A la folie, Clémentine Célarié : un hymne à la vie

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A la folie, Clémentine Célarié

Editions Le cherche midi, octobre 2017

 De l’urgence de vivre.

Une plongée dans le monde de la différence qui peut se révéler une source inattendue et bouleversante d’enrichissement et d’ouverture. Un roman viscéralement humain, authentique, émouvant. A l’image de l’auteur.

Marguerite est la présentatrice vedette d’une émission populaire. Une émission dans laquelle on exige qu’elle soit la plus lisse, la plus formatée possible, afin de correspondre aux attentes de la ménagère de 50 ans. Prisonnière de ce rôle, Marguerite étouffe, ne trouve plus de sens à cette vie. Jusqu’au jour où la nouvelle du décès d’un proche va jouer le rôle de détonateur. La vie est trop courte pour ne la vivre qu’à moitié.

Et de tout plaquer. C’est une rencontre fortuite avec un homme singulier qui va décider de sa destination : un institut de fin de vie pour handicapés physiques ou mentaux. Dans cet endroit à l’écart du système, de la société et de ses règles absurdes, l’actrice sent qu’elle pourra se ressourcer, se mettre en vacances du monde de l’argent et des faux-semblants.

Au fil des jours, elle se découvre indiciblement proche de ces êtres dont les valeurs sont authentiques, essentielles, directes. Et la liberté d’être et de faire, totale. Leur handicap les a poussés à développer une créativité hors du commun. Et si elle leur proposait d’explorer cette créativité en montant des ateliers de théâtre ? Projet utopiste, fou ? L’urgence de vivre sera leur moteur.

Dans ce roman au cœur de la différence, Clémentine Célarié nous invite à nous interroger : et si les handicapés, c’était nous ? Nous, les êtres ne souffrant d’aucune pathologie physique ni mentale, mais entravés par les conventions, les apparences ? Quel est le sens de notre vie ? Que reste-t-il de nos valeurs profondes ? Un roman humainement riche, bouleversant, authentique, qui montre que nous avons beaucoup à apprendre des autres et de leurs différences. Un hymne à la vie.

D’après une histoire vraie, Delphine de Vigan (JC Lattès)

D’après une histoire vraie, Delphine de Vigan

Editions JC Lattès, août 2015

Rentrée littéraire.

Quatre ans après le succès de son livre « Rien ne s’oppose à la nuit », Delphine de Vigan nous revient avec un thriller psychologique particulièrement envoûtant.

Quand la narratrice, romancière à succès prénommée Delphine, envisage de se mettre à un nouveau roman, c’est la consternation. Pas une phrase, pas un mot. Rien. Et les pages blanches de succéder aux pages blanches. La phobie de tout écrivain.

Fragilisée par le retentissement phénoménal de son précédent livre, largement autobiographique, par les répercussions énormes qu’il a eues dans ses rapports avec les proches parfois visés, avec les lecteurs et journalistes avides de découvrir la part de vérité dans la fiction, la romancière pense à un simple passage à vide. Mais les jours passent. Et le malaise s’installe. Que va-t-elle pouvoir écrire après un tel succès ? Et dans quelle voie ? Renouer avec la fiction ? Persister dans l’autobiographie ?

Dans cette période de doute, d’isolement aussi-puisque ses deux enfants sont partis étudier en province, Delphine rencontre L., nègre de profession. Une femme charismatique, intuitive, sûre d’elle. Le genre de femme qu’elle aurait aimé être, elle si maladroite et en retrait. Peu à peu, sans qu’elle n’en ait conscience, et surtout à l’insu de tous, L. va prendre une place de plus en plus grande dans sa vie. Son écoute, ses conseils, sa présence, son regard, lui deviennent indispensables. Mais les véritables intentions de L. sont-elles celles affichées ? Etonnée, amusée, fascinée, la romancière a-t-elle raison de lui accorder sa confiance aveugle ? Celle qui s’annonçait dans sa vie comme le messie, découvre alors un autre visage. Mais quand Delphine réalise sa méprise, il est trop tard…

Dans ce fascinant roman, Delphine de Vigan joue avec la fragile frontière qui sépare réel et autofiction, roman et récit. En cette période où le public semble développer un formidable appétit pour tout ce qui est ou semble « vrai », par le biais des émissions de télé-réalité, de magazines voyeuristes ou de biographies de célébrités, elle interroge le lecteur, joue avec lui. Et, tandis que la toile se tend autour de la narratrice, que le piège se referme sur elle, victime de la manipulation diabolique de L., le lecteur se trouve lui-même piégé par l’intrigue… Qui manipule qui, au juste ?

