Citation du jour

Les gens qui parlent des émigrés utilisent souvent le mot « désespérés », mais ce que moi, je pense, aujourd’hui, à Rome, dans ma vie italienne, c’est qu’il n’y a rien de plus semblable à l’espoir que la décision d’émigrer : espoir d’arriver dans un endroit meilleur, espoir de réussir, espoir de survivre, espoir de tenir bon, espoir d’un dénouement heureux, comme au cinéma. Il est normal que tout être humain cherche désespérément à améliorer sa condition et, dans certains cas, partir est le seul moyen d’y arriver.

Ali Ehsani – Ce soir on regardera les étoiles (Belfond, mars 2018)

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Soeurs de miséricorde, Colombe Schneck (Stock) : un autre regard sur l’immigration

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Sœurs de miséricorde, Colombe Schneck
Editions Stock, août 2015
Rentrée littéraire.
Azul, née en Bolivie dans une famille d’indigènes quechuas, fait partie de ces femmes immigrées économiques, qui ont tout quitté – pays, famille, mari, enfants, faute de trouver des moyens de subsistance dans leur pays. Et de s’expatrier, loin de ceux qui leur sont chers, dans un pays dont elles ne connaissent rien. Ni la langue, ni les coutumes ni les codes.
Azul a grandi au sein d’une fratrie de 9 enfants, élevée par sa mère, Ximena, dans le petit village de Chuqui-Chuqui. Une famille matériellement pauvre mais riche de l’affection, du respect et des attentions que chacun porte aux autres. « La richesse n’est pas l’accumulation de biens, mais de liens à l’autre. » (p 39) Ximena cultive des fruits dans un jardin luxuriant, qu’elle échange sur le marché contre des produits pour les siens. Consciente de l’importance d’accéder à l’instruction, elle qui ne sait ni lire ni écrire, se sacrifie pour payer des études à ses enfants. Azul ira ainsi jusqu’au collège et deviendra secrétaire. Un mari et deux enfants plus tard, alors qu’elle a atteint une certaine stabilité, Azul voit ses repères s’effondrer. La crise économique que traverse la Bolivie l’oblige à partir chercher du travail à l’étranger, comme de nombreuses femmes. Direction l’Europe. Sans les siens. Mais pour les siens.
Dans ce roman, Colombe Schneck dresse le portrait d’une femme indiciblement attachante, de ces combattantes de l’ombre, capables de déplacer des montagnes pour les leurs, d’accepter sans broncher des sacrifices énormes, des conditions de vie terriblement dures. Seules. Mues par la foi. Par leur amour pour autrui. Des femmes d’une bonté rayonnante, viscérale, pure. Et contagieuse.
Un roman profondément humain. Une belle leçon de vie, de courage et de persévérance.

Tais-toi et meurs, de Alain Mabanckou, aux éditions La Branche : un bouc émissaire tout trouvé.

 

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Tais-toi et meurs, de Alain Mabanckou

Éditions La Branche, collection Vendredi 13, septembre 2012

 

     La France, une terre riche en promesses, le sol d’un futur possible pour Julien Makambo et ses frères. Du moins est-ce leur perception depuis le Congo. Muni de faux papiers, il décide donc de tenter sa chance. Et de débarquer sous l’identité de José Montfort à Roissy, où l’attend Pedro, figure de proue du milieu congolais, l’homme qui incarne la réussite entre tous à Paris. « Les jeunes rêvaient de lui ressembler, c’est à dire venir en France, porter de beaux vêtements et descendre au pays pendant la saison sèche pour impressionner la population. »

     Pedro le prend sous son aile, tel un grand-frère. Un abri rue du Paradis où ils s’entassent à sept dans un petit logement, des combines souterraines avec des vols de chéquiers, une nouvelle identité, José Montfort devient le bras droit de son mentor, lui est redevable. Mais cette économie parallèle ne leur permet plus de vivre, crise oblige. Il emboîte alors le pas à Pedro pour une mission mystérieuse censée leur rapporter gros. Mais en ce vendredi 13, rue du Canada, l’affaire tourne mal. Sous ses yeux, le contact de Pedro, une jeune femme blonde, est défenestrée. Les témoins de la chute repèrent Julien. Un homme de race noire dans les parages, c’est forcément suspect. Coupable facile?

     La chasse à l’homme commence. Les esprits s’échauffent. La question de l’immigration en France revient au coeur de l’actualité. Makambo, dont la signification du nom en lingala est « les ennuis » est arrêté. Dans sa cellule, il écrit son histoire.

     Pedro viendra t-il à son secours? Les siens agiront-ils en frères protecteurs? Est-il le bouc émissaire des seuls locaux à l’égard des étrangers ou l’est-il aussi de ceux du milieu congolais? Quelles sont les règles? Quelles sont ses chances d’en sortir?

     Dans ce roman noir, Alain Mabanckou nous dresse un portrait édifiant de ces immigrés à Paris, des moyens à leur disposition pour subsister à travers une économie parallèle, de leur quotidien bien éloigné du rêve qu’ils en avaient . L’occasion de dénoncer les préjugés racistes auxquels ils doivent faire face, de pointer cette facilité avec laquelle on juge, sans savoir, sans vouloir savoir, sans comprendre…

     Un thriller haletant doublé d’une étude sociologique saisissante.