Bande dessinée : Intraitable, Choi Kyu-sok

Intraitable Choi Kyu-sok

©Karine Fléjo photographie

Une bande dessinée ancrée dans le réel : les pratiques de harcèlement moral et de manipulation au sein des multinationales. Saisissant.

Harcèlement moral au sein des multinationales

 » Il faut dégraisser le personnel de vente par n’importe quel moyen! Faites appel à votre imagination! Au pire, harcelez-les ou poussez-les à la faute« . Tel est le message de la direction au nouveau chef de service de la multinationale française implantée en Corée.

Quand Lee Soo-in a quitté les rangs de l’armée pour rentrer comme cadre dans cette multinationale, ses qualités en termes de sérieux, de courage et d’humanité laissaient présager une belle carrière. Mais c’était sans compter avec une autre de ses qualités : la justice. Car s’il est quelque chose que Lee Soo-in ne tolère pas, c’est que l’on ne respecte pas les individus, que l’on use de stratèges pour se débarrasser d’eux, que leur travail ne soit pas reconnu à sa juste valeur. L’injonction de son supérieur pour écrémer le personnel en usant de tous les moyens, du plus au moins louable, est donc totalement contraire à ses principes. Harcèlement, pression, menaces, intimidations, le mettent hors de lui : il ne peut pas cautionner les pratiques de la direction et décide de se syndiquer.

Heureusement, si Lee Soo-in est isolé au sein de l’entreprise, car nombreux sont les employés qui craignent des représailles, il trouve en Gu Go-shin, directeur d’un cabinet de conseil spécialisé dans la défense des travailleurs, un précieux allié. Salaires impayés, licenciements abusifs, accidents du travail non reconnus, Gu Go-shin mène gracieusement des opérations commando pour que justice soit faite. Il débarque dans les entreprises, prévient, exige, menace, et généralement obtient réparation pour l’employé malmené. Une forme de justicier des temps modernes, qui n’a pas froid aux yeux et un seul credo : obtenir justice.

A eux deux, Lee Soo-in et Gu Go-shin entendent bien résister aux pratiques inhumaines de la multinationale et encourager les employés à les suivre.

Intraitable bande dessinée

Une bande dessinée coréenne incisive

Cette bande dessinée est notamment inspirée des pratiques de l’enseigne Carrefour, qui a soldé une bonne partie de ses actifs en Asie ( Thaïlande, Chine, Corée du sud…) ces dernières années. Mais les pratiques peu recommandables dénoncées dans cet album engagé ont un caractère universel (hélas). La crise asiatique de 1997 – 1999 a frappé durement la Corée, la Thaïlande, la Chine, qui jusqu’alors connaissaient une croissance fulgurante. C’est dans ce contexte économique et social tendu que se situe cette bande dessinée. Avec des illustrations monochromes très vivantes, d’une grande puissance évocatrice, le talentueux Choi Kyu-sok croque le monde de l’entreprise dans ses aspects les plus sordides : intimidation, harcèlement moral, pression, peur, maltraitance sociale sont le lot quotidien des petits employés soumis à la direction de la multinationale et à certains cadres coréens.

 

Informations pratiques :

Il s’agit du premier tome d’une série de six ouvrages.

Intraitable, Choi Kyu-sok, éditions de Rue de l’échiquier – août 2019 – 248 pages – 20€

 

Glissez Stéphanie Dupays dans votre poche!

IMG_5498

Brillante, Stéphanie Dupays

Editions J’ai lu, octobre 2017

« Ce qui n’est pas vu n’a pas d’existence ».

Brillante, c’est le qualificatif qui définit le mieux Claire, jeune trentenaire fraîchement diplômée d’une grande école, aujourd’hui cadre supérieure dans une entreprise agro-alimentaire. Jusqu’ici, pas un seul faux pas dans sa trajectoire bien huilée : un poste enviable, un compagnon lui-même cadre supérieur, un bel appartement dans un quartier chic, des amis triés sur le volet dans cette même sphère sociale, le désir non contrarié de mener de front vie privée et professionnelle. La réussite telle qu’elle l’entend.

Emportée dans un véritable tourbillon, son rythme de travail fou ne laisse aucune place à une remise en question. Jusqu’à ce moment où, brusquement, Claire tombe en disgrâce. Non pas qu’elle n’ait pas été performante ou non conforme à ce que l’entreprise attendait d’elle. Au contraire. Son excellence fait de l’ombre à sa chef, femme dont jusque-là elle était la protégée. Et de se retrouver au placard. C’est la sidération.

Isolement, absence de tâches, relégation à la transparence, humiliation, l’entreprise présentée comme le lieu d’épanouissement de l’individu devient dès lors celui de son dépérissement. Le harcèlement moral menace de la broyer. Physiquement. Moralement.

Comment Claire la battante, dont toute la vie s’est construite autour de cette image de réussite, va t-elle pouvoir rebondir ? Quelles seront les conséquences sur son couple, sur ses amitiés, dans la mesure où ses relations reposent sur ces mêmes principes et idéaux de succès? Cette expérience malheureuse va t-elle remettre en cause ses valeurs ?

