Emprise, de Valérie Gans : coup de coeur!

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Emprise, Valérie Gans

Editions JC Lattès, mars 2017

 

Une histoire d’amour, de soumission, de résilience, de sublimation de l’amitié, dans un monde qui s’évertue à dévaloriser les femmes. Quand l’amour vire au cauchemar. Coup de cœur !

 

Claire, 29 ans, est une parisienne bien dans sa tête et dans sa vie. Un métier de styliste qu’elle adore, d’excellentes amies qu’elle retrouve régulièrement autour d’une bonne table, un appartement cosy au cœur de Saint-Germain des Prés et un chat affectueux. Celle qui affirme ne pas avoir besoin d’un homme dans sa vie et s’oppose farouchement au mariage, va pourtant envoyer valser ses principes suite à sa rencontre avec Marc. A peine sort-elle avec lui qu’il s’installe chez elle et la demande en mariage. Sous les regards abasourdis de ses proches, Claire non seulement accepte mais est prête à tout quitter pour le suivre au bout du monde. Et de se retrouver en Arabie saoudite, où un poste important a été proposé à Marc.

Mais rien ne va se passer comme prévu. Une femme, qui se présentait comme une ex de Marc, l’avait pourtant avertie : « Méfiez-vous de cet homme, c’est un prédateur ». Mais Claire avait mis cela sur le compte de la jalousie et de la colère d’une femme quittée. Fatale erreur… Et l’enfer de commencer.

Valérie Gans a vécu en Arabie saoudite et porte un regard très intéressant sur les différences de modes de vie entre femme occidentale et femme saoudienne. Soumise, la femme saoudienne ne peut rien faire sans l’aval et la présence de son mari, n’a ni le droit de conduire, ni de sortir au restaurant ou dans un café, contrainte à se déplacer complètement recouverte de ce voile long noir qu’est l’abaya. Un contexte de soumission qui renforce le sentiment d’emprisonnement de Claire : jusqu’où acceptera-t-elle de se plier par amour ou plus exactement par illusion ? Jusqu’à quel point supportera-t-elle que son intégrité soit atteinte ? Un roman sur l’emprise affective qui se dévore d’une traite. Bouleversant. Et édifiant.

A lire !
 

Aimer et prendre l’air, Sophie Simon (JC Lattès)

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Aimer et prendre l’air, Sophie Simon

Editions JC Lattès, février 2017

 

Après « American clichés » et « Gary tout seul », Sophie Simon met en scène, dans ce drame joyeux et burlesque que ne désavouerait pas Woody Allen, la fin de l’amour et des idéaux, et l’éternelle renaissance du désir.

 

Chaque année, Amy et son mari Jack viennent passer l’été dans leur maison du Connecticut, avec un couple d’amis, Kathleen et Larry. Mais l’euphorie que ressent Amy, actrice new-yorkaise, suite à sa consécration, retombe vite. Ce Tony arward portait pourtant en lui tant de promesses de bonheur, de rôles passionnants ! Mais c’était sans compter avec le taciturne et atrabilaire Jack. Et force lui est d’admettre que cette fois, elle a atteint ses limites. « En vivant avec lui, elle a dû étouffer la plupart de ses désirs puisque Jack lui-même ne désire pas grand-chose. Tout projet étranger à leurs habitudes monocordes lui paraît presque indécent. (…) Mais peut-on contenir l’exubérance faite femme dans un carcan monotone ? »  Elle va le quitter. Enfin, le quitter pour de bon car au cours de leurs 20 années de mariage, elle a déjà provoqué plus d’une quinzaine de faux départs. Et de vrais retours. Incapable de vivre sans lui.

Mais l’arrivée de leur couple d’amis, en pleine tempête conjugale eux aussi, va semer la confusion. La belle entente qui régnait entre eux se fissure. Et par la brèche, les griefs des uns et des autres fusent. Les aigreurs refoulées, les reproches et jalousies font voler en éclats le masque bien lisse des apparences. Et si leur bonheur, non seulement sentimental mais aussi amical, n’avait été toutes ces années qu’une vaste arnaque ?

Sophie Simon nous fait assister en huis-clos à la perte des illusions de deux couples. A la prise de conscience amère d’années perdues à mentir aux autres, à se mentir, en passant à côté de l’essentiel. Les répliques, jubilatoires, délicieusement assassines, sifflent comme des balles de révolver et atteignent pile le cœur de leur cible. Caustique, rythmé, ce roman se dévore d’une traite sans prendre l’air !

Rencontre avec Delphine Bertholon : « J’ai vraiment envie d’aller vers la lumière »

Vous ai-je dis combien j’ai adoré son nouveau roman ? Oui ? Alors je vous le répète : ne passez pas à côté de ce bijou !

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Ce vendredi 2 mars, Delphine Bertholon présentait son nouveau roman, Cœur-naufrage (paru chez JC Lattès), à la librairie Le Genre Urbain (Paris XXe). Une rencontre chaleureuse, à l’image de l’auteur.

