Même les monstres, Thierry Illouz : un essai brillant sur le métier d’avocat

img_6134

Même les monstres, Thierry Illouz

Editions L’iconoclaste, septembre 2018

Essai.

Une vibrante plaidoirie. D’une écriture à l’oralité saisissante, Thierry Illouz, avocat, livre un récit intime. Il retrace un parcours, une vocation. Et nous exhorte à regarder l’autre. Celui qui nous effraie. Celui que l’on condamne.

On demande souvent à Thierry Illouz, avocat, comment il peut ainsi défendre des monstres. Une question chargée de mépris envers ces personnes présumées coupables, ces êtres que l’on distingue de soi en ne leur reconnaissant pas le statut d’être humain. Mais nier leur part d’humanité n’est-il pas une protection contre la reconnaissance de la part sombre que chacun sent en lui, contre le risque permanent que l’homme ne laisse sa part d’animalité prendre le pas sur sa part lumineuse, policée ? S’ils sont des monstres, cette espèce non humaine voire inhumaine, cela protège ceux qui les appellent ainsi d’être un jour assimilés à eux. Cela les sépare de l’horreur. Monstres, un « mot frontière ».

Monstres, un « mot fossé ».

Or le sens du métier de Thierry Illouz, le combat de sa vie, ce n’est non pas de diviser mais de rassembler, de chercher à comprendre, d’écouter. Y compris et surtout ceux que l’on nomme des monstres et qui sont comme tout un chacun des hommes, des êtres appartenant à la même communauté que lui, que nous. Et côté division, il sait de quoi il parle. Fils de rapatriés d’Algérie, il a grandi dans un quartier délaissé de Picardie. Lui le juif. Lui et sa famille, les gens différents. Les monstres d’alors. Aussi, ayant souffert de cette division, de ces fossés, aujourd’hui il érige des ponts entre les hommes. « Défendre n’est pas épouser le mal, ni la faute, ni le crime, jamais. Défendre c’est ôter au mal toute chance d’être le mal, c’est-à-dire une idée réfractaire à toute compréhension, à toute histoire. (…) La défense, c’est la seule chance de conjurer l’injustice, l’aveuglement, la vengeance, dans tous les cas. Et le totalitarisme évidemment. »

Un essai brillant, passionnant, édifiant.

Publicités

C’est la vie!, de Jean-Louis Servan-Schreiber (Albin Michel)

image

C’est la vie!, de Jean-Louis Servan-Schreiber

Editions Albin Michel, avril 2015

Illustrations de Xavier Gorce

L’idée de mourir sans m’être demandé ce que vivre veut dire me semblerait presque inconvenante. La perspective que la symphonie reste inachevée, que je puisse quitter la scène en laissant les tiroirs en fouillis me met mal à l’aise. » Comprendre, saisir le sens, le pourquoi, le comment. Les interrogations ne manquent pas. Qu’est-ce qui compte le plus dans ma vie ? Quel rôle y jouent les autres ? Pourquoi ai-je si souvent l’impression d’en savoir si peu ? Qu’est-ce qui est vrai ? Juste ? Important ? Puisque je dois mourir, quel sens a ma vie ? Comment accepter de n’être que moi ? Telles sont les questions que se pose Jean-Louis Servan Schreiber dans son nouvel essai. Des questions que nous nous sommes tous posées un jour ou l’autre, auxquelles le journaliste et essayiste s’efforce d’apporter des éléments de réponse dans un langage accessible à tous.

Et le message est plutôt  rassurant : certes nous sommes seuls, mais ‘seuls en compagnie’, car maillons d’une immense cordée humaine à laquelle nous devons tout.

Alors, puisque nous nous savons mortels, savourons chaque minute comme une chance : être vivant suffit à donner de la valeur à chaque journée.

Tout savoir sur…La malédiction des start-up, de Guy Jacquemelle, aux éditions Kawa

photo-14-

La malédiction des start-up, de Guy Jacquemelle

Editions Kawa, Octobre 2012

Collection dirigée par Henri Kaufman

    

     Ces amis de longue date se marièrent pour le meilleur et pour le pire. De l’union de leur intelligence, de leur talent, de leur passion, de leur créativité, de leur génie respectifs, naquirent de beaux enfants. Des enfants à la croissance exceptionnelle. Et le monde entier de s’extasier. Et chacun de vouloir les adopter. Cette progéniture autour de laquelle ils se sont rassemblés va pourtant être la cause de leur divorce.

     Ces enfants s’appellent …Apple, Microsoft, Facebook et Twitter. Leurs parents? Des couples dont on n’a souvent retenu qu’un seul nom : Steve Jobs, Bill Gates, Mark Zuckerberg et Evan Williams. Pourquoi Paul Allen, Eduardo Saverin, Steve Woniak et Noah Glass sont-ils passés aux oubliettes?

