Double Nelson, Philippe Djian

Double Nelson Djian Flammarion

En cette rentrée littéraire, Philippe Djian nous parle d’amour, ou plus exactement, de la renaissance d’un amour.

Fin d’un amour ou nouveau départ

Le livre commence sur un amour qui s’achève. Sur une gifle qu’Edith donne à Luc, l’homme dont elle partage la vie depuis neuf mois. Ils viennent pourtant de passer ensemble des mois intenses, enfiévrés, passionnés. Eux dont les univers sont si différents qu’ils n’auraient jamais dû se rencontrer. Edith fait en effet partie des forces spéciales d’intervention de l’armée et a toujours l’esprit squatté par une nouvelle mission, mission dont elle ne peut à chaque fois dévoiler que quelques bribes à Luc. Tout en ne vivant, ne dormant, ne parlant que de cela.

Luc, quant à lui, est écrivain. Et, même si cette rupture sentimentale est douloureuse, il sait par expérience qu’elle sera créatrice. Rien de tel qu’une rupture, des tensions, de la colère, pour alimenter l’écriture.

Seulement voilà, alors que l’inspiration lui revient, qu’il pense avoir tourné la page avec Edith comme avec les précédentes femmes de sa vie, Edith resurgit. A la faveur d’une mission qui a mal tourné, elle a besoin de se cacher quelque temps chez Luc. Ce dernier accepte.

Cela va-t-il demeurer une simple cohabitation « amicale », ou cette proximité physique va -t-elle attiser à nouveau les braises de l’amour ? En finit-on vraiment un jour avec nos histoires d’amour ?

L’amour toujours en cette rentrée littéraire

L’amour toujours, c’est un peu la morale du roman de Philippe Djian, Double Nelson, paru chez Flammarion en cette rentrée littéraire. L’amour qui perdure, même au-delà de la rupture, comme une part de soi. Une part de son histoire.

J’avoue avoir un sentiment très mitigé concernant ce roman. Ce ressenti n’est que le mien. Je reste dubitative, ma lecture terminée. J’ai été embarquée par le début du roman, par cette histoire d’amour qui ne se clôt pas vraiment et étais impatiente de voir si les personnages allaient pouvoir se donner une seconde chance. Or ce virage a mis du temps à être pris et entre les deux, un sentiment de vide, de flottement, de stagnation. Je me suis obligée à terminer ma lecture mais ai peiné, peu sensible au caractère loufoque et peu crédible des rebondissements concernant la mission d’Edith, cherchant une tension narrative qui ne venait pas. Je vous laisse donc juge et suis impatiente de connaitre votre avis !

Informations pratiques

Double Nelson, Philippe Djian – rentrée littéraire – Editions Flammarion, août 2021- 232 pages – 20€

Un amour retrouvé, Véronique de Bure

un amour retrouvé

Un livre d’une infinie tendresse et d’une profonde humanité, sur une veuve septuagénaire qui rencontre à nouveau l’amour. Comment vivre un dernier amour ?

Retrouver son premier amour

Véronique de Bure est la plus jeune d’une fratrie de trois. Précédée par deux frères. Petite dernière, elle a toujours eu une relation très privilégiée avec sa mère. Fusionnelle même. Aussi, quand sa mère est restée veuve à 70 ans, arrachée brutalement à celui qu’elle aimait et père de ses enfants, Véronique s’est inquiétée pour elle.

Jusqu’à ce jour, trois ans plus tard, où Véronique remarque un éclat inhabituel dans le regard de sa mère. Des étincelles qu’elle n’avait plus vu luire depuis des années. Et sa mère de lui avouer échanger des lettres avec son premier amour, un prénommé Xavier. Un amoureux parti sans une explication, qui a ressurgi dans sa vie ½ siècle plus tard. Peut-on tomber amoureux à plus de 70 ans ?

Au bonheur de voir sa mère heureuse se mêlent une forme de jalousie et de peur. Sa relation si complice avec sa mère va-t-elle pâtir de ce nouvel amour ?

