Rentrée littéraire : Une partie de badminton, Olivier Adam

Une partie de badminton Olivier Adam

Les fidèles d’Olivier Adam retrouveront avec bonheur Paul, le double fictionnel de l’auteur, écrivain aujourd’hui âgé de 45 ans. Paul a vieilli et se retrouve confronté au désamour des lecteurs ainsi qu’à l’éloignement de sa femme. Chronique d’une vie de quadragénaire qui peine à trouver sa place.

Un écrivain en mal de succès

Paul et sa famille sont revenus s’installer un peu honteusement à Saint-Malo, après une expérience parisienne décevante. Paris, ville où tout se passe, ou du moins, ville où tout est censé se passer, ville de toutes les opportunités, berceau culturel, n’a pas tenu ses promesses. Les livres de Paul ne suscitent plus l’intérêt des lecteurs, son inspiration est en berne et il a quasi disparu du paysage littéraire où il y a quelques années, il brillait au firmament. Paul ne sait plus où est sa place, tant géographiquement, que professionnellement ou même sentimentalement.

En effet, Sarah, à laquelle il est marié depuis vingt ans, semble s’éloigner de lui. Usure naturelle du couple ? Liaison extra-conjugale ? Impression non fondée ?

De retour à Saint-Malo, Paul est embauché comme journaliste au quotidien local dont il écrit la majorité des articles. Faute d’être publié comme romancier, il lui faut bien vivre. Sa femme, Sarah, enseigne à Rennes et donne des cours d’alphabétisation bénévoles dans des camps de réfugiés.

Quant à leurs enfants, ballottés entre province et Paris au gré des déménagements, ils ne trouvent pas forcément leur compte, surtout Manon, adolescente.

Comment trouver ses marques dans un contexte aussi mouvant, qu’il soit familial, ou socio-économique ? « Un jour où l’autre on doit composer avec la loi de l’emmerdement maximum. Et ça n’a rien d’une partie de badminton. »

Des thèmes forts : couple, migrants, écologie, Paris/province

Dans Une partie de badminton, Olivier Adam ironise sur l’opposition Paris/province, la capitale étant souvent décrite comme « The place to be », alors qu’elle s’avère ici être une bulle coupée de la réalité, un microcosme qui s’informe de façon abstraite de ce qui se passe dans le monde via les journaux. La province à contrario, et surtout quand on est comme Paul un journaliste qui couvre l’actualité régionale, est le lieu où l’on se frotte à la vraie vie : la construction d’un complexe hôtelier de luxe sur le terrain d’un camping populaire, la haine des migrants, le racisme. Des problèmes de société qui déteignent sur sa vie de famille, de couple. Pourquoi Sarah s’absente-t-elle si souvent ? Pourquoi sa fille Manon l’accuse-t-elle de cécité feinte ? Et cette femme qui le suit, de qui s’agit-il ? Une admiratrice un peu folle ? Tout semble se dégrader. Et ce n’est que le début…

Olivier Adam joue avec le lecteur, mêle réalité et fiction, brouille les frontières. Des frontières non étanches, à l’image de celles entre l’intime et les drames économiques, culturels et sociaux qui se jouent autour.

 

Rentrée littéraire : La chaleur, Victor Jestin

La chaleur Victor Jestin Flammarion

©Karine Fléjo photographie

Quand un adolescent mal dans sa peau, hermétique à la séduction, au sens de la fête, voit sa dernière journée de vacances osciller entre cauchemar et naissance du désir. Un premier roman à la tension croissante et à l’atmosphère délicieusement inquiétante.

Une adolescence difficile

Léo est en vacances dans un camping écrasé de chaleur avec sa famille. Il se traîne à longueur de journée dans ce lieu qui l’indiffère, entouré de jeunes et de festivités qui l’indifférent tout autant. A côté de leur tente, de nombreux autres adolescents, des fêtes, de la musique, des jeux organisés par la direction du camping. De la liesse. Un monde auquel le narrateur, du haut de ses 17 ans, se sent étranger. Il ne répond pas aux exhortations du gentil organisateur de participer à ses jeux, il ne sort pas avec les bandes de son âge, il ne cherche pas à séduire une des jolies filles du camping. Il vit dans une sorte de bulle, exclu du monde, des autres. Une bulle qui contre toute attente va éclater.

