explique à sa fille ce qui l’habite, sa relation à la vie, à la mort, ses angoisses, ses envies, ses doutes, ses joies. Ce qui l’a construite. Ce qui l’a détruite aussi. Ces vides qui resteront à jamais béants mais avec lesquels elle a appris à composer, à danser la vie.

Si devenir parent est extrêmement naturel d’un point de vue biologique, c’est une aventure très complexe sur le plan psychique. Comme toute future maman, Sarah Biasini aspire à offrir le meilleur à son enfant, à être comme l’appelait Donald Winnicott, une mère suffisamment bonne (« good enough mother »).C’est à dire une maman qui sait répondre de manière équilibrée aux besoins de son enfant, ni trop, ni trop peu.

C’est une vibrante déclaration d’amour à sa fille Anna, à sa défunté mère, mas aussi à tous ceux qui, sur son parcours, l’ont entourée et aimée.

Informations pratiques

La beauté du ciel, Sarah Biasini – Editions Stock, février 2021 – 251pages – 19€

Les prochains livres sur le blog

La semaine prochaine, retrouvez sur le blog, comme chaque semaine, des nouveautés littéraires pour adultes comme pour enfants.

Au programme de la semaine à venir

Côté littérature adulte :

  • Hystériques, de Sophie Adriansen, aux éditions Charleston : Trois femmes et sœurs lancées dans la grande aventure de la maternité. Trois façons de la vivre aux antipodes l’une de l’autre. Un roman émouvant, réaliste, éclairant. Un livre nécessaire.
  • On reste avec la maternité, la mère en devenir, celle qui n’est plus, celle qui apprend avec son bébé : le très beau récit de Sarah Biasini : Toute la beauté du ciel, paru aux éditions Stock. Un récit d’une vibrante authenticité sur la transmission, l’amour maternel. Que transmettre à son enfant quand on a grandi sans sa maman ?

Côté livre pour enfants :

  • Je vous offrirai un voyage au Japon avec l’ouvrage illustré de Cyril Castaing, Le Japon, aux éditions Fleurus : Un livre documentaire illustré de photographies magnifiques, pour découvrir le Japon sous tous ses angles : histoire, économie, gastronomie, vie quotidienne, mode…

Bon dimanche sous le soleil (ou pas) du mois d’août! 🙂

Le jour où ma mère m’a tout raconté, Philippa Motte

le jour où ma mère m'a tout raconté

Un roman d’une sensibilité à fleur de plume sur la transmission, mais aussi et surtout, le portrait déchirant d’une femme que l’on veut réduire au silence en la faisant passer pour folle. Un magnifique roman.

Secret de famille

Philippa, surnommée Lili, est née en Corse. Jeune fille, elle rêvait de mode entre les pages de Elle, de Marie-Claire et demandait à sa mère de lui confectionner de jolies tenues. Très séduisante, elle s’est emmourachée à 20 ans d’un homme de passage dans l’île. Hélas, elle est tombée enceinte et a découvert à ses dépens que l’homme en question était marié. S’attirant les foudres de sa famille, redoutant qu’elle n’attirât la honte sur eux, elle n’a eu d’autre choix que d’avorter et d’accepter peu de temps après d’épouser Hector, un homme que son père a choisi pour elle. Et de partir alors s’installer à Avignon.

Avec Hector, Lili pense pouvoir panser ses plaies, retrouver le bonheur. Mais les trois grossesses coup sur coup l’épuisent. Trois enfants qu’elle aime de tout son cœur et de toute son âme, mais dont elle peine à s’occuper comme il le faudrait. Déprimée, dépassée.

Aussi, quand la mère de Lili lui propose, ou plus exactement lui impose de prendre sa jeune sœur Hélène avec eux à Avignon, Hector la convainc qu’elle lui sera une aide utile pour s’occuper des enfants.

Mais rien ne se passe comme prévu. Et quand Lili, déjà malheureuse dans sa vie de femme et d’épouse, découvre le terrible secret de son mari, elle sombre. Ce dernier décide alors de la faire hospitaliser en psychiatrie. Mais souhaite-t-il l’aider ? Ou l’écarter de la maison ? La folie se niche-t-elle chez Lili ou chez lui ? Et Hector est-il le seul à avoir un secret ? Il semblerait que non, que ce que vit Lili soit hélas une triste répétition…

Un portrait de femme magnifique

J’ai lu Le jour où ma mère m’a tout raconté, paru aux éditions Stock, avec une indicible émotion. Philippa Motte a su donner tant de chair à son personnage Lili, a réussi à donner une telle puissance évocatrice à son texte, que j’ai ressenti une immense empathie pour Lili . Une femme brisée par la découverte d’un double secret, celui de son mari, mais aussi celui de sa propre mère. Et désarmée, seule, pour y faire face.

