Rentrée littéraire : Brigitte Giraud

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Toute disparition suscite des questions, conduit à chercher le ou les responsables. Aurait-on pu l’éviter ? Et si… Brigitte Giraud revient sur la décès accidentel de son mari 20 années plus tôt, cherche le grain de sable qui aurait pu enrayer l’engrenage mortel. Emouvant.

Avec des si…

En ce printemps 1999, tout semble sourire à Brigitte Giraud, son mari Claude et son fils. Ils viennent de faire l’acquisition d’une maison à deux pas de leur appartement, dans la ville de Lyon. Brigitte se sentait un peu à l’étroit dans cet appartement doté d’une seule chambre. Et encore, ce serait bien plus étroit quand ils auraient concrétisé leur envie d’agrandir la famille. Après dix ans de vie heureuse dans cet appartement de la Croix rousse, l’heure du déménagement avait sonné. Et de se projeter déjà dans la maison, d’imaginer les travaux qu’ils y feront, les plantes dont ils orneront le jardin, le petit studio d’enregistrement qu’ils y aménageront. Il ne leur manque plus que les clés et leur rêve deviendra réalité. Ils pourront alors emménager dans leur joli nid et commencer une nouvelle vie.

Et, joie suprême, les clés peuvent leur être remises en avance. Ils vont pouvoir profiter du week-end pour transvaser leurs affaires de l’ancien au nouveau lieu de vie. Le rêve prend corps.

Mais il a suffi de quelques secondes pour que le rêve vire au cauchemar. Pour que cette maison n’abrite jamais leur bonheur à tous les deux….

Pour que tout bascule.

Vouloir comprendre

C’est un récit très personnel et très émouvant que nous livre Brigitte Giraud, 20 ans après les faits, en cette rentrée littéraire chez Flammarion. Vivre vite évoque en effet un drame qui l’a fauchée en plein bonheur, lors du décès accidentel de son mari et père de son fils alors âgé de 7 ans. Alors qu’aujourd’hui elle s’apprête à vendre la maison, elle refait une dernière fois le tour du propriétaire, inspecte chaque angle mort, éclaire les coins d’ombre, pour essayer de comprendre comment ce drame a pu être possible. Et surtout, aurait-on pu l’éviter, éviter cet enchainement de circonstances qui ont conduit à l’inéluctable ?

« Quand aucune catastrophe ne survient, on avance sans se retourner, on fixe la ligne d’horizon, droit devant. Quand un drame surgit, on rebrousse chemin, on revient hanter les lieux, on procède à la reconstitution. On veut comprendre l’origine de chaque geste, de chaque décision. On rembobine 100 fois. On devient le spécialiste du cause à effet. »

N’allez pas imaginer qu’il s’agit d’un livre sombre, car il est question d’un décès par accident. Au contraire, Brigitte Giraud évite avec brio l’écueil du pathos, nous offre un récit indiciblement vivant, vivant par son rythme soutenu mais aussi par la vie qu’elle redonne à son mari par le biais de ses mots.

Un roman qui se lit dans une forme d’urgence, comme assis sur une moto lancée à vive allure. Bouleversant.

Informations pratiques

Vivre vite, Brigitte Giraud – éditions Flammarion, août 2022 – 206 pages – 20€

Jean-Gabriel Causse, Les couleurs invisibles

Les couleurs invisibles Causse Jean Gabriel

N’avez-vous jamais eu envie de larguer les amarres, de tout quitter ? Mettre de la distance pour mieux se retrouver, c’est le voyage initiatique que nous propose Jean-Gabriel Causse avec Les couleurs invisibles.