Ces autres l’agressent. Leurs rires, leur musique trop fort, leurs injonctions à être de bonne humeur à toute heure, leurs moqueries. Le dernier jour des vacances, sans s’expliquer pourquoi, Léo pète les plombs. Tandis qu’un des jeunes est en train de s’étrangler avec la corde d’une balançoire, non seulement il ne lui vient pas en aide, mais il précipite sa mort. L’esprit et les sens anesthésiés, il l’enterre dans le sable. Et essaye de reprendre sa vie là où il l’a laissée.

Mais la culpabilité le rattrape et le ronge aussi efficacement qu’une armée de termites. Et c’est alors qu’il sombre en plein cauchemar, qu’il croise le chemin de Luce. Pour la première fois, ses sens sortent de leur léthargie. Pour la première fois, il sent le désir monter en lui. Pour la première fois, il se sent connecté au monde qui l’entoure.

Ballotté entre l’enfer de son coupable secret et le paradis promis par cet amour naissant, Léo voit ses nerfs mis à rude épreuve. Combien de temps va-t-il tenir dans cet étau?

Un roman envoûtant et inquiétant

D’emblée, dès les toutes premières phrases, Victor Jestin vous embarque dans son univers, nous catapulte dans la tête de cet ado mal dans sa peau et effrayant par les extrêmes dans lesquelles il peut verser.  Le lecteur devient le témoin d’un crime terrible et de la réaction étrange et effrayante du jeune garçon, se demande combien de temps il va pouvoir vivre avec le poids du secret sur les épaules, comment il est possible ne serait-ce que de vivre une minute avec cela sur la conscience. La tension narrative est croissante, l’inquiétude quant à la santé mentale de ce garçon aussi. Sommes-nous tous à l’abri d’une sortie de route, d’un pétage de plomb ? Faut-il être fou pour aller jusqu’à tuer ? Ce roman se lit d’une traite, Victor Justin excellant à garder le lecteur captif du lasso de ses mots et de son intrigue.

Entre ombre et lumière, Stéphane Allix

entre ombre et lumière Stéphane Allix

©Karine Fléjo photographie

Un livre très personnel sur l’itinéraire du grand reporter Stéphane Allix, illustré par ses magnifiques photographies. Et bien plus encore : le partage d’expériences humaines indiciblement riches qui ouvrent à d’autres perceptions du monde. 

De la guerre en Afghanistan à la fondation de l’INREES : être le témoin du monde

Très tôt, Stéphane Allix a senti que les sentiers balisés n’étaient pas faits pour lui. Sa quête de sens le pousse à quitter le lycée après un mois de cours en terminale et à se lancer sur la voie qui l’attire : être reporter de guerre. Il n’a pas fait d’étude de journalisme et alors? Cela n’est pas de nature à s’ériger en obstacle devant sa farouche détermination. Il apprendra sur le terrain.

Sur notre planète il existe d’autres mondes, alors si celui où l’on est né ne nous convient pas, pourquoi rester prisonnier?

Et d’entrer clandestinement en Afghanistan, tout juste âgé de 19 ans, ce qui va le confronter à des réalités tout autres que celles du monde dans lequel il a grandi. Une première expérience qui va en appeler d’autres.

Je vais repartir. Photographier d’autres hommes, raconter d’autres réalités. C’est bien plus qu’un métier, c’est l’essence de mon être que je viens de toucher. En Afghanistan, j’ai commencé à me trouver : je suis un intermédiaire, un scribe, une passerelle entre les mondes. Partir de l’autre côté pour être surpris, et revenir pour partager. Voilà ce que va être mon existence.

Mais la mort de son frère Thomas dans un accident de la route à Kaboul, en 2001, alors qu’ils y sont tous les deux en mission, va opérer un tournant radical dans sa vie : peu à peu, Stéphane Allix se détourne du reportage de guerre et oriente ses investigations vers les frontières de la science : que savons-nous  réellement de la conscience? de la mort?

Aux frontières de la science : EMI, conscience, spiritualité, vie après la mort

Cette quête de sens qui anime Stéphane Allix depuis son adolescence le pousse à vouloir comprendre ce qu’est réellement la mort, quelles sont les limites de notre conscience, ce que signifient les expériences de mort imminente relatées par de nombreuses personnes. Des dimensions, des mondes différents l’appellent, l’interpellent, le happent. Il s’y dirige.

