Interview de Gaëlle Nohant : « Un roman, c’est la création d’une illusion »

Gaëlle Nohant auteure de La femme révélée

                                                ©Karine Fléjo photographie

En ce mois de janvier, les éditions Grasset publient le quatrième roman de Gaëlle Nohant, La femme révélée. Rencontre avec une auteure aussi passionnée que passionnante.

Faites-vous lire votre manuscrit en cours d’écriture ?

Je travaille avec des premiers lecteurs. Par exemple dans ce roman,  arrivés à la fin de la première partie, ce qui les intéressait, c’était ce qui allait arriver à Violet à son retour aux Etats-Unis, bien davantage que ce qu’elle avait vécu entre-temps en France. Si j’avais dû développer l’ellipse, cela aurait fait un livre de deux oui trois cents pages de plus.

Votre héroïne est une artiste, elle pratique la photographie. Parler de photographie peut vite devenir un peu ennuyeux, abstrait, trop technique. Or vous avez un tel sens de l’image, y compris dans vos écrits quand vous évoquez les décors, que cela passe très bien ici

Pour moi c’était intéressant de rentrer dans un autre regard artistique que le mien. Tout ce que voyait mon héroïne était encore plus visuel que ce que je vois, moi, quand j’écris des romans. Il fallait vraiment à chaque fois que je me dise : qu’est-ce qu’elle voit, elle ? Tout doit être image. Un regard de photographe, ce n’est pas tout à fait un regard d’écrivain. Et cela m’a amenée aussi à m’interroger sur tout ce qui peut guider un photographe : comment se passe cette relation entre ce qu’il photographie et lui ?

Gaëlle Nohant

                                                ©Karine Fléjo photographie

Justement, on visualise si bien vos personnages qu’on a le sentiment qu’ils existent vraiment

Un roman, c’est la création d’une illusion. C’est créer une illusion qui, si elle est réussie, comporte une forme de vérité. Ce qui n’était pas évident à faire sur un métier de photographe qui n’était pas le mien et à une autre époque en plus. Il s’agissait d’essayer d’attraper quelque chose d’authentiquement américain. J’ai complètement inventé Violet, elle n’a pas existé. Je ne suis pas partie comme dans Légende d’un dormeur éveillé, d’une personne existante – Robert Desnos en l’occurrence.

A travers Violet, vous parlez de ce qu’est la création

Oui, il y a un mouvement vers l’extérieur dans la création, mais aussi la nécessité de descendre profondément en soi dans l’écriture même. Et cette femme exprime une vision du monde que je partage donc il ne m’était pas compliqué de me glisser dans sa peau concernant cette vision du monde.

Quelle a été la plus grande difficulté alors, concernant Violet ?

Ce qui était très compliqué pour moi au début, c’était d’incarner une femme qui laisse son enfant derrière elle. Cette idée me tourne autour depuis des années, mais j’avais un gros blocage impossible à dépasser : me glisser dans la peau d’une femme qui laisse son enfant. Le déclic s’est fait quand j’ai imaginé non pas qu’elle partait de la France vers l’Amérique, mais qu’elle se réfugiait en France. Là, je suis parvenue à me glisser dans sa peau. Et il était compliqué de faire en sorte que le lecteur soit attaché à Violet dès le début, sachant qu’elle a laissé son enfant.

Violet incarne les mêmes valeurs que son père, ce désir d’égalité des droits pour tous quelle que soit la couleur de peau, ce respect de la différence

Oui, son père, sociologue, est allé dans les ghettos avec elle. Ce n’est pas juste ce qu’il lui a dit, c’est surtout ce qu’il lui a montré, ce qu’il incarnait. Ce qui construit les enfants, c’est d’abord l’exemple de ce que l’on est, avant ce qu’on leur dit.

Pourquoi avoir choisi Chicago ?