C’est un roman passionnant et édifiant sur le monde de l’entreprise que nous offre Stéphanie Dupays. Un monde où sous le vernis des apparences humanistes, bienveillantes, se cache parfois une réalité tout autre, faite de pressions, de violence, de rivalités qui ne disent pas leur nom. Avec une justesse chirurgicale, l’auteur dissèque au scalpel de sa plume le système de management de l’entreprise « humaniste », ses répercussions sur les individus tant au sein de l’entreprise que dans leur vie privée. Un roman qui se lit d’une traite, dans une tension permanente, à l’image de celle que vit l’héroïne au quotidien.

Un ENORME coup de cœur !

Rentrée littéraire : Une fille au bois dormant, Anne-Sophie Monglon (Mercure de France)

IMG_6592

Une fille au bois dormant, Anne-Sophie Monglon

Editions Mercure de France, août 2017

Rentrée littéraire

Avec ce premier roman, Anne-Sophie Monglon peint la trajectoire d’une femme moderne confrontée à la violence du monde du travail, qui tente de se réapproprier sa vie et de lui donner un sens.

A son retour de congé maternité, Bérénice, cadre sup dans une grande entreprise de communication, a bien remarqué quelques changements. Ses tâches ont été réduites, mais elle met cela sur le compte de la crise et de l’arrivée du nouveau PDG. Une conviction qui peu à peu laisse place au doute, inquiétant, envahissant : et s’il s’agissait d’une mise progressive au placard ? Est-elle dangereuse, ses compétences risquent-elles de faire de l’ombre à son supérieur ? Ne se met-elle pas assez en avant, pas assez visible, pas assez sûre d’elle-même ? Est-ce de sa faute ?

Femme en retrait depuis toujours, dans sa vie amoureuse comme dans sa vie professionnelle, Bérénice encaisse, dans un état de sidération. Comme anesthésiée. Elle laisse la vie la traverser, abandonne les commandes aux autres. En surface, rien n’a changé. Mais à l’intérieur, une indicible anxiété l’étreint quand elle pénètre dans l’entreprise, la broie, l’étouffe. Anxiété que son bébé ressent à son retour du travail et s’emploie par un langage non verbal à apaiser. Heureusement, l’amour maternel est un ancrage face aux tempêtes de l’existence et permet à Bérénice de résister. Mais combien de temps encore ?

Une fille au bois dormant n’est pas un conte, mais la dure réalité d’une femme moderne confrontée à la violence du monde du travail. Comment la faire sortir de sa torpeur ? Comment l’aider à se réveiller, à sortir de cette soumission, de cette transparence ? C’est avec beaucoup de sensibilité et une analyse psychologique très fine des personnages, que Anne-Sophie Monglon nous entraine sur les pas d’une renaissance. Mieux, d’une naissance. Celle d’une femme à elle-même. A la vie.

Brillante, Stéphanie Dupays (Mercure de France) : énorme coup de coeur!

Brillante, de Stéphanie Dupays

Éditions Mercure de France, janvier 2016

Rentrée littéraire.

« Ce qui n’est pas vu n’a pas d’existence ».

Brillante, c’est le qualificatif qui définit le mieux Claire, jeune trentenaire fraîchement diplômée d’une grande école, aujourd’hui cadre supérieure dans une entreprise agro-alimentaire. Jusqu’ici, pas un seul faux pas dans sa trajectoire bien huilée : un poste enviable, un compagnon lui-même cadre supérieur, un bel appartement dans un quartier chic, des amis triés sur le volet dans cette même sphère sociale, le désir non contrarié de mener de front vie privée et professionnelle. La réussite telle qu’elle l’entend.

Emportée dans un véritable tourbillon, son rythme de travail fou ne laisse aucune place à une remise en question. Jusqu’à ce moment où, brusquement, Claire tombe en disgrâce. Non pas qu’elle n’ait pas été performante ou non conforme à ce que l’entreprise attendait d’elle. Au contraire. Son excellence fait de l’ombre à sa chef, femme dont jusque-là elle était la protégée. Et de se retrouver au placard. C’est la sidération.

Isolement, absence de tâches, relégation à la transparence, humiliation, l’entreprise présentée comme le lieu d’épanouissement de l’individu devient dès lors celui de son dépérissement. Le harcèlement moral menace de la broyer. Physiquement. Moralement.

Comment Claire la battante, dont toute la vie s’est construite autour de cette image de réussite, va t-elle pouvoir rebondir ? Quelles seront les conséquences sur son couple, sur ses amitiés, dans la mesure où ses relations reposent sur ces mêmes principes et idéaux de succès? Cette expérience malheureuse va t-elle remettre en cause ses valeurs ?

C’est un roman passionnant et édifiant sur le monde de l’entreprise que nous offre Stéphanie Dupays. Un monde où sous le vernis des apparences humanistes, bienveillantes, se cache parfois une réalité tout autre, faite de pressions, de violence, de rivalités qui ne disent pas leur nom. Avec une justesse chirurgicale, l’auteur dissèque au scalpel de sa plume le système de management de l’entreprise « humaniste », ses répercussions sur les individus tant au sein de l’entreprise que dans leur vie privée. Un roman qui se lit d’une traite, dans une tension permanente, à l’image de celle que vit l’héroïne au quotidien.

Un ENORME coup de cœur !