Que transmettre à ses enfants ? La force de lutter, la combattivité, le désir de transparence dans toute relation ? Ou la résignation, le silence contraint, l’art de la dissimulation ?  Car en Corse, c’est la loi de l’omerta qui règne. « Elle est devenue le socle d’une habitude qui consiste à maintenir sous silence ce qui est grave. » Quel schéma relationnel perpétue-t-on consciemment ou non ?

Avec beaucoup de subtilité, de sensibilité, Philippa Motte nous dresse un portrait de femme impossible à oublier.

A lire absolument !

Informations pratiques

Le jour où ma mère m’a tout raconté, Philippa Motte – éditions Stock, mai 2021 – 241 pages – 19,50€

Citation du jour

Les histoires ne s’inventent pas dans l’air. Elles surviennent en travaillant, au contact de la plume. Les phrases appellent les mots qui appellent les idées. Un livre s’écrit sans se prévoir, s’invente sans se savoir. Les romans prennent forme à force de frapper dessus, comme les statues se sculptent à coups de burin et les peintures à coups de pinceau. Rien n’est dans la tête, d’avance. Tout reste à créer.

Le cœur en laisse, Line Papin- éditions Stock

le coeur en laisse

Le parfum des fleurs la nuit, Leila Slimani

le parfum des fleurs la nuit

Récit d’une expérience étonnante, celle de passer une nuit dans un musée. L’occasion de mener une analyse passionnante sur le métier d’écrivain et la création littéraire.

Ecriture et solitude

Le travail d’écriture requiert du recueillement, de la concentration, de la solitude. Et donc le refus systématique de toute sollicitation, distraction, invitation. Une règle à laquelle Leila Slimani a pourtant dérogé en acceptant la proposition de son éditrice : passer une nuit seule dans un musée, La Punta della Dogana à Venise. Non pas qu’elle soit fan d’art contemporain, mais elle traverse une panne d’inspiration. Alors cet enfermement volontaire, coupée de tout et de tous, lui offrira peut-être la solitude nécessaire à la création.

Le soir venu, elle rejoint le musée dans lequel lui a été dressé un lit de camp. Pour la nuit, elle est la reine des lieux, entourée d’une cour d’œuvres contemporaines. Et alors qu’elle ne s’est jamais sentie particulièrement attirée par les musées en général et par l’art contemporain en particulier, elle se rend compte que ces œuvres lui parlent, convoquent ses fantômes. Un dialogue s’installe entre elles et la romancière le temps d’une nuit.

Une nuit au Musée

Une nuit au Musée est une collection dirigée par Alina Giurdel, éditrice. Imaginez un écrivain passant la nuit avec des œuvres d’art pour lui seul. C’est cette expérience étonnamment riche que nous livre Leila Slimani dans Le parfum des fleurs la nuit. Chaque œuvre, par sa puissance évocatrice, la ramène à un souvenir. L’occasion pour la romancière d’évoquer son rapport à la solitude, à la création littéraire, à l’injustice, aux origines, à l’écartèlement entre deux cultures. Mais aussi sa relation avec son père, le rôle de la littérature ainsi que ses exigences. Elle illustre ses propos avec de nombreuses références littéraires et mène une réflexion magistrale sur les auteurs et le travail d’écriture.

Une confession touchante, pudique. Brillante.

Informations pratiques

Le parfum des fleurs la nuit, Leila Slimani – éditions Stock, 2021 – collection Ma nuit au musée – 152 pages – 18€

Citation du jour

Ecrire, c’est jouer avec le silence, c’est dire, de manière détournée, des secrets indicibles dans la vie réelle. La littérature est un art de la rétention. On se retient comme dans les premiers moments de l’amour. quand nous viennent à l’esprit des phrases banales, des déclarations enflammées que l’on se force à ne as dire pour ne pas abimer la beauté du moment. La littérature consiste dans une érotique du silence. Ce qui compte, c’est ce qu’on ne dit pas.

Leila Slimani – Le parfum des fleurs la nuit (Stock)