C’est une ville très paradoxale car elle est le cœur d’une Amérique radicale avec toutes sortes de luttes progressistes et à coté de cela c’est une ville démocrate. C’est une ville dure. Tout y est mêlé, mais c’est ce qui est fascinant. Avant de commencer ce livre je ne connaissais rien à Chicago. J’ai alors beaucoup lu sur l’histoire de la ville et m’y suis rendue.

Retrouvez en un clic la chroniquer que j’ai consacrée à La femme révéléeChronique du roman

Gaëlle Nohant et Karine Fléjo

                                                ©Karine Fléjo photographie

Rentrée littéraire : La femme révélée, Gaëlle Nohant

La femme révélée, Gaëlle Nohant aux éditions Grasset

©Karine Fléjo photographie

De Chicago à Paris : la fuite

Qu’est-ce qui peut bien pousser une femme à quitter son enfant, son mari, sa vie fastueuse et à se réfugier sous une fausse identité à Paris ? C’est là le secret de Violet Lee, nom d’emprunt d’Eliza Donneley, que nous retrouvons dans un hôtel miteux de la capitale en 1950. Seuls liens avec son passé : une photo de son cher petit garçon Tim et un appareil photo. Mais à peine arrivée en France, elle se fait cambrioler et perd les maigres ressources qu’elle avait arrachées dans sa fuite.

Il lui faut alors repartir de zéro dans cette ville inconnue. Mais Violet n’est pas femme à se laisser abattre, elle n’a pas parcouru ces milliers de kilomètres pour abandonner à la première difficulté. Avec son Rolleiflex, elle capture des visages, des scènes de vie, des instants d’émerveillement dans le lasso de son objectif. Un appareil photo qui est à la fois une protection et une ouverture, un pont vers les autres et une cachette des autres. Une arme et une armure. C’est ainsi qu’elle se lie d’amitié avec une jeune prostituée, Rosa, dont elle a tiré le portrait dans la rue. Émue par son sort, Rosa trouve un foyer où l’héberger. Tandis qu’une autre amie lui trouve un travail comme nurse. Violet peut dès lors jeter les bases d’une nouvelle vie, loin de la violence despotique d’Adam. Loin de cet homme dont elle a découvert le vrai visage, les vraies valeurs.  Redémarrer oui, mais à quel à quel prix ? La culpabilité la ronge aussi efficacement qu’une armée de termites, tandis qu’elle pense à son petit Tim séparé d’elle par un océan. Et puis, Adam n’entend pas la laisser en paix, dût-elle se croire à l’abri loin de lui…

Un exil de 20 ans. Vingt longues années après lesquelles elle peut enfin retrouver Chicago, la ville de son fils. Une ville agitée par l’assassinat de Martin Luther King, les manifestations contre la guerre du Vietnam. Femme engagée, déterminée, Violet sait qu’il lui reste un combat ultime à mener : retrouver son fils et obtenir son pardon. Quitte à prendre tous les risques.

Le destin d’une femme courageuse

C’est une fresque incroyablement romanesque que nous offre Gaëlle Nohant avec La femme révélée. De Chicago à Paris, la petite histoire rejoint la grande. Violet, femme résolument moderne, tente de se libérer de son couple passé, tandis qu’ailleurs des hommes se battent pour leur liberté, celle de naître libres et égaux en droits quelle que soit leur couleur de peau. Des combats passionnants, bouleversants, foisonnant de couleurs, de parfums, d’odeurs, d’images. Car ce nouveau roman de Gaelle Nohant, à l’instar de La part des flammes, est incroyablement visuel. Le lecteur est transporté aux côtés de l’attachante Violet/Eliza, tremble avec elle, s’émerveille avec elle, ému d’assister à sa renaissance : celle d’une artiste, femme et mère épanouie. Celle d’une femme en accord avec ses convictions et ses besoins. Un magnifique roman !

