Pardonnable, impardonnable, de Valérie Tong Cuong (éditions JC Lattès) : un roman incontournable!

Pardonnable, impardonnable, de Valérie Tong Cuong

Éditions Jean-Claude Lattès, janvier 2015

 

Les saisons du pardon.

Le dixième roman de Valérie Tong Cuong explore la difficulté à trouver sa place au sein du clan, les chagrins et la culpabilité, mais aussi et surtout la force de l’amour.

Quand Milo, 12 ans, parti faire du vélo avec sa tante, est victime d’un grave accident, ses proches se ruent à son chevet. Et les interrogations de naître autour de ce corps plongé dans le coma. Pourquoi se trouvait-il sur son vélo alors qu’il était censé être bien sagement à la maison à faire ses devoirs? La douleur, l’incompréhension et la colère sont telles, qu’il faut trouver un coupable, une personne sur laquelle les déverser. La famille jusqu’alors apparemment unie, vole en éclats. Car cet accident joue le rôle de détonateur, fait exploser les rancœurs, les non-dits, les rivalités entre membres du clan où chacun achoppe à trouver sa place. Et chacun de désigner un coupable, SON coupable.

L’amour inconditionnel qui les lie à Milo, se heurte dès lors à la colère qui gronde en eux, à la haine puis à la vengeance qui grandissent à l’égard de celui ou de celle jugé(e) responsable : il faut faire payer la personne qui a conduit Milo à flirter avec la mort. Il faut sa tête.

Immergée dans l’esprit de chaque personnage, Valérie Tong Cuong nous fait vivre le drame avec plusieurs regards, plusieurs angles de vue, tous aussi attachants, sensibles, intelligents et justes les uns que les autres. Et force est de constater que personne n’est tout blanc dans cette affaire. Personne n’est innocent.

Le flot de haine qui submerge la famille ne noie pas les tensions, ne dissout pas les problèmes. Au contraire : il irrigue les sillons de maux plus grands encore. Alors, après l’hiver de l’amertume, qui a laissé les cœurs et les esprits gelés, vient le printemps du pardon : en chacun germe le désir de faire table rase du passé, de comprendre et d’accepter l’autre tel qu’il est, mais aussi et surtout, de s’accepter tel qu’il est. Car pardonner, c’est non seulement pardonner à l’autre, mais se pardonner à soi.

Un roman choral extrêmement brillant, dans lequel chaque personnage nous interpelle, nous émeut, nous interroge. Une histoire viscéralement humaine, magistralement rédigée, qui prend le lecteur en otage dès les premières lignes et en fait la victime consentante d’une lecture en apnée. Valérie, nous te pardonnons ces heures volées au sommeil faute de pouvoir reposer ton livre!

Un roman INCONTOURNABLE de cette rentrée littéraire 2015.

Un ÉNORME coup de cœur à lire, à relire, à offrir…ou vous ne vous pardonnerez pas d’être passé à côté de ce livre!

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Toute ressemblance avec le père, de Franck Courtès (JC Lattès) : coup de coeur!

Toute ressemblance avec le père, de Franck Courtès

Editions JC Lattès, août 2014

Rentrée littéraire

 

Perdre un être cher est un événement bouleversant. On a l’impression qu’on ne pourra jamais surmonter sa peine et pour ce faire, il est nécessaire de passer par un douloureux travail intérieur, le « travail de deuil ». Afin d’accepter la disparition et de définir un avant et un après. Afin de pouvoir avancer.

Quand Jacques décède accidentellement, sa femme Mireille, sa fille Vinciane et son fils Mathis se trouvent confrontés au vide de son absence. Ou plus exactement, à la présence de son fantôme, des souvenirs vivaces qu’il a laissés, de son empreinte si forte dans les esprits. Et chacun de réagir différemment, de s’approprier à sa façon l’image du défunt.

Pour Mireille, et ce, quand bien même il fut notoirement volage, c’est l’image d’un mari merveilleux qui prédomine, de sorte qu’aucun autre homme ne saurait plus exister à ses yeux. Et peu à peu de se replier sur elle-même, éteinte sans la lumineuse présence de son Jacques. « C’est sa façon de lui être fidèle et d’être fidèle à l’image qu’elle a d’elle-même, la femme qu’elle était à cette époque. » (P.414)

Vinciane, archéologue de formation, va décider de mettre une distance physique entre le lieu du drame et elle. Elle part sur des chantiers au bout du monde, s’abrutit de travail, enfouit au plus profond d’elle un secret de famille tandis qu’elle déterre ceux des autres. Mais n’est-ce pas une fuite illusoire? N’emporte t-on pas ses démons avec soi?