Tout quitter

Antoine attend les résultats de ses analyses dans la salle d’attente du service d’oncologie, en présence de sa femme Alice. Mais au moment où le cancérologue se présente à lui, pour lui annoncer le diagnostic, une peur panique l’envahit. Et de prendre sa femme par le bras pour s’enfuir. Cette dernière ne peut s’empêcher de lui manifester de la pitié, tout sauf ce dont Antoine a besoin en cet instant précis. Il se réfugie donc seul pour la nuit sur son voilier, avec une idée en tête : larguer les amarres. Toutes ses amarres. Celles de son travail de coloriste free-lance, travail bien en deçà de ses ambitions, lui qui a le don de synesthésie, c’est-à-dire de voir les sons en couleur, et imaginait mettre ce don au service de marques de luxe. Prendre du champ avec Alice, qu’il a rencontrée il y a quinze ans et avec laquelle une forme de routine s’est installée. « S’il y a quelque chose d’appréciable dans la maladie, c’est que ça pousse à se poser de vraies questions. ». Il a besoin de faire le bilan de sa vie, de prendre du recul. Et germe alors en lui une idée : convaincu de vivre ses derniers jours, il décide de concrétiser un rêve : utiliser son don à essayer de comprendre ce qui se cache derrière les couleurs, à aller voir les plus belles couleurs que la planète a à lui offrir. C’est décidé, il va mettre le cap sur l’atoll aux mille bleus de Bora Bora.

Un voyage loin des siens, de ses repères, qui va le rapprocher de lui-même et se révéler être un véritable voyage initiatique.

Voyage initiatique

Les fidèles de ce blog ont déjà entendu parler des livres de Jean-Gabriel Causse, écrivain et designer couleurs renommé. Après L’étonnant pouvoir des couleurs, Les crayons de couleur, ou encore L’algorithme du cœur,  Jean-Gabriel Causse nous revient avec Les couleurs invisibles, aux éditions Flammarion. Cette fois, il nous embarque aux côtés de son personnage pour un voyage au bout du monde, à la rencontre avec soi. L’occasion de découvrir en voilier un autre rapport au temps, de prendre du recul et d’identifier ses besoins, ses envies, de distinguer l’essentiel du superflu. Avec de nombreuses références à la physique quantique, à la méditation, ce roman se rapproche d’un roman de développement personnel, dans lequel le lecteur accompagne le personnage vers sa renaissance.

Une croisière haute en couleurs.

Informations pratiques

Jean-Gabriel Causse, Les couleurs invisibles – éditions Flammarion, mai 2022 – 250 pages – 18€

Comme dans un roman de Sagan

Voilà un livre très original : et si Françoise Sagan était un guide de vie? Et si ses œuvres fournissaient des réponses à nos questionnements quotidiens? C’est ce que nous propose Eve-Alice Roustang.

Les romans de Françoise Sagan

On ne présente plus Françoise Sagan, de son vrai nom Françoise Quoirez. Son œuvre est bien trop souvent réduite à ce succès international phénoménal de Bonjour tristesse, tandis qu’elle n’était âgée que de 18 ans. Elle a pourtant écrit plus d’une quarantaine d’ouvrages, des romans aux pièces de théâtre, en passant par les essais. Femme libre et moderne, dans le sillage de laquelle flottait un parfum de scandale. Eve-Alice Roustang propose de découvrir un autre aspect de son œuvre : sa richesse en conseils, en réflexions sur l’existence et ses questions de fond. Françoise Sagan est perçue ici comme un guide de vie, qui délivre ses messages à travers la voix de ses personnages. Une voie qu’explore l’auteure en passant ses écrits en revue.

Mieux vivre grâce à Françoise Sagan

Avec Comme dans un roman de Sagan paru aux éditions Versilio-Flammarion, Eve-Alice Roustang partage sa propre expérience : comment elle a trouvé du soutien, des réponses sur le bonheur, l’épanouissement, les émotions, la vie tout simplement, dans les œuvres de Françoise Sagan. Dans de courts chapitres, l’auteure aborde les thèmes du bonheur, de l’infidélité, de l’argent, de la vieillesse, de la dignité, du changement, de la mort. Elle donne des outils au lecteur pour traverser la vie avec le sourire, délesté de ses peurs. C’est donc un livre d’un genre à part, entre ouvrage de développement personnel et livre hommage à l’œuvre de Françoise Sagan.

