Citation du jour

« Le monde n’est si meurtrier que parce qu’il est aux mains de gens qui ont commencé par se tuer eux-mêmes, par étrangler en eux toute confiance instinctive, toute liberté donnée de soi à soi. Je suis toujours étonné de voir le peu de liberté que chacun s’autorise, cette manière de coller sa respiration à la vitre des conventions, et la buée que cela donne, l’empêchement de vivre, d’aimer. 
 » Christian Bobin dans La plus que vive (Folio)

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Citation du jour

« Aimer quelqu’un, c’est le dépouiller de son âme, et c’est lui apprendre aussi -dans ce rapt- combien son âme est grande, inépuisable et claire. Nous souffrons tous de cela : de ne pas être assez volés. Nous souffrons de forces qui sont en nous et que personne ne sait piller, pour nous les faire découvrir. » de Christian Bobin dans La plus que vive

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Glissez Sophie Van der Linden dans votre poche! Un bijou

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La fabrique du monde, de Sophie Van der Linden

Editions Folio, août 2014

Mei, jeune paysanne chinoise de 17 ans, n’a pas eu le privilège de naître garçon. Contrairement à son frère qui va à l’université, elle se pliera donc à la décision parentale d’aller travailler à l’usine, quantité négligeable et négligée. Alors Mei imagine la ville qui l’attend, la chambre qui sera sienne, l’usage qu’elle pourra faire de son salaire notamment en aidant ses proches.  Mais la réalité est tout autre.  Cadences inhumaines, travail pénible, tâches répétitives, contremaître draconien, promiscuité, inconfort, Mei travaille beaucoup, dort peu, mange à peine et vit à plein temps au sein de l’usine textile, univers ô combien limité pour la jeune fille. Toutefois, si Mei met son énergie et sa dextérité au service de l’entreprise, pieds et poings liés à la rentabilité qu’on exige d’elle pour honorer les commandes des clients européens, son esprit se rebelle, s’évade à la faveur des trop rares heures de repos. Car Mei a ceci de particulier qu’elle a reçu des bribes d’éducation de sa grand-mère, laquelle lui a enseigné la lecture et lui a ouvert par ce biais une fenêtre sur le monde, sur la vie, sur l’imaginaire. Entre réalité et rêverie, c’est la fabrique de son monde, à laquelle Mei assiste : éveil à la vie, à l’amour, aux autres. Un apprentissage dense, aussi transcendant que violent, aussi merveilleux qu’infernal. Mei parviendra t-elle à tutoyer ses rêves, à élargir son horizon?

Dans ce roman court, au style magnifiquement ciselé, dans lequel chaque phrase sonne comme un vers de haïku, Sophie Van der Linden nous plonge dans le quotidien de la jeune Meï avec une force émotionnelle rare. De lecteur, on devient témoin, totalement immergé dans l’encre des pages, le coeur battant au diapason de celui de l’héroïne.  Un bijou de pure émotion.  A lire absolument!

Extrait :  » Quand j’étais petite, elle m’a appris à lire, avait toujours une histoire à me raconter, et me lisait consciencieusement chaque soir un chapitre du roman qu’elle m’a donné ensuite.C’est la seule chose que je tiens d’elle, et c’est aussi le seul livre que j’ai vraiment lu. Mais cela m’a suffi. Ma grand-mère et ce livre m’ont tout appris de la vie. Sans elle, je n’aurais jamais rien su de l’amour, de la tendresse, de la bienveillance. »

Un énorme coup de coeur!

Nos séparations, de David Foenkinos : savoureux!

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Nos séparations, de David Foenkinos

Éditions Folio, avril 2012

Il existe trois milliards de femmes, mais c’est encore et toujours Alice qui vient hanter la vie de Fritz. Alice, son premier amour, ses multiples désamours, sa montagne russe du bonheur, son long fleuve non tranquille. Alice, source de ses plus puissantes joies et de ses plus grandes souffrances. Alice, la femme qu’il aime envers et contre tout. Par delà les années.

Alors pourquoi passent-ils leur temps à se séparer? La palette de la rupture est riche en couleurs : différence de niveau social, interférence des parents et beaux-parents, IKEA, vie professionnelle, jalousie, deux polonais, une histoire de cravate et Schopenhauer bien sûr.

Certes, entre deux tentatives pour réussir son union avec Alice, Fritz vole vers d’autres femmes. Mais il les survole plus exactement. Car aucune, de Céline, Iris, ou Émilie ne sait lui donner des ailes comme cette dernière, lui faire à ce point tutoyer le ciel ou encore désirer rester dans le nid. Aucune ne lui inspire de réels sentiments. Des émotions fortes tout juste.

Alors, faut-il plusieurs échecs successifs pour réussir sa vie amoureuse, comme autant de répétitions avant la représentation finale? Le premier amour est-il une condamnation à perpétuité? Et peut-on cumuler réussite professionnelle et épanouissement affectif?

Avec Nos séparations, David Foenkinos aborde un sujet grave avec légèreté et pertinence. Avec beaucoup d’humour, de verve, une analyse très fine de la psychologie masculine comme féminine, il parvient à nous faire sourire de ce qui d’ordinaire accable. Un roman savoureux qui se déguste de la première à la dernière page!

P.62 : Il ne faut certainement pas vivre entouré de mots pour écrire. Pour écrire il faut s’échapper des phrases.