Aimer à tout âge

J’avais adoré le précédent livre de Véronique de Bure, Un clafoutis aux tomates cerises (chronique ICI). J’attendais donc avec impatience un nouvel ouvrage signé de sa plume. Et la magie d’opérer à nouveau avec Un amour retrouvé.

Dans ce livre, l’auteure évoque sa mère, sa relation si forte et si belle avec elle. Une relation qui a évolué avec l’arrivée dans la vie de la septuagénaire d’un nouvel amour.  Et Véronique de Bure de craindre de « perdre » sa mère, de ne plus trouver sa place dans la maison à chacune de ses visites. D’être presque de trop pour sa mère, là où elle était son essentiel. Crainte aussi que cet homme ne remplace son défunt père, ne l’efface. Substitue-t-on un amour à un autre ou l’additionne-t-on ?

Mais avec le temps, elle réalise que cet amour entre sa mère et Xavier n’est pas une menace. Bien au contraire. Pour les deux septuagénaires, il est comme une renaissance, un nouveau droit au bonheur dont ils se saisissent et se délectent. N’est-ce pas là le plus important pour eux comme pour leurs proches ?

C’est une réflexion extrêmement touchante et vibrante d’authenticité que nous livre Véronique de Bure sur les changements au sein d’une famille et notre capacité à nous adapter à eux. Une ode à l’amour, entre un homme et une femme, mais aussi entre des parents et leurs enfants.

C’est tendre, bouleversant et viscéralement humain. A lire absolument.

Informations pratiques

Un amour retrouvé, Véronique de Bure – éditions Flammarion, mai 2021 – 304 pages – 20€

Suis-je hypersensible?, Fabrice Midal

Etes-vous hypersensible?
Copyright photo Karine Fléjo

Fabrice Midal vous invite à vous interroger : êtes-vous ou non hypersensible ? Car identifier son hypersensibilité est un facteur de libération et de propulsion dans la vie. Loin d’être un handicap, transformez votre hypersensibilité en atout !

Définir l’hypersensibilité

Derrière ce terme, ce mot-valise, on met un peu tout et n’importe quoi. Or que recouvre l’hypersensibilité ? Quelles sont les manifestations de l’hypersensibilité qui vous permettent de l’identifier ? Partant de son expérience personnelle d’être hypersensible, Fabrice Midal vous donne des clés pour repérer ce que vous associez peut-être à de l’hyperémotivité, à une gêne en public, à une sollicitation permanente et excessive de pensées et réflexions, à une trop forte empathie. A trop. A trop de tout. C’est donc à la fois une forte sollicitation des sens, des émotions et des réflexions. Le sentiment d’être submergé. Or si beaucoup ont tendance à refouler cette hypersensibilité, la considérant comme un fardeau, ce faisant ils se coupent de leur nature profonde. Deviennent étrangers à eux-mêmes, ce qui est source d’une grande souffrance.

Fabrice Midal vous propose donc au contraire de prendre conscience de votre hypersensibilité dans un premier temps, puis d’en faire votre alliée. De l’accepter. De l’habiter. Pour le meilleur!

L’hypersensibilité est une bénédiction

Dans son livre très complet, intitulé Etes-vous hypersensible, Fabrice Midal bouscule une idée reçue : non, l’hypersensibilité n’est pas une malédiction. C’est même carrément une chance ! Inutile donc – voire même dangereux – de la refouler, de la rejeter. S’appuyant sur les constats de scientifiques, de philosophes, d’historiens, de psychanalystes et hypnothérapeutes, Fabrice Midal vous montre comment exploiter au mieux ce don. Chaque court chapitre s’achève sur un exercice d’application très simple, lequel va vous permettre d’identifier votre hypersensibilité, de vous familiariser avec elle et de la transformer en atout.