     L’amitié et les affaires, une union impossible alors ? Dans ce brillant essai, Guy Jacquemelle tente d’y répondre. Il retrace pour nous l’épopée extraordinaire de ces duos amicaux à l’origine des sociétés majeures du net. Des amis partis de rien, dont la société va faire flamber les cours de la bourse. The american dream. Ou presque.

     Quelles sont les pierres d’achoppement? Est-ce la personnalité? L’ambition? L’éducation? Les accidents de la vie? L’arrivée d’une tierce personne? Tout cela en même temps?

     Une analyse percutante et enrichissante dont Guy Jacquemelle tire en dernière partie des enseignements à l’usage de celles et ceux qui désirent créer une start-up entre amis. Quels sont les écueils à éviter, les points de concordance à respecter? En 23 points, il offre un guide pratique tiré des expériences des entreprises sus-citées.

 

     Un essai riche en enseignements sur ces sociétés que l’on croyait connaître et un guide précieux pour les futurs entrepreneurs!

Les Sourds, une minorité invisible, de Fabrice Bertin : pour une reconnaissance de la culture des Sourds

Les sourds, une minorité invisible, de Fabrice Bertin

Editions Autrement, Collection Mutations, N°260

Essai.

 

Pour la reconnaissance de la culture Sourde

     Selon le secrétariat d’Etat à la Santé, la population sourde et malentendante représente en France cinq millions de personnes, soit 6,6% de la population totale. Or qu’en est-il de la reconnaissance des Sourds et de la Langue Française des Signes (LSF)?

     Dans cet essai édifiant, Fabrice Bertin, professeur d’histoire géographie et formateur à l’Institut national supérieur de formation et de recherche pour l’éducation des jeunes handicapés et les enseignements adaptés (INSHEA) pousse un cri d’amour, un appel à la tolérance, à l’acceptation de la différence quelle qu’elle soit. En effet, de tout temps et en tout lieu, la surdité interpelle. Mais la façon de l’appréhender et les réponses apportées s’avèrent inadaptées. Pourquoi? Car les décisions prises sont le fait de la majorité entendante d’une part, les Sourds, pourtant premiers concernés, sont peu voire pas consultés. D’autre part, au fil des siècles et encore aujourd’hui, demeure un déni de réalité : on ne voit la surdité que sous l’aspect individuel et pathologique, c’est à dire comme une déficience sensorielle, un « handicap », au lieu de la reconnaître de façon collective et linguistique comme source de richesse de notre civilisation.

     Fabrice Bertin opère une véritable prise de conscience chez le lecteur; Il y a un « avant » et un « après » lecture de son essai. On réalise que toutes les actions menées, et ce, malgré la reconnaissance de la LSF comme langue à part entière en 2005, vont dans le sens d’une tentative de « réparer » (prothèses auditives, recherches médicales, orthophonie, suprématie de l’oralité) et donc de gommer la différence. Nous sommes loin de l’acceptation, de la tolérance. Un combat que Fabrice Bertin mène avec détermination et dans le sillage duquel il nous entraine : «  Admettre la culture sourde, c’est aussi accorder une place à ses membres en tant que sujets, c’est inscrire la surdité dans une universalité et la considérer comme une singularité d’être au monde. »

     Un combat qui ne s’inscrit nullement dans une optique guettoïsante, bien au contraire. Il n’y a de Sourds que parce qu’il y a des entendants, la surdité est un rapport. Alors faisons en sorte que ce rapport ne soit pas un rapport de forces, où la minorité des Sourds subit les décisions de la majorité, mais un rapport d’égalité, d’acceptation de l’Autre tel qu’il est.

Dis-moi pourquoi, de Claude Halmos : L’enfant en danger.

9782213668314

Dis-moi pourquoi, de Claude Halmos.

Sous-titre : Parler à hauteur d’enfant

Éditions Fayard, février 2012

       Dans  Dis-moi pourquoi? Parler à hauteur d’enfant , Claude Halmos tire la sonnette d’alarme. A une époque où l’on pourrait naturellement penser que l’enfant est bien considéré dans notre société, la psychanalyste s’inquiète. L’enfant est en danger. Constat paradoxal? A priori seulement. Car si de considérables progrès ont été effectués au fil de l’histoire, et tout particulièrement dans les années 70/80 sous l’impulsion, en France notamment, de Françoise Dolto, on verse aujourd’hui dans l’excès. Sous prétexte qu’il faille dialoguer, écouter, informer l’enfant, on lui dit tout et n’importe quoi, n’importe comment. Un glissement sémantique opère, entretenant la confusion entre considérer l’enfant comme une personne à part entière et le considérer comme un adulte. Or l’enfant est un être en construction et non un adulte en miniature.