Le roman :  Lyla, à l’aube de ses 34 ans, est célibataire, casanière, solitaire. Seuls son travail de traductrice et Zoé, sa meilleure amie fantasque, lui permettent d’échapper à la routine d’un quotidien bien huilé. Jusqu’au jour où un étrange message la renvoie brusquement dix-sept ans en arrière. Cœur-Naufrage, est un roman choral, qui raconte en alternance l’adolescence de Lyla et les conséquences de cet été-là : pour l’adulte qu’elle est devenue, avec ce secret qu’elle porte, et pour Joris, qui découvre à contretemps ce qui s’est joué dix-sept ans auparavant.

On sent à la lecture de roman bouleversant que vous mettez beaucoup de vous.

Ma façon d’écrire un livre se situe tellement dans l’incarnation, je me mets tellement à la place des personnages, que forcement je suis une partie d’eux et ils deviennent une partie de moi. Et donc ce sont mes idées, mes opinions qui émergent dans la fiction.

Dans Cœur-naufrage, il y a plein d’échos à la littérature, notamment parce que Lyla la narratrice est traductrice. Donc vous tissez la narration avec le texte qu’elle est en train de traduire, texte qui entre en écho avec sa propre vie.

J’ai choisi Lyla traductrice car c’est une manière de parler de l’écriture, d’une mise en abyme de l’écriture, avec le côté à la fois solitaire de ce travail-là, et l’ouverture que permet l’amour des mots. L’écriture l’a sauvée, tout comme elle est importante pour moi, m’aide à vivre. J’ai trouvé cette petite astuce pour pouvoir parler de l’écriture, et de mon rapport à elle, à travers le métier de Lyla.

La mère de Lyla est un personnage assez antipathique, jalouse, possessive. Photographe, elle prend souvent sa fille en photo à divers moments de sa vie. Vous avez déjà utilisé la photographie, notamment dans Twist et semblez aimer cet art.

La mère de Lyla est envahissante et l’idée que la photographie s’empare de l’âme me convenait bien ici. J’aime beaucoup l’art de la photographie. Cela me touche, comme peut me toucher le cinéma. J’aime l’image en général. J’apprécie beaucoup notamment une photographe, Sally Mann, laquelle a photographié ses enfants à tous les moments de leur vie, y compris incongrus. Et elle a un rapport au corps qui est extrêmement intéressant.

Le rapport au corps est particulièrement important à l’adolescence. C’est une période qui semble vous intéresser. Pourquoi, parce que c’est une période privilégiée de métamorphose?

Oui, ce qui m’intéresse le plus est le point de rupture, de basculement. Or l’adolescence est par excellence ce moment de changement. On quitte l’enfance, tout est possible, on ne sait pas trop qui on est. J’ai le sentiment que beaucoup de choses se jouent à ce moment-là. On commence à peine à se construire et en même temps le champ des possibles est infini. C’est un moment où l’on est à la fois extrêmement fort et extrêmement fragile, où un infime grain de sable peut nous faire dévier de notre chemin. J’aime bien cette ambivalence-là.

Vous abordez dans ce roman un sujet très délicat et douloureux, mais vous n’accablez pas le lecteur. Il y a notamment le personnage lumineux de Zoé, qui vend des doudous usagés aux parents éplorés.

Oui c’est un personnage haut en couleur qui a l’air d’avoir un rôle secondaire mais qui a un rôle prépondérant. Et puis, mes héros sont toujours beaucoup plus forts que moi, beaucoup plus optimistes que moi. C’est une forme de thérapie en fait. C’est vrai que j’ai tendance à souvent choisir des sujets un peu durs, un peu noirs et en même temps ce n’est pas ma nature profonde. Je n’ai pas envie de plomber le lecteur, qu’il ressorte déprimé, donc sans vouloir aller vers des sujets angéliques, je pars de ces sujets-là qui m’intéressent, mais en y injectant de la lumière. Je crois fondamentalement à la résilience, au fait qu’un certain nombre de choses peuvent se dépasser. Il y a toujours de la lumière, quoi qu’il arrive. C’est ce que j’ai envie de transmettre.

Retrouvez le billet que j’ai consacré à Cœur-naufrage, en cliquant sur ce lien : Chronique de Coeur-naufrage

Par amour, Valérie Tong Cuong : magistral!

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Par amour, Valérie Tong Cuong

Editions JC Lattès, janvier 2017

Rentrée littéraire

Avec cette fresque envoûtante qui nous mène du Havre sous l’Occupation à l’Algérie, Valérie Tong-Cuong trace les destinées héroïques de gens ordinaires, dont les vies secrètes nous invitent dans la grande Histoire. MAGNIFIQUE.

Il fallait apprendre à aimer vivre, et vivre pour aimer (P. 348), telle pourrait être la phrase qui symbolise le mieux ce roman magnifique. A travers le sort de deux familles, des êtres ordinaires, l’auteur nous fait vivre leurs destinées extraordinaires. Ou quand la petite histoire rejoint la grande.