Un roman subtilement construit et brillamment rédigé !

P. 323 : Voilà ce que L. avait réactivé : la personne insécurisée en moi capable de tout détruire.

P. 325 : Quiconque a connu l’emprise mentale, cette prison invisible dont les règles sont incompréhensibles, quiconque a connu ce sentiment de ne plus pouvoir penser par soi-même, cet ultrason que l’on est seul à entendre et qui interfère dans toute réflexion, toute sensation, tout affect, quiconque a eu peur de devenir fou ou de l’être déjà, peut sans doute comprendre mo silence face à l’homme qui m’aimait.

L’illusion délirante d’être aimé, Florence Noiville : fascinant!

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L’illusion délirante d’être aimé, Florence Noiville

Editions Stock, août 2015

Rentrée littéraire

 

C’est un roman implacable, un thriller des sentiments : l’histoire d’une obsession et d’une dépossession. Un amour à perpétuité. Un amour qui ne peut que mal finir.

Journaliste très appréciée à la télévision, romancière, heureuse en couple, Laura Wilmote affiche un bonheur resplendissant, semble faire partie de ceux à qui tout réussi. Ce n’était pourtant pas gagné. En effet, hypersensible, tétanisée par le regard des autres, sauvage, il lui aura fallu un long travail sur elle-même pour s’affranchir du jugement d’autrui, pour oser s’affirmer, libre, en paix avec elle-même. Une victoire à laquelle son amie C., rencontrée en classe préparatoire, n’est pas étrangère. C’est en effet cette dernière qui l’a aidée à sortir de sa bulle. Vive, intelligente, solaire, cultivée, C. a su apprivoiser la timide Laura et l’aider à prendre confiance en elle.

Aussi, quand C. sollicite Laura quelques années plus tard, pour la faire entrer dans son entreprise, Laura accepte. Elle y voit l’occasion de rendre service à celle qui lui a tendu une main salvatrice autrefois. Mais C. n’entend pas juste s’emparer de sa main. C’est rien moins que son cœur et son esprit sur lesquels elle entend régner en véritable dictateur, jour et nuit. Car C. en est intimement convaincue : Laura est folle amoureuse d’elle, quand bien même elle le nie. C’est alors le début d’un terrible engrenage, d’une descente aux enfers.

Dans ce thriller psychologique d’une efficacité redoutable, à la tension permanente, Florence Noiville aborde un thème fascinant : l’érotomanie, aussi appelée syndrome de Clérambault. Un trouble délirant construit autour de la conviction que l’on est aimé par une personne en secret. La pression monte tout au long du roman, prend le lecteur à la gorge, tandis que l’érotomane, persuadée que Laura est éperdument amoureuse d’elle, élabore des scénarios où tous les faits et gestes de l’autre sont interprétés comme des preuves d’amour. Et alors qu’elle s’enferre dans son délire, que le piège se referme sur Laura, le lecteur s’interroge sur le déclencheur de cette histoire, sur son terme. Quel choix reste-t-il à Laura : se donner la mort ? La donner ? Fuir ? Et si elle tirait profit de cette situation folle en en faisant un roman ? Mais n’est-il pas illusoire de penser pouvoir s’approcher du feu sans se brûler ?

Un roman édifiant et passionnant !

Faut-il être fou pour être écrivain (ou l’inverse) ?

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Faut-il être fou pour être écrivain (ou l’inverse)?

C’est scientifique et c’est tombé début juillet dans la revue anglaise «Nature Neuroscience» : la créativité et la folie partageraient des racines génétiques communes.Les artistes, qu’ils soient musiciens, comédiens ou écrivains, auraient donc plus de chances que les autres de sombrer dans la démence en raison d’un gène.