Chamanisme en Amazonie à la recherche d’états de conscience modifiés, expériences de vie après la mort auprès du psychiatre américain John E. Mack, étude du Bardo-Thödol (le livre des morts) en Inde, Stéphane Allix réalise qu’il n’a pas d’autres grilles de lecture du monde que le prisme rationnel et cartésien dans lequel il a été élevé. Il décide alors de s’ouvrir à d’autres grilles de lecture : et si la mort était une étape dans le long déroulement de la vie? Et s’il était possible de communiquer avec les défunts?

Ces questionnements et cette faim inextinguible de sens le conduisent en 2007 à fonder l’INREES : l’INstitut de Recherche sur les Expériences Extraordinaires.

Le sens des épreuves de l’existence

Ce qui fascine dans ce parcours de vie incroyable et ô combien riche de rencontres, d’expériences, de quêtes de compréhension au-delà des apparences, c’est la détermination sans failles de Stéphane Allix. Car il connaît la peur, les doutes, rencontre bien des embûches dans ses projets, mais jamais ne renonce. Il écoute son intuition, il répond à l’appel d’une vie plus vaste, plus large, qui échappe à notre perception classique. Il s’engage, sort de sa zone de confort. Il agit.

Le bonheur ne s’atteint pas en vivant à l’abri du monde et des ses peines, en un espace idéal, où tout serait lisse et confortable.

Les épreuves ont un sens, même si dans l’immédiat nous le percevons pas toujours. Une expérience qui le conduit à adopter une autre vision du monde, à trouver l’apaisement intérieur. A véritablement naître à la vie.

Il existe d’innombrables mondes sur la terre et d’innombrables facettes à la réalité dont nous ne percevons qu’un fragment. regardez.

Un ouvrage magnifique, tant par les photographies que par la profondeur du texte. Alors ne résistez pas à l’envie de le lire. ne résistez pas à la vie, à l’imprévu, à vos intuitions!

Rentrée littéraire : Jour de courage, de Brigitte Giraud

Jour de courage de Brigitte Giraud

©Karine Fléjo photographie

Brigitte Giraud nous revient avec un 13ème roman, Jour de courage.  Elle évoque deux destins qu’un siècle sépare, mais qu’une même cause et qu’un même courage caractérisent. Les mentalités ont-elles évolué ?

Homosexualité : une réelle évolution des mentalités ?

C’est en faisant des recherches pour un exposé sur les autodafés, que Livio, lycéen, tombe sur des documents relatifs à Margnus Hirschfeld, médecin juif-allemand très engagé, qui dès le début du XXème siècle, s’est battu pour défendre l’égalité des droits entre les hommes et les femmes, mais aussi les droits des homosexuels. Que ce Magnus Hirschfeld se soit farouchement opposé au paragraphe 175 du Code pénal allemand, qui pénalisait les homosexuels, ouvre une porte en Livio. Une porte sur son coupable secret, secret qu’il ne partage pas même avec ses parents, ni Camille, la lycéenne de sa classe, amoureuse de lui. En lisant que Hischfeld considérait l’homosexualité ni comme un vice,  ni comme un crime, ou même une maladie, l’adolescent se sent un peu rassuré. Enfin quelqu’un met des mots sur ses peurs et ses questionnements.

Et de décider d’utiliser la destruction par le feu des ouvrages de la bibliothèque de l’Institut de sexologie de Magnus Hischfeld, ouvrages qui constituèrent les premiers autodafés nazis, pour servir de prétexte à évoquer un autre sujet : l’homosexualité. Et par voie de conséquence, SON homosexualité.

Devant sa classe, Livio décide donc d’en finir avec le mensonge, la dissimulation, les apparences. Il va endosser la cause de ce médecin allemand pour ouvrir la brèche, s’y engouffrer, parler à travers lui de sa propre fragilité, de sa difficulté à trouver sa place, de son mal-être.

Comment va être accueilli son coming-out lors de l’exposé ? Si l’on peut légitimement s’attendre à ce que les mentalités aient évolué au cours du siècle qui sépare Magnus et Livio, on peut aussi s’interroger quand on regarde l’actualité.