Informations pratiques

Suis-je hypersensible? Fabrice Midal – éditions Flammarion/Versilio, janvier 2021 – 19,90€ – 294 pages

Rentrée littéraire : Tout peut s’oublier, Olivier Adam

Tout peut s'oublier Olivier Adam
Copyright photo Karine Fléjo

Un roman bouleversant, sur ces parents amputés de la présence et de l’amour de leur enfant. Ou quand le divorce s’accompagne d’une fuite au bout du monde d’un des parents avec l’enfant.  Profond. Juste. Poignant.

Séparation et disparition

Nathan a toujours suivi le cours de la vie, plus qu’il ne l’a choisi, tel un bateau se laissant porter par le courant. Il n’avait pas compris comment son couple avec Claire avait pu s’échouer sur la grève. Il n’a pas davantage vu venir la tempête dans le couple qu’il a reformé avec Jun, une japonaise, mère de son fils. Elle s’est lassée de lui, sans qu’il ne comprenne ni pourquoi, ni comment ce désamour s’est installé. Bateau sans équipage, Nathan tente de se maintenir à flots, s’aide de temps en temps d’un verre d’alcool. Quant à Jun, elle a pris un appartement avec leur fils Léo, au-dessus de son atelier de céramiste. Il ne voit plus son fils qu’une semaine sur deux.

Mais un matin, Nathan sombre corps et âme en découvrant que l’appartement de son ex-femme est vide. Elle a quitté la France, s’est enfuie avec leur fils vers son Japon natal. Pour Nathan, c’est la sidération. Une douleur térébrante.

Au même moment, sa voisine du dessus, Lise, vit un drame similaire. Son fils unique a quitté la maison et refuse de donner des nouvelles, de la voir, embrigadé dans un mouvement particulièrement violent et proche des black-blocks. Dans son sillage, son mari claque la porte de la maison. Elle se retrouve comme Nathan : seule, désespérée d’être amputée de l’amour de son enfant. De sa présence.

Ces deux êtres esseulés vont-ils pouvoir additionner leurs forces restantes pour garder le cap, voguer jusqu’à une terre plus clémente ? Comment vivre sans la chair de sa chair ? Que faire quand votre ex a enlevé votre enfant mais que la législation du pays ne vous reconnaît aucun droit ? Nathan, comme Lise, sont bien décidés à prendre les choses en main. Pour la première fois de son existence, Nathan ne va pas laisser le courant décider de son orientation : il va prendre le gouvernail.

Enlèvement d’enfant

C’est avec beaucoup de finesse et de sensibilité qu’Olivier Adam s’attaque à un problème qui fait de plus en plus l’actualité au sein des couples mixtes, notamment franco-japonais : le rapt de l’enfant suite au divorce et la fuite vers le pays natal. Comment réagir, quand votre ex-conjoint s’enfuit avec votre enfant, dans un pays où la législation diffère, ne vous reconnait aucun droit en tant que parent divorcé ? Au Japon, l’autorité parentale ne peut pas être partagée. Pas de garde alternée ni de droit de visite. Comment accepter l’inacceptable ? Comment supporter une telle injustice ?

Sans pathos, Olivier Adam saisit au plus juste la dérive des sentiments, les amours qui se délitent, l’Autre, si proche, si fusionnel, qui devient soudain un étranger. Et vous considère comme son ennemi. Une histoire et des personnages poignants, qui vous hantent longtemps après avoir fini la lecture.

Informations pratiques

Tout peut s’oublier, Olivier Adam – éditions Flammarion, janvier 2021 – 264 pages – 20€

Le voyage de Pénélope, Marie Robert

Un voyage initiatique à travers l’Europe et l’histoire de la philosophie, pour aller à la rencontre de soi. Des autres. Un livre inclassable, fascinant, divertissant et érudit à la fois.