Pour Mathis, âgé de seize ans lors du drame, le fantôme du père est écrasant. Un fantôme qu’il va devoir tuer pour exister. Alors il se cherche, cumule les aventures amoureuses comme son père jadis, se perd pour mieux se retrouver. Touche par touche, comme sur une toile de Seurat, se dessine ce à quoi il aspire, l’homme en devenir. Chaque erreur de parcours affine sa trajectoire, le centre sur son essentiel, le conduit vers sa (re)naissance.

Avec ce brillant premier roman, Franck Courtès nous livre une réflexion profonde, sensible et juste, sur la transmission. Comment est reçu l’héritage parental, ailes ou cage? Comment vivre avec les absents quand leurs fantômes sont si présents? Une plume délicate, viscéralement humaine, qui emporte le lecteur dans le tourbillon léger de ses mots. Une histoire intime au caractère universel.

A lire!

P. 349 : Il ne s’agissait pas de pardon. Le pardon vous place au dessus des autres, les forts pardonnent aux faibles.

Informations pratiques :

Nombre de pages : 390

Prix éditeur : 19,50€

ISBN : 9782709646550

Que ton règne vienne, de Xavier de Moulins (éditions JC Lattès) : « Un père a deux vies, la sienne et celle de son fils. »

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Que ton règne vienne, de Xavier de Moulins

Éditions Jean-Claude Lattès, février 2014

Sous ses airs désenchantés, Que ton règne vienne est un vibrant hommage au père, au lien filial. Une illustration parfaite de cette phrase de Jules Renard, qui ouvre le livre en forme de mise en garde : « Un père a deux vies : la sienne et celle de son fils. »

Novembre 2013. Jean-Paul, le père de Paul, décède. Un père aimé, adulé par son fils, enfant et adolescent. Un héros. Toujours dans le désir de ne pas le décevoir, d’être à la hauteur de cette figure paternelle si brillante, Paul se sent tout petit, écrasé, incapable de rivaliser. La barre est si haute. Son amour à son endroit si grand. Et pourtant. Pourtant, s’il y a l’image de la figure tutélaire idéale, inaccessible, sacrée, il y a aussi l’autre, celle de l’homme dont « jusqu’au bout, rien n’a filtré de sa nature profonde » Qui était-il vraiment? « Les parents, c’est Steve McQueen et Faye Dunaway au pays de Oui-Oui. » Un amour solaire. Mais derrière la surface lisse des apparences, le couple parental était-il aussi idyllique que cela ou s’attachait-il seulement à le laisser croire? Et pourquoi cet amour filial, qui semblait inconditionnel, fait-il aujourd’hui place à de la haine?

2015. Paul est en dépression depuis deux ans et commence tout juste à se relever. Il a survécu à la mort de son père, mais pas à la trahison suprême qu’il a découverte… Une mort psychique. Violente. Un corps trainé comme s’il était tenu en laisse. Sa femme Ava et lui se sont séparés, il ne voit plus leurs deux enfants. La vie continue de s’écouler sans lui. Mais, fort heureusement, pas sans Oscar, son ami de la première heure, son frère de cœur, « son abscisse et son ordonnée », celui à qui il peut tout dire, avec lequel il peut tout partager. Parce que si l’amour résiste souvent mal à l’épreuve du temps, l’amitié, la vraie, est indéfectible. Et cette épreuve qu’il traverse le lui démontre si besoin était. Alors, puisque tout semble sourire à Oscar, lequel se marie, va être papa grâce à une mère porteuse, ce dernier va emporter Paul dans le sillage de ses bonheurs et lui faire partager sa lumière. L’aider à renaître.

Avec une écriture très nerveuse, Xavier de Moulins nous livre un roman très émouvant et plein d’espoir, celui d’une reconstruction, celui d’une amitié plus forte que l’amour, plus forte que tout…

A lire!!!

Belle-arrière grand-mère, de Janine Boissard : tendre au coeur

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Belle arrière-grand-mère, de Janine Boissard

Éditions Fayard, février 2014

« Bonjour Liberté! » s’exclame Joséphine alias Babou pour les intimes. Notre tendre grand-mère, après s’être occupée de sa joyeuse tribu, enfants et petits-enfants compris, peut enfin penser à elle. Chacun a trouvé sa voie, professionnellement et sentimentalement, tout ce petit monde semble voguer sur un fleuve relativement tranquille, aussi il est temps pour Babou de se poser, de se ressourcer. Place à la peinture! Toile vierge sur le chevalet, couleurs étalées sur la palette, brosse de martre propre, il ne reste plus qu’à s’élancer. Mais…

Mais la vie n’est pas une nature morte. Et c’est un joli bébé aux joues roses, prénommé Adella, qui va s’inviter dans le tableau familial. Diantre, son petit-fils Justino, tout juste âgé de dix-huit ans, est déjà papa! Et donc Babou arrière-grand-mère… Comme si cela ne suffisait pas, la maman de la petite fille n’a que dix-sept ans, un jeune âge qui lui vaut de s’attirer les foudres de son père et d’être mise en quarantaine. Qui va s’occuper de ce bébé? Pour Babou, il est juste inconcevable de ne pas voler au secours des siens. C’est donc elle et son mari, Le Pacha, qui vont pouponner. Adieu, pinceaux, gouache, chevalet, bonjour couches-culottes, pleurs et biberons! L’heure de la tranquillité n’a pas sonné.

