Plus que toute autre chose, Fanny Gayral

Plus que tout autre chose, Fanny Gayral

©Karine Fléjo photographie

Une comédie tendre, pétillante, envolée, pour faire le plein de vitamines au cœur de l’hiver.

Sortir de sa zone de confort

Camille Delage s’efforce de bien remplir ses journées pour ne pas avoir trop le temps de s’interroger sur ses choix ni de revenir sur son passé. Un passé endeuillé deux ans plus tôt par la disparition de son père, des suites d’une longue maladie. Heureusement, dans sa vie, Hervé est arrivé comme le messie. Et dans quelques semaines, il va devenir son mari. Sa présence rassure et réconforte Camille, même si parfois sa psychorigidité l’étouffe un peu. Toujours ces mêmes rituels à respecter pour éviter une colère d’Hervé, sa hantise des microbes à laquelle s’adapter. Toujours se conformer à ce qu’il attend d’elle, à ce qu’il attend qu’elle aime. Ce qu’elle fait, estimant que c’est sans doute le prix à payer en contrepartie de la sécurité affective qu’il lui apporte. Cette sécurité que lui apportait son père autrefois.

Jusqu’au jour où son frère, hospitalisé pour dépression, lui demande un service : il ne peut plus assurer ses heures de baby-sitting auprès du petit Enzo. Or Mathieu, le papa d’Enzo, n’a pas d’autre baby-sitter. Camille, perçue depuis toujours comme le pilier de la famille, la femme forte, celle à qui on peut tout demander, accepte. Mais l’arrivée du petit Enzo et de son papa va bouleverser les cartes de son existence, faire vaciller ses certitudes. La voie sur laquelle elle s’est engagée obéit-elle au conseil que lui avait donné son père : « Garde ton cœur, plus que tout autre chose. Car de lui viennent les sources de la vie » ?

Une comédie pétillante

J’avais beaucoup aimé le roman de Fanny Gayral, Le début des haricots, et je retrouve ici cette fraîcheur, cette bonne humeur, cette sagesse aussi, qui m’avaient séduite. Le lecteur se prend immédiatement d’empathie pour Camille, rit avec elle (les scènes de préparation de mariage avec le prêtre ou les manies d’Hervé valent le détour), s’émeut avec elle, tandis que ce virage qu’elle s’apprête à prendre avec le mariage pourrait bien occasionner une sortie de route. Mais sortir de sa zone de confort n’est-il pas le risque à prendre pour se trouver, vivre une vie plus conforme à ses valeurs, à ses besoins, à ses aspirations ? Un roman qui met de la bonne humeur et des couleurs dans la grisaille hivernale !

Glissez Serge Joncour dans votre poche!

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Repose-toi sur moi, Serge Joncour

Editions J’ai lu, 2017

Un roman d’une intensité rare, qui se vit tout autant qu’il se lit, tant Serge Joncour est un passeur d’émotions exceptionnel. Énorme coup de cœur pour cette histoire de l’amour et du désordre.

Aurore est une styliste au talent connu et reconnu, qui a monté sa propre maison 8 ans plus tôt avec un associé, Fabian. Un mari qui réussit brillamment dans les affaires, deux enfants, un bel appartement, une entreprise dans les quartiers chics, Aurore affiche tous les codes de la réussite, tant personnelle que professionnelle.

Dans la cage d’escalier voisine, desservant des appartements beaucoup plus modestes, vit Ludovic, ancien agriculteur reconverti dans le recouvrement de dettes. Veuf inconsolable, il vit de plus en plus mal son métier, cette pression qu’il doit mettre pour récupérer des impayés chez des gens en détresse.

Deux êtres, deux mondes amenés à cohabiter, jamais à se croiser. Si ce n’est pour résoudre un problème de voisinage bruyant : des corbeaux ont en effet élu domicile dans la cour et glacent le sang d’Aurore. Qu’à cela ne tienne, Ludovic prend une carabine et la libère de ces importuns ailés. Cet élan solidaire, sans même qu’elle ne demande rien, la touche plus qu’elle ne veut d’abord l’admettre. Mais la raison aussitôt de balayer son intuition première : « Ce serait inimaginable d’en faire un allié, encore moins un ami, ni quoi que ce soit d’autre, et pourtant cet être-là la rassurait, là sur le moment, sa présence l’accompagnait. » Une confusion semblable naît dans l’esprit de Ludovic. Et ce même sentiment qu’il est vain de se faire des illusions, ils ne sont pas du même univers, n’ont rien en commun.

Cependant, en lui tendant la main, c’est son bras, puis son cœur, son esprit et son corps, qui se trouvent peu à peu pris dans un tourbillon vertigineux à la saveur de l’interdit.

Qu’est-ce qui définit le monde auquel nous appartenons ? La sphère sociale, à savoir la profession, le domicile, la voiture, les tenues vestimentaires ? Ou bien est-ce nos valeurs, notre éthique, nos priorités, nos aspirations, nos rêves ? Leurs mondes sont-ils finalement si distants que cela ? Serge Joncour nous livre ici un roman d’une intensité et d’une densité rares, rédigé avec une sensibilité à fleur de mots et une tension extrême. Les personnages sont indiciblement attachants, authentiques, humains, dans cette histoire d’amour brillamment menée. Des êtres qui nous habitent, nous hantent, et ce, longtemps après avoir refermé le livre.

Lire Serge Joncour, c’est VIVRE l’histoire qu’il a rédigée, tant il excelle à distiller les émotions.