Pour découvrir Sagan autrement!

Informations pratiques

Comme dans un roman de Sagan, Eve-Alice Roustang – éditions Versilio-Flammarion, février 2022 – 220 pages – 16,90€

L’homme que je ne devais pas aimer, Agathe Ruga

Agathe Ruga Flammarion

Elle a un mari aimant et trois jeunes enfants, évolue dans un milieu social aisé, se réalise dans sa passion pour la littérature. Un monde idyllique que le regard d’un homme croisé dans un bar va pourtant faire basculer.

Amours plurielles

Il y a un an, Ariane est tombé malade en croisant un jeune homme alors qu’elle se promenait avec son mari et ses trois enfants. Contaminée par un regard. Atteinte d’un mal incurable. Un mal auquel sa famille ne survivra pas, elle le sait.

Les premiers temps, la maladie est asymptomatique. Du moins extérieurement. La jeune femme ne laisse rien paraitre de l’agitation intérieure qui l’anime, de sa fièvre et s’adonne à ses tâches quotidiennes avec la même régularité. Si ce n’est qu’elle a perdu le gout de lire, si prégnant chez elle, le sommeil, la tranquillité. Si ce n’est que s’occuper des enfants à longueur de journée l’ennuie. Pire, l’insupporte.

Même si elle mesure les risques qu’elle prend à retourner dans le bar où travaille le jeune homme prénommé Sandro, elle ne peut s’empêcher de l’approcher, de l’observer, de le détailler sous toutes les coutures. De s’y brûler. Et si ce dernier se refuse à répondre à ses attentes, mettant un point d’honneur à ne pas briser un couple et une vie de famille, Ariane insiste. La fièvre qui la gagne balaie tout raisonnement, toute sagesse. A chaque fois qu’elle tente de faire reculer la maladie, un désespoir fou la submerge, la terrassant bien plus encore.

Remise en question

Avec son deuxième livre, L’homme que je ne devais pas aimer, paru aux éditions Flammarion, Agathe Ruga nous entraine au cœur des tourbillons d’une maladie particulière, la maladie d’amour. L’amour exaltant, l’amour douloureux, l’amour conjugal, l’amour adultérin, l’amour filial, l’amour maternel, l’amour d’un beau-père pour sa belle-fille. L’amour fébrile, fragile, obsédant, non partagé, agonisant, transcendant, merveilleux. L’amour dans toutes ses acceptions.

A travers les hommes qui ont croisé la vie d’Ariane, père, frère, beaux-pères, amoureux, elle revient sur ce que chacun lui a apporté, pris, laissé. Que se passe-t-il avec Sandro ? Elle avait 4 ans quand ses parents ont divorcé et ne veut pas infliger un divorce à ses enfants. Enfin, sa raison ne veut pas. Mais que dit son cœur ?

Pour qu’une telle maladie contamine un cœur et un esprit, il fallait que ces derniers soient un terrain propice, avec un système immunitaire défaillant contre l’intrusion d’un nouvel amour. Que lui apporte cet homme qu’elle ne trouve pas ou plus chez son mari ? Être la maman de trois adorables petites filles fait-il forcément de vous une femme comblée ? Y-a-t-il encore une place pour une vie de femme quand on est mère, pour la folie quand on est responsable de trois enfants ? Briller dans la bonne société, aux bras d’un mari intelligent et plein de charme suffit-il à mettre des paillettes dans les yeux, à se sentir vivante ? Est-on condamnée à ne vivre qu’à demi quand on devient mère, à étouffer ses envies, son grain de folie, sa faim de vivre pleinement et intensément chaque journée?

Une très belle écriture, et une réflexion très touchante et très pertinente sur l’amour et les choix difficiles qu’il impose.

Informations pratiques

L’homme que je ne devais pas aimer, Agathe Ruga-éditions Flammarion, 202 pages – 19€

Fabrice Midal : Les 5 portes

Les 5 portes Midal Fabrice

Une méthode initiatique, concrète, inspirante pour s’épanouir, se déployer, renouer avec la dimension spirituelle de l’existence humaine.