Une odyssée de la pensée

Depuis sa rupture avec Victor, Pénélope, 30 ans, a le sentiment de perdre pied. Comme étrangère à elle-même. Et de démissionner de son travail dans la foulée. Célibataire et chômeuse. Va t-elle rester passive et espérer pendant 20 ans un possible retour de son Ulysse, à l’image de l’héroïne d’Homère? Non, la posture passive de la Pénélope antique l’exaspère. Elle décide de prendre sa vie en main, de partir en voyage, d’être Ulysse à son tour. Larguer les amarres quelque temps pour prendre du recul, mieux se retrouver. Pour aller à la rencontre des autres et de soi-même. Pour utiliser la force de son esprit afin de devenir l’acteur et non le spectateur de son existence. Car la réflexion aide à grandir, à se construire, et en cet instant, Pénélope est un champ de ruines. Tout est à faire. Tout est devant elle. Possible. Ouvert.

Commence alors le plus beau des voyages…

« C’est l’histoire d’un affranchissement. un récit pour tous ceux qui, un jour, ont dû quitter leur port d’attache. »

Un livre passionnant, à la croisée des genres

C’est un livre inclassable car extrêmement original, que nous offre Marie Robert avec Le voyage de Pénélope. Un livre à la croisée des genres qui relève à la fois du roman, du livre initiatique, de l’ouvrage philosophique. du livre de développement personnel, du guide de vie. Un livre d’amour aussi et surtout. Amour de soi, des autres, de la vie, de la philosophie.

Avec un talent rare, Marie Robert invite la pensée philosophique dans notre quotidien, en fait la lumière d’un possible chemin. Car avec la solaire auteure, les préjugés sur la philosophie s’envolent. La philosophie n’est pas cette matière poussiéreuse étudiée au lycée, cette discipline aux accents élitistes, ces réflexions absconses et éloignées de notre quotidien. Non, la philosophie est l’affaire de tous et de chacun. Accessible, éclairante, stimulante. Partie prenante de notre vie.

« L’histoire de la philosophie nous concerne tous. Ce n’est pas un savoir, pas une discipline, c’est un enjeu. Comprendre le passé, c’est comprendre l’avenir. (…) La philosophie n’est pas une théorie abstraite, c’est une manière de vivre qui engage toute l’existence. »

On suit pas à pas l’héroïne dans ses périples à travers l’Europe, à travers ces rencontres si riches humainement. Rencontres avec des contemporains touchants, mais aussi avec des philosophes dont les pensées la nourrissent et la grandissent. On croise ainsi en chemin Platon, Aristote, Marc Aurèle, Machiavel, Spinoza, Kant et tant d’autres. Des rencontres qui apportent chacune une pierre de plus à sa reconstruction.

Marie Robert est d’une passion et d’un enthousiasme contagieux. Un être solaire à l’écriture magnétique. Non seulement elle rend la philosophie accessible à tous, mais elle la rend vivante, passionnante. Et d’avoir envie de se replonger dans les ouvrages des grands philosophes, de prolonger ce voyage avec eux.

Si vous pensiez que vous n’étiez pas fait pour la philosophie, Marie Robert va vous prouver que la philosophie est faite pour vous.

A lire! Absolument.

Informations pratiques

Le voyage de Pénélope – Une odyssée de la pensée, Marie Robert – éditions Flammarion, novembre 2020 – 240 pages – 19€

Rentrée littéraire : Nature humaine, Serge Joncour

Nature humaine de Serge Joncour
©Karine Fléjo photographie

Face-à-face entre la nouvelle génération et l’ancienne, entre la tradition et la modernité, entre le monde agricole d’avant et celui d’aujourd’hui, entre l’Homme et Mère Nature, Serge Joncour peint un tableau sensible, brillant et juste de notre société sur trente ans.

Conservatisme versus modernité

Nous sommes dans le Lot, à la fin des années 70. Alexandre, seul garçon d’une fratrie de quatre, sait depuis toujours qu’il devra prendre la relève de l’exploitation agricole familiale. Si ses sœurs aspirent à une vie autre, à partir à la ville, lui ne peut pas s’émanciper. Pour autant, ce destin tout tracé ne lui pèse pas vraiment tant il se sent en symbiose avec la nature, est attaché aux valeurs de l’agriculture, à ses animaux et à ses terres. Plus difficile est en revanche la perspective d’être toujours subordonné à ses parents et grands-parents, à leurs choix, leurs manières de faire et d’envisager l’agriculture.