Nous sommes au Havre en 1940. Emelie et Joffre forment un couple fusionnel, amoureux comme au premier jour et parents de deux enfants. Concierges d’école, ils prennent leur fonction très à cœur, dévoués à l’éducation, à la patrie. Muguette, la sœur d’Emelie, est beaucoup plus insouciante. Et moins résistante aussi. Une insouciance cependant mise à mal par la guerre qui la prive de la présence aimante de son mari envoyé au front. Mais pas seulement.Sa fille adorée, Marline, s’est emmurée dans un mutisme aussi brutal que quasi-total. Seul Joseph, frère de Marline, parvient à l’extraire de sa prison, l’espace de quelques mots échangés.

C’est une plongée fascinante dans l’Histoire que nous offre Valérie Tong Cuong, avec un regard neuf sur les conflits qui ont fait tant de morts, de blessés, d’orphelins et ont totalement dévasté la ville. Une cité certes rasée par l’ennemi, mais aussi par les raids des forces alliées qui n’ont pas hésité à sacrifier des civils pour servir l’intérêt général… Au milieu des bombes, des informations parcellaires et contradictoires sur les avancées des alliés, les deux familles luttent contre la peur , la faim, le froid, la maladie. Et la mort qui hante.

Comment tenir face à un tel chaos ? Comment trouver la force d’aider les siens, de s’aider soi, d’avancer ? Comment sinon par cette si belle et si puissante énergie qu’est l’amour ? Amour conjugual, filial, sororal, amour de son prochain, de la patrie, amour de la vie, l’Amour est presque un personnage à part entière de ce roman. Le sang qui pulse dans le cœur de chaque personnage. L’énergie surhumaine qui l’anime. L’élan vital qui le maintient debout.

Un roman magistral, tant dans le travail colossal d’écriture, que dans la beauté déchirante du récit. Une lecture dont on ne ressort pas indemne, mais avec la furieuse envie d’aimer plus intensément encore. Très gros coup de cœur de cette rentrée littéraire !

P. 349 : Le temps et l’absence n’ont rien à voir avec l’amour. Ce qui compte, c’est ce qui le fonde.

Nos 14 novembre, Aurélie Sylvestre : magnifique…

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Nos 14 novembre, Aurélie Sylvestre

Éditions JC Lattès, Novembre 2016

Un témoignage bouleversant, rédigé avec une sensibilité à fleur de plume, sur le combat d’une femme et mère pour rester debout, envers et contre tout, pour continuer à voir la beauté du monde malgré l’horreur. A lire !

Vendredi 13 novembre 2015. Un vendredi qui a commencé comme les autres. Aurélie, alors enceinte de 5 mois, s’occupe de son petit garçon tandis que son compagnon, Matthieu, se prépare pour le travail. Elle ignore à cet instant que c’est le dernier petit déjeuner qu’ils prendront ensemble. La dernière journée qui commencera dans les rires et la tendresse. Le soir, Matthieu se rend au concert des Eagles of metal au Bataclan.

Il n’en reviendra jamais. Il avait 34 ans.

Aurélie Sylvestre retrace ici son combat quotidien, ses blessures, ses doutes, ses victoires sur l’adversité. Le soleil persiste à se lever sur la ville, la vie se poursuit et il faut continuer avec elle, s’accrocher aux petits bonheurs, se féliciter de chaque pas effectué sans tomber, fidèle à la promesse qu’elle a faite à son compagnon devant sa dépouille : « Ne t’inquiète pas, je suis forte de notre amour je vais assurer je vais prendre le relais je te promets mon amour je te jure nous serons heureux ne t’inquiète pas nous serons heureux. »

N’allez pas vous imaginer qu’il s’agit de voyeurisme malsain, ou d’une femme qui se lamente sur son sort. C’est tout le contraire ! Aurélie Sylvestre part de son expérience particulière et nous montre avec une écriture fluide, des mots j comment elle a puisé en elle la force de tenir, pour elle, pour son fils, pour sa fille à naître. Un courage et une force vitale qui forcent l’admiration et nous font relativiser nos petits soucis du quotidien, prendre conscience à quel point il est urgent d’aimer et de le montrer aux personnes concernées. Une leçon de vie au caractère universel.

Un livre magnifique sur le pouvoir de l’amour, sur la résilience. Un témoignage dans lequel Aurélie Sylvestre redonne vie, par la voix de son encre, à l’homme de sa vie.

Coup de cœur !

Citation du jour

L’amour véritable est rare et discret. Quand il survient, il est aisé à reconnaître. Il rend grand alors que l’on se croyait petit. Il rend brave alors que l’on se croyait lâche. Il e demande rien et n’attend rien en retour. Il se déploie en silence, avec lenteur. Il a tout son temps car le temps est son allié. Cet amour est une science. Elle est ardue, compliquée, mais elle n’est pas impossible.

Nina Bouraoui – Beaux rivages (JC Lattès, août 2016)

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