Se réaliser, s’épanouir, s’accomplir

Nous possédons tous en nous, de façon naturelle, de formidables ressources. Ces ressources sont notre énergie, notre spiritualité, ce qui nous fait avancer, alignés avec notre nature profonde. Et pourtant, pour beaucoup, l’accès à ces ressources, à cette énergie, est coupé. Bloqué derrière une porte. Car l’éducation, les normes, la morale, dispensées par les parents, les enseignants, les employeurs, la société, mais aussi les blessures, les déceptions et les souffrances, conduisent souvent à agir, à dire, à être, à faire ce que l’on attend de nous et non ce que nous désirons profondément. A accomplir ce que les autres attendent de nous, au lieu de nous accomplir.

Coupés de nous-mêmes, de nos aspirations profondes, de notre énergie, nous nous étiolons, étouffons, comme une plante privée de son terreau. Mais ceci n’a rien d’irréversible. Il est possible d’accéder à ces portes, de les convoquer, de les ouvrir. De renouer avec notre énergie, notre spiritualité. De redevenir complet. D’être soi. C’est ce beau programme que nous propose Fabrice Midal.

5 bonheurs derrière 5 portes

Avec Les 5 portes, paru aux éditions Flammarion/Versilio, Fabrice Midal, philosophe, se propose d’aider chacun, grâce à des exercices et rituels très concrets, très accessibles, à trouver le chemin de sa spiritualité.

Dans un premier temps, l’auteur nous invite à renouer avec cette capacité d’émerveillement propre aux enfants, face aux choses simples du quotidien. Accueillir, se laisser porter, apprécier, ressentir toutes ces petites choses que nous faisons souvent mécaniquement, parfois en ronchonnant, en entrant cette fois dans le bonheur tout simple de la chose elle-même.

Dans un deuxième temps, le lecteur est invité à faire un test pour déterminer quelle est son énergie dominante et son énergie complémentaire. Il en existe 5 : Le bonheur de faire, le bonheur de voir clair, le bonheur d’être en relation, le bonheur d’être comblé et enfin, le bonheur d’être en paix. Avec des exercices clairs, accessibles à chacun, Fabrice Midal propose au lecteur de se reconnecter à ses cinq énergies, de les convoquer en ouvrant ces 5 portes.

Enfin, la troisième partie propose des rituels pour apprivoiser ces 5 portes, ces 5 énergies, et apprendre à vivre enfin pleinement, connecté à sa source, à son être.

C’est un ouvrage complet, éclairant, inspirant, avec des exercices pratiques pour accompagner pas à pas le lecteur sur le chemin de sa spiritualité.

Informations pratiques

Les 5 portes – Trouve le chemin de ta spiritualité, Fabrice Midal – éditions Flammarion/Versilio, janvier 2022 – 19,90€- 232 pages

Toute la famille ensemble, Xavier de Moulins

Une comédie familiale d’une sensibilité aussi vibrante que belle, sur la force des liens, le délitement de certains d’entre eux, le tissage de nouveaux. Et cette question en filigrane : que nous reste-t-il quand on a tout perdu ? Un roman viscéralement humain.

Les réunions de famille

Chaque année, pour les fêtes de Pâques, la pétillante et chaleureuse cheffe de famille Paprika aime convier sa tribu chez elle pour un traditionnel repas pascal et une chasse aux œufs dans le jardin. Sa tribu, c’est en fait une famille qu’elle s’acharne à recomposer chaque année, même si certains liens se sont distendus, même si de nouveaux se sont tissés. Même si certains menacent de se briser.  Il y a celui qui fut son mari pendant 35 ans et sa nouvelle femme, Céline. Il y a ses deux fils, ses belles-filles, et ses quatre petits-enfants. Enfin, quand le tableau est complet.

