La liberté n’est pas un crime, Shaparak Shajarizadeh

La liberté n'est pas un crime, Shaparak Shajarizadeh

©Karine Fléjo photographie

Shaparak Shajarizadeh est devenue une figure de proue du mouvement pour le respect du droit des femmes en Iran. Pour avoir manifesté contre le port du voile et incité d’autres femmes à renoncer au port obligatoire du hijab, elle a été emprisonnée et torturée. Un témoignage édifiant.

Naître femme en Iran

« Je n’ai ni volé, ni tué, ni menti. Je n’ai fait de mal à personne. Je me suis exprimée pour dénoncer la condition des femmes dans notre pays. Mais en Iran, le régime n’aime pas les femmes qui revendiquent leurs droits. Le régime n’aime pas les femmes. Tout court. »

Shaparak est une jeune mère épanouie et une épouse aimante. Mais elle s’est sentie très vite en prison dans son pays. Si les femmes de la génération de sa mère ont connu une relative liberté, ont eu le droit de porter des robes colorées, de faire des études supérieures, de conduire, de laisser leurs cheveux voler au vent, de divorcer, d’avoir la garde de leurs enfants, la révolution de 1979 a changé diamétralement la donne. Les droits des femmes à l’égalité, à la dignité, à la liberté de croyance et d’expression ont été bafoués.

Mais Shaparak n’est pas femme à se résigner. Elle refuse de suivre aveuglément ce qu’on impose aux femmes au nom de grands principes religieux, de règles sexistes conçues pour écraser la moitié de l’humanité.

« Être femme en Iran, c’est sentir en permanence l’ombre de la peur sur ses épaules. C’est s’habituer à être surveillée par la police des mœurs. »

Inspirée par le mouvement des suffragettes, elle décide de se joindre au mouvement des « Mercredis blancs » contre le voile obligatoire : et de sortir tête nue dans la rue, un voile blanc accroché au bout d’un bâton. Et d’exhorter sur les réseaux sociaux, d’autres femmes à la suivre. Question de dignité et de liberté. Une revendication qui lui vaut une première arrestation, des tortures et une incarcération. Soutenue par la célèbre avocate Nasrin Sotoudeh, connue pour venir en aide aux femmes iraniennes bafouées, Sharapak sort de prison. Mais ne renonce pas à son combat. Une combattivité et un courage, qui mettent sa vie et celle de ses proches en péril. Son seul salut sera de fuir l’Iran.

Un témoignage édifiant sur la condition des femmes en Iran

Shaparak Shajarizadeh a trouvé l’exil au Canada l’an dernier, avec ses proches. Mais n’en oublie pas pour autant la bataille qu’elle a menée dans son pays pour faire respecter les droits des femmes, pour que cessent toutes ces atteintes à leurs libertés fondamentales. Avec ce livre témoignage, elle ouvre les yeux au monde entier sur ce qui se passe en Iran quand on naît femme aujourd’hui. Elle se fait la porte-parole de toutes celles qui n’ont pas le droit de s’exprimer, à commencer par son avocate, emprisonnée à Téhéran pour l’avoir soutenue dans sa cause. Elle alerte, informe, éveille les consciences.

« La liberté n’est pas un crime » relate son parcours hors du commun, celui d’une femme résolue à se battre jusqu’au bout, pour elle et toutes les autres femmes de son pays. En 2018, Shaparak Shajarizadeh a été distinguée par la BBC comme l’une des « 100 femmes les plus inspirantes au monde ». En février 2020, elle a été lauréate du Women’sRight Award .

Un témoignage édifiant.

 

Otages, Nina Bouraoui

Otages par Nina Bouraoui

©Karine Fléjo photographie

Nina Bouraoui nous offre le portrait extraordinaire d’une femme ordinaire. Une femme qui a encaissé les coups sans rien dire. Toute sa vie. Jusqu’au coup de trop. Un livre sur la libération. Un roman coup de poing pour une lecture coup de cœur.

Une colère silencieuse

Sylvie Meyer, 53 ans, est une femme qui depuis son divorce l’année précédente, élève seule ses deux garçons adolescents. Une femme qui ne se plaint jamais, pas même lorsque son mari l’a quittée. Une femme qui reste debout. Toujours. Qui avance. Toujours. Comme si toutes ces violences subies glissaient sur elle comme l’eau sur un ciré breton. Comme si elle ne s’autorisait pas à s’appesantir sur elle-même. Comme si elle n’en avait pas le droit.

Sylvie travaille dans une usine. Sérieuse, impliquée, elle fait ce qu’on attend d’elle avec application. Jusqu’au jour où son chef lui demande de surveiller ses collègues, afin de désigner celles dont il devra se passer, en vue d’un dégraissage de personnel. Mais devenir à l’égard de ses paires cet être sans cœur, être à son tour ce monstre qu’ont été certains à son endroit, est plus qu’elle ne peut supporter.

Elle ne veut pas basculer de ce côté. Ne veut pas passer de victime à bourreau. Toutes ces violences ensilées en silence depuis des années, depuis cette blessure secrète qui l’a marquée au fer rouge, refont alors surface. Et sortent Sylvie de son silence et de sa soumission.

Quel est ce secret, cette violence originelle qu’elle a subie et qui a fait naître cette révolte silencieuse en elle ? Comment Sylvie va-t-elle pouvoir se délivrer, enfin, cesser d’être une otage ?