Lire Serge Joncour, c’est plonger au coeur de l’humain, au cœur de l’être et non du paraître.

Lire Serge Joncour, c’est avoir envie …de le relire !

Si ce livre est un coup de cœur ? Oui, ENORME !

Glissez Stéphanie Dupays dans votre poche!

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Brillante, Stéphanie Dupays

Editions J’ai lu, octobre 2017

« Ce qui n’est pas vu n’a pas d’existence ».

Brillante, c’est le qualificatif qui définit le mieux Claire, jeune trentenaire fraîchement diplômée d’une grande école, aujourd’hui cadre supérieure dans une entreprise agro-alimentaire. Jusqu’ici, pas un seul faux pas dans sa trajectoire bien huilée : un poste enviable, un compagnon lui-même cadre supérieur, un bel appartement dans un quartier chic, des amis triés sur le volet dans cette même sphère sociale, le désir non contrarié de mener de front vie privée et professionnelle. La réussite telle qu’elle l’entend.

Emportée dans un véritable tourbillon, son rythme de travail fou ne laisse aucune place à une remise en question. Jusqu’à ce moment où, brusquement, Claire tombe en disgrâce. Non pas qu’elle n’ait pas été performante ou non conforme à ce que l’entreprise attendait d’elle. Au contraire. Son excellence fait de l’ombre à sa chef, femme dont jusque-là elle était la protégée. Et de se retrouver au placard. C’est la sidération.

Isolement, absence de tâches, relégation à la transparence, humiliation, l’entreprise présentée comme le lieu d’épanouissement de l’individu devient dès lors celui de son dépérissement. Le harcèlement moral menace de la broyer. Physiquement. Moralement.

Comment Claire la battante, dont toute la vie s’est construite autour de cette image de réussite, va t-elle pouvoir rebondir ? Quelles seront les conséquences sur son couple, sur ses amitiés, dans la mesure où ses relations reposent sur ces mêmes principes et idéaux de succès? Cette expérience malheureuse va t-elle remettre en cause ses valeurs ?

C’est un roman passionnant et édifiant sur le monde de l’entreprise que nous offre Stéphanie Dupays. Un monde où sous le vernis des apparences humanistes, bienveillantes, se cache parfois une réalité tout autre, faite de pressions, de violence, de rivalités qui ne disent pas leur nom. Avec une justesse chirurgicale, l’auteur dissèque au scalpel de sa plume le système de management de l’entreprise « humaniste », ses répercussions sur les individus tant au sein de l’entreprise que dans leur vie privée. Un roman qui se lit d’une traite, dans une tension permanente, à l’image de celle que vit l’héroïne au quotidien.

Un ENORME coup de cœur !

La tête de l’emploi, de David Foenkinos (éditions J’ai lu) : jubilatoire!!!

La tete de l'emploi

La tête de l’emploi, de David Foenkinos

Editions J’ai lu, janvier 2014

Dans la partition de sa propre vie, tout se passe comme si Bernard n’était qu’un instrument qui joue en dehors de l’orchestre. Ce n’est pas faux, ni feint. C’est candidement à côté. A contretemps. Il faut dire que d’emblée, le prénom dont on l’a affublé à sa naissance le prédestinait à ne pas être en phase avec son époque ni avec la réalité : Bernard. « Avec le temps j’ai saisi la dimension sournoise de mon prénom; il contient la possibilité du précipice. Comment dire? En somme, je ne trouve pas que ce soit un prénom gagnant. Dans cette identité qui est la mienne, j’ai toujours ressenti le compte à rebours de l’échec. Certains prénoms sont comme la bande-annonce du destin de ceux qui les portent. A la limite, Bernard pouvait être un film comique. »(P.11)

Et sans que Bernard n’en ait conscience, le compte à rebours est lancé. Marié depuis 20 ans à Nathalie, rencontrée en chutant à ses pieds, conseillé financier dans une banque parce qu’il a la tête de l’emploi, il se laisse couler sur le long fleuve tranquille de la vie, sans se poser de questions, amoureux de la routine, saisissant de banalité. Jusqu’au jour où leur fille Alice, âgée de vingt ans, quitte le nid familial pour aller en stage à São Paulo. Nathalie et Bernard se retrouvent alors tous les deux face à face. Si ce dernier se complait dans ce quotidien routinier, Nathalie n’y trouve plus l’étincelle du début. Et les ennuis de commencer pour le touchant et gentil Bernard, parti pour collectionner les désastres comme certains les images Panini.

Divorce, chômage, solitude, reconversion, précarité, des thèmes liés à la crise actuelle qui ne prêtent pas à rire ni même sourire… sauf sous la talentueuse plume et avec l’inénarrable humour de David Foenkinos. On suit avec jubilation les péripéties de notre anti-héros, on rit de ce qui d’ordinaire accable, on applaudit la justesse et la délicatesse de l’auteur, on dévore le roman.

Un énorme coup de coeur!!!

P.30 : Les enfants masquent les fissures de nos murs.

P.135 : Aimer vraiment quelqu’un, c’est peut-être ça aussi : lui faire croire qu’on peut surmonter son départ.

P.139 : La souffrance, c’est ne pas oublier ce qui nous a rendus heureux.

P.222 : Il n’est pas nécessaire de vivre concrètement certaines choses tant la densité du moment nous les offre d’une manière souterraine, et peut-être plus forte encore. Comme si la vie était cachée sous la vie.