En effet, impossible d’ignorer la marche du monde : la multiplication des grandes surfaces et la mort des petits commerces, le développement des villes et la désertification des campagnes, la mondialisation qui redistribue les cartes et exige une rentabilité toujours plus grande au détriment de la qualité, l’extension du nucléaire, une société de consommation présentée comme la seule issue envisageable, un progrès qui menace toujours plus l’équilibre de la nature… Pour autant, quel poids peut avoir un agriculteur comme Alexandre face à l’Etat, aux multinationales, au rouleau compresseur de ce qui est présenté comme « le progrès »?

Heureusement, il y a Constanze, la jeune étudiante est-allemande, colocataire de sa sœur à Toulouse, qui fait battre le cœur d’Alexandre et met du soleil dans son existence. Mais leurs mondes, si différents, pourront-ils cohabiter? Proche des anti-nucléaires, Constanze fera-t-elle prendre conscience à Alexandre qu’il doit s’opposer aux projets de l’état ou restera-t-il aussi fataliste que ses parents?

Un roman de terroir

Avec Nature humaine, Serge Joncour nous offre une peinture de la société des années 80 à 2000 absolument juste. Touche par touche, comme sur une toile de Seurat, il pose les rêves, les drames, les évolutions économiques, politiques, industrielles et sociales qui ont coloré ces trente années. Pas de tableau outrageusement noir, pas de revendications rouge sang ici, mais une peinture juste, fidèle reflet de ce dont l’auteur a été témoin, fidèle image de ce monde en pleine ébullition On retrouve dans ce roman l’écriture si dense et belle de Serge Joncour, son amour vibrant pour la nature, la beauté de ses personnages et leur caractère viscéralement humain. Un livre qui nous offre un recul salutaire et nous interroge : le progrès en est-il un, quand il sacrifie la nature, quand la quantité prime sur la qualité? Les catastrophes naturelles ne sont-elles pas la preuve que la nature ne se laisse pas dompter aussi facilement par l’homme? Un roman qui souffle un air de nostalgie sur une époque révolue, celle où l’on prenait le temps de faire et de voir pousser ses cultures, d’élever ses bêtes sans soucis de quotas laitiers et autres contraintes drastiques, celle où l’on était fier du travail accompli et de la qualité de ses produits.

Informations pratiques

Nature humaine, Serge Joncour – éditions Flammarion, août 2020 – 398 pages – 21 €

Rentrée littéraire : Sale bourge, Nicolas Rodier

sale bourge de Nicolas Rodier
©Karine Fléjo photographie

Un enfant battu est-il condamné à devenir un adulte violent ? Dans ce premier roman, Nicolas Rodier dresse le portrait d’une famille bourgeoise aux apparences trompeuses.

Des apparences trompeuses

Fils ainé d’une famille versaillaise de six enfants, Pierre semble avoir de l’extérieur une existence dorée : tennis, chasses au trésor, rallyes automobile à thème, équitation, des activités réservées aux familles aisées. Mais dans l’intimité de la famille, une fois le vernis ôté, le quotidien n’est guère brillant. Une mère qui passe de la tendresse à la violence extrême le temps d’une respiration, hurle, frappe avec tout ce qui lui passe sous la main. Un père qui fait l’autruche face à la virulence de sa femme et ne joue pas son rôle protecteur auprès de la fratrie. Alors, au sein de cette famille chaotique, chacun essaye de se faire une place, de trouver un certain équilibre à défaut de trouver un équilibre certain.

Mais les cris et les coups subis pendant l’enfance s’évanouissent-ils vraiment avec le temps ? Quelles séquelles en garderont les enfants et notamment Pierre ? Des enfants violentés feront-ils des adultes violents ou se construiront-ils en opposition à leurs parents ?