Car cette année, il manque une de ses belles-filles. Est-elle vraiment occupée par un nouveau tournage de film ? Paprika est la seule à qui son fils a dit la vérité. Du moins sur ce sujet… Car avoir une famille signifie-t-il pouvoir tout lui dire, tout partager, le bon comme le mauvais ? Ou chacun essaye-t-il de sauver les apparences, de mentir aux autres et de se mentir un peu à lui-même ? Que nous reste-t-il quand on a tout perdu ?

Se recentrer sur l’essentiel

C’est un roman absolument magnifique, une réflexion très fine et très sensible, que nous offre Xavier de Moulins dans son nouveau roman, Toute la famille ensemble, paru en ce mois de mars aux éditions Flammarion. L’auteur s’interroge sur l’évolution des liens, liens familiaux, filiaux, amoureux, amicaux, professionnels. Quels sont les circonstances de la vie, les accidents, les non-dits, qui font que les liens autrefois si forts se distendent, que les complicités s’étiolent, que l’on abandonne l’autre ?  « Est-il possible d’imaginer vieillir sans abandonner dans un puits ceux qui nous ont vu grandir ? »  Peut-on renouer avec ceux qui se sont éloignés ou que l’on a éloignés de nous ? Faut-il accepter que certains liens se brisent pour permettre à de nouveaux liens de se nouer ? Les liens sont-ils une prison ou une force ?

En ce contexte chahuté, s’évader au cœur de cette famille, renouer avec l’essentiel, l’humain, l’authenticité, est particulièrement salvateur. Les personnages sont indiciblement touchants, confrontés tour à tour à la perte et à cette térébrante question : que nous reste-t-il quand on a tout perdu ?

A lire absolument !

« Souhaiter le meilleur à l’autre quand il s’en va est la preuve ultime de l’amour ».

Autres romans de Xavier de Moulins

Retrouvez en cliquant sur le titre, les chroniques consacrées aux précédents romans de Xavier de Moulins :

Informations pratiques

Toute la famille ensemble, Xavier de Moulins- Editions Flammarion, mars 2022 – 246 pages – 18€

Constance Debré : Nom

Nom Constance Debré

C’est le troisième livre de Constance Debré, laquelle s’est imposée pour ses phrases coupées au sabre, la puissance de ses propos, les lignes qu’elle fait bouger. Cette fois, l’auteure s’interroge sur l’essence de notre identité : le nom.

Un livre qui bouscule et déplace les lignes

Alors que son père vit ses derniers instants et qu’elle est à son chevet, Constance Debré nous interroge sur l’importance du nom de famille. A fortiori un nom aussi connu que le sien avec des hommes politiques illustres, dont un premier ministre, un reporter de guerre Prix Albert Londres (père de Constance), des médecins renommés. Ces dernières années, Constance s’est dépouillée de tout pour ne garder que l’essentiel. De façon radicale. Elle a rendu sa robe d’avocate, s’est séparée de son mari, a quitté son appartement, a coupé les ponts avec beaucoup, s’est débarrassée du matériel.

« Marcher vers le vide, voilà, c’est ça ce qu’il faut faire, se débarrasser de tout, de tout ce qu’on a, de tout ce qu’on connaît, et aller vers ce qu’on ne sait pas. Sinon on ne vit pas. (…) Être libre, c’est le vide ce n’est que ce rapport avec le vide. »

Mais dans ce dénuement extrême, il y a une chose qui la suit, un héritage lourd : son nom. « Ce qui n’est pas nommé n’existe pas. Le nom est l’essence de notre identité ». Avant même de la connaître, avant même qu’elle ne se présente, son nom charrie dans son sillage l’héritage de sa famille, leurs empreintes dans l’histoire politique, médicale et autre. Ce nom qui est le nôtre, qui nous désigne, désigne en réalité notre famille. Et d’arriver à ce constat sidérant de vérité : « Notre identité c’est les autres ».