Un plaidoyer pour le droit à la différence et pour la tolérance

Dans ce roman, Brigitte Giraud dénonce l’étroitesse d’esprit, la lâcheté de l’homme qui se range toujours du côté du plus fort, des plus nombreux. Quand on assiste à la destruction des bibliothèques et librairies par les djihadistes à Mossoul, quand on voit qu’en Pologne, des thérapies de conversion (à base d’électrochocs) visent à modifier l’orientation sexuelle de jeunes homosexuels, on peut se demander si les mentalités ont vraiment évolué au cours du siècle passé. Certes, ces exemples ne sont pas représentatifs de la situation dans chaque pays, mais leur simple existence, fut-ce dans une poignée de pays, montre que les combats contre l’homophobie, la haine de l’autre, sont loin d’être terminés. L’homme demeure toujours ce loup pour l’homme. Et ce n’est pas Livio, dans ce roman, qui dira le contraire.

Les oiseaux de passage, Emily Barnett

les oiseaux de passage Julie Barnett

©Karine Fléjo photographie

Le fameux 13 novembre 2015, soir des attentats, Juliette a rendez-vous avec un ami. Mais les événements en décident autrement et c’est sur Paul qu’elle tombe, un copain du lycée, rescapé de la fusillade au Carillon. L’occasion pour eux de revenir sur leur passé commun et sur un autre drame : la disparition de Diane, une des leurs.

Attentats du 13 novembre 2015

Juliette a rendez-vous avec Jean-Marc à 21h30. Mais au moment de partir, elle égare une de ses lentilles de contact et perd de précieuses minutes à la chercher. Précieuses, car si Juliette avait enfourché son vélo à l’heure prévue, elle se serait vraisemblablement trouvée au cœur de la fusillade. Précieuses, car elles vont lui sauver la vie.

Tandis qu’elle dévale la rue du Faubourg du Temple à vélo, elle réalise que quelque chose cloche. L’atmosphère est étrange, inhabituelle. Puis ce sont les sirènes d’ambulance, de pompiers, les personnes hagardes qui errent dans les rues. Du sang partout. Il lui faut plusieurs minutes pour comprendre que l’incroyable s’est produit. Que quelques minutes plus tôt, là où elle se trouve, des balles étaient tirées en rafale.

Parmi les blessés, elle reconnaît Paul, un ami du temps du lycée, membre de leur groupe  baptisé le clan des oiseaux. Voilà vingt ans qu’elle ne l’a pas vu. Et ne souhaite pas vraiment le revoir… Elle ne peut pas pour autant abandonner Paul, blessé à la cheville, à son triste sort. Et de l’aider à se relever tant bien que mal. Et de se retrouver confrontée à ce passé qu’elle a fui.

Tandis qu’ils déambulent dans les rues de la capitale, avalent les kilomètres, les souvenirs de la bande qu’ils formaient avec Diane, la leader du groupe, affleurent. Depuis le drame qui a frappé Diane, jamais le sujet n’a été évoqué. Le groupe composé de Juliette, Paul, mais aussi de Gabriel, Thomas, Sven, Alex, Clara et Amandine, s’est complètement disloqué, alors qu’à l’époque ils étaient inséparables, faisaient tout ensemble. Tout le temps.

« Chacun est maître de ses souvenirs. Notre bien-être et parfois notre survie en dépendent. »

Pourquoi ce silence autour de la disparition de Diane ? Que s’est-il passé vingt ans plus tôt ?

De l’incompatibilité entre amitié et amour

Emily Barnett évoque les liens forts qui unissaient un groupe d’amis, dans les années 90. Un groupe dans lequel Diane s’était imposée naturellement comme la leader. Charismatique, magnétique, elle avait le pouvoir d’entraîner le groupe à sa suite. Mais un groupe peut-il garder sa cohésion quand des sentiments plus forts surgissent entre certains d’entre eux ? Ou quand l’amitié réclame l’exclusivité.

