Hôtel du bord des larmes, Elsa Flageul

Hôtel du bord des larmes

Imaginez un hôtel qui soit une sorte de Las Vegas non pas du mariage mais du divorce. Un hôtel où en un week-end, vous pouvez vous débarrasser de toutes les formalités.

Divorcer en trois jours

Quand Cécile et François se sont rencontrés, la force de leur amour était telle que rien ne semblait pouvoir un jour l’atténuer. Et de toute façon, étaient-ils convaincus, même si une tempête menaçait de souffler sur la flamme de leur passion au fil des années, ils sauraient l’empêcher de s’éteindre. Ils feraient mieux que leurs parents. Mieux que leurs amis. Mieux que les autres. C’était une certitude absolue.

Mais cette certitude a été balayée par la réalité. Leurs liens se sont délités, la flamme n’est plus que cendres. Cécile a rencontré quelqu’un et souhaite divorcer, tout en préservant le plus possible la fille qu’elle a eue avec François, Valentine.

C’est alors que Cécile se laisse séduire par une formule de divorce inédite et convainc François d’accepter : un « Divorce Hotel ». Ce lieu offre une formule clé en mains pour divorcer l’espace d’un week-end, presque sans douleur à l’instar d’une péridurale du cœur et de l’âme, tout en bénéficiant des activités de bien-être proposées. Divorcer dans ce lieu deviendrait une simple formalité.

Mais le couple va croiser la route de deux employés dudit hôtel, Julien et Jeanne, qui vont bouleverser la donne.

Un roman sur l’amour, le couple

J’adore l’écriture d’une formidable puissance évocatrice d’Elsa Flageul. J’avais plébiscité son précédent roman A nous regarder, ils s’habitueront (chronique ICI), et attendais impatiemment le suivant : Hôtel du bord des larmes. J’y ai retrouvé ce qui me séduit tant dans son style : une écriture forte, qui prend aux tripes, secoue, bouleverse. Une écriture « viscérale », serais-je tentée de dire, faute de trouver le terme exact.

Dans ce roman Elsa Flageul aborde le sujet de l’amour, du couple. avec une extrême finesse. Comment des liens si forts entre deux êtres peuvent-ils à ce point se défaire ? Comment croire encore en l’amour, comment refaire confiance quand la vie vous a montré que vos certitudes sur l’amour n’étaient qu’illusions ?

Un roman fort.

Informations pratiques

Hôtel du bord des larmes, Elsa Flageul – éditions Miallet Barrault, mars 2021 – 192 pages – 19€

A nous regarder, ils s’habitueront, Elsa Flageul (Julliard)

roman d'Elsa Flageul

Editions Julliard, janvier 2019

Que devient le couple quand un enfant naît ? Dans ce magnifique roman, Elsa Flageul aborde les combats de trois êtres : ceux d’un bébé né prématuré pour la vie, celui d’une mère contre sa culpabilité de n’avoir pas mené sa grossesse à terme, celui d’un homme et d’une femme devenus parents pour trouver leurs nouveaux repères.

L’arrivée d’un enfant dans le couple, thème du nouveau roman d’Elsa Flageul

Alice et Vincent vont être parents. Dans deux mois. Mais la nature en a décidé autrement : leur petit César naît en effet à sept mois. Trop tôt. Trop tôt pour cet homme et cette femme devenus parents d’un enfant auquel ils ne s’attendaient pas, intubé, minuscule, silencieux. Trop tôt pour pouvoir se passer de soins intensifs en néonatalogie. Trop tôt pour n’être que joie et insouciance.

Trop tôt pour être conforme à la magie, à la joie pure qui entourent traditionnellement une naissance.