Otages, un roman d’une rare puissance évocatrice

J’adore la plume de Nina Bouraoui, dont j’ai plébiscité ici plusieurs titres. Avec Otages, ce qui sidère avant tout est la puissance évocatrice de la plume de l’auteure. Sur le ring de papier, les mots frappent. La ponctuation coupe. Les phrases cognent. Et atteignent à chaque fois le cœur des lecteurs, ricochent sur leur propre vie en écho à la leur. Sylvie Meyer est une femme qui subit depuis toujours sans broncher la violence du monde, dans son couple, au travail, dans son adolescence. Une femme qui encaisse comme un punching-ball les événements, ordres, humiliations et blessures qui la frappent. Sous ses apparences calmes, la révolte gronde, celle de la rébellion face à l’injustice. Sous ses apparences calmes, Sylvie Meyer est une bombe à retardement.

« La violence était là, partout, infiltrée au cœur de la nuit et au petit matin. Au fond de mes poches et sur ma peau, dans mon regard et dans mes rêves Là, comme de l’encre. Elle prenait toutes les formes, toutes les textures, épousant l’espace, les manques, tout. Elle portait un nom, je le sais aujourd’hui, un nom qui coupe : elle s’appelait le silence. »

Car, comme nous le montre très justement Nina Bouraoui ici, la violence ne se mesure pas au nombre de décibels. La violence tue, tue davantage encore.

Un roman magnifique, d’une force remarquable, qui prend le lecteur aux tripes. Alors si vous voulez devenir l’otage consentant d’une lecture en apnée, filez en librairie l’acheter!

Boston girl, Anita Diamant

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Boston girl, Anita Diamant

Editions Hugo Roman, mars 2016

Anita Diamant dresse le portrait d’une femme qui, tout à la fois représente et a contribué à créer, la définition de la femme moderne.

Agée de 85 ans, c’est bien volontiers qu’Addie entreprend de dérouler le fil de sa vie sous les questions pressantes de sa petite-fille : « Comment es-tu devenue la femme que tu es aujourd’hui ? »

Boston Girl, c’est Addie Baum, née en 1900 de parents immigrés polonais, peu préparés et plutôt suspicieux à l’égard de la culture américaine, qui tentent d’élever leurs trois filles dans la tradition juive de l’Europe de l’Est. Mais la curiosité et l’intelligence d’Addie la propulsent dans un tout autre monde, fait de jupes courtes, de films, de livres et de nouvelles opportunités pour les femmes. Un monde dans lequel une fille termine le lycée, va à l’université, a une carrière et trouve l’amour par elle-même.

Addie entreprend le récit de sa vie, à partir de 1915, année où elle rejoint un groupe de lecture pour filles, découvre sa voie et se fait des amis qui lui permettent de fuir son quotidien. Petit à petit, elle envisage un avenir différent, bien loin de celui de sa famille et ces changements ne se feront pas sans souffrance et sacrifices ; avec en arrière-plan la première guerre mondiale, le mouvement des Suffragettes et les transformations culturelles du début du Xxème siècle.

Un portrait édifiant d’une femme hors-normes, volontaire, résolument moderne, qui cependant n’échappe pas à quelques longueurs.

P. 48 : Etre artiste n’est pas seulement un travail ou un savoir-faire, mais aussi une manière de voir le monde.

Informations pratiques :

354 p. ; 17,95€

la vraie histoire de la femme sans tête, Juliette Nothomb : carpe et dilemmes

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La vraie histoire de la femme sans tête, Juliette Nothomb

Illustration de couverture : Martin Maniez

Éditions Albin Michel Jeunesse, Juin 2011

Carpe et dilemmes

      En des temps reculés, sous l’Empire, un fonctionnaire des eaux et forêts parcourt à cheval la région de Dijon pour faire ses traditionnels relevés, quand il tombe sur un charmant ruisseau au nom pour le moins étrange : la femme sans tête. Diantre, se dit notre homme, pourquoi avoir baptisé un joli cours d’eau d’un nom si mystérieux, voire effrayant? Aux spéculations premières, fruits de son imagination, il décide de substituer une véritable enquête sur le terrain. Pas un seul village, pas une seule chaumière, pas un seul marché n’échappe au crible de ses questions. Et l’enquête de s’enliser dans la vase du ruisseau. En effet, chacun a entendu parler de la femme sans tête et lui donne l’origine de cette appellation. Sauf que personne n’a la même version, tout en affirmant détenir la seule vérité. Femme s’entête ? Femme cent têtes ? L’affamée sans tête? La femme sans tette ?

     Dilemmes.

     De quoi perdre la tête à son tour!

     Assis au bord du ruisseau, contemplatif, notre brave homme s’apprête à abandonner l’enquête quand… Momo la carpe s’adresse à lui! Tout d’abord incrédule, force lui est d’admettre que le dicton « muet comme une carpe » n’est qu’élucubration. Momo la carpe est douée de la parole. Plus stupéfiant encore, il réalise qu’il peut lui aussi parler la langue des eaux !

     Chaque jour, rendez-vous est donc pris au bord de la rivière, où Momo et ses amis vont révéler à cet homme devenu leur ami, la véritable histoire de ce cours d’eau. Ou comment Hammelye de Neuville, enfant gâtée d’une riche famille, et Momo la carpe, cohabitent ensemble depuis 234 ans suite à un sortilège.

     Avec un humour inénarrable et un style fluide comme l’eau, Juliette Nothomb nous emporte dans les tourbillons truculents de son ruisseau, au milieu des carpes , des brochets so britishs et des tilleuls parlants. Un univers empli de tendresse, de poésie, d’amour, de sensibilité, frais comme le chant du ruisseau.

     Et de nous montrer si besoin était, combien Juliette Nothomb est une femme de tête, de talent et de coeur.

     Plongez tête la première dans ce ruisseau !

Informations pratiques :

Prix éditeur : 12€

Nombre de pages : 172

ISBN : 978-2-226-22033-2

Bibliographie :

La cuisine d’Amélie, Éditions Albin Michel, 2008

Des souris et des mômes, Albin Michel jeunesse 2010