Transformer le réel

Constance Debré signe ici son troisième livre, Nom aux éditions Flammarion. Et force est de reconnaître qu’en trois livres, elle a su imposer son style cash et la puissance de ses propos sur la scène littéraire. Aucun de ses livres, aucune de ses phrases, aucun de ses mots n’est gratuit. Non, ses écrits ont pour mission de nous bousculer, de nous interpeller, de nous faire nous demander si le regard que nous portons sur la vie ne mérite pas de changer d’angle. Car d’un côté il y a les faits, incontestables, implacables. Et de l’autre, la représentation que nous en faisons. Or c’est cette représentation que Constance Debré entend remettre en question.  Pourquoi accepter que ce nom, qui parle en réalité de nos pères, nos mères, du passé, définisse notre identité dans nos sociétés actuelles ? Ne pourrait-on pas refuser cet héritage ?

Un livre qui bouscule et fait réfléchir.

Les livres de Constance Debré

Retrouvez ici, les deux précédents ouvrages de Constance Debré chroniqués les années passées. Il vous suffit de cliquer sur le titre pour accéder à la chronique :

Informations pratiques

Constance Debré : Nom- Editions Flammarion, février 2022 – 19 € – 169 pages

Amélie Cordonnier : Pas ce soir

Pas ce soir
Copyright photo Karine Fléjo

Que se passe t-il dans la tête d’un homme qui n’est plus désiré par son épouse? Peut-on prévenir l’obsolescence de l’amour et du désir dans un couple? Un roman brillant, percutant.

L’obsolescence programmée de l’amour conjugal

Il l’avait croisée dans le métro parisien 20 ans plus tôt et n’avait eu qu’une obsession : la retrouver. Il avait alors passé une annonce dans Libération et, par chance , elle l’avait lue. Ils ne se sont dès lors plus quittés, ont eu deux filles qui, devenues grandes, viennent de quitter le domicile familial. Ils se retrouvent désormais tous les deux.

Mais la réalité est tout autre : ils se perdent tous les deux. Du moins lui la perd. Il le sent. Il le voit. Et quand Isabelle lui annonce qu’elle va désormais dormir dans la chambre de leur fille cadette, tout en lui adressant un sourire et un jovial « bonne nuit », il a le sentiment d’une deuxième condamnation à mort. Celle de leur couple. Après celle du désir d’isabelle pour lui.

Est-ce qu’en amour il existe une obsolescence programmée?

Entre eux, tout s’est délité de façon presque imperceptible. L’étiolement de leurs échanges, tandis qu’Isabelle préfère à présent se plonger dans un roman ou scroller son écran de téléphone, plutôt que de lui parler. L’espacement puis l’arrêt de leurs rapports intimes depuis plusieurs mois, alors que lui est rongé par la frustration, obsédé par ce corps qu’il n’a plus le droit même d’effleurer.

Une asymétrie dans les sentiments, dans le désir, qui est devenue cruelle pour lui. Le tue à petit feu. Ne plus exister dans le regard de celle qu’il aime lui donne le sentiment de ne plus exister tout court. Alors il décide de tenter le tout pour le tout, de reconquérir sa femme. Utopie ou touchante initiative? La distance imposée par Isabelle est-elle de sa faute à lui, ou la conjonction de plusieurs facteurs? L’amour et le désir peuvent-ils survivre à l’épreuve du temps?

La tyrannie du désir dans le couple

Je vous avais parlé avec admiration des deux précédents romans d’Amélie Cordonnier, Un loup quelque part (chronique ICI) et Trancher (chronique LA). Il me tardait donc de découvrir un nouvel opus signé de sa brillante plume. C’est le cas en cette rentrée littéraire 2022Amélie Cordonnier nous revient avec Pas ce soir, aux éditions Flammarion. Après la violence conjugale, l’instinct maternel, la romancière aborde avec brio la question du désir dans le couple et plus précisément la souffrance térébrante qui résulte pour l’un de la perte du désir de l’autre. Car la violence n’est pas que physique, elle peut être morale : quand l’Autre dit vous aimer, demeure sous votre toit, mais ne vous adresse quasiment plus la parole, refuse que vous le touchiez, n’éprouve plus le moindre désir pour vous, fait chambre à part, cette transparence soudaine, ce rejet sont cruels.