Commencent alors plusieurs combats. Celui de ce bébé pour survivre en néonatologie, sous respirateur artificiel. Celui de ses parents pour aider leur bébé à se développer au mieux, à surmonter cet environnement angoissant, où tout peut basculer du jour au lendemain. Combat d’Alice aussi, qui vit dans la culpabilité et la honte cette grossesse qu’elle n’a pas su mener à terme, ces forces et ces organes développés qu’elle n’a pas su donner à son enfant pour affronter la vie. Mais comment parler de cette peur qu’il ne survive pas, y compris à Vincent, sans que cette angoisse ne contamine le couple et l’entourage, sans qu’elle ne la renvoie à sa « faute » de ne pas l’avoir gardé 9 mois dans son ventre ? Comment être rassurée par le corps médical quand les gestes techniques, la « routine » du travail, le manque de temps, ne laissent parfois plus place à une once d’humanité envers les familles ? Et puis, Alice n’est-elle pas censée avoir réponse à ses questionnements ? Une maman sait déceler les besoins de son enfant, non ? C’est même ce que l’on appelle l’instinct maternel. Mais Alice ne sait pas, ne sait plus, perdue.

Unis autour de leur bébé, Alice comme Vincent ne se sont pourtant jamais sentis aussi seuls avec leurs doutes et leurs peurs.

Pourquoi lire le roman « A nous regarder, ils s’habitueront » ?

Elsa Flageul nous offre un roman coup de poing. Un roman courageux car il s’attaque à un sujet « tabou ». On le lit comme une urgence, celle qu’il y a à sauver le petit César, celle qu’il y a pour les parents à trouver leur place dans cette nouvelle configuration familiale. Avec beaucoup de justesse, d’humour aussi parfois, de sensibilité toujours, en évitant avec brio l’écueil du pathos, Elsa Flageul nous interroge sur le mythe de la naissance comme bonheur absolu. Une naissance, prématurée ou non, ne s’arrête-t-elle à n’être que douceur, insouciance, sourires ? Non, même si la société nous vend cette image et montre du doigt qui oserait la contredire. Toute naissance est un bouleversement pour la femme, pour l’homme, pour le couple. Mais avouer ses angoisses, sa fatigue, son besoin d’avoir aussi du temps pour soi, est mal vu, jugé indigne d’un parent. Et pourtant réel, même doublement réel si l’enfant naît prématurément ou avec un handicap. La venue au monde d’un enfant est un parcours délicat, jalonné de joies profondes et d’angoisses tout aussi abyssales, d’amour enivrant et de renoncements lourds. C’est cette ambivalence que retranscrit admirablement bien Elsa Flageul.

Un coup de cœur!

Prix Folire 2016

C’est au tour de Mazarine Pingeot – après PPDA, Bernard Pivot, Michel Drucker, Alexandre Jardin et de Marina Carrère d’Encausse – de parrainer le « Prix FOLIRE 2016 » mis en place par le CHS de Thuir, la Caisse d’Epargne Languedoc-Roussillon et le CML, un prix littéraire qui permet aux personnes souffrant de troubles psychiques de couronner la qualité littéraire d’un jeune auteur francophone.

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Miguel Bonnefoy est écrivain et partage ses racines entre la France, le Chili, et le Venezuela. En décembre 2014, ce fils de diplomates rejoint l’Etat de Bolivar pour une excursion particulière : gravir la montagne de l’Auyantepuy et redescendre en rappel aux abords de la cascade la plus haute du monde. Il a tiré un roman de son aventure Jungle (Ed. Paulsen)

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Éric Genetet vit depuis vingt ans à Strasbourg. Journaliste, il a travaillé dix ans dans le monde de la radio. Son roman  Tomber  (Ed. Héloïse d’Ormesson) est le récit poignant d’un enfant blessé, en échec scolaire, dont le rêve, simple et pourtant inaccessible, est d’être aimé par ses parents.
Avec une infinie douceur, Eric Genetet nous offre un roman magnifique et bouleversant.

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Avant de se lancer dans l’aventure romanesque, Elsa Flageul a d’abord étudié le cinéma et travaillé sur l’œuvre de Jacques Demy.
Son roman sélectionné Les Mijaurées (Ed. Julliard) traite des amitiés adolescentes. Elsa Flageul trace le portrait de deux jeunes femmes d’aujourd’hui que rien n’aura réussi à faire renoncer à leur amitié, même dans les moments les plus dramatiques.

FOLIRE2016