Prix des lecteurs du Livre de poche 2016

 

Les 27es prix des Lecteurs du Livre de poche ont été décernés, hier dans la soirée, à l’Espace Commines, à Paris. Gaëlle Nohant a été sacrée dans la catégorie littérature avec La part des flammes, et Sophie Hénaff dans la catégorie policiers/thrillers avec Poulets grillés. Dans le même temps, Philipp Meyer a officiellement reçu la récompense du Choix des libraires pour son roman Le fils.

  • Catégorie littérature:

Plus de 3 000 lecteurs du Livre de poche se sont inscrits cette année pour devenir membre du jury. De février à août, 130 lecteurs en littérature ont choisi chaque mois leur livre préféré parmi les trois qui leur étaient envoyés, avant d’élire, sur les sept romans sélectionnés, La part des flammes, de Gaëlle Nohant, roman historique présentant le destin de trois femmes rebelles de la fin du XIXe siècle et déjà lauréat du prix du Livre France bleu 2015.

 

  • Catégorie Thrillers/Policiers :

 

Parallèlement, 130 lecteurs de policiers/thrillers ont eu à choisir entre deux ouvrages par mois sur la même période, et ont finalement sacré Poulets grillés, de la journaliste Sophie Hénaff, lauréat notamment du prix Arsène Lupin 2015 et du prix Polar en séries 2015 et qui raconte l’arrivée de la commissaire Anne Capestan à la tête du 36, quai des Orfèvres.

 

  • Choix des libraires :

 

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Plébiscité par les libraires partenaires du Choix des libraires 2016, Le fils, de Philipp Meyer, suit le destin d’une famille texane, des années 1850 à nos jours.

Gaëlle Nohant reçoit le 2e prix du roman France Bleu

Lors de sa journée de présentation de la rentrée littéraire, le 1er juin, le magazine Page des libraires a remis le prix pour lequel il s’est associé à France Bleu au roman La part des flammes de Gaëlle Nohant et annoncé un partenariat avec le prix du Style.

Le magazine Page des libraires organisait le 1er juin à la Bibliothèque nationale de France (Paris 13e) sa traditionnelle journée de présentation de rentrée littéraire à l’attention des libraires et des bibliothécaires. A cette occasion, il en a profité pour décerner, avec son partenaire radiophonique, le prix France Bleu – Page des libraires à Gaëlle Nohant pour La part des flammes (Héloïse d’Ormesson).

Conformément à sa vocation de mettre à l’honneur un auteur francophone et une « lecture plaisir de qualité », le prix a cette année récompensé un roman historique mettant en scène l’incendie du Bazar de la Charité survenu à Paris à la fin du XIXe siècle. Forte de son prix, Gaëlle Nohant effectuera une tournée en librairie durant l’été.

L’auteur :
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Née à Paris en 1973, Gaëlle Nohant vit aujourd’hui à Lyon. La Part des flammes est son deuxième roman après L’Ancre des rêves, 2007 chez Robert Laffont, récompensé par le prix Encre Marine. Elle est également l’auteur d’un document sur le rugby et d’un recueil de nouvelles.
Le livre :
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Mai 1897. Pendant trois jours, le Tout-Paris se presse rue Jean-Goujon à la plus mondaine des ventes de charité. Les regards convergent vers le comptoir n° 4, tenu par la charismatique duchesse d’Alençon. Au mépris du qu’en-dira-t-on, la princesse de Bavière a accordé le privilège de l’assister à Violaine de Raezal, ravissante veuve à la réputation sulfureuse, et à Constance d’Estingel, qui vient de rompre brutalement ses fiançailles. Dans un monde d’une politesse exquise qui vous assassine sur l’autel des convenances, la bonté de Sophie d’Alençon leur permettra-t-elle d’échapper au scandale ? Mues par un même désir de rédemption, ces trois rebelles verront leurs destins scellés lors de l’incendie du Bazar de la Charité.
Enlèvement, duel, dévotion, La Part des flammes nous plonge dans le Paris de la fin du XIXe au cœur d’une histoire follement romanesque qui allie avec subtilité émotion et gravité.
                                                                                      Source :  Livres Hebdo du 01/06/2015