Dans un style très direct, incisif, Amélie Cordonnier se glisse dans la tête d’un quinquagénaire blessé dans sa chair et dans son âme, prêt à tout pour celle qu’il continue à considérer comme la femme de sa vie. L’analyse psychologique est d’une finesse chirurgicale, le vocabulaire très cash, la puissance évocatrice redoutable.

Un roman percutant et une auteure décidément à suivre !

Informations pratiques

Amélie Cordonnier, Pas ce soir -éditions Flammarion, janvier 2022 – 250 pages – 19€

Les chemins du possible, Marie Robert

Les chemins du possible

Après Le voyage de Pénélope, on retrouve avec bonheur l’héroïne de Marie Robert à un double tournant de sa vie : celui de la maternité et du mariage. L’occasion d’effectuer un triple voyage passionnant : voyage personnel, voyage à travers le monde et voyage au cœur des grands courants de la pensée philosophique. Alors, vous embarquez pour cette odyssée?

Un voyage philosophique et intérieur

Il y a 5 ans, suite à sa rupture amoureuse avec Victor, Pénélope, trentenaire, s’est sentie perdre pied. Elle a alors éprouvé le besoin de se retrouver et pour cela, a mis de la distance avec son quotidien, son travail, son lieu de vie. Elle a démissionné, rendu les clés de son appartement et est partie en voyage. Un voyage plein de surprises, d’émerveillements, de rencontres. D’avancées personnelles.

Mais aujourd’hui, malgré les progrès effectués, les virages personnels et professionnels négociés avec succès, Pénélope doute. Certes, elle est tombée amoureuse d’un homme merveilleux. Certes elle va l’épouser. Certes, elle va connaitre le grand miracle de la maternité. Certes, les voyages philosophiques qu’elle propose à travers le monde la comblent. Mais il lui reste encore du chemin, des peurs, des doutes :

« Tu veux l’intensité sans le risque. Tu veux la vie sans la mort. Tu veux le sublime sans la tempête. Tu veux l’amour sans le quotidien. »

Pénélope saura-t-elle dépasser son passé et vivre pleinement son présent, confiante en l’avenir? Une épopée passionnante.

Marie Robert réinvente le roman

Vous l’aurez remarqué si vous êtes un(e)habitué(e) de ce blog, j’aime beaucoup les ouvrages de Marie Robert. Je l’ai découverte avec deux livres incroyables Descartes pour les jours de doute et Kant tu ne sais plus quoi faire, il reste la philo. Des livres fascinants, qui non seulement dépoussièrent la philo, mais la rendent indiciblement vivante, concrète, lumineuse, intéressante. Et surtout, des livres qui ancrent la philosophie dans notre quotidien. Du jamais vu. Du jamais lu. Aussi je me suis précipitée sur ses deux romans. Et là encore, dans Le voyage de Pénélope comme dans Les chemins du possible, force est de saluer le tour de force de l’auteure qui nous offre des livres inclassables car novateurs, qui relèvent à la fois du roman, du développement personnel et de la philosophie.

Car dans Les chemins du possible, on suit à la fois la progression de Pénélope pour surmonter ses peurs, grandir, avancer, mais aussi ses pérégrinations à travers le monde et l’aide qu’elle puise dans les travaux des grands philosophes. On voyage ainsi non seulement de New-York à Sao Paulo, mais aussi de Henry David Thoreau à Paul Ricoeur, en passant notamment par Hannah Arendt ou encore Claude Lévi-Strauss.

Un roman inspirant, érudit, éclairant, comme chaque livre de Marie Robert.

Les livres de Marie Robert

Si vous n’avez pas encore lu le précédent roman de Marie Robert, retrouvez la chronique que je lui avais consacrée en cliquant sur le titre : Le voyage de Pénélope

Et, pour pousser plus loin la curiosité, jetez un œil à ce formidable livre de Marie Robert, qui vous fera adorer la philo : Descartes pour les jours de doute.