Pour arriver à cette découverte, le matériel génétique de plus de 86.000 Islandais a été analysé par une équipe de chercheurs de l’institut de psychiatrie du King’s College de Londres et d’une société islandaise spécialisée dans le séquençage de génome, de Code Genetics.

Mais ces gros moyens étaient-ils nécessaires ? Pour expliquer certains comportements, peut-être. Pour les découvrir, pas vraiment. Prenez les écrivains, il suffit souvent de les observer à l’œuvre: face à l’angoisse de la feuille blanche, certains frôlent l’infarctus, d’autres développent des manies, des lubies, des tics et des tocs. Bref, l’écriture les rend fous. Et ça ne date pas d’hier.

Du choix du support à celui des instruments de travail, de nombreux auteurs ne laissent rien au hasard. Colette ne trouvait l’inspiration que sur du papier bleu. On retrouve le même genre de lubie chez Hugo : l’auteur des «Misérables» n’écrivait que sur deux types de papier  –  du blanc bleuté et du bleu azuré. Abominant ce genre de couleurs intermédiaires, Barbey d’Aurevilly, l’auteur des «Diaboliques» avait un attrait particulier pour le rouge. Une vraie fascination chez lui, qui ne concevait d’écrire qu’à l’encre – rouge de préférence – après avoir mangé de la viande de la même couleur.

A poil Salinger

L’ingrédient du succès tient donc parfois à très peu de choses. Dans certains cas, cela tient même à une paire de chaussettes. Au moment d’écrire ses romans, Edmonde Charles-Roux, lauréate du Prix Goncourt 1966, enfile toujours le même modèle  –  en laine et trop petites pour elle. Salinger, au moins, n’avait pas ce genre de souci : il paraît que l’auteur de «l’Attrape-cœurs» enlevait ses vêtements au moment d’écrire, pour accoucher de sa prose dans la nudité la plus absolue. Hemingway ou Virginia Woolf, eux, écrivaient debout. Et chez Nabokov, l’exercice se compliquait: il commençait ses romans sur ses deux jambes, puis s’asseyait, pour finir allongé.

D’autres encore s’astreignent à une discipline de fer. Faulkner se levait à 4h du matin. Et Stendhal confiait à Balzac le secret de son art, dans une lettre du 30 octobre 1840 :

En composant « la Chartreuse », pour prendre le ton, je lisais chaque matin deux ou trois pages du code civil, afin d’être toujours naturel ; je ne veux pas, par des moyens factices, fasciner l’âme du lecteur.

Deux cas parmi beaucoup d’autres, qui semblent appliquer à la lettre la recommandation de Flaubert :

Soyez réglé dans votre vie et ordinaire comme un bourgeois, afin d’être violent et original dans vos œuvres.

Un peu masochiste tout de même.

Quant à Emile Zola, souffrait-il de troubles obsessionnels compulsifs ? A la recherche de l’inspiration, il ne pouvait s’empêcher de compter les becs de gaz et d’additionner les numéros de portes lorsqu’il se promenait dans les rues de Paris.

Une manie bien inoffensive, cependant, quand on pense à ceux qui ont payé leur hypersensibilité au prix fort. Antonin Artaud, interné de nombreuses années. Virginia Woolf, Hemingway ou Romain Gary, qui finissent par se suicider. Peut-être était-ce la faute de leurs gènes. Ou peut-être était-ce le monde qui, décidément, est trop imparfait.