Ce n’est toutefois que la première touche d’une longue série de bouleversements. Des couleurs plus sombres, celles de la faillite, du deuil, de la maltraitance d’un enfant, vont s’inviter sur le ciel azur du tableau initial comme autant de nuages noirs. Mais en véritable artiste de la vie, en femme combative et soucieuse du bien-être des siens, Babou sait composer avec les couleurs de l’âme et transformer les ciels chargés en horizons dégagés.

Avec Belle arrière-grand-mère, Janine Boissard nous offre une fois encore un roman empli de tendresse, de bienveillance, de chaleur, où l’humain est au coeur. Grâce à la palette de son talent, elle nous fait partager des émotions aussi vibrantes que belles…

Ivresse du reproche, de Marco Koskas, aux éditions Fayard

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Ivresse du reproche, de Marco Koskas

Éditions Fayard, janvier 2013

 

Avec Ivresse du reproche, Marco Koskas tente de percer un mystère : celui de la cruauté de Hannah, sa mère, et plus largement, celui de la cruauté qui se propage comme une pandémie au sein de cette famille Kamous, famille juive de Tunisie dont elle est issue.

Car la vie de Hannah fut tout sauf un univers de douceur. Contrainte de quitter l’école dès 13 ans, la fillette doit renoncer à ses rêves de devenir institutrice. Elle qui aime tant lire, fera des ménages au bled. Sacrifiée sans que personne ne s’en offusque. Ses frères, eux, poursuivront des études supérieures de droit. Sa soeur Marie, des études d’infirmière. Et la rancoeur de nidifier en elle.

Sans instruction, Hannah est incasable. Aussi quand on lui trouve un mari à 18 ans, on ne lui demande pas son avis. Si elle l’aime? Là n’est pas la préoccupation de ses parents. Et de fait, Hannah ne supporte pas Maurice, cet homme qui lui fera sept enfants. La colère enfle en elle. Difficile pour cette femme de donner aux siens l’amour qu’elle n’a pas reçu. Son aigreur, si.

Dans les années 1960, elle prend le bateau pour Marseille avec ses quatre plus jeunes enfants. Direction finale : Bougival en banlieue parisienne. La France sera t-elle sa planche de salut? Obtiendra t-elle une revanche sur son passé et sur les Kamous?

Dans ce récit au style parfaitement maitrisé, l’auteur pousse un cri de révolte. Pourquoi pareille injustice? Pourquoi pareille méchanceté? Les mots comme des armes pour combattre la fatalité. Les mots comme des gifles pour réveiller les esprits. Toutes ces occasions d’aimer qui ont été perdues, tout ce fiel déversé tel un venin dans les veines des kamous : pourquoi?

Ivresse du reproche est un vibrant appel à l’amour perdu…

 

Note : ce roman fait partie des livres sélectionnés en finale du Prix Orange du livre 2013

Quand nous serons frère et soeur, de Sophie Adriansen, aux Éditions Myriapode : et si la vie commençait…maintenant?

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Quand nous serons frère et soeur, de Sophie Adriansen

Éditions Myriapode, février 2013

 

Et si la vie commençait…maintenant?

 

Louisa, la trentaine, ne sait rien de son père ou si peu. Un baroudeur passionné d’anthropologie et d’Afrique qui a rencontré sa mère au fin fond du continent noir et l’a abandonnée à peine l’enfant né. Un absent si présent dans ses pensées. Et un jour d’avril, une lettre. Son géniteur est décédé. Deux ans après sa mère.

Il lui laisse un héritage conséquent mais à une condition, étrange : qu’elle cohabite un mois avec ce frère qu’elle ne connait pas, né d’une autre union. Et Louisa de s’embarquer pour Lougeac où vit son frère Matthias. Un inconnu.

