Agatha, Frédérique Deghelt (éditions Plon)

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Agatha, Frédérique Deghelt

Editions Plon, mai 2017

Que se passe-t-il dans la tête d’un auteur victime du syndrome de la page blanche ? Quand les évènements douloureux s’enchaînent et privent Agatha Christie de son inspiration, elle transforme sa vie en fiction…

Dans ce roman entièrement rédigé à la première personne, sous forme de soliloque, Frédérique Deghelt se glisse avec brio dans le cerveau de la reine du crime, à un moment de bascule dans sa vie. Très proche de sa mère, Agatha se retrouve complètement désemparée à la mort de cette dernière, privée de ses conseils, de son écoute, de son amour. Certes, il y a son mari à ses côtés. Mais justement. Ce dernier lui fait part de son brusque désir de divorcer. Une douleur térébrante déchire alors le cœur et l’âme de la romancière. Les deux piliers affectifs de sa vie s’effondrent. Celle qui connaît un succès grandissant, baptisée la reine du crime, se retrouve soudain sans plus aucune inspiration.

« Tu laisses une femme qui, dès que tu as eu le dos tourné pour rejoindre la tombe, a reçu de plein fouet ne vie tragique dont elle ignorait même l’existence. »

Submergée de douleur, rien n’émerge de son cerveau. Pas la moindre phrase. Pas le moindre mot. Elle décide alors de disparaître. Et de mettre en scène sa disparition. Voire son crime. Où quand la vie flirte avec la fiction, que vous devenez votre personnage et ne maîtrisez plus l’histoire…

C’est sur ce chapitre précis, empli d’ombre, que revient Frédérique Deghelt. Car celle qui a vendu plus de 4 milliards de livres à ce jour, a laissé planer le mystère sur cette disparition jusqu’à son dernier souffle. Folie passagère ? Réelle amnésie post-traumatique ? Acte désespéré d’une femme trahie ? Opération médiatique ? Suicide ? Meurtre ? Tandis que les médias de l’époque s’emparent de l’affaire et émettent plusieurs hypothèses, Frédérique Deghelt en imagine une version.

Ce roman se lit d’une traite, rédigé dans une écriture très fluide, au plus près des émotions du personnage. Une réussite, donc. Mais. Mais ce qui m’a beaucoup gênée, c’est ce sentiment de déjà vu, de déjà lu. En effet, Brigitte Kernel avait déjà consacré un brillant roman à cette disparition d’Agatha : « Agatha Christie, le chapitre disparu » (Flammarion, janvier 2016). Outre le fait que cet épisode m’était donc déjà connu, j’ai préféré l’angle sous lequel Brigitte Kernel l’a traité : celui du thriller psychologique.

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L’oeil du prince, de Frédérique Deghelt (éditions J’ai lu)

L’oeil du prince, de Frédérique Deghelt

Éditions J’ai lu, septembre 2014

L’oeil du prince. Un titre qui évoque, dans la terminologie du théâtre, la place particulière donnée au spectateur, à savoir un angle de vue qui lui permet de visualiser la perspective du décor sans déformation. Une place privilégiée qui devient celle du lecteur ici, lequel peut seul avoir une vision d’ensemble des vies successives des personnages, des liens secrets entre eux, à travers l’espace et le temps. Car si de prime abord ces destinées semblent évoluer sur des parallèles, la plume habile et sensible de l’auteur a en réalité tissé une toile très serrée entre eux.

Nous suivons cinq personnages à un moment charnière de leur vie : Mélodie la jeune cannoise qui ne supporte plus le milieu bourgeois qui est sien dans les années 80; Yann, New-yorkais qui dans un accident a perdu femme et enfant; Benoit, 20 ans plus tard, dont le couple sombre tandis que sa carrière s’envole; Alceste et Agnès, deux résistants qui, pendant la seconde guerre mondiale érigent leur amour en rempart contre la haine ambiante; une femme qui, au crépuscule de sa vie, ouvre enfin le carton de lettres que lui avait laissé sa mère. Cinq êtres qui vont s’efforcer de prendre ou de reprendre leur destin en main, d’identifier les émotions qui les animent, de comprendre ce qui est en jeu. Et avancer tels des funambules fragiles sur le fil de la vie.

Avec beaucoup de sensibilité et de justesse, Frédérique Deghelt nous livre les destins croisés d’hommes et de femmes très attachants. Un roman admirablement bien construit, qui peint un tableau délicat, aux couleurs subtiles, des scènes de la vie, des émotions qui la colorent.

P. 16 : Ce n’est pas l’absence qui pousse vers une nourriture de l’esprit, c’est le manque.

P.50 : L’aventure, ça se vole, le destin, ça se fabrique, l’avenir il faut l’attraper au lasso et tenir sur la selle de ce cheval sauvage qu’est la vie non désirée.