La violence en héritage

Dans ce premier roman « Sale bourge », paru aux éditions Flammarion, Nicolas Rodier  s’intéresse à cette violence tue, celle dont on ne parle pas dans les cocktails, mais qui surgit dans les foyers une fois la porte de la riche villa refermée. Une violence aussi bien physique que verbale, qui alterne ici avec des moments de grande douceur. Comment trouver ses repères quand votre mère passe sans arrêt de l’ange au démon, et réciproquement ? Comment se construire sur des bases de peur et d’insécurité ? Plus encore : l’auteur s’interroge sur les conséquences d’une telle violence, lorsque l’enfant arrive à l’âge adulte. Ne pas vouloir faire subir à son entourage ce que lui-même a subi, suffit-il à faire de lui un adulte non violent ? Peut-il canaliser les émotions qui le traversent, museler la colère qui gronde en lui ? Drogue, alcool, anorexie et autres troubles du comportement sont parfois les refuges des enfants maltraités devenus adultes. Est-ce pour autant une fatalité ?

Un roman vif, qui écorche ce milieu bourgeois si attaché aux apparences.

Informations pratiques

Sale bourge, Nicolas Rodier – éditions Flammarion, août 2020 – 214 pages – 17€

Le grand art, Léa Simone Allegria

©Karine Fléjo photographie

Une plongée fascinante dans le monde de l’art, ses codes, ses rivalités intestines et ses magouilles. Un roman qui se lit en apnée.

Qu’est-ce qui fait le marché de l’art?

Paul Vivienne est un commissaire priseur de renom, en fin de carrière. Les enchères en ligne, les réseaux sociaux, la révolution digitale, tous ces bouleversements se sont faits sans lui. Depuis la vente mémorable de l’ensemble du mobilier du mythique palace parisien le Crillon, il y a quelques années, il n’a plus connu d’heure de gloire. Aussi, quand il apprend dans la presse le décès de Benvolio Cassal, mafieux bien connu, propriétaire de nombreux biens dont un château près de Florence, il se dit qu’il tient peut-être là une occasion de finir en beauté. Les biens vont en effet faire l’objet d’une vente aux enchères. Il imagine y trouver une montagne d’œuvres volées, de l’argent sale converti en Renoir et autres prestigieux tableaux ou œuvres d’art.

Et de s’envoler pour l’Italie. Sur place, il passe en revue les biens du château et tombe en arrêt devant un retable au fond de la chapelle, datant vraisemblablement du XIII ou XIVème siècle. Désireux de faire un coup d’éclat et par la même occasion, de s’attirer l’admiration, et qui sait, l’attirance de la séduisante experte qui l’accompagne, une certaine Marianne Javert, Paul Vivienne se lance à la recherche de l’auteur du tableau.

Une immersion passionnante dans le monde de l’art

Le grand art, titre du roman, peut aussi s’appliquer à la façon dont Léa Simone Allegria a mené son histoire , tant au niveau de la fluidité du style, que de la construction ou de l’intrigue. On s’engouffre dans ses pages, comme on lirait un thriller, tandis que la tension monte crescendo et révèle au lecteur les coulisses de ce monde secret. Touche par touche, comme sur une toile de Seurat, Léa Simone Allegria peint son intrigue, muliplie les rebondissements et saisit le lecteur. Comment être sûr de l’origine d’une œuvre, de son authenticité? Comment s’établit la côte d’un tableau? Comment se fabrique un mythe? Tous les coups sont-ils permis pour faire monter la côte d’un artiste ou d’une œuvre? Quand on sait que dix pour cent des œuvres présentes dans les musées sont des faux, ces questions sont tout sauf superflues.

Un roman richement documenté, passionnant, enrichissant, qui divertit et instruit tout à la fois. Une œuvre authentiquement réussie signée d’une grande artiste!

L’école des mamans heureuses, Sophie Horvath

L'école des mamans heureuses de Sophie Horvath
Oui, je vous ai déjà loué ce roman début mars, à sa parution. Mais justement, il a été confiné depuis! Alors profitez de la réouverture des librairies pour vous le procurer!

