Au nom du père, du fils et du rock’n roll, de Harold Cobert, aux éditions Héloïse d’Ormesson : des relations père-fils

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Au nom du père, du fils et du rock’n roll, de Harold Cobert

Éditions Héloïse d’Ormesson, avril 2013

     « Les enfants commencent par aimer leurs parents. En grandissant, ils les jugent. Parfois ils leur pardonnent. » Cet aphorisme d’Oscar Wilde, en exergue du roman, donne le La de cette partition romanesque sur fond de rock’n roll.

     Pour Victor, adolescent rebelle, la vie c’est sea, sexe and surf. Une forte tête. Insolence, provocation, coups de gueule, son père Christian est souvent pris à partie dans ses joutes verbales et attend que l’orage passe. Un gap générationnel les sépare. Un caractère rebelle les rapproche. Car Victor, qui se construit en opposition à la figure paternelle, ignore en réalité tout du parcours de ce dernier. Et tout particulièrement que Christian fut lui aussi un adolescent contestataire, délaissant ses brillantes études de mathématicien pour sa passion pour le rock’n roll. Et Christian de devenir le roi des nuits parisiennes, le maestro des platines, M. Best.

     Le fils et le père parviendront -ils à renouer le contact autrement que par l’affrontement? Un véritable dialogue pourra t-il se substituer aux éclats de voix?

     Dans ce roman qui couvre trois générations, Harold Cobert traite avec finesse de la relation complexe père-fils. Rivalité, opposition, complicité, à travers les portraits du père et du fils l’auteur rend formidablement bien compte de l’évolution des rapports, des incompréhensions, des manques et des besoins de chacun, de toutes ces notes qui vont s’inscrire ensuite sur la partition de leur personnalité. On vibre au diapason des émotions des personnages, on rit avec eux, on tremble avec eux, on s’emporte, on sourit. On n’a plus envie de les quitter…

     Une construction remarquable, un rythme soutenu digne d’un air de rock endiablé, des personnages indiciblement attachants, ce roman est une mélodie envoutante ponctuée par les beats des Rolling Stones et de Jimi Hendrix.

     A écouter…que dis-je…à lire!

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Mon coeur de père, de Marco Koskas : De l’amour d’un père

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Mon coeur de père, Marco Koskas

Editions Fayard, récit, janvier 2012

 

De l’amour d’un père.

    Dans ce magnifique récit livré sous forme de journal, Marco Koskas nous fait partager ses tourments, son amour, ses inquiétudes de père. Ceux qu’éprouvent un papa se définissant lui-même comme « juif-buissonnier », face à la décision imparable de son fils âgé de 16 ans de devenir juif orthodoxe. Fiston, comme il le surnomme affectueusement, a pour cela décidé d’aller dans une pension en Israël, une yéchiva à 4 kilomètres seulement de Gaza. A portée des tirs de roquettes…
Et l’auteur de trembler.
    Une décision que le père respecte. Mais une conviction religieuse et une détermination qui suscitent en lui autant de craintes que d’admiration. Alors il cherche à comprendre pourquoi ce refuge dans la religion. Fiston y cherche peut-être des repères stables, repères fournis par ces rituels immuables des prières? Des repères qu’il ne trouve pas dans le couple parental déchiré, entre sa mère à la vie sentimentale chaotique et son père artiste. Comprendre pour ne pas perdre le lien. Accepter malgré les conflits qui se multiplient entre le père et le fils au sujet de la doxa religieuse. Un rapport de forces permanent où chacun campe sur ses positions. Coups de gueule parfois. Amour toujours.
    Des chroniques quotidiennes qui ne sont pas uniquement l’objet de cette relation père-fils. Dans ce  journal, l’auteur nous dépeint aussi Israël et la vie à Tel Aviv. Des cafés, des restaurants et des plages qu’il aime fréquenter, en passant par les Telavivoises bobos avec leur petit toutou, ses amours, sa vie d’artiste, le déracinement de sa Tunisie natale, le tableau est riche et vivant.

    Avec « Mon coeur de père », Marco Koskas nous livre une magnifique ode à l’amour. Celle d’un père pour son fils. Celle de Marco pour Moshe.

P. 131 : «  C’est un garçon extraordinaire, je ne le sais pas assez. Il aurait pu mal finir, devenir un petit voyou, se défoncer, mais il est juste habité par une fois inébranlable. »

 

 

Informations pratiques :

Nombre de pages : 200
Prix éditeur :16€

ISBN : 978 2213 668 475

Le fils, de Michel Rostain : prix Goncourt du premier roman 2011

 

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Le fils, récit de Michel Rostain

 

Editions Oh ! 2011

 

Ce récit a reçu le prix Goncourt du premier roman 2011.

 

 

 

On n’a jamais eu un enfant, on l’a toujours (Marina Tsvetaïeva) 

 

Le soir même du drame, un ami l’appelle. « Je ne sais pas si un tel jour tu peux entendre ce que je voudrais te dire, mais j’ai vécu cette horreur il y a quelques années, ce désespoir absolu. Je veux te dire qu’on peut vivre avec ça ». ‘Ça’, c’est l’impensable, l’intolérable, le cauchemar éveillé : la mort de son fils Lion, foudroyé à l’âge de 20 ans par une méningite.

 

Pour mettre à distance sa douleur, l’auteur et père emprunte la voix de son fils. Lion parle ici au papa endeuillé. Il se permet de plaisanter, de le railler, d’évoquer de même son intolérable chagrin. Lion nous décrit avec une ineffable émotion, une infinie pudeur mais aussi beaucoup d’humour et d’ironie comment s’est déroulé le drame, mais aussi les jours précédents, puis la vie sans lui désormais. Du marketing des obsèques à son odeur conservée dans ses effets personnels, en passant par la répartition de ses cendres sur le volcan islandais, le lecteur passe du rire aux larmes, tandis que le sujet, grave s’il en est un,  eût facilement pu verser dans le pathos. Et d’évoquer ces regrets propres à tout deuil, le passage en revue de tout ce que l’on aurait pu ou dû faire, dire, savoir, montrer.

 

 Loin d’être un récit où l’auteur s’asseoit dans un fauteuil de lamentations et pleure sur son sort, ce récit bouleversant est une magnifique ode à la vie. « Chaque jour de vie est pour papa comme une décision de vivre. (…). Maintenant que je suis mort il crie à tout bout de champ « Vive la vie ! » avec un volontarisme fou. Il lui faut crier cela, «  Fiat lux ! ».

 

  Un récit qui fait trembler, car cette mort qui touche un proche peut nous concerner tous, mais aussi et surtout, un livre qui est un cri d’amour d’un père à son fils, nous montrant combien les moments partagés, dussent-ils avoir été trop courts, ont laissé une empreinte indélébile dans le cœur et l’âme de ceux qui restent…

 

  P. 9 : un poème qui illustre parfaitement le propos :

 

Chercher encore des mots

 

Qui disent quelque chose

 

Là où l’on cherche les gens

 

Qui ne disent plus rien

 

 

 

Trouver encore des mots

 

Qui savent dire quelque chose

 

Là où l’on trouve des gens

 

Qui ne peuvent plus rien dire

 

 

 

Erich Fried

 

 

 

Informations pratiques :

 

 

 

Prix éditeur : 15.90€

 

Nombre de pages : 174

 

ISBN : 9782361 070 175