Informations pratiques

Les chemins du possible, Marie Robert – éditions Flammarion/Versilio, novembre 2021 – 240 pages – 19€

Agnès Ledig : La toute petite reine

la toute petite reine Agnès Ledig

Un roman d’une grande humanité, sur deux êtres blessés en pleine reconstruction. Peut-on dépasser ses peurs, ses blessures et dépasser son passé ? Un roman lumineux.

Rencontre fortuite

Nous sommes en gare de Strasbourg et Adrien, maître-chien, a été appelé avec son berger allemand Bloom, à la suite de la découverte d’un bagage suspect. Quand soudain, une jeune femme au nom de fleur, Capucine, surgit en criant qu’il s’agit de sa valise. Simonet, le chef de la sureté ferroviaire, prend alors un malin plaisir à s’acharner sur la pauvre femme, à l’humilier pour son oubli, là où il aurait été si simple de classer l’affaire. Témoin ahuri de la scène, Adrien ressent alors un besoin irrépressible de la protéger, de la consoler, ce que sa timidité lui interdit. Mais ce que Bloom, lui, fait sans se poser de question, posant sa truffe sur les genoux de la femme en pleurs.

Dès lors, Adrien n’a qu’une obsession : revoir la jeune femme, cette femme dont émane un mélange si touchant de force et de fragilité à la fois. Il ne la connait pas, a beau vouloir se raisonner en se disant qu’il est ridicule de s’attacher à une inconnue, rien n’y fait : en une fraction de seconde, il a vu défiler un avenir possible pour elle et lui.

Et le destin, parfois un peu aidé dans l’ombre, semble vouloir œuvrer pour lui. Sujet à un stress post-traumatique après avoir failli perdre la vie dans un combat au Mali, il suit une psychothérapie depuis plusieurs années. Et c’est dans le cabinet de ce dernier, qu’il recroise la jeune femme. Alors, s’est-il fait un film à leur sujet ? Ou son rêve va-t-il trouver un ancrage dans la réalité ? Deux êtres blessés peuvent-ils, par leur amour, être le ciment de la reconstruction de l’Autre ? Que tente de surmonter Capucine chez ce psy ?

Se reconstruire

J’adore la plume d’Agnès Ledig, la profonde humanité qui se dégage de sa plume, la finesse de l’analyse psychologique de ses personnages. Il était donc hors de question pour moi de manquer sa nouvelle publication aux éditions Flammarion : La toute petite reine.

Comme dans chacun de ses écrits, la romancière parvient, en quelques lignes seulement, à créer une intimité extraordinaire entre ses personnages et le lecteur, à rendre ce dernier soucieux du devenir des êtres d’encre et de papier de l’histoire. A nous prendre par le cœur. Et à nous faire nous poser les bonnes questions.

Dans ce roman, Agnès Ledig s’attache à la reconstruction des êtres. Reconstruction à la suite d’un drame familial, de traumatismes de guerre, d’une enfance douloureuse, rares sont les vies lisses et apaisées de bout en bout. C’est même le propre de la vie d’être une alternance d’épreuves et de joies. Et de nous interroger : peut-on dépasser son passé ou est-on condamné à le reproduire ou à en rester prisonnier, marionnette de nos peurs ? Le bonheur est-il à la portée de tous, si on va le chercher au lieu de l’attendre ? Un roman porteur d’espoir, très juste dans l’analyse, lumineux.

Un roman qui fait du bien comme un bon feu de cheminée au cœur de l’hiver.

Autres chroniques des livres d’Agnès Ledig

Retrouvez en cliquant sur le titre, les autres chroniques que j’ai rédigées sur les précédents livres d’Agnès Ledig. Mea culpa si j’en ai oublié une ou deux.

Informations pratiques

Agnès Ledig : La toute petite reine – éditions Flammarion, octobre 2021 – 357 pages – 21,90€