Cette lecture, certes agréable, ne m’a pas complètement embarquée. Je n’ai pas été touchée par le sort des personnages, pas plus que je n’ai vécu au diapason de leurs joies et de leurs blessures. Il me manquait un je-ne-sais-quoi pour être concernée par leurs déboires, emportée par l’histoire. Autre point qui m’a gênée : tout au long du livre, Juliette et Paul déambulent dans les rues de Paris, parcourant ainsi des kilomètres…alors que Paul est blessé et a la cheville très douloureuse qui a doublé de volume. Difficile d’y croire… Donc un sentiment mitigé pour ma part à la lecture de ce roman…

 

 

 

Descartes pour les jours de doute, Marie Robert

Descartes pour les jours de doute de Marie Robert

©Karine Fléjo photographie

Vous pensez que la philosophie n’est pas faite pour vous, qu’il s’agit d’une discipline absconse, quelque peu poussiéreuse et même carrément ennuyeuse ? Vous préférerez des cartes à jouer ou des cartes IGN à Descartes ? Vous vous dites que de toute façon, la philosophie c’est bien gentil, mais c’est de la pure théorie dont n’a que faire votre quotidien ? Alors laissez Marie Robert vous prouver le contraire ! Ou l’art de rendre la philosophie VIVANTE, ACCESSIBLE et PASSIONNANTE.

La philosophie envisagée sous un angle novateur et passionnant

Marie Robert enseigne la philosophie. Après le succès mérité de Kant tu ne sais plus quoi faire, elle nous revient avec Descartes pour les jours de doute, aux éditions Flammarion. Et quand vous lisez ses livres, vous n’avez qu’un seul regret : ne pas avoir eu un tel professeur pour vous communiquer sa passion. Car Marie Robert dépoussière cette discipline, lui rend toutes ses lettres de noblesse et sa place à part entière dans notre existence, dans nos choix, dans nos questionnements.

L’angle sous lequel elle aborde la philosophie est extrêmement novateur et percutant. Elle part de situations de notre quotidien, au travail, entre amis, en famille et, face aux interrogations qui sont nôtres, nous montre combien la philosophie peut nous éclairer, nous aider à trouver des réponses. Nous guider. Dès lors, la philosophie devient extrêmement vivante.

Des enfants surexcités lors d’une journée à Disneyland, au patron tyrannique qui en exige toujours plus, en passant par cette timidité et cette peur du regard des autres qui vous paralysent depuis l’enfance, Marie Robert passe en revue douze situations inconfortables, auxquelles nous avons tous été confrontés un jour ou l’autre, et nous invite à trouver plus de confort et de réconfort auprès des grands philosophes sur ces sujets précis. La philosophie n’est plus une vague théorie, une lointaine planète en orbite autour de la terre, elle est une force au quotidien.

Rousseau, Montaigne, Descartes, Foucault, Sartre, Voltaire, Ricoeur, Simone de Beauvoir, Camus, Valery Baudrillard et Simone Veil ne seront plus des auteurs imposés du programme de terminale, des auteurs de livres qui prennent la poussière dans le fond d’une bibliothèque, mais des philosophes vers lesquels vous aurez envie de vous tourner pour enrichir votre regard, nourrir votre réflexion, vous inspirer. Et vivre mieux.

Un ovni littéraire. Mieux, un GÉNIAL ovni !

Marie Robert a l’art de vous prendre par la main, aussi réfractaires soyez-vous de prime abord, pour vous emmener rencontrer les grands philosophes. Son ton humoristique, ses exemples si parlants, vous donnent irrésistiblement envie de la suivre. Pour le meilleur.

L’ouvrage est de plus extrêmement bien conçu et respecte toujours la même architecture. Une situation du quotidien avec les questions qu’elle soulève, une possible réponse apportée par un philosophe, puis la biographie résumée et du philosophe et d’une de ses œuvres. Enfin, les idées clés de la pensée dudit philosophe et une citation. Autrement dit, l’essentiel en quelques pages.

S’il est bien un doute que Marie Robert nous ôte, c’est celui de penser que la philosophie s’adresse à une élite et non à tout un chacun. Mieux, son livre joue le rôle de tremplin : une fois la lecture terminée, votre première envie est d’aller lire dans le texte les philosophes cités.

J’espère quant à moi avoir tué tout doute en vous sur l’opportunité de lire Descartes pour les jours de doute et Kant tu ne sais plus quoi faire !