Imaginez des femmes qui se sont éclipsées derrière leur rôle de mère et en souffrent. Imaginez un lieu où elles peuvent en parler sans être jugées. Imaginez enfin une auteure capable de vous faire passer du rire aux larmes en découvrant ces femmes. Vous tenez le génial roman de Sophie Horvath entre les mains!

Le métier de parent

Quand on est une femme ou un homme et que l’on projette d’avoir un enfant, surtout quand il s’agit du premier, on n’a qu’une idée floue de ce qui nous attend. Floue mais idyllique, constellée d’étoiles dans les yeux, de moments de bonheur à foison, de torrents d’amour. Puis le bébé arrive et la réalité ne correspond pas toujours à cet idéal envisagé : fatigue physique, nerveuse, nuits hachées, inquiétudes pour l’enfant, angoisses face à ses responsabilités de parent, sentiment de ne pas être à la hauteur, de ne plus avoir une minute à soi, couple mis à mal, liens parent-enfant difficiles à nouer, carrière professionnelle parfois sacrifiée, femme (homme) qui s’éclipse derrière son rôle de mère (père), les difficultés sont nombreuses dans cet apprentissage du métier de parent…

Seulement voilà, la société nous vend tellement la maternité ou la paternité comme le plus grand bonheur au monde, que ces femmes et hommes en souffrance ont honte d’évoquer leurs doutes, leurs problèmes, leurs frustrations.

Heureusement, il existe un lieu merveilleux de libération de la parole, tenu par la pétillante Rosa, où chaque parent peut venir chaque semaine, l’espace d’une heure, partager son expérience, s’adonner à des activités : l’association EMH (= l’Ecole des Mamans Heureuses). S’y retrouvent Constance qui n’a vécu qu’en fonction de son enfant et est épuisée, Catherine la perfectionniste, Leila et son lourd secret, Corinne et son fils agité ou encore Aurélien l’homme au foyer. Ces personnalités si différentes, entre rires et larmes, tensions et réconciliations, vont-elles parvenir à réconcilier leur vie de femme (d’homme) et de parent? Et surtout, vont-elles comprendre qu’il n’existe de parent parfait que dans les livres?

Un deuxième roman magnifique

Sophie Horvath nous avait déjà séduits avec son premier roman, « Le quartier des petits secrets« , l’an passé chez Flammarion. Avec « L’école des mamans heureuses« , elle confirme qu’elle est une romancière avec laquelle il va falloir compter.

Dans ce nouvel opus, elle aborde un sujet encore un peu tabou : oui on peut aimer ses enfants, être prêt à se battre bec et ongles pour eux, mais être découragé, épuisé, démuni, las de n’avoir plus aucun moment pour soi. Juste parce que nous ne sommes pas des machines ni des Dieux, mais des humains. Et donc des êtres imparfaits. Avec beaucoup de sensibilité, de profondeur, d’humour aussi, Sophie Horvath dresse le portrait de parents indiciblement touchants, isolés dans leurs inquiétudes, qui vont trouver dans l’association EMH plus qu’un lieu de parole : un lieu de renaissance.

Un livre qui aidera les parents un peu dépassés, perdus, à ne pas culpabiliser : l’important n’est pas d’être un parent parfait, mais de faire du mieux que l’on peut avec ce que l’on est et ce que l’on a reçu. L’auteure ne juge personne, décomplexe les parents, dédramatise les situations et nous offre une lecture riche en émotion dans toutes ses acceptions. Attendez-vous à rire, pleurer, sourire, frémir, jubiler. Parce que la vie, c’est comme dans les livres de Sophie : des alternances de soleil et de pluie. Et surtout, parce qu’au final la vie est belle et vibrante, comme son écriture.

Alors ne restez pas là à me lire, filez chez votre libraire préféré! Et entrez avec ce livre à « L’école des lectrices heureuses » 😉

Informations pratiques

L’école des mamans heureuses, éditions Flammarion – mars 2020 – 208  pages – 18,50€