     Toute la difficulté de parler aux enfants réside alors dans l’équilibre à trouver en leur montrant bien qu’on les prend pour des interlocuteurs valables, sans leur permettre de se prendre ni les prendre pour des grandes personnes. Autrement dit, on progresse sur un fil ténu, avec le risque de basculer tantôt du côté où on considère l’enfant comme un adulte, tantôt en le bêtifiant car on abaisse le niveau du discours. Il s’agit par conséquent de leur parler ni « trop bas », ni « trop haut », de trouver la bonne hauteur d’enfant.

 

     Faut-il tout dire aux enfants? Faut-il répondre à toutes leurs questions? Quels écueils éviter? Quelle est la bonne hauteur à laquelle se placer? Après un rappel historique sur la place de l’enfant dans la société, Claude Halmos, avec un langage clair, imagé, accessible, accompagne les adultes que nous sommes face à ces multiples interrogations.

     Un guide précieux.

     Claude Halmos viendra parler de cet ouvrage au salon du livre de l’île de Ré, les 4/5 août 2012. Toutes les informations sur ce salon ici : http://www.ile-aux-livres.fr/nav.asp?go=presentation

 

Informations pratiques :

Prix éditeur : 18€

Nombre de pages : 202

ISBN : 978 2213 668314

L’amour en miettes, Catherine Siguret : autopsie du chagrin d’amour

 

9782226238665

L’amour en miettes, petit abécédaire du chagrin d’amour, Catherine Siguret

Éditions Albin Michel, janvier 2012

 

Autopsie du chagrin d’amour

 

     Avec dix huit millions de célibataires en France, la quête et la perte de l’Autre sont des sujets qui qui interpellent beaucoup. Qui n’a pas vécu un jour, peu ou prou un chagrin d’amour ? Un sujet tant rebattu par la presse, les études sociologiques, la littérature, que l’on pourrait penser avoir tout dit, tout vu et tout lu le concernant. C’est méconnaître ce savoureux ouvrage de Catherine Siguret, écrivain et journaliste, qui apporte un regard neuf, formidablement juste, aussi émouvant que drôle sur le chagrin d’amour.

     Sous forme d’abécédaire, tel un chapelet dont elle égrène les lettres, de A comme Amour à V comme Voeux en passant notamment par D comme désaimer, F comme Facebook, ou P comme Pervers, l’auteur dépeint toute la palette des émotions par laquelle passe l’être quitté. Un tableau complet, riche en couleurs : déchirure, espoir, désillusion, culpabilité, tristesse, colère, pitié, jalousie, haine, soulagement, joie. Touche par touche, comme une toile de Seurat, se dessine la vie sans l’Autre, juste après la rupture déclenchée par ces trois mots tranchants comme la lame d’un sabre « Je te quitte ».

     Un amour dont il ne reste que des miettes que le lecteur peut picorer comme il l’entend, de façon linéaire ou non. « Admettre n’est pas comprendre. Comprendre n’est pas guérir. C’est l’impasse et, au bout de l’impasse, souvent, l’injustice, la colère et la haine. » Un cheminement que l’on suit tantôt avec le sourire (la tablette de beurre ou le gel douche de l’Autre que l’on ne se résoud pas à jeter), tantôt un pincement au coeur, toujours avec admiration pour la justesse de l’analyse.

     Et ce passage par la lettre F comme Facebook d’être particulièrement lucide et savoureux, drôle et terrible à la fois. A l’heure des nouveaux médias et réseaux sociaux, la rupture avec l’Autre, qui suppose de cesser tout contact, de renoncer à le voir, à l’entendre, à savoir ce qu’il advient, devient difficile. Tyrannie des technologies qui rendent compte en quelques clics de ce que fait l’autre, permettent de voir ses photos seul ou avec son nouvel amour sur sa page facebook ou, si on l’a radié de ses « amis », sur la page d’amis communs. Le virtuel entretient le lien que vous vous efforcez de couper dans le réel et sait se montrer machiavélique à souhait.

     Un livre qui se déguste miette par miette ou d’une seule traite, dans l’ordre comme dans le désordre!

 

P45 : « On sait, bien mieux qu’un nouveau-né, ce que l’on perd quand l’Autre nous expulse de son ventre, avec cette douleur en prime, si l’on est quitté et non quittant, qu’il s’agit à nos yeux d’une aberration de la nature. C’est, en fait de naissance, une fausse couche, un avortement forcé si l’on devine que des forceps se cachent derrière la décision prise. »