Source Le Nouvels Obs du 1er juillet 2015

Maladie d’amour, de Nathalie Rheims (Éditions Léo Scheer) : de l’amour fou à la folie amoureuse…

 

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Maladie d’amour, de Nathalie Rheims

Éditions Léo Scheer, janvier 2014

Quand l’amour fou devient folie amoureuse…

Camille et Alice sont inséparables. Elles se sont connues à 13 ans au collège et jamais rien ni personne n’a pu interférer dans leur relation privilégiée, dans la confiance indéfectible qu’elles placent l’une en l’autre. Pas même les années. Une amitié rare, précieuse. Et pourtant, elles ne se ressemblent pas. Justement. La vie trépidante d’Alice, ses amours sans cesse contrariés, ses chagrins, ses enflammements mettent du piment dans la vie (trop) rangée de Camille, confidente privilégiée et attentive. Pour Alice, tout se passe comme si « les multiples situations douloureuses dans lesquelles elle l’avait vue se fourvoyer avaient été la seule façon, pour elle, d’exister. L’adrénaline que le désir, le manque de l’autre et la frustration secrétaient dans le cerveau d’Alice étaient devenue sa drogue.  Ce n’était pas un homme qui la faisait vibrer, mais la dose de sensations que celui-ci lui procurait. »

Aussi, quand cette dernière, à peine sortie d’une rupture douloureuse avec un homme marié, annonce euphorique à Camille qu’elle est déjà retombé amoureuse, d’un chirurgien esthétique cette fois, le Docteur Costes, Camille s’inquiète pour elle. Son amie ne fonce t-elle pas tête baissée dans une nouvelle impasse? Plus Alice lui parle de ce chirurgien renommé, plus certains détails, certaines dissonances apparaissent. Des doutes aussi. Et de décider d’investiguer, d’approcher ce « mystérieux magicien des corps, l’inatteignable maître des âmes, le mythe du docteur dans toute sa splendeur », préoccupée par le sort d’Alice.

Mais si la rencontre avec le Docteur Costes a bouleversé son amie, force est de constater que Camille n’en sortira pas non plus indemne…

En véritable chirurgienne des âmes, Nathalie Rheims réalise au sclapel de sa plume une mise à nu aussi juste que pertinente des sentiments amoureux, de ce moment, terriblement vertigineux, où l’amour fou verse dans la folie amoureuse, où la raison s’efface face au délire érotomane… Pris à la gorge, on sent peu à peu la romance verser dans le drame, la haine se substituer à l’amour, la vengeance menacer. Jusqu’à la chute, magistrale, qui nous cueille.

Un roman absolument captivant!

Le Horla, de Guillaume Sorel, d’après l’oeuvre de Maupassant (Editions Rue de Sèvres)

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Le Horla, de Guillaume Sorel

D’après l’œuvre de Maupassant

Éditions Rue de Sèvres, mars 2014

Le narrateur profite paisiblement de sa maison normande avec vue imprenable sur la Seine. Un quotidien qui se partage entre écriture et balades dans la nature, dans un climat d’une absolue sérénité. Jusqu’à ce jour où il voit passer un magnifique trois mats brésilien. Peu de temps après, un sentiment d’inquiétude le gagne qu’il ne parvient pas à identifier. Encore moins à juguler. Y a t-il un rapport entre cette angoisse de plus en plus forte et ce bateau? Pire, la nuit, sa maison est le théâtre de phénomènes étranges : les carafes d’eau et de lait sur son chevet se vident… Qui les boit? Et notre homme de faire des cauchemars atroces, la poitrine serrée dans un étau, le corps en nage, oppressé, exsangue, comme aspiré par une force surnaturelle, force qu’il nomme Le Horla. A croire qu’un être invisible, une forme de vampire, se nourrit de sa vie et réduit son âme à l’esclavage. Impossible de le fuir. Impossible de s’en défaire. Le Horla est partout, voire même peut-être en lui… Le duel dès lors commence et ne pourra s’achever que par une mise à mort.

Avec cette magnifique bande dessinée, Guillaume Sorel revisite le célèbre conte fantastique de Maupassant. Une adaptation fidèle à l’original et particulièrement brillante. Le graphisme est sublime, le duel entre le narrateur et Le Horla décrit avec une puissance émotionnelle rare. Chaque planche est un bijou d’inspiration, de couleur, de puissance évocatrice.

Un très très bel album!

A l’occasion de la sortie de l’album, Guillaume Sorel expose les planches de « Le Horla » à la galerie 9ème art (4 rue Cretet, Paris 9) jusqu’au 5 avril 2014.