La gaieté, de Justine Lévy : que transmettre à nos enfants? A lire!

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La gaieté, de Justine Levy

Éditions Stock, janvier 2015

«  C’est quand je suis tombée enceinte que j’ai décidé d’arrêter d’être triste définitivement, et par tous les moyens. » Quand Louise, la narratrice, apprend sa grossesse, elle prend la ferme résolution de ne plus se laisser gagner par la tristesse. Cap est mis sur la gaieté, contre vents et marées. En capitaine de navire, elle veut mener ses enfants vers des paysages sereins, des rivages chaleureux, voguer avec eux sur des océans étales. Mais aussi grande soit sa détermination, il ne lui est pas simple de ne pas dériver sur les courants de l’héritage maternel, de devenir la mère de ses enfants davantage que de rester la petite fille de son père adoré, de fuir l’appel des sirènes du doute et de l’angoisse. « Finit-on par casser cette loi de l’éternelle répétition, reproduction, malédiction » ?

Pourquoi cette fuite devant la tristesse ? Car Louise l’a expérimenté : « Une maman malheureuse vous refile toujours un bout de son malheur, sans le faire exprès et sans le savoir, c’est comme ça, le chagrin ne disparaît pas quand il s’en va, il passe d’une personne à l’autre, comme un rhume, un bâillement, une toux ou un fou rire. » Aussi être triste quand on a des raisons de l’être, entendu. Mais céder à une tristesse sans objet, cette satanée mélancolie, non ! Ce qu’elle souhaite transmettre à ses enfants, ce qu’elle souhaite leur montrer, c’est donc la volonté d’avancer, d’être acteur de sa vie et non de rester avachi dans un fauteuil de lamentation, en proie à un insondable désespoir. Vaste mission.

Avec une écriture dense, très rythmée, d’une sensibilité à fleur de plume, Justine Lévy nous offre une bouleversante réflexion sur la transmission, sur l’enfant au centre de nos vies, sur l’éducation et les valeurs à lui donner. La gaieté, y a t-il plus noble héritage ? Comment garder cet émerveillement et cette gaieté propres à l’enfance pour les offrir à notre descendance ? Certes, ceci ne va pas de soi, le combat est rude contre la tentation du désenchantement et de la mélancolie, mais l’important n’est-il pas d’être sur le chemin à défaut d’être parvenu à destination ?

Un roman magnifiquement écrit, d’une émotion aussi vibrante que belle. A lire !

Le bonheur en prime, Emmanuelle de Boysson (Flammarion)

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Le bonheur en prime, Emmanuelle de Boysson

Éditions Flammarion, mai 2014

Une folle parenthèse où la fantaisie est une invitation à se dépasser. Un roman optimiste qui nous rappelle que le bonheur est un pari sans risque.

Voilà plus de cinquante ans que Jules Berlingault, entêté et facétieux nonagénaire, habite l’immeuble. Un lieu de vie dont il se sent responsable et ardent défenseur de l’harmonie entre tous. Or ces derniers temps, ce n’est que crise à tous les étages.

Une lettre de son cupide neveu, le menaçant de le mettre sous tutelle de crainte qu’il ne dilapide « son » héritage, va le mettre hors de lui. Puisque ce petit imbécile en veut à son argent, il n’aura rien! Il annonce alors à son fidèle majordome depuis trois décennies, le bien nommé Gaspard, qu’il le désigne comme son légataire universel. Une merveilleuse nouvelle qui porte Gaspard aux nues. Et de projeter dans ses futurs lieux de villégiature, et d’imaginer ce qu’il s’offrira. Le rêve. Un rêve qui va tourner au cauchemar quand Berlingault entreprend de restaurer la bonne entente entre les locataires.

En effet, entre l’écrivain dépressif, la jeune artiste peintre et le couple au bord du divorce, rien ne va plus. Face à ces désastres, Berlingault, homme sage, réfléchi et apte au bonheur, se sent investi d’une mission : dispenser le bonheur autour de lui, être pour chacun un révélateur de ce qu’il a de meilleur. Pour mener à bien son entreprise, il invite tous ces habitants en vacances dans sa maison de l’île de Ré et les met face à un défi de taille : s’ils parviennent à s’entendre, à faire régner le bonheur autour d’eux et entre eux, alors… ils hériteront de sa fortune! Mais attention, il ne s’agit pas de jouer la comédie du bonheur. Il s’agit d’être véritablement heureux, d’apprendre à se dépasser, à croire en ses rêves. Bien évidemment, leur réussite signerait ce que Gaspard vit comme une spoliation. Ce dernier entreprend dès lors de tout faire échouer.

Une comédie drôle, tendre, optimiste, avec pour cadre la magnifique île de Ré la blanche. Une lecture idéale pour des vacances à Ré…ou ailleurs!