L’algorithme du cœur, Jean-Gabriel Causse

l'algorithme du coeur Jean Gabriel Causse

©Karine Fléjo photographie

Ces cinquante dernières années, l’Intelligence Artificielle n’a cessé d’évoluer. Aujourd’hui, les ordinateurs et programmes sont capables de raisonner, d’apprendre, d’interagir avec l’homme, voire de le dépasser. Il ne leur manque que l’intelligence des émotions. Une carence que pallie Jean-Gabriel Causse dans son nouveau livre.

Intelligence Artificielle, Big Data : et si les machines dépassaient l’homme ?

Justine est une hackeuse éthique. Elle ne pirate pas les sites internet des plus grandes sociétés, voire celles du service des armées juste pour s’amuser, ou pire, pour voler des données confidentielles. Non, elle défie les services de sécurité pour leur prouver sa dextérité, sa capacité à  s’infiltrer dans les failles de leur système. Une fois introduite dans le système informatique, elle laisse directement son CV au directeur informatique et au PDG. Comme une carte de visite qu’elle leur donne, dans l’espoir de leur louer ses services pour renforcer leur sécurité ensuite.

Lors d’une de ses intrusions dans le système informatique de l’armée américaine, elle assiste médusée à l’envoi de missiles dotés d’ogives nucléaires. Une troisième guerre mondiale serait donc en cours ? Sidération. Quand soudain, les points lumineux représentant les ogives sur la carte changent brutalement de direction et s’abiment dans le Pacifique. Qui a donc détourné les missiles nucléaires ? Qui a voulu éviter le conflit ? Justine s’interroge, d’autant que le discours officiel veut faire croire que la destruction des ogives émane de leur fait, dans un souci pacifiste. Justine sait qu’il n’en est rien, que l’armée a perdu le contrôle. Mais qui est aux manettes ? Un autre hacker ? Par ailleurs, l’armée américaine désormais sait qu’elle a assisté au lancement d’une guerre nucléaire, ce qui fait d’elle une femme ardemment recherchée.

Une course contre la montre s’engage. Elle doit découvrir qui a la main sur ces missiles avant que l’armée ne mette la main sur elle. C’est alors qu’elle découvre l’impensable. Arpanet, le réseau des réseaux, a pris le contrôle du monde. L’homme a-t-il enfanté d’un monstre ? Pour Justine, une seule solution : rendre Arpanet « humain », c’est-à-dire capable de ressentir les émotions, l’empathie, afin d’éviter qu’il ne commette des carnages.

L’algorithme du cœur ou quand les machines ressentent les émotions

Après son essai passionnant sur L’étonnant pouvoir des couleurs, son roman si touchant intitulé Les crayons de couleur, Jean-Gabriel Causse nous revient avec un troisième livre : L’algorithme du cœur. Un roman d’anticipation dont les préoccupations sont très contemporaines. Les hommes cohabitent de plus en plus dans leur chair avec les machines grâce aux nanotechnologies, aux biotechnologies, aux membres et organes artificiels implantés en eux. Les machines, quant à elles, ne cessent de converger vers l’homme, capables désormais de raisonner, d’interagir avec lui, d’apprendre, de comprendre, voire de dépasser l’homme dans certains domaines : plus performantes, plus rapides et plus fiables. A ce rythme, les progrès exponentiels dans le domaine numérique permettront peut-être aux machines d’acquérir ce qui leur manque : l’intelligence des émotions.

Le thème abordé par Jean-Gabriel Causse est passionnant. Et nous concerne tous. Les progrès numériques sont tels, que nous ne pouvons plus ni les nier ni reculer. Il nous faut apprendre à composer avec cette déferlante, surfer dessus et non nous y opposer au risque de nous noyer. L’homme perd de sa toute-puissance, devra accepter de plus en plus l’aide des machines voire de s’effacer devant elles parfois (voitures pilotées uniquement par des ordinateurs, robots sur les champs de déminage…) mais cette perte d’hégémonie peut se faire au prix d’un gain autrement plus important : faire des machines nos alliées pour améliorer nos conditions de vie, progresser en médecine, protéger la planète, vivre en bonne entente dans le respect des autres. Pour que l’Intelligence Artificielle devienne la meilleure chose arrivée à l’homme et non la pire…

Un seul petit bémol pour moi dans cette lecture : certains passages du roman sont très techniques et m’ont un peu dépassée. Mais ils ont aussi aiguisé ma curiosité et m’ont poussée à essayer d’en apprendre davantage sur ce domaine.