Dominique, le nouveau roman de Cookie Allez

 

Dominique, de Cookie Allez

Éditions Buchet Chastel, janvier 2015

Tandis que France et Gabriel attendent leur premier enfant, ils font le choix de ne pas chercher à en connaître le sexe. « Pendant neuf mois, il n’y aurait rien, ni dans la chambre du bébé, ni dans l’esprit de sa famille, qui puisse marquer sa future identité sexuelle : elle attendait un enfant à aimer et elle l’aimerait de toute façon. » Un choix que son mari, fervent adepte de modernité et hostile aux préjugés de toutes sortes, adoptait aussi. « Pourquoi laisser des stéréotypes et des conventions d’un autre âge entraver le développement et les penchants naturels d’un enfant ? »

Ainsi fut-il donc décidé.

Peu à peu se dessine cependant en eux le désir de prolonger cette neutralité au delà des neuf mois de grossesse. Que l’enfant soit né et son identité sexuelle à eux seuls révélée n’y change rien. Et pour que personne d’autre qu’eux ne sache s’il s’agit d’un garçon ou d’une fille, il est décidé de lui donner un prénom mixte : Dominique. En effet, « Pourquoi  ne pas se couronner d’une audace de précurseur en présentant à ce bébé la liberté suprême, celle de choisir son mode d’être au monde » ? Ce sera donc à Dominique lui-même, plus tard, de choisir. Avec une écriture très travaillée, véritable enchantement pour les amoureux de la langue française, un humour inénarrable (le personnage de l’arrière grand-mère Knitty est à ce sujet jubilatoire, so british), l’auteur parvient à entretenir le mystère sur l’identité sexuelle de Dominique jusqu’à la dernière page. Un morceau de bravoure.

Avec Dominique, la talentueuse Cookie Allez s’attaque à un sujet brûlant : la théorie du genre. Selon cette dernière, au moment de l’enfance, nous ne faisons pas qu’apprendre notre appartenance à l’un des deux sexes. Nous intégrons aussi les valeurs et les rôles sociaux associés par les adultes à cette appartenance. Construites très tôt au cours du développement mental, de telles associations (les garçons jouent aux petites voitures, les filles jouent à la poupée) conduisent à une identité sexuelle (perception d’être soi-même du genre masculin ou féminin) et à des rôles de genre qui, contrairement au sexe biologique, sont socialement et culturellement construits. Un écho au célèbre « On ne naît pas femme, on le devient » de Simone de Beauvoir.

Avec finesse, pertinence et intelligence, Cookie Allez invite le lecteur à s’interroger. Laisser à l’enfant le choix de définir son genre sexuel est-il vraiment pour lui une chance, une liberté salutaire ? La liberté absolue n’est-elle pas qu’une illusion ? Devoir se conformer à ce choix d’éducation précurseur de ses parents, à cet idéal qui est leur, n’est-il pas un cadeau empoissonné , une prison plutôt qu’une évasion? L’enfer est parfois pavé de bonnes intentions…

Un roman savoureux à consommer sans modération !

P. 203 : Chaque être est unique et pourtant différent, relié aux autres et pourtant seul devant son destin.