Choc des cultures. La parisienne, jeune cadre dynamique à la vie rythmée par le triptyque « métro-boulot-dodo » débarque en pleine campagne, dans un village du centre de la France. Que peut-elle avoir en commun avec ce grand bougre aux cheveux en brousaille, blanc de peau, au caractère rustre de surcroît? Certes, ils ont le même père, mais. La fraternité est-elle innée ou acquise? Des liens peuvent-ils se tisser sur la trame d’un passé commun inexistant? Peut-on bâtir sur du vide? Nait-on frère et soeur ou le devient-on?

Des questions térébrantes.

Au fil des jours pourtant, les évidences ne le sont plus. Celui qui semblait si éloigné de son univers se révèle indiciblement attachant, authentique.

Et si Louisa s’était trompée de route? Réussite sociale pour se prouver qu’elle pouvait être « blanche de l’intérieur », vie cadencée qui ne laisse pas le temps de réfléchir sur le sens à lui donner, journées qui s’enchainent dans une solitude affective immense. Est-ce vraiment ce à quoi elle aspire au plus profond d’elle-même? Matthias appartient-il à un monde si différent du sien ou au contraire, évolue t-il dans un univers plus conforme à ses valeurs que le sien? N’est-ce pas elle qui est à côté de sa vie?

Ce mois passé à côté de Matthias va être un révélateur. Et si la vie commençait…maintenant?

 

Ce premier roman de Sophie Adriansen est un ENORME coup de coeur. Avec beaucoup de sensibilité, de finesse, l’auteur pose les vraies questions sur le sens de la vie, sur les choix à faire. Et la possibilité pour chacun de reprendre les rênes de son destin. Une écriture fluide, imagée, des personnages indiciblement attachants portés par une douce brise d’optimisme, cette lecture est un pur bonheur. Et un concentré d’émotions.

Chuuut!, de Janine Boissard, aux éditions Robert Laffont : savoir replanter sur du pardon…

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Chuuut!, de Janine Boissard

Éditions Robert Laffont, mars 2013

 

Savoir replanter sur du pardon.

     « Il y a toutes sortes de silences. On parle de silence « religieux », de silence « de mort ». Il peut y en avoir aussi de respect, de regret, de honte. » (P.133) Dans la famille Saint Junien, le silence est protection. Protection de l’unité du clan. Protection des liens du sang. Envers et contre tous. Envers et contre tout.

     Tous, Edmond et Delphine de Saint Junien, leurs quatre enfants, beaux-enfants et petits enfants vivent au château, près de Cognac. Tous ou presque. Car Roselyne manque à l’appel, partie pour Amsterdam avec un certain Werner quelques années plus tôt. Une absence douloureuse scellée par le silence. Jusqu’à ce jour où ils apprennent son décès, laissant derrière elle un fils, Nils, âgé de dix-huit ans. A cette nouvelle, une évidence : ce dernier doit rejoindre les siens au château.

     Pour celui qu’on a baptisé Nils, en référence au récit « Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède », la vie semble alors être un conte. De courte durée toutefois. Lorsque le corps de la petite Maria est découvert sans vie, Nils est le coupable tout désigné. Face au drame, le clan explose. D’un côté, ceux qui croient en son innocence. De l’autre, ceux qui l’accablent. Et Nils de se battre pour obtenir sa réhabilitation. Avec patience. Avec droiture. Sans haine. Sans violence. Car s’il a grandi dans un terreau hostile, stérile, il ne s’est pas laissé dépérir dans le manque. Il y a puisé un surcroît de vie, de courage, de combativité, a fait germer en lui une noblesse de coeur et d’âme exemplaires.

     Qui a donc tué Maria? Comment confondre l’assassin? Les liens du sang résisteront-ils à l’épreuve de la vérité?

     Dans Chuuut!, Janine Boissard capture son lecteur dès la première page et fait de lui la victime consentante d’une lecture en apnée. Un roman captivant, résolument optimiste, où l’amour, la famille, l’intégrité sont les meilleures armes pacifiques face à l’adversité.

     Il faut savoir « replanter sur du pardon ».

     A lire absolument!

P. 133 : D’une enfance trop difficile, trop tôt exposée aux coups de la vie, d’où la chaleur et la lumière ont été absentes, certains en sortent l’âme démantibulée (…). D’autres, victimes d’une même enfance, ont eu la chance, la force, de savoir exploiter chaque parcelle d’amour, chaque lumière à eux donnée. Nourris d’espoir, le jour où leur vie s’éclaire enfin, ils sont prêts à en accueillir, en savourer toutes les joies, à saisir toutes les mains qui se tendent. Ayant été blessés, ils s’efforceront à l’indulgence, ayant souffert, ils sauront reconnaître la souffrance des autres et s’emploieront à les réconforter.

P. 220 : On ne replante pas sur du malheur. On replante en remplaçant les mauvaises images par les bonnes, les larmes par des sourires, sans pour